
Pourquoi l'état des lieux est obligatoire en bail commercial
État des lieux d'entrée : contenu et mentions obligatoires
État des lieux de sortie : délais et procédure
Absence d'état des lieux : conséquences juridiques
Recours à un commissaire de justice ou huissier
Se faire accompagner par un avocat en baux commerciaux
Avant la loi Pinel du 18 juin 2014, aucun texte n'imposait la réalisation d'un état des lieux lors de la conclusion d'un bail commercial. Les parties pouvaient s'en dispenser, ce qui alimentait un contentieux récurrent au moment de la restitution des locaux. Le preneur contestait les dégradations alléguées par le bailleur ; le bailleur réclamait des travaux de remise en état sans pouvoir prouver l'état initial du bien.
L'article L. 145-40-1 du Code de commerce a mis fin à cette lacune. Depuis le 20 juin 2014, un état des lieux local commercial doit être établi lors de la prise de possession des locaux par le locataire et lors de leur restitution. Cette obligation s'applique à tous les baux soumis au statut des baux commerciaux, quelle que soit la surface ou l'activité exercée.
Le texte précise que l'état des lieux est établi de manière contradictoire et amiable par les parties, ou par un tiers mandaté. En cas de désaccord, l'une ou l'autre partie peut faire appel à un commissaire de justice (anciennement huissier de justice), dont les frais sont alors partagés par moitié.
Cette obligation répond à un objectif simple : fixer une photographie datée et opposable de l'état du local à 2 moments précis — l'entrée et la sortie. Sans ce document, la répartition des responsabilités en matière de dégradations ou de travaux devient un exercice contentieux, long et coûteux.
L'état des lieux d'entrée doit être réalisé au moment de la prise de possession effective du local par le preneur. Il ne suffit pas de le signer le jour de la conclusion du bail si la remise des clés intervient ultérieurement. La date de référence est celle de l'entrée physique dans les lieux.
Le Code de commerce ne fournit pas de liste exhaustive de mentions obligatoires, contrairement au bail d'habitation (décret du 30 mars 2016). Toutefois, la jurisprudence et la pratique imposent un socle minimal pour que le document soit juridiquement exploitable :
| Mention | Objectif |
|---|---|
| Identité complète des parties (bailleur, preneur, mandataire éventuel) | Identifier les signataires et leur qualité |
| Adresse précise du local et description des surfaces | Délimiter le périmètre couvert |
| Date et heure de l'établissement | Fixer le moment de référence |
| Description pièce par pièce de l'état des sols, murs, plafonds, menuiseries | Documenter l'état réel du local |
| État des équipements (électricité, plomberie, chauffage, ventilation) | Prévenir les litiges sur les installations |
| Relevé des compteurs (eau, électricité, gaz) | Répartir les charges de consommation |
| Signatures des 2 parties ou de leurs mandataires | Valider le caractère contradictoire |
Un état des lieux d'entrée incomplet ou imprécis fragilise la position du bailleur comme du preneur lors de la restitution du local.
Consultez un avocat spécialisé en baux commerciaux pour sécuriser vos documents contractuels.
L'état des lieux de sortie est réalisé lors de la restitution des locaux, c'est-à-dire au moment de la remise effective des clés par le preneur au bailleur. Ce moment ne coïncide pas nécessairement avec la date de fin du bail : un preneur peut restituer les locaux avant le terme, ou les conserver au-delà en cas de maintien dans les lieux.
La notion d'usure normale (ou vétusté) est centrale. Un local commercial exploité pendant 9 ans présente nécessairement des traces d'usage. Le bailleur ne peut pas exiger une remise à neuf si le bail ne contient pas de clause spécifique de remise en état. En revanche, des dégradations résultant d'un défaut d'entretien ou d'une modification non autorisée relèvent de la responsabilité du preneur.
| Type de constat | Imputation |
|---|---|
| Peinture légèrement défraîchie après 9 ans d'exploitation | Vétusté — à la charge du bailleur |
| Cloison abattue sans autorisation | Dégradation — à la charge du preneur |
| Moquette usée dans les zones de passage | Vétusté — à la charge du bailleur |
| Fuite non signalée ayant endommagé le plancher | Défaut d'entretien — à la charge du preneur |
La comparaison entre état des lieux d'entrée et de sortie conditionne directement le montant des éventuelles retenues ou demandes de travaux.
Faites vérifier vos états des lieux par un avocat en baux commerciaux avant toute restitution.
L'absence d'état des lieux produit des effets juridiques distincts selon qu'elle concerne l'entrée ou la sortie.
L'article 1731 du Code civil prévoit une présomption : le preneur qui n'a pas exigé d'état des lieux d'entrée est réputé avoir reçu les locaux en bon état de réparations locatives. Cette présomption est simple — elle peut être renversée par la preuve contraire — mais elle place le preneur dans une position défavorable. Il devra démontrer, par tout moyen (photos, témoignages, correspondances), que le local présentait déjà des dégradations au moment de son entrée.
En pratique, cette preuve est difficile à rapporter plusieurs années après la prise de possession. Le preneur s'expose alors à devoir financer des travaux de remise en état pour des désordres qu'il n'a pas causés.
L'absence d'état des lieux de sortie prive le bailleur de son principal outil de preuve pour réclamer des réparations. Sans constat contradictoire, il lui sera difficile d'établir que les dégradations existaient au moment de la restitution et non après celle-ci.
Les litiges liés à la restitution de locaux commerciaux portent fréquemment sur des montants compris entre 10 000 € et plusieurs centaines de milliers d'euros, selon la surface et la nature des travaux contestés. Le coût d'un état des lieux — entre 500 € et 2 000 € pour un commissaire de justice selon la superficie — reste marginal au regard du risque financier.
Depuis le 1er juillet 2022, les huissiers de justice et les commissaires-priseurs judiciaires ont fusionné sous le titre de commissaire de justice. Dans le cadre d'un état des lieux de bail commercial, leur intervention peut être sollicitée dans 2 situations.
Les parties décident ensemble de confier l'état des lieux à un commissaire de justice. Ce choix garantit l'impartialité du constat et renforce sa valeur probante devant les tribunaux. Les frais sont répartis librement entre bailleur et preneur, selon les termes convenus.
Lorsque l'une des parties refuse d'établir un état des lieux amiable ou ne se présente pas, l'autre partie peut mandater un commissaire de justice pour dresser un constat unilatéral. L'article L. 145-40-1 du Code de commerce prévoit alors un partage des frais par moitié.
Ce mécanisme protège le preneur comme le bailleur contre toute stratégie d'évitement. Un bailleur qui refuserait systématiquement l'état des lieux d'entrée pour bénéficier de la présomption de bon état s'exposerait à voir le constat unilatéral du preneur lui être opposé.
Le recours à un commissaire de justice constitue la garantie la plus solide en matière de preuve pour un état des lieux local commercial.
Identifiez un avocat en baux commerciaux pour coordonner l'intervention et vérifier la conformité du constat.
L'état des lieux d'un local commercial n'est pas un simple formulaire administratif. C'est un document juridique dont la rédaction conditionne la répartition des responsabilités financières entre bailleur et preneur, parfois pour des montants considérables.
| Situation | Niveau de risque | Recommandation |
|---|---|---|
| Bail portant sur un local de moins de 100 m² | Modéré | État des lieux amiable avec commissaire de justice |
| Bail portant sur un local de plus de 500 m² avec aménagements lourds | Élevé | Accompagnement avocat + commissaire de justice |
| Restitution après travaux non autorisés par le bailleur | Très élevé | Avocat indispensable pour évaluer l'exposition financière |
| Refus de l'une des parties de participer à l'état des lieux | Élevé | Avocat pour organiser le constat unilatéral |
Pour un directeur juridique, l'enjeu n'est pas seulement de produire un document conforme. Il s'agit d'anticiper les points de friction, de documenter les positions de l'entreprise et de réduire l'exposition au contentieux dès la phase amiable.
Non. L'obligation issue de la loi Pinel s'applique aux baux conclus ou renouvelés à compter du 20 juin 2014. Pour les baux antérieurs, l'état des lieux reste facultatif mais fortement recommandé. En l'absence de document, la présomption de bon état de l'article 1731 du Code civil s'applique au détriment du preneur.
Lorsque les 2 parties décident conjointement de recourir à un commissaire de justice, la répartition des frais est libre. En revanche, si l'intervention résulte du refus de l'une des parties de procéder à un état des lieux amiable, l'article L. 145-40-1 du Code de commerce impose un partage des frais par moitié.
Oui, mais la contestation est difficile. La signature vaut accord sur le constat. Le contestataire devra prouver une erreur matérielle, un vice du consentement (dol, violence) ou l'omission d'un élément déterminant. En pratique, il est préférable de formuler des réserves écrites au moment de la signature plutôt que de contester a posteriori.
L'état des lieux est un document contradictoire établi par les 2 parties ou par un tiers mandaté. Le constat de commissaire de justice est un acte unilatéral dressé par un officier ministériel. Les 2 ont une valeur probante, mais le constat de commissaire de justice bénéficie d'une force probante renforcée devant les tribunaux car il émane d'un officier public.
Non. Les baux dérogatoires (dits baux de courte durée, d'une durée maximale de 3 ans) ne sont pas soumis au statut des baux commerciaux. L'obligation de l'article L. 145-40-1 ne leur est donc pas applicable. Il reste néanmoins conseillé d'en établir un pour prévenir tout litige à la restitution.
Article L145-40-1 - Code de commerce (état des lieux bail commercial) - Légifrance
Bail commercial : droits et obligations - Service-Public Entreprendre
Actualité baux commerciaux 2024 : points de vigilance - Grant Thornton Avocats
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