
Jullian Hoareau

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Crypto-actifs en entreprise : qualification juridique et comptable
Imposition des plus-values crypto à l'impôt sur les sociétés
Inscription au bilan et évaluation des actifs numériques
Opérations imposables : cession, échange, apport, paiement fournisseur
TVA et crypto-actifs : régime applicable aux entreprises
Obligations déclaratives et risques en cas de contrôle
Une société qui encaisse un paiement en bitcoin, place sa trésorerie en actifs numériques ou règle un prestataire en jetons ne relève pas des règles applicables aux particuliers. La fiscalité cryptomonnaies des entreprises suit le droit commun de l'impôt sur les sociétés. Ces opérations laissent une trace horodatée sur la blockchain, reconstituable lors d'un contrôle.
En droit français, un crypto-actif n'est pas une monnaie : il n'a pas cours légal et nul n'est tenu de l'accepter en paiement. Il constitue un actif de l'entreprise, dont le traitement dépend de l'usage qui en est fait. Le classement découle de l'intention de détention.
| Usage dans l'entreprise | Qualification retenue | Conséquence principale |
|---|---|---|
| Détention durable de trésorerie | Actif immobilisé | Suivi par ligne d'acquisition |
| Achat pour revente à court terme | Actif circulant | Résultat rattaché à la cession |
| Encaissement client | Créance réglée en nature | Valorisation à la date de réception |
| Jetons reçus pour un service | Produit d'exploitation | Imposition dès la réception |
Depuis le 30 décembre 2024, le règlement européen MiCA (UE) 2023/1114 s'applique progressivement en France aux prestataires de services sur crypto-actifs (PSCA). Une entreprise qui détient ou encaisse des crypto-actifs n'entre pas dans ce statut, réservé aux services fournis à des tiers.
L'article 150 VH bis du code général des impôts vise les cessions d'actifs numériques occasionnelles des personnes physiques. Les opérations à titre habituel ou professionnel relèvent des bénéfices industriels et commerciaux (BIC), et le minage des bénéfices non commerciaux (BNC). Une société soumise à l'impôt sur les sociétés est exclue de ces régimes.
Ses gains entrent dans le résultat fiscal, imposé au taux normal de 25 % (taux applicable en 2026). Il n'existe pas de taxation séparée : la plus-value se compense avec les charges de l'exercice et les déficits reportables.
Le régime fiscal d'un crypto-actif se décide avant l'opération, pas à la clôture.
Cadrer le traitement applicable avec un avocat en fiscalité des entreprises
La valeur d'entrée au bilan correspond au coût d'acquisition, frais inclus. Chaque lot acquis se suit séparément, la cession partielle supposant de savoir quelles unités sont sorties.
À conserver pour chaque opération :
- le relevé de plateforme ou l'adresse du portefeuille ;
- la date et l'heure de l'opération ;
- le cours retenu et sa source de cotation ;
- les frais de transaction supportés.
À la clôture, la valeur de marché peut s'écarter du coût historique. La méthode d'évaluation retenue doit rester identique d'un exercice à l'autre et être documentée.
Le fait générateur est la sortie de l'actif du patrimoine. À l'impôt sur les sociétés, aucune règle de neutralité n'est prévue : un échange entre deux crypto-actifs s'analyse comme une cession, même sans retour en euros.
| Opération | Analyse | Point de vigilance |
|---|---|---|
| Cession contre euros | Cession classique | Cours et frais justifiés |
| Échange crypto contre crypto | Sortie du premier actif | Absence de flux en euros |
| Paiement d'un fournisseur | Sortie de l'actif et charge | Double écriture à documenter |
| Encaissement client | Produit imposable | Valorisation à la réception |
| Apport à une société | Transfert de propriété | Évaluation de l'apport |
Chaque opération se convertit en euros à sa date, sur la base d'un cours dont la source est conservée. Une reconstitution a posteriori à partir de cours moyens se défend mal.
Un échange sans encaissement en euros reste une opération imposable, souvent absente des comptes.
Sécuriser le traitement de vos opérations en crypto-actifs
Deux questions se traitent séparément. Une vente de biens ou de services payée en crypto-actifs reste soumise à la TVA dans les conditions habituelles : la facture est établie en euros, pour la contre-valeur à la date du fait générateur. L'opération portant sur le crypto-actif lui-même relève des opérations financières, et non d'une livraison de bien.
Cette seconde question dépend du schéma retenu : échange contre monnaie légale, intermédiation, émission de jetons ou service rendu à des tiers. Ce que recouvre la taxe cryptomonnaies varie donc selon l'opération, à vérifier avant la première facturation.
Les écritures relatives aux crypto-actifs suivent les obligations comptables de droit commun : justification de chaque écriture, piste d'audit fiable et remise du fichier des écritures comptables. Les portefeuilles de la société doivent être identifiés et distingués de ceux du dirigeant, sous peine de requalification des mouvements.
La détention de comptes d'actifs numériques à l'étranger fait l'objet d'obligations déclaratives dont le périmètre dépend de la forme juridique de la société.
En cas de contrôle, le risque n'est pas seulement le rappel d'impôt sur un gain non déclaré : une traçabilité insuffisante expose l'entreprise à une reconstitution de ses bases imposables, avec les majorations correspondantes.
Une comptabilité crypto reconstituée après coup se défend mal face à un vérificateur.
Préparer un contrôle avec un avocat fiscaliste
Non. L'article 150 VH bis du code général des impôts vise les cessions réalisées à titre occasionnel par des personnes physiques. Les gains d'une société soumise à l'impôt sur les sociétés entrent dans son résultat imposable, au taux normal de 25 % (taux applicable en 2026).
Oui, l'échange entraîne la sortie du premier actif du patrimoine et s'analyse comme une cession. L'absence de flux en euros ne neutralise pas l'opération. La contre-valeur en euros à la date de l'échange doit être documentée.
À la date de réception, sur la base du cours constaté ce jour-là. La source de cotation et l'horodatage se conservent avec la pièce comptable, car ce sont eux qui justifient le montant retenu en cas de vérification.
Le mode de paiement ne modifie pas le régime de TVA de la vente. La facture est établie en euros, pour la contre-valeur du crypto-actif à la date du fait générateur. Le traitement de l'opération portant sur le crypto-actif lui-même se vérifie séparément.
Elle recherche la piste d'audit : identification des portefeuilles de la société, historique des acquisitions et cessions par lot, cours retenus et justificatifs de frais. Une reconstitution approximative expose l'entreprise à une remise en cause de sa comptabilité.
Article 150 VH bis - Code général des impôts - Légifrance
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