Régime réel d'imposition : guide pratique pour choisir et mettre en place le bon régime fiscal

Guides & Ressources pratiques
04 Jan 2026
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10
min
Points clés de l'article
  1. Le régime réel permet de déduire l'ensemble des charges réelles de l'entreprise, contrairement au régime micro qui applique un abattement forfaitaire.
  2. Deux variantes existent : le réel simplifié (CA inférieur à 840 000 € en vente ou 254 000 € en services) et le réel normal au-delà de ces seuils.
  3. L'option pour le régime réel s'exerce avant le 1er février de l'année d'application (ou lors de la création d'activité) et engage l'entreprise pour 1 an minimum.
  4. Les obligations comptables sont plus lourdes qu'en micro : bilan, compte de résultat, déclarations de TVA et liasse fiscale.
  5. Les leviers fiscaux activables — amortissements, provisions, déduction intégrale des charges — justifient souvent ce surcoût administratif dès que les charges dépassent l'abattement forfaitaire du micro.

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Sommaire

Régime réel : définition, situations concernées et entreprises éligibles

Réel simplifié ou réel normal : seuils, différences et enjeux pour l'entreprise

Conditions et prérequis avant d'opter pour le régime réel

Processus étape par étape pour passer au régime réel

Obligations comptables et déclaratives du régime réel

TVA, amortissements et déduction des charges : les leviers à activer

Erreurs fréquentes, points de vigilance et risques de redressement

Checklist et livrables : vérifier la conformité de votre passage au régime réel

FAQ

Pour aller plus loin

Régime réel : définition, situations concernées et entreprises éligibles

Le régime réel d'imposition est le mécanisme fiscal qui permet à une entreprise de calculer son bénéfice imposable à partir de ses recettes diminuées de ses charges réellement engagées. Chaque dépense professionnelle — loyer, salaires, achats de marchandises, frais de déplacement — est déduite pour son montant exact, à condition d'être justifiée par une pièce comptable.

Ce régime s'oppose au régime micro (micro-BIC ou micro-BNC), dans lequel l'administration applique un abattement forfaitaire sur le chiffre d'affaires : 71 % pour les activités de vente, 50 % pour les prestations de services BIC, 34 % pour les BNC. Lorsque les charges réelles de l'entreprise dépassent ces pourcentages, le régime micro devient mécaniquement désavantageux.

Sont concernées par le régime réel toutes les entreprises individuelles, EIRL, EURL, SARL, SAS et SA, quelle que soit leur forme juridique. Le régime réel s'applique de plein droit dès que le chiffre d'affaires dépasse les plafonds du micro. Il peut aussi être choisi volontairement par une entreprise éligible au micro, par simple option auprès de l'administration fiscale. Les sociétés soumises à l'impôt sur les sociétés (IS) relèvent automatiquement du régime réel, sans possibilité de régime micro.

Réel simplifié ou réel normal : seuils, différences et enjeux pour l'entreprise

Le régime réel se décline en 2 variantes dont les obligations et les seuils diffèrent. Le choix entre les deux dépend du chiffre d'affaires hors taxes réalisé par l'entreprise.

Critère Réel simplifié Réel normal
Seuil CA — Vente / Hébergement ≤ 840 000 € HT > 840 000 € HT
Seuil CA — Prestations de services ≤ 254 000 € HT > 254 000 € HT
Bilan comptable Simplifié (tableaux allégés) Complet (modèle DGFIP intégral)
Déclaration de TVA Semestrielle (CA 12 + acomptes) Mensuelle (CA 3)
TVA à payer annuellement < 15 000 € pour rester en simplifié ≥ 15 000 € ou option volontaire
Liasse fiscale 2033 (formulaires simplifiés) 2050 à 2059 (formulaires détaillés)

Ces seuils, fixés par l'article 302 septies A du Code général des impôts, sont révisés tous les 3 ans. Les montants indiqués s'appliquent depuis le 1er janvier 2023.

L'enjeu pour le dirigeant est concret : le réel simplifié réduit la charge administrative grâce à une comptabilité allégée et des déclarations de TVA moins fréquentes. Le réel normal impose une comptabilité exhaustive mais offre un suivi financier plus fin, utile pour les entreprises en croissance ou celles qui gèrent des flux complexes (import-export, stocks, immobilisations lourdes).

Choisir entre réel simplifié et réel normal engage la gestion quotidienne de l'entreprise autant que sa fiscalité. Un arbitrage éclairé suppose de mesurer précisément la charge administrative face aux gains fiscaux attendus.
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Conditions et prérequis avant d'opter pour le régime réel

L'option pour le régime réel n'est pas automatique lorsque l'entreprise est éligible au micro. Elle suppose une démarche volontaire et le respect de conditions précises.

Qui peut opter ? Toute entreprise individuelle ou société dont le chiffre d'affaires reste sous les plafonds du micro-BIC (188 700 € en services, 840 000 € en vente) ou du micro-BNC (77 700 €). Au-delà de ces seuils, le régime réel s'applique de plein droit : aucune option n'est nécessaire.

Quand exercer l'option ? L'entreprise doit adresser sa demande au service des impôts des entreprises (SIE) avant le 1er février de l'année au titre de laquelle elle souhaite bénéficier du régime réel. Pour une création d'activité, l'option est formulée directement lors de la déclaration de début d'activité (formulaire P0 ou M0, désormais via le guichet unique de l'INPI).

Durée d'engagement : l'option est valable pour 1 an et reconduite tacitement chaque année. L'entreprise peut y renoncer en adressant une demande de renonciation avant le 1er février de l'année suivante.

Prérequis pratique : avant d'opter, le dirigeant doit s'assurer de disposer d'un outil comptable adapté (logiciel certifié ou expert-comptable) et d'un système d'archivage des justificatifs conforme aux exigences du contrôle fiscal. Le passage au régime réel implique la tenue d'une comptabilité d'engagement (ou de trésorerie en simplifié sous conditions), avec enregistrement chronologique de chaque opération.

Processus étape par étape pour passer au régime réel

Le passage au régime réel suit un processus en 5 étapes :

  1. Évaluer l'intérêt fiscal — Comparer le bénéfice imposable sous régime micro (CA × taux après abattement) et sous régime réel (CA − charges réelles). Si les charges réelles dépassent l'abattement forfaitaire, le régime réel est plus avantageux.

  2. Choisir entre réel simplifié et réel normal — Vérifier le chiffre d'affaires prévisionnel par rapport aux seuils (840 000 € / 254 000 €). Si le CA reste en dessous, le réel simplifié s'applique par défaut. L'option pour le réel normal reste possible sur demande.

  3. Formuler l'option auprès du SIE — Envoyer un courrier recommandé ou un message via la messagerie sécurisée du compte fiscal professionnel (impots.gouv.fr), avant le 1er février. Mentionner la raison sociale, le numéro SIRET, l'exercice concerné et le régime choisi.

  4. Mettre en place la comptabilité — Ouvrir les journaux comptables (achats, ventes, banque, opérations diverses), paramétrer le plan comptable et organiser le classement des pièces justificatives. Un expert-comptable peut être mandaté à cette étape.

  5. Déclarer et télétransmettre — Déposer la liasse fiscale (formulaire 2031 + annexes 2033 en simplifié, ou 2050 à 2059 en normal) dans les délais légaux : le 2e jour ouvré suivant le 1er mai pour les exercices clos au 31 décembre.

Le passage au régime réel engage des obligations comptables et déclaratives précises. Une erreur de calendrier ou de formalisme peut entraîner le maintien forcé au régime micro pour l'année entière.
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Obligations comptables et déclaratives du régime réel

Le régime réel impose une comptabilité complète, dont le niveau de détail varie selon la variante choisie.

En réel simplifié :

  • Tenue d'une comptabilité de trésorerie en cours d'exercice (enregistrement des encaissements et décaissements), avec régularisation des créances et dettes à la clôture
  • Bilan et compte de résultat simplifiés (tableaux 2033-A à 2033-G)
  • Déclaration de TVA annuelle (CA 12) avec 2 acomptes semestriels (juillet et décembre)
  • Livre-journal et grand livre

En réel normal :

  • Comptabilité d'engagement intégrale (enregistrement des opérations à la date du fait générateur)
  • Bilan, compte de résultat et annexe détaillés (tableaux 2050 à 2059)
  • Déclaration de TVA mensuelle (CA 3), ou trimestrielle si la TVA annuelle est inférieure à 4 000 €
  • Inventaire annuel des stocks et en-cours

Dans les 2 cas, l'entreprise doit utiliser un logiciel de comptabilité ou un système de caisse conforme aux normes anti-fraude (article 286 du CGI). Les documents comptables doivent être conservés pendant 10 ans (article L.123-22 du Code de commerce).

TVA, amortissements et déduction des charges : les leviers à activer

Le régime réel ouvre l'accès à 3 leviers fiscaux inaccessibles sous le régime micro.

Déduction intégrale des charges

Toute dépense engagée dans l'intérêt de l'exploitation et justifiée par une facture est déductible : loyers, honoraires, frais de déplacement, assurances, intérêts d'emprunt, rémunérations versées. Sous le régime micro, ces charges sont couvertes par l'abattement forfaitaire, même si leur montant réel est supérieur.

Amortissements

Le régime réel permet d'amortir les immobilisations (matériel, véhicules, mobilier, logiciels) sur leur durée d'utilisation. Un ordinateur acquis 1 200 € s'amortit sur 3 ans, soit 400 € déduits chaque année du bénéfice imposable. Certains dispositifs permettent un amortissement accéléré : le suramortissement de 40 % sur les investissements industriels (article 39 decies du CGI, sous conditions) ou l'amortissement dégressif pour les biens d'équipement neufs.

Récupération de la TVA

L'entreprise au régime réel collecte la TVA sur ses ventes et déduit la TVA payée sur ses achats. Le différentiel est reversé à l'État ou génère un crédit de TVA remboursable. Sous le régime micro avec franchise en base de TVA, l'entreprise ne facture pas de TVA mais ne récupère pas non plus celle de ses fournisseurs. Pour une entreprise dont les achats représentent une part élevée du CA, la récupération de TVA constitue un avantage de trésorerie direct.

Levier fiscal Régime micro Régime réel
Déduction des charges Forfaitaire (34 % à 71 %) Charges réelles intégrales
Amortissements Non disponible Linéaire, dégressif, suramortissement
TVA déductible Non (franchise en base) Oui (TVA sur achats récupérable)
Provisions Non disponible Déductibles si justifiées
Déficit reportable Non Reportable sur 6 ans (BIC) ou indéfiniment (IS)

L'activation de ces leviers fiscaux suppose une comptabilité rigoureuse et une connaissance précise des règles de déductibilité. Un accompagnement adapté évite les erreurs de qualification qui exposent l'entreprise à un redressement.
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Erreurs fréquentes, points de vigilance et risques de redressement

Plusieurs erreurs reviennent régulièrement lors du passage ou de la gestion du régime réel. Chacune peut entraîner un redressement fiscal assorti de pénalités allant de 10 % à 80 % des droits rappelés.

  • Déduire des charges non justifiées — Toute charge déduite doit être appuyée par une facture ou un justificatif probant. L'absence de pièce entraîne la réintégration de la charge dans le bénéfice imposable.

  • Confondre charges personnelles et professionnelles — Les dépenses mixtes (véhicule, téléphone, domicile) doivent être ventilées entre usage professionnel et personnel. Une déduction à 100 % d'un véhicule utilisé partiellement à titre privé constitue un motif classique de redressement.

  • Omettre la déclaration de TVA — En réel simplifié, le non-dépôt de la CA 12 dans les délais entraîne une taxation d'office. En réel normal, chaque CA 3 mensuelle manquante génère une pénalité de 10 % de la TVA due.

  • Négliger les délais d'option — Une option formulée après le 1er février est irrecevable pour l'année en cours. L'entreprise reste alors au régime micro jusqu'à l'exercice suivant.

  • Sous-estimer les obligations d'archivage — Le fichier des écritures comptables (FEC) doit être produit en cas de contrôle. Son absence est sanctionnée par une amende de 5 000 € (article 1729 D du CGI).

Checklist et livrables : vérifier la conformité de votre passage au régime réel

Cette checklist récapitule les points à valider avant, pendant et après le passage au régime réel.

Avant l'option

  • Comparer le bénéfice imposable micro vs réel sur la base des charges N-1
  • Identifier le régime applicable (simplifié ou normal) selon le CA prévisionnel
  • Vérifier la date limite d'option (1er février ou création d'activité)
  • Choisir un logiciel comptable conforme ou mandater un expert-comptable

Lors du passage

  • Adresser l'option au SIE par courrier recommandé ou messagerie sécurisée
  • Ouvrir les journaux comptables et paramétrer le plan de comptes
  • Mettre en place le système d'archivage des justificatifs (papier et numérique)
  • Configurer les déclarations de TVA (CA 12 ou CA 3 selon le régime)

En cours d'exercice

  • Enregistrer chaque opération avec sa pièce justificative
  • Déposer les déclarations de TVA dans les délais
  • Suivre les amortissements et provisions dans un tableau dédié
  • Vérifier la cohérence entre les relevés bancaires et la comptabilité

À la clôture

  • Régulariser les créances et dettes (réel simplifié)
  • Réaliser l'inventaire des stocks (réel normal)
  • Établir le bilan, le compte de résultat et les annexes
  • Télétransmettre la liasse fiscale avant le 2e jour ouvré suivant le 1er mai
  • Générer et conserver le FEC

La conformité fiscale au régime réel repose sur des obligations précises et des délais stricts. Un audit de votre situation permet d'identifier les risques avant qu'ils ne se matérialisent.
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FAQ

Peut-on revenir au régime micro après avoir opté pour le régime réel ?

Oui. L'entreprise peut renoncer à l'option pour le régime réel en adressant une demande au SIE avant le 1er février de l'année suivante, à condition que son chiffre d'affaires reste sous les plafonds du micro. Le retour au micro prend effet au 1er janvier de l'année de la demande.

Le régime réel est-il obligatoire pour une SAS ou une SARL ?

Les sociétés soumises à l'impôt sur les sociétés (IS) — SAS, SARL à l'IS, SA — relèvent automatiquement du régime réel. Elles n'ont pas accès au régime micro. Seules les entreprises individuelles et certaines EURL à l'IR peuvent choisir entre micro et réel.

Quel est le coût moyen de la tenue comptable au régime réel ?

Le coût varie selon la taille de l'entreprise et le volume d'opérations. Pour une TPE en réel simplifié, les honoraires d'un expert-comptable se situent entre 1 500 € et 4 000 € par an. En réel normal, le coût peut atteindre 5 000 € à 10 000 € selon la complexité. Ce coût est lui-même déductible du bénéfice imposable.

Que se passe-t-il si je dépasse les seuils du réel simplifié en cours d'année ?

Le dépassement des seuils (840 000 € en vente ou 254 000 € en services) entraîne le passage au réel normal à compter du 1er janvier de l'exercice suivant. L'entreprise dispose donc d'un exercice de transition pour adapter sa comptabilité et ses déclarations de TVA.

Le régime réel permet-il de reporter un déficit ?

Oui. En BIC au régime réel, un déficit est reportable sur les 6 exercices suivants. Pour les entreprises soumises à l'IS, le déficit est reportable sans limite de durée, dans la limite de 1 million d'euros majoré de 50 % du bénéfice excédant ce montant. Ce mécanisme est inaccessible sous le régime micro.

Pour aller plus loin

Bénéfices industriels et commerciaux (BIC) : régime réel d'imposition - Service-Public.fr

Quelles différences entre régime réel simplifié et régime réel normal - impots.gouv.fr

BIC - Régimes d'imposition et obligations déclaratives - BOFIP Légifrance

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