Contentieux entre associés : recours, procédures et issues possibles

Guides & Ressources pratiques
02 Aug 2026
-
7 min de lecture
-
Par

Jullian Hoareau

Points clés de l'article
  1. Un contentieux entre associés naît d'un blocage décisionnel, d'un abus de majorité ou minorité, ou d'une faute de gestion.
  2. La médiation et la négociation permettent souvent d'éviter le tribunal, à condition d'être engagées tôt.
  3. L'expertise de gestion et le mandataire ad hoc sont des outils judiciaires intermédiaires pour objectiver la situation.
  4. L'exclusion d'un associé n'est possible que si les statuts la prévoient, sauf cas légaux en SAS.
  5. La dissolution judiciaire pour justes motifs reste un dernier recours, soumis à des conditions strictes.
  6. Le tribunal compétent dépend de la forme sociale : tribunal de commerce pour les sociétés commerciales, tribunal judiciaire pour les sociétés civiles.

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Sommaire

Contentieux entre associés : définition et situations concernées

Les causes juridiques les plus fréquentes de conflit

Résoudre le conflit sans procès : négociation et médiation

Expertise de gestion et mandataire ad hoc

Révocation du dirigeant et exclusion d'un associé

Cession forcée, retrait et dissolution judiciaire

Quel tribunal saisir et dans quels délais

FAQ

Pour aller plus loin

Contentieux entre associés : définition et situations concernées

Un contentieux entre associés désigne tout différend juridique opposant les détenteurs du capital d'une société sur la gouvernance, la stratégie ou la répartition des résultats. Ce type de litige entre associés touche toutes les formes sociales : SARL, SAS, SA, SCI.

En pratique, le conflit se cristallise lorsqu'un ou plusieurs associés estiment que leurs droits sont lésés — droit à l'information, droit de vote, droit aux dividendes — ou que la gestion de la société leur échappe. Le blocage peut être progressif (perte de confiance, divergence stratégique) ou brutal (découverte d'une faute de gestion, détournement d'actifs).

Le dirigeant confronté à cette situation doit identifier rapidement la nature juridique du différend pour choisir le recours adapté. Car chaque mécanisme obéit à des conditions précises, des seuils légaux et des délais propres.

Les causes juridiques les plus fréquentes de conflit

Trois catégories de causes alimentent la majorité des conflits entre associés SAS et des conflits entre associés SARL.

L'abus de majorité survient lorsqu'une décision est prise contrairement à l'intérêt social, dans le seul but de favoriser les majoritaires au détriment des minoritaires. À l'inverse, l'abus de minorité consiste à bloquer systématiquement des décisions nécessaires à la survie de la société.

La faute de gestion du dirigeant constitue un second terrain de conflit. Un associé minoritaire qui constate des dépenses injustifiées, une rémunération excessive ou un défaut de convocation aux assemblées dispose de voies de recours spécifiques.

Le blocage décisionnel forme la troisième cause. Lorsque les associés détiennent des participations égales (50/50), toute mésentente empêche l'adoption des résolutions ordinaires et extraordinaires. La société se retrouve paralysée.

Résoudre le conflit sans procès : négociation et médiation

Avant toute saisine judiciaire, la négociation directe reste le levier le plus rapide. Un protocole transactionnel peut organiser le rachat des parts, la modification de la gouvernance ou la séparation des activités.

La médiation, conventionnelle ou judiciaire, offre un cadre structuré. Le médiateur, tiers neutre, aide les parties à construire un accord. En cas de succès, l'accord peut être homologué par le juge et acquiert alors force exécutoire.

Ces solutions amiables présentent un avantage décisif : elles préservent la confidentialité du différend, là où une procédure judiciaire expose la société à un risque réputationnel.

La prévention reste toutefois la meilleure protection. Un pacte d'associés bien rédigé anticipe les situations de blocage en prévoyant des clauses de sortie, de buy or sell, ou de médiation préalable obligatoire.

Un conflit entre associés mal anticipé peut paralyser durablement la société. Structurer ses statuts et pactes en amont limite ce risque.
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Expertise de gestion et mandataire ad hoc

Lorsque le dialogue est rompu, deux outils permettent d'objectiver la situation sans engager immédiatement un procès au fond.

L'expertise de gestion permet à un ou plusieurs associés de demander au tribunal la désignation d'un expert chargé d'examiner une ou plusieurs opérations de gestion. En SARL, cette action est ouverte aux associés représentant au moins 10 % du capital (article L223-37 du Code de commerce). En SA et en SAS, le seuil est de 5 % du capital (article L225-231 du Code de commerce). Cette expertise ne doit pas être confondue avec l'expertise in futurum de l'article 145 du CPC, qui n'impose aucun seuil de détention.

Le conflit entre associés mandataire ad hoc renvoie à une autre procédure : le juge des référés peut désigner un mandataire ad hoc chargé d'une mission précise (convoquer une assemblée, représenter la société dans un acte). Dans les cas les plus graves, un administrateur provisoire peut être nommé pour se substituer temporairement aux organes de direction. Cette mesure suppose de démontrer un péril imminent ou une paralysie totale de la société.

OutilSeuil requisJuridictionObjectif
Expertise de gestion (SARL)10 % du capitalTribunal de commerceExaminer des opérations de gestion
Expertise de gestion (SA/SAS)5 % du capitalTribunal de commerceExaminer des opérations de gestion
Mandataire ad hocAucun seuilJuge des référésMission ponctuelle de déblocage
Administrateur provisoireAucun seuilJuge des référésGestion temporaire de la société

Révocation du dirigeant et exclusion d'un associé

La révocation du gérant en SARL est décidée par les associés représentant plus de la moitié des parts sociales. Elle peut aussi être prononcée judiciairement pour cause légitime (faute de gestion, violation des statuts). En SAS, les conditions de révocation du président ou du directeur général sont fixées par les statuts, ce qui laisse une grande liberté de rédaction aux fondateurs.

L'exclusion d'un associé obéit à un régime strict. En principe, aucun associé ne peut être contraint de quitter la société sans son accord. L'exclusion n'est possible que si une clause statutaire la prévoit expressément. L'insertion d'une telle clause en cours de vie sociale requiert l'unanimité des associés. En SAS, l'article L227-16 du Code de commerce autorise les statuts à prévoir l'exclusion, sous réserve d'une procédure respectant les droits de la défense. Les sociétés à capital variable disposent également d'un mécanisme légal d'exclusion.

Forme socialeRévocation du dirigeantExclusion d'un associé
SARLMajorité > 50 % des parts ou voie judiciaireClause statutaire uniquement
SASConditions statutairesArt. L227-16 + clause statutaire

Un conflit entre associés SAS ou SARL sur la gouvernance nécessite une analyse précise des statuts et du pacte d'associés.
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Cession forcée, retrait et dissolution judiciaire

Lorsque la cohabitation devient impossible, 3 issues se présentent.

La cession ou le rachat de parts peut être organisé à l'amiable ou résulter de l'application d'une clause statutaire (buy or sell, clause de sortie conjointe). L'article 1843-4 du Code civil prévoit un mécanisme d'évaluation par un expert désigné par le juge, mais uniquement dans les cas de cession ou rachat prévus par la loi ou les statuts — pas pour une cession librement négociée.

Le retrait d'un associé est prévu par certains textes (sociétés civiles, sociétés à capital variable) ou par les statuts. Il permet à un associé de quitter la société en obtenant le remboursement de ses droits sociaux.

La dissolution judiciaire pour justes motifs, prévue par l'article 1844-7 5° du Code civil, constitue le dernier recours. Le tribunal ne la prononce que si la mésentente paralyse le fonctionnement de la société. Condition supplémentaire : le demandeur ne peut pas invoquer une mésentente dont il est lui-même l'auteur. Le juge peut aussi, plutôt que de dissoudre, ordonner le rachat des parts du demandeur par les autres associés.

Quel tribunal saisir et dans quels délais

Le conflit entre associés tribunal compétent dépend de la forme sociale :

  • Tribunal de commerce : pour les sociétés commerciales (SARL, SAS, SA, SNC).
  • Tribunal judiciaire : pour les sociétés civiles (SCI, SCP, SCM).

En référé, le juge peut être saisi en urgence pour nommer un mandataire ad hoc, un administrateur provisoire ou ordonner une mesure conservatoire. Cette voie est adaptée aux situations de blocage immédiat.

Les délais de prescription varient selon la nature de l'action : 3 ans pour les actions en responsabilité contre les dirigeants (article L223-23 du Code de commerce en SARL), 5 ans pour les actions fondées sur le droit commun des contrats.

Un litige entre associés engagé devant une juridiction incompétente entraîne un renvoi et un allongement des délais. Identifier le bon tribunal dès le départ est déterminant.
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FAQ

Un associé minoritaire peut-il demander seul une expertise de gestion ?

En SARL, l'associé doit détenir au moins 10 % du capital. En SAS ou SA, le seuil est de 5 %. Plusieurs associés peuvent se regrouper pour atteindre ce seuil. L'expertise in futurum (article 145 CPC) n'impose en revanche aucun seuil de détention.

Quel est le rôle du mandataire ad hoc dans un conflit entre associés ?

Le mandataire ad hoc est désigné par le juge des référés pour accomplir une mission précise : convoquer une assemblée, faciliter une négociation ou représenter la société. Il ne se substitue pas aux dirigeants, contrairement à l'administrateur provisoire.

Un pacte d'associés peut-il prévenir un contentieux ?

Oui. Un pacte bien rédigé prévoit des mécanismes de sortie (clause de buy or sell, droit de préemption), des procédures de médiation préalable et des règles de gouvernance complémentaires aux statuts. Il réduit le risque de blocage en encadrant les scénarios de désaccord.

Pour aller plus loin

Article 1844-7 du Code civil - Légifrance

Article L223-37 du Code de commerce - Légifrance

Article L225-231 du Code de commerce - Légifrance

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