Apports partiels d'actifs : définition, régime et fiscalité

Guides & Ressources pratiques
14 Jul 2026
-
8 min de lecture
-
Par

Jullian Hoareau

Points clés de l'article
  1. L'apport partiel d'actif permet à une société de transférer une branche d'activité à une autre société sans disparaître, en échange de titres.
  2. L'opération se distingue de la fusion et de la scission : la société apporteuse survit et conserve ses autres activités.
  3. Le traité d'apport délimite le périmètre exact (actifs, passifs, contrats, salariés) et fixe les options juridiques retenues.
  4. Soumise volontairement au régime des scissions, l'opération emporte transmission universelle du patrimoine de la branche transférée.
  5. Le régime de faveur de l'article 210 A du CGI assure la neutralité fiscale sous conditions strictes, notamment l'apport d'une branche complète d'activité.
  6. Un accompagnement juridique rigoureux sécurise chaque étape et préserve le bénéfice du régime fiscal.

Besoin d'un juriste freelance ou d'un avocat ?

Accédez en -24h à un avocat d'affaires sélectionné parmi les meilleurs, à des honoraires maîtrisés.

✓ 250+ spécialistes✓ 500+ clients satisfaits✓ -30 à -50% moins cher qu'un cabinet
Incubateur du Barreau de Paris
Réseau Entreprendre
Prix Innovation Barreau de Paris

Sommaire

Qu'est-ce qu'un apport partiel d'actif ?

Apport partiel d'actif, fusion et scission

Le régime juridique et le traité d'apport

Régime des scissions et effets du transfert

Fiscalité : régime de faveur de l'article 210 A

Sécuriser l'opération avec un avocat

FAQ

Pour aller plus loin

Qu'est-ce qu'un apport partiel d'actif ?

L'apport partiel d'actif est l'opération par laquelle une société transfère à une autre société — existante ou nouvellement créée — une partie de ses éléments d'actif et, le cas échéant, de passif. En contrepartie, la société apporteuse reçoit des titres émis par la société bénéficiaire. Elle ne disparaît pas : elle poursuit son existence avec les activités qu'elle a conservées.

Ce mécanisme répond à un besoin concret de réorganisation. Un dirigeant de PME ou d'ETI qui souhaite filialiser une branche d'activité — par exemple isoler une activité industrielle d'une activité de distribution — peut utiliser l'apport partiel d'actif pour créer une structure dédiée, sans liquider la société d'origine.

L'opération porte sur un ensemble cohérent d'éléments : immobilisations, stocks, contrats commerciaux, contrats de travail, dettes rattachées. Ce périmètre doit être défini avec précision, car il conditionne à la fois la validité juridique du transfert et l'accès au régime fiscal de faveur.

Apport partiel d'actif, fusion et scission

La fusion absorbe une société qui disparaît. La scission éclate une société en plusieurs entités, entraînant également sa dissolution. L'apport partiel d'actif se distingue de ces deux opérations sur un point décisif : la société apporteuse survit.

CritèreFusionScissionApport partiel d'actif
Dissolution de la société apporteuseOuiOuiNon
Transmission du patrimoineTotalitéTotalité (répartie)Partie seulement
ContrepartieTitres pour les associésTitres pour les associésTitres pour la société apporteuse
Nombre de sociétés bénéficiaires12 ou plus1

Cette différence structurelle explique pourquoi l'apport partiel d'actif est l'outil privilégié des dirigeants qui veulent réorganiser un groupe sans remettre en cause l'existence de la société mère. La société apporteuse conserve ses autres actifs et détient désormais une participation dans la société bénéficiaire.

L'apport partiel d'actif soulève des questions de structuration juridique qui engagent la pérennité de l'opération.
Échangez avec un avocat en droit des sociétés

Le régime juridique et le traité d'apport

Le traité d'apport est le document central de l'opération. Il formalise l'accord entre la société apporteuse et la société bénéficiaire. Son contenu détermine le périmètre exact du transfert et les conditions dans lesquelles il s'opère.

Le traité précise :

  • Les actifs transférés : immeubles, équipements, brevets, créances, stocks.
  • Les passifs rattachés : dettes fournisseurs, emprunts, provisions liées à la branche.
  • Les contrats transmis : contrats commerciaux, baux, contrats de travail des salariés affectés à la branche.
  • La valorisation de l'apport et le nombre de titres remis en échange.
  • L'option éventuelle pour le régime des scissions ou pour le régime fiscal de faveur.

L'ordonnance n° 2023-393 du 24 mai 2023 a réformé le cadre applicable aux fusions, scissions et apports partiels d'actifs des sociétés commerciales. Cette réforme a modernisé les règles du code de commerce en matière de publicité, de protection des créanciers et de procédure d'approbation. Elle a également introduit un cadre pour l'apport partiel d'actif transfrontalier, aligné sur la directive européenne relative aux transformations transfrontalières.

Régime des scissions et effets du transfert

Les sociétés parties à l'opération peuvent décider de soumettre l'apport partiel d'actif au régime des scissions, conformément aux articles L236-27 et suivants du code de commerce. Ce choix n'est pas automatique : il résulte d'une option expresse inscrite dans le traité d'apport.

L'intérêt de cette option est double :

  • Transmission universelle du patrimoine : tous les éléments rattachés à la branche (actifs, passifs, contrats, autorisations) sont transférés de plein droit à la société bénéficiaire, sans qu'il soit nécessaire de procéder contrat par contrat.
  • Aménagement de la solidarité au passif : le régime organise les conditions dans lesquelles la société apporteuse reste ou non tenue des dettes transférées vis-à-vis des créanciers.

Sans cette option, le transfert s'opère selon le droit commun des cessions. Chaque contrat doit alors faire l'objet d'un accord individuel du cocontractant, ce qui alourdit et fragilise l'opération. Les clauses de changement de contrôle ou d'agrément présentes dans certains contrats commerciaux peuvent bloquer le transfert.

Avec régime des scissionsSans régime des scissions
Transfert des contratsDe plein droitAccord individuel requis
Transfert des salariésAutomatique (art. L1224-1)Automatique (art. L1224-1)
Solidarité au passifAménageableDroit commun
FormalismeRenforcé (publicité, opposition des créanciers)Allégé

Le transfert des salariés affectés à la branche s'opère dans les deux cas en application de l'article L1224-1 du code du travail. Les contrats de travail se poursuivent automatiquement avec la société bénéficiaire.

Choisir ou non le régime des scissions modifie la portée juridique du transfert. Un cadrage précis en amont évite les blocages.
Consultez un avocat spécialisé en droit des sociétés

Fiscalité : régime de faveur de l'article 210 A

Par défaut, l'apport partiel d'actif relève du droit commun fiscal : les plus-values dégagées sur les éléments transférés sont immédiatement imposables chez la société apporteuse.

Le régime de faveur de l'article 210 A du CGI permet d'écarter cette imposition immédiate. Il assure une neutralité fiscale par un mécanisme de report ou de sursis d'imposition des plus-values. En contrepartie, la société bénéficiaire reprend les valeurs fiscales des éléments apportés et s'engage à respecter certaines obligations.

Les conditions d'accès au régime de faveur sont cumulatives :

  1. L'apport doit porter sur une branche complète d'activité, c'est-à-dire un ensemble d'éléments capables de fonctionner de manière autonome.
  2. La société apporteuse doit être rémunérée exclusivement par des titres de la société bénéficiaire.
  3. La société bénéficiaire doit prendre des engagements de conservation et de reprise des valeurs fiscales.

Un apport qui ne porte que sur des actifs isolés — un immeuble, un brevet, un portefeuille de créances — ne constitue pas une branche complète d'activité. Il ne peut pas bénéficier du régime de faveur. La qualification de branche complète est donc un enjeu central, souvent source de contentieux avec l'administration fiscale.

L'apport partiel d'actif simplifié désigne une variante procédurale dans laquelle la société apporteuse détient la totalité du capital de la société bénéficiaire. Cette configuration allège les formalités (pas de commissaire aux apports, pas d'approbation en assemblée générale extraordinaire de la bénéficiaire), mais ne modifie pas les conditions d'accès au régime fiscal de faveur.

Sécuriser l'opération avec un avocat

L'apport partiel d'actif engage la société apporteuse sur plusieurs plans simultanés : périmètre du transfert, sort des contrats et des salariés, traitement fiscal, relations avec les créanciers. Une erreur de qualification — branche incomplète, actif isolé présenté comme branche autonome — peut entraîner la perte du régime de faveur et déclencher une imposition immédiate des plus-values.

Le rôle de l'avocat en droit des sociétés intervient à chaque étape :

  • Audit du périmètre : vérifier que l'ensemble transféré constitue bien une branche complète et autonome.
  • Rédaction du traité d'apport : formaliser les options (régime des scissions, régime fiscal), lister les actifs, passifs et contrats transférés.
  • Coordination avec l'expert-comptable : valider la valorisation des apports et les impacts comptables.
  • Gestion des formalités : publicité légale, information des créanciers, dépôt au greffe.

Structurer un apport partiel d'actif exige une coordination juridique et fiscale rigoureuse dès la phase de cadrage.
Trouvez un avocat en droit des sociétés sur Swim Legal

FAQ

L'apport partiel d'actif entraîne-t-il la disparition de la société apporteuse ?

Non. Contrairement à la fusion ou à la scission, la société apporteuse continue d'exister après l'opération. Elle conserve les activités et les actifs qu'elle n'a pas transférés, et détient en contrepartie des titres de la société bénéficiaire.

Quelle différence entre apport partiel d'actif et cession de fonds de commerce ?

La cession de fonds de commerce est une vente : le cédant reçoit un prix en numéraire. L'apport partiel d'actif est un échange : la société apporteuse reçoit des titres. Cette distinction conditionne le traitement fiscal et la nature du lien entre les deux sociétés après l'opération.

Qu'est-ce qu'une branche complète d'activité au sens fiscal ?

C'est un ensemble d'éléments d'actif et de passif qui forme une exploitation capable de fonctionner de manière autonome. L'administration fiscale vérifie que la branche dispose de ses propres moyens humains, matériels et commerciaux. Un actif isolé ne suffit pas.

Le régime de faveur de l'article 210 A est-il automatique ?

Non. Le régime de faveur suppose que l'apport porte sur une branche complète d'activité, que la rémunération se fasse en titres et que la société bénéficiaire respecte des engagements de conservation. Sans ces conditions, l'opération relève du droit commun et les plus-values sont imposées immédiatement.

Que se passe-t-il pour les salariés lors d'un apport partiel d'actif ?

Les contrats de travail des salariés affectés à la branche transférée se poursuivent automatiquement avec la société bénéficiaire, en application de l'article L1224-1 du code du travail. Cette règle s'applique que l'opération soit ou non soumise au régime des scissions.

Pour aller plus loin

De l'apport partiel d'actifs (articles L236-27 à L236-30) - Code de commerce, Légifrance

Article 210 A - Code général des impôts, Légifrance

Régime spécial des fusions (BOI-IS-FUS-10-20) - BOFiP, impots.gouv.fr

SWIM LEGAL est une alternative au cabinet d'avocats traditionnel pour les besoins juridiques des entreprises. Incubé par le Barreau de Paris, SWIM a reçu le Prix de l'Innovation pour sa solution permettant à toute entreprise, quelle que soit sa taille ou sa localisation, d'accéder rapidement via la plateforme à des avocats d'affaires expérimentés. Les entreprises peuvent déposer leur besoin — qu'il s'agisse d'un dossier, d'une consultation ou d'un renfort temporaire — de manière confidentielle et recevoir des propositions d'avocats pour répondre rapidement à leur demande.

Télécharger la ressource

Avocat au Barreau de Paris (Toque L086), fondateur de SWIM LEGAL