
Jullian Hoareau

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CJUE, Cour de justice et Tribunal : qui juge quoi
Les recours directs ouverts à une entreprise
Le renvoi préjudiciel : passer par le juge national
Recours en annulation contre une décision de la Commission
Délais, représentation obligatoire et déroulement de la procédure
Anticiper le droit européen dans votre stratégie contentieuse
Le contentieux CJUE recouvre l'ensemble des litiges tranchés par la Cour de justice de l'Union européenne, institution créée en 1952 et siégeant à Luxembourg. Derrière ce sigle se cachent en réalité 2 juridictions distinctes, aux compétences différentes.
La Cour de justice compte 27 juges, un par État membre. Elle traite les demandes de décision préjudicielle adressées par les juridictions nationales, certains recours en annulation et les pourvois formés contre les décisions du Tribunal.
Le Tribunal compte 2 juges par État membre. Il statue sur les recours en annulation d'actes de l'Union introduits par des particuliers et des entreprises, ainsi que sur certains recours formés par les États membres.
| Juridiction | Composition | Compétences principales |
|---|---|---|
| Cour de justice | 27 juges (1 par État) | Renvois préjudiciels, pourvois, certains recours en annulation |
| Tribunal | 2 juges par État membre | Recours directs des entreprises et particuliers, recours étatiques ciblés |
Pour un directeur juridique, la distinction est opérationnelle : le choix de la voie de recours détermine la juridiction compétente, et donc la procédure applicable.
Le droit de l'Union ouvre plusieurs voies de recours directes aux personnes morales :
En pratique, le recours en annulation devant le Tribunal reste la voie la plus fréquente pour les entreprises, en particulier dans les litiges de concurrence ou d'aides d'État.
Contester un acte européen ou une décision de la Commission exige une expertise procédurale spécifique au droit de l'Union.
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Le renvoi préjudiciel n'est pas un recours au sens strict. C'est un mécanisme de coopération entre le juge national et la Cour de justice. Plus de 90 % des affaires portées devant la Cour de justice empruntent cette voie.
Le fonctionnement est le suivant : lorsqu'un litige national soulève une question de validité ou d'interprétation du droit de l'Union, le juge suspend la procédure et interroge la Cour de justice. L'entreprise ne saisit donc pas directement la CJUE. Elle soulève la question devant le juge national, qui décide souverainement de renvoyer ou non.
Les domaines les plus fréquents de renvoi préjudiciel sont la fiscalité, la protection des consommateurs, les transports et l'espace de liberté, sécurité et justice.
Un argument de droit européen soulevé tardivement risque d'être écarté par le juge national, rendant le renvoi impossible.
Le recours en annulation est la voie par laquelle une entreprise conteste directement un acte de l'Union devant le Tribunal. Les cas les plus courants concernent les décisions de la Commission européenne en matière de :
Pour être recevable, l'entreprise doit démontrer que l'acte la concerne directement et individuellement. Cette condition de recevabilité, dite du « lien direct et individuel », constitue le filtre principal du Tribunal.
| Critère de recevabilité | Explication |
|---|---|
| Concernement direct | L'acte produit des effets juridiques sur l'entreprise sans mesure d'exécution intermédiaire |
| Concernement individuel | L'acte atteint l'entreprise en raison de qualités qui lui sont propres |
Le délai de recours est bref et fixé par les traités et le règlement de procédure. Un dépassement, même de quelques jours, entraîne l'irrecevabilité définitive. La vérification de ce délai doit être confiée à un avocat habilité dès la notification de la décision contestée.
Une décision de la Commission en concurrence ou en aides d'État peut engager des montants considérables. Le délai de recours ne tolère aucun retard.
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Devant la Cour de justice comme devant le Tribunal, la représentation par un avocat habilité à exercer devant une juridiction d'un État membre est obligatoire. L'entreprise ne peut pas se représenter elle-même.
La procédure comprend une phase écrite (requête, mémoire en défense, réplique, duplique) et, dans la plupart des cas, une phase orale (audience). Le règlement de procédure, modifié le 30 novembre 2022, vise à simplifier l'accès à la juridiction et à améliorer l'intelligibilité des étapes procédurales.
La Cour de justice a par ailleurs demandé le transfert partiel au Tribunal de sa compétence en matière préjudicielle et l'extension du mécanisme d'admission préalable des pourvois, ce qui pourrait redistribuer la charge contentieuse entre les 2 juridictions.
Trop souvent, le droit de l'Union est invoqué en dernier recours, lorsque les voies nationales sont épuisées. Cette approche expose à 2 risques : la forclusion (délai dépassé) et l'inadéquation de la voie choisie.
Une direction juridique gagne à intégrer le contentieux CJUE dans sa cartographie des risques dès l'identification du litige. Cela implique de :
Structurer une stratégie contentieuse européenne suppose de mobiliser une expertise rare, à la croisée du droit national et du droit de l'Union.
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Non. Les entreprises saisissent le Tribunal, pas la Cour de justice. La Cour de justice traite les renvois préjudiciels (transmis par les juges nationaux) et les pourvois contre les décisions du Tribunal.
Le renvoi préjudiciel est une question posée par un juge national à la Cour de justice sur l'interprétation ou la validité du droit de l'Union. L'entreprise ne saisit pas la CJUE directement : elle soulève la question dans ses conclusions devant le juge national, qui décide de renvoyer ou non.
Le délai est bref et fixé par les traités et le règlement de procédure. Son dépassement entraîne l'irrecevabilité définitive. Il est indispensable de consulter un avocat habilité dès la réception de la décision contestée.
Oui. Devant la Cour de justice comme devant le Tribunal, l'entreprise doit être représentée par un avocat habilité à exercer devant une juridiction d'un État membre. L'auto-représentation est exclue.
Les entreprises contestent le plus souvent des décisions en matière de concurrence (amendes pour entente ou abus de position dominante), d'aides d'État (ordres de récupération) ou de contrôle des concentrations (refus ou conditions d'autorisation).
Infographie : le rôle de la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) - Vie-publique.fr
La justice européenne - Ministère de la Justice
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