Reprise de bail par un autre locataire : définition, procédure et cadre juridique

Guides & Ressources pratiques
18 Mar 2026
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8
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Points clés de l'article
  1. La reprise de bail par un autre locataire désigne le mécanisme par lequel un tiers se substitue au locataire en place dans un contrat de bail existant, sans conclure un nouveau bail.
  2. En matière commerciale, l'article L145-16 du Code de commerce encadre strictement la cession du droit au bail, tandis que la reprise de bail d'habitation relève du Code civil et de la loi du 6 juillet 1989.
  3. Reprise de bail, cession de bail et sous-location sont 3 mécanismes distincts qui n'emportent ni les mêmes effets juridiques, ni les mêmes obligations pour les parties.
  4. La procédure exige une notification formelle au bailleur, le respect des clauses du bail initial et, selon les cas, l'accord exprès du propriétaire.
  5. Plusieurs clauses sensibles (clause de solidarité, clause d'agrément, garantie du cédant) doivent être identifiées en amont pour sécuriser l'opération.

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Sommaire

Qu'est-ce que la reprise de bail par un autre locataire ?

Cadre légal : articles L145-16 et suivants du Code de commerce

Reprise de bail, cession de bail, sous-location : quelles différences ?

Procédure de reprise : étapes, notification et formalités

Rôle et obligations du bailleur dans la reprise

Cas particuliers : reprise de bail HLM et logement familial

Clauses sensibles et risques juridiques à anticiper

FAQ

Pour aller plus loin

Qu'est-ce que la reprise de bail par un autre locataire ?

La reprise de bail par un autre locataire désigne l'opération par laquelle un tiers entre dans un contrat de bail en cours, aux lieu et place du locataire initial. Le bail n'est pas résilié puis recréé : il se poursuit avec un nouveau titulaire, aux mêmes conditions contractuelles.

Ce mécanisme se distingue d'une simple relocation. Le nouveau locataire hérite des droits et obligations du bail existant : durée restante, montant du loyer, clauses particulières. En pratique, cette situation se rencontre fréquemment lors de la cession d'un fonds de commerce, d'un départ anticipé du locataire ou d'un transfert d'activité entre sociétés d'un même groupe.

Pour le bailleur, la reprise implique un changement de débiteur. Pour le locataire sortant, elle permet de se libérer de ses engagements contractuels, sous réserve des clauses de solidarité éventuelles. Pour le repreneur, elle offre l'accès à un emplacement sans renégocier l'intégralité des termes du bail.

La reprise de bail n'est pas un concept défini par un article unique du Code civil ou du Code de commerce. Elle résulte de la combinaison de plusieurs mécanismes juridiques — cession de contrat, cession du droit au bail, transfert universel de patrimoine — dont le régime varie selon la nature du bail concerné (commercial, d'habitation, professionnel).

Cadre légal : articles L145-16 et suivants du Code de commerce

En matière de baux commerciaux, le cadre juridique repose sur les articles L145-16 et suivants du Code de commerce. L'article L145-16 pose un principe clair : sont réputées non écrites les clauses qui interdisent au locataire de céder son bail à l'acquéreur de son fonds de commerce. Cette disposition est d'ordre public. Aucune stipulation contractuelle ne peut y déroger.

En revanche, le bailleur conserve le droit d'encadrer les conditions de la cession. L'article L145-16 alinéa 2 autorise les clauses imposant l'agrément préalable du bailleur ou la participation de celui-ci à l'acte de cession. Ces clauses sont valides dès lors qu'elles ne reviennent pas à interdire purement et simplement la cession.

Pour les baux d'habitation, le cadre diffère. La loi n° 89-462 du 6 juillet 1989 ne prévoit pas de droit automatique à la cession du bail. L'article 8 de cette loi encadre la sous-location et la cession en exigeant l'accord écrit du bailleur. Sans cet accord, la cession est inopposable au propriétaire.

La réforme du droit des obligations de 2016 (ordonnance du 10 février 2016) a par ailleurs introduit les articles 1216 à 1216-3 du Code civil, qui codifient la cession de contrat. Ce régime général s'applique subsidiairement lorsque aucun texte spécial ne régit la situation.

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Reprise de bail, cession de bail, sous-location : quelles différences ?

Ces 3 mécanismes sont souvent confondus. Ils produisent pourtant des effets juridiques distincts.

CritèreReprise de bailCession de bailSous-location
Parties au contratLe repreneur se substitue au locataire initialLe cessionnaire acquiert les droits du cédantLe sous-locataire contracte avec le locataire principal
Lien avec le bailleurDirect : le repreneur devient le locataireDirect : le cessionnaire est le nouveau débiteurIndirect : le bailleur n'est pas partie au contrat de sous-location
Sort du bail initialSe poursuit avec un nouveau titulaireSe poursuit avec transfert des droitsSe maintient ; un second contrat se superpose
Accord du bailleurRequis sauf exception légaleRequis sauf cession avec fonds de commerce (L145-16)Requis dans tous les cas (bail commercial et habitation)
Responsabilité du locataire initialLibéré sauf clause de solidaritéLibéré sauf clause de garantie solidaireReste débiteur principal du bailleur

La cession de bail transfère le contrat lui-même. La sous-location crée un contrat distinct entre le locataire principal et le sous-locataire, sans modifier le bail initial. La reprise de bail, au sens large, englobe les hypothèses de substitution de locataire, qu'elle résulte d'une cession conventionnelle ou d'un transfert légal (fusion, scission, transmission universelle de patrimoine).

Procédure de reprise : étapes, notification et formalités

La procédure varie selon le type de bail, mais suit une logique commune en 4 étapes.

1. Vérification des clauses du bail en cours

Le bail initial doit être analysé intégralement. Les clauses d'agrément, de solidarité, d'interdiction de cession hors fonds de commerce et les conditions de forme imposées par le contrat déterminent la marche à suivre.

2. Notification au bailleur

Le locataire sortant doit informer le bailleur de son intention de céder ou transférer le bail. En matière commerciale, cette notification prend généralement la forme d'un acte extrajudiciaire (signification par commissaire de justice). En matière d'habitation, une lettre recommandée avec accusé de réception suffit dans la plupart des cas.

3. Obtention de l'accord du bailleur

Lorsque le bail contient une clause d'agrément, le bailleur doit donner son consentement exprès. Son refus doit être motivé par un motif légitime. En bail commercial, un refus abusif peut être contesté devant le tribunal judiciaire.

4. Formalisation de l'acte de cession

L'acte de cession doit être rédigé par écrit. Il précise l'identité des parties, les conditions financières, la date de prise d'effet et le sort des dépôts de garantie. En bail commercial, l'acte est souvent établi par acte authentique ou sous seing privé avec signature du bailleur.

ÉtapeBail commercialBail d'habitation
NotificationActe de commissaire de justiceLRAR
Accord du bailleurRequis si clause d'agrémentRequis systématiquement (art. 8 loi 1989)
Forme de l'acteActe authentique ou sous seing privéÉcrit libre avec accord du bailleur
PublicationNon obligatoire (sauf fonds de commerce)Non requise
La rédaction de l'acte de cession conditionne la sécurité juridique de l'ensemble de l'opération.
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Rôle et obligations du bailleur dans la reprise

Le bailleur n'est pas un simple spectateur de la reprise de bail par un autre locataire. Son rôle varie selon le régime applicable, mais il conserve dans tous les cas des prérogatives déterminantes.

En bail commercial, le bailleur peut conditionner son accord à la vérification de la solvabilité du repreneur, à la fourniture de garanties (caution, dépôt de garantie renforcé) ou à la modification de certaines clauses. Il ne peut toutefois pas s'opposer à la cession du bail lorsque celle-ci accompagne la vente du fonds de commerce (article L145-16 du Code de commerce).

Le bailleur doit également être appelé à concourir à l'acte de cession lorsque le bail le prévoit. L'absence de cette formalité peut entraîner l'inopposabilité de la cession à son égard. La Cour de cassation a confirmé à plusieurs reprises que le non-respect d'une clause imposant la participation du bailleur à l'acte constitue un motif de résiliation du bail (Cass. 3e civ., 9 février 2017, n° 15-28.822).

En bail d'habitation, le bailleur dispose d'un pouvoir discrétionnaire plus large. Il peut refuser la cession sans avoir à justifier sa décision, sauf dans les hypothèses légales de transfert automatique (décès du locataire, abandon du domicile conjugal).

Cas particuliers : reprise de bail HLM et logement familial

Certaines situations dérogent au régime de droit commun.

Bail HLM. Le transfert du bail d'un logement social est encadré par l'article L442-3-4 du Code de la construction et de l'habitation. En cas de décès du locataire ou d'abandon du domicile, le bail peut être transféré au conjoint, au partenaire de PACS ou aux descendants qui vivaient dans le logement depuis au moins 1 an. Le bailleur social peut toutefois proposer un relogement adapté si le logement est sous-occupé au sens de l'article L621-2 du même code.

Logement familial. L'article 1751 du Code civil prévoit la cotitularité du bail d'habitation entre époux, quel que soit le régime matrimonial. En cas de divorce, le juge attribue le bail à l'un des époux. En cas de décès, le conjoint survivant bénéficie d'un droit exclusif au maintien dans les lieux. Ce transfert s'opère de plein droit, sans formalité particulière.

Transmission universelle de patrimoine (TUP). Lorsqu'une société absorbe une autre société titulaire d'un bail commercial, le bail est transmis automatiquement dans le cadre de la TUP (article 1844-5 du Code civil). Le bailleur ne peut pas s'y opposer, même si le bail contient une clause d'agrément. La Cour de cassation a confirmé cette solution dans un arrêt du 12 juillet 2005 (Cass. 3e civ., n° 04-14.916).

Clauses sensibles et risques juridiques à anticiper

Plusieurs points de vigilance doivent être identifiés avant toute opération de reprise.

Clause de solidarité. De nombreux baux commerciaux prévoient que le cédant reste solidairement tenu du paiement des loyers pendant une durée déterminée après la cession. La loi Pinel du 18 juin 2014 a limité cette solidarité à 3 ans à compter de la cession (article L145-16-2 du Code de commerce). Toute clause prévoyant une durée supérieure est réputée non écrite.

Clause d'agrément. Le non-respect d'une clause d'agrément expose le locataire cédant à la résiliation judiciaire du bail. Le repreneur se retrouve alors sans titre d'occupation.

Défaut de notification. L'absence de signification de la cession au bailleur rend l'opération inopposable à ce dernier (article 1690 du Code civil, applicable par renvoi en matière de cession de créance).

Risque de requalification. Une reprise de bail mal formalisée peut être requalifiée en sous-location déguisée. Or, la sous-location non autorisée constitue un motif de résiliation du bail, tant en matière commerciale qu'en matière d'habitation.

RisqueConséquencePrévention
Non-respect clause d'agrémentRésiliation du bailObtenir l'accord écrit du bailleur avant la cession
Défaut de significationInopposabilité au bailleurSignifier la cession par commissaire de justice
Solidarité non encadréeEngagement du cédant au-delà de 3 ansVérifier la conformité à l'article L145-16-2
Requalification en sous-locationRésiliation et expulsionFormaliser un acte de cession conforme
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FAQ

Le bailleur peut-il refuser la reprise d'un bail commercial ?
En bail commercial, le bailleur ne peut pas s'opposer à la cession du bail lorsqu'elle accompagne la vente du fonds de commerce (article L145-16 du Code de commerce). En revanche, il peut refuser une cession isolée du droit au bail si le contrat contient une clause d'agrément. Ce refus doit reposer sur un motif légitime sous peine d'être qualifié d'abusif par le juge.

Quelle est la différence entre reprise de bail et nouveau bail ?
La reprise de bail maintient le contrat existant avec ses conditions initiales (loyer, durée restante, clauses). Le repreneur se substitue au locataire sortant. Un nouveau bail, en revanche, implique la résiliation du contrat en cours et la conclusion d'un contrat distinct, avec des conditions potentiellement différentes et un nouveau point de départ pour la durée.

Le locataire sortant reste-t-il responsable après une cession de bail commercial ?
Oui, si le bail contient une clause de solidarité. Depuis la loi Pinel de 2014, cette solidarité est limitée à 3 ans après la date de cession (article L145-16-2 du Code de commerce). Au-delà, le cédant est libéré de toute obligation envers le bailleur, quelle que soit la rédaction de la clause.

Faut-il un acte notarié pour céder un bail commercial ?
Non, l'acte notarié n'est pas obligatoire. La cession peut être formalisée par acte sous seing privé. Toutefois, l'acte authentique offre une date certaine et une force probante renforcée. En pratique, de nombreux baux imposent contractuellement la forme authentique ou la participation du bailleur à l'acte.

Un bail d'habitation peut-il être transféré sans l'accord du propriétaire ?
Oui, dans des cas limitativement prévus par la loi. En cas de décès du locataire, le bail est transféré de plein droit au conjoint survivant, au partenaire de PACS ou aux descendants vivant dans le logement (article 14 de la loi du 6 juillet 1989). En dehors de ces hypothèses, l'accord écrit du bailleur est indispensable.

Pour aller plus loin

Article L145-16 Code de commerce - Légifrance

Cession du bail commercial - Service Public Entreprendre

Chapitre V Du bail commercial, articles L145-1 à L145-60 - Légifrance

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