
Jullian Hoareau

Accédez en -24h à un avocat d'affaires sélectionné parmi les meilleurs, à des honoraires maîtrisés.
1. Le scénario : un état des lieux de sortie contesté
2. Vétusté ou défaut d'entretien : la ligne de partage
3. Réparations locatives, grosses réparations, article 606
4. Ce que dit l'article 1755 du Code civil
5. Les clauses du bail qui déplacent la charge des travaux
6. Obligation d'entretien du locataire : ce qui reste à sa charge
7. Constituer la preuve : états des lieux et expertise
8. Risques, limites et arbitrage avant contentieux
Une entreprise restitue des bureaux occupés pendant une longue période. L'état des lieux de sortie relève des revêtements de sol usés, une climatisation hors service et des peintures dégradées. Le bailleur adresse un mémoire de remise en état et conserve le dépôt de garantie. Le directeur immobilier conteste : ces désordres traduisent selon lui l'usure normale du bien.
La discussion ne porte donc pas sur la réalité des dégradations, admise de part et d'autre, mais sur leur cause. Tant qu'elle n'est pas tranchée, engager des travaux ou une procédure revient à payer avant de savoir qui doit payer.
La vétusté correspond à l'état d'usure ou de détérioration d'une chose résultant du temps ou de l'usage. D'une part son origine, qui tient à l'écoulement du temps et non à un comportement. D'autre part son ampleur : la vétusté suppose la réfection ou le remplacement complet d'un élément d'équipement.
Le défaut d'entretien procède à l'inverse d'une abstention du preneur. La frontière n'est toutefois pas étanche : lorsque la vétusté est la conséquence du manquement du locataire à son obligation d'entretien, le bailleur n'en supporte pas la charge.
| Critère | Vétusté | Défaut d'entretien |
|---|---|---|
| Origine | Temps et usage du bien | Abstention du preneur |
| Ampleur | Remplacement complet de l'équipement | Réparation ou maintenance omise |
| Charge de principe | Bailleur | Preneur |
La qualification retenue à la sortie des locaux détermine directement le montant supporté par l'entreprise.
Faire cadrer la répartition des travaux par un avocat en baux commerciaux
Le Code civil répartit les travaux selon leur nature. L'article 1754 définit les réparations locatives, ou réparations de menu entretien, qui pèsent sur le locataire. L'article 606 définit à l'opposé les grosses réparations : gros murs, voûtes, poutres, couvertures entières, digues, murs de soutènement et de clôture en entier.
Depuis la loi Pinel, les dépenses relatives aux grosses réparations de l'article 606 ne peuvent plus être imputées au locataire. La qualification du travail litigieux précède donc l'examen de sa cause : un désordre structurel ne devient pas locatif parce que le preneur l'a laissé s'aggraver.
| Nature du travail | Texte de référence | Charge |
|---|---|---|
| Menu entretien et réparations locatives | Article 1754 du Code civil | Preneur |
| Grosses réparations structurelles | Article 606 du Code civil | Bailleur |
| Réparation locative due à la seule vétusté | Article 1755 du Code civil | Bailleur |
L'article 1755 du Code civil pose une exception à la charge des réparations locatives : aucune de ces réparations n'incombe au locataire lorsqu'elles ne sont occasionnées que par vétusté ou force majeure. Le terme « occasionnées » renvoie à la causalité : c'est l'origine du désordre, non sa localisation, qui décide. L'adverbe « que » impose une causalité exclusive : dès qu'un comportement du preneur a contribué au dommage, l'exception cesse de jouer.
Une lecture précise de la clause travaux évite d'engager des dépenses qui ne sont pas dues.
Sécuriser la sortie d'un bail commercial avec un avocat spécialisé
L'article 1755 n'est pas d'ordre public. Les parties peuvent y déroger par une stipulation expresse mettant, dans un bail commercial, la vétusté à la charge du preneur. Une telle clause s'interprète strictement : elle doit viser la vétusté elle-même, et non se contenter d'une formule générale sur l'entretien.
L'article L145-40-2 du Code de la construction et de l'habitation impose au bail de comporter un inventaire précis et limitatif des catégories de charges, impôts, taxes et redevances, avec leur répartition entre bailleur et preneur. Le bailleur doit en outre communiquer un état prévisionnel des travaux envisagés sur les trois années suivantes, avec un budget, ainsi qu'un état récapitulatif des travaux réalisés sur les trois années précédentes et leur coût, information renouvelée tous les trois ans.
L'obligation d'entretien du locataire dans un bail commercial ne disparaît pas parce que le bien vieillit. L'article 1732 du Code civil énonce que le preneur répond des dégradations ou des pertes survenues pendant sa jouissance, à moins qu'il ne prouve qu'elles ont eu lieu sans sa faute. En pratique, l'entreprise doit démontrer que le désordre relève du temps et non de son usage.
Les contrats de maintenance, les rapports d'intervention et les bons de visite constituent cette démonstration. Leur absence transforme une vétusté plausible en défaut d'entretien difficilement contestable.
La répartition contractuelle des travaux se négocie à la signature, plus rarement à la restitution.
Faire relire vos clauses travaux par un avocat en baux commerciaux
L'article 1731 du Code civil prévoit que, s'il n'en a pas été établi, le preneur est présumé avoir reçu les locaux en bon état de réparations locatives et doit les rendre tels, sauf preuve contraire. Une entreprise entrée sans état des lieux part donc d'une position défavorable et doit reconstituer l'état initial par d'autres moyens : photographies datées, devis d'aménagement, correspondances.
À la sortie, un état des lieux contradictoire détaillé, équipement par équipement, limite les contestations ultérieures. Lorsque la cause des désordres reste discutée, une expertise technique portant sur la durée de vie des équipements et leur historique d'exploitation objective le débat avant toute assignation.
Trois limites encadrent la position du preneur. D'abord, l'exception de vétusté suppose une causalité exclusive : une contribution du locataire suffit à la neutraliser. Ensuite, une clause expresse peut avoir contractuellement écarté cette protection. Enfin, la preuve incombe au preneur, qui doit documenter son entretien.
L'arbitrage se pose alors en termes financiers : comparer le montant réclamé, le coût d'une expertise et l'aléa probatoire. Lorsque le bail comporte une clause de transfert claire et que l'entretien n'est pas documenté, la négociation d'un abattement sur le mémoire de remise en état protège mieux la trésorerie qu'une procédure.
En principe le bailleur, car l'article 1755 du Code civil écarte de la charge du locataire les réparations locatives occasionnées par la seule vétusté. Cette règle cède devant une clause contraire du bail. Elle cède également lorsque la vétusté découle d'un manquement du preneur à son entretien.
Oui. L'article 1755 du Code civil n'est pas d'ordre public, ce qui autorise les parties à y déroger. La stipulation doit être expresse et viser la vétusté elle-même. Une clause générale d'entretien ne suffit pas à opérer ce transfert.
L'article 1731 du Code civil présume que le preneur a reçu les locaux en bon état de réparations locatives et qu'il doit les restituer dans cet état. Cette présomption admet la preuve contraire. Le locataire doit alors reconstituer l'état initial par des éléments datés.
Non pour celles de l'article 606 du Code civil, que la loi Pinel a exclues des charges imputables au locataire. Ce texte vise les gros murs, voûtes, poutres, couvertures entières, digues et murs de soutènement. La qualification du travail conditionne donc la refacturation.
En documentant l'exploitation du bien. Les contrats de maintenance, rapports d'intervention et factures de remplacement montrent que l'entretien a été assuré. L'article 1732 du Code civil faisant peser la preuve sur le preneur, ces pièces sont déterminantes en cas de contestation.
Article 1755 du Code civil - Légifrance
Article 1754 du Code civil - Légifrance
Contrat de bail commercial - Entreprendre.Service-Public.fr
SWIM LEGAL est une alternative au cabinet d'avocats traditionnel pour les besoins juridiques des entreprises. Incubé par le Barreau de Paris, SWIM a reçu le Prix de l'Innovation pour sa solution permettant à toute entreprise, quelle que soit sa taille ou sa localisation, d'accéder rapidement via la plateforme à des avocats d'affaires expérimentés. Les entreprises peuvent déposer leur besoin — qu'il s'agisse d'un dossier, d'une consultation ou d'un renfort temporaire — de manière confidentielle et recevoir des propositions d'avocats pour répondre rapidement à leur demande.
Avocat au Barreau de Paris (Toque L086), fondateur de SWIM LEGAL





