
Jullian Hoareau

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Incorporation de compte courant : définition et principe
Conditions préalables à l'incorporation en SARL
Procédure étape par étape de l'opération
Formalités légales et publicité après l'augmentation
Avantages, limites et conséquences fiscales
Erreurs fréquentes et points de vigilance
Lorsqu'un associé avance des fonds à sa SARL, la somme est inscrite au passif du bilan en compte courant d'associé. Cette ligne comptable représente une dette de la société envers l'associé : elle est remboursable, souvent à tout moment, et peut produire des intérêts.
L'augmentation de capital par incorporation de compte courant consiste à convertir tout ou partie de cette créance en capital social. Concrètement, l'associé renonce au remboursement de sa créance. En contrepartie, la SARL émet de nouvelles parts sociales à son profit. Le passif « dette » diminue ; le poste « capital social » augmente du même montant.
Le mécanisme s'apparente à un apport en numéraire, mais sans mouvement de trésorerie. Aucun virement bancaire n'intervient : la société ne reçoit pas de fonds nouveaux, elle annule une dette existante. C'est pourquoi l'opération est qualifiée d'apport en nature d'une créance par le Code de commerce.
Ce levier est fréquemment utilisé par les TPE et PME dont les associés ont financé la croissance par des avances successives. Il permet de renforcer les fonds propres sans solliciter de financement externe.
La créance inscrite en compte courant doit remplir 3 critères cumulatifs :
| Critère | Signification concrète |
|---|---|
| Certaine | Son existence ne fait aucun doute ; elle est comptabilisée et reconnue par la société. |
| Liquide | Son montant est déterminé avec précision en euros. |
| Exigible | L'associé peut en demander le remboursement immédiat, sauf convention de blocage en cours. |
Si la créance est bloquée par une convention de compte courant prévoyant un terme non échu, elle n'est pas exigible. L'incorporation ne peut alors porter que sur la fraction exigible.
L'article L. 223-33 du Code de commerce prévoit la désignation d'un commissaire aux apports pour toute augmentation de capital par apport en nature en SARL. L'incorporation d'un compte courant entre dans cette catégorie. Le commissaire vérifie la valeur de la créance et établit un rapport destiné à l'assemblée.
Toutefois, les associés peuvent décider à l'unanimité de ne pas recourir à un commissaire aux apports lorsque la valeur de chaque apport en nature est inférieure à 30 000 € et que le total des apports en nature ne dépasse pas la moitié du nouveau capital social (article L. 223-9 du Code de commerce).
L'augmentation de capital n'est possible que si le capital existant a été intégralement libéré. Si des apports initiaux restent partiellement non versés, l'opération est bloquée tant que la libération n'est pas achevée.
Arrêter le montant de la créance à incorporer. Le gérant et l'associé concerné déterminent la fraction du compte courant à convertir. Un arrêté de compte est établi à une date précise.
Désigner un commissaire aux apports (sauf dispense unanime dans les conditions légales). Le commissaire rend son rapport dans un délai convenu, en général 4 à 6 semaines.
Convoquer l'assemblée générale extraordinaire. Le gérant adresse la convocation aux associés au moins 15 jours avant la date de l'AGE, accompagnée du rapport du commissaire aux apports et du projet de résolution.
Voter la résolution d'augmentation de capital. Depuis la loi du 4 août 2008, la majorité requise est fixée aux 2/3 des parts détenues par les associés présents ou représentés. Pour les SARL créées avant cette date et n'ayant pas modifié leurs statuts, l'ancienne règle des 3/4 peut encore s'appliquer.
Émettre les nouvelles parts sociales. Le nombre de parts créées résulte du rapport entre le montant incorporé et la valeur nominale d'une part. Si le compte courant incorporé est de 50 000 € et la valeur nominale de 100 €, 500 parts nouvelles sont émises.
Mettre à jour les statuts. Le capital social, le nombre de parts et la répartition entre associés sont modifiés dans les statuts.
Convertir un compte courant en capital engage des choix juridiques et financiers qui méritent un cadrage précis.
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Une fois l'AGE tenue et le procès-verbal signé, plusieurs formalités s'enchaînent dans un ordre précis :
| Étape | Délai indicatif | Destinataire |
|---|---|---|
| Enregistrement du PV d'AGE auprès du SIE (service des impôts) | 1 mois après l'AGE | Service des impôts des entreprises |
| Publication d'une annonce légale dans un journal habilité du département du siège | Avant le dépôt au greffe | Journal d'annonces légales |
| Dépôt du dossier modificatif au greffe du tribunal de commerce (ou via le guichet unique INPI) | 1 mois après l'AGE | Greffe / guichet unique |
| Inscription modificative au RCS et obtention du Kbis mis à jour | Variable (1 à 3 semaines) | Greffe |
Le dossier déposé au greffe comprend : le procès-verbal d'AGE, les statuts mis à jour, le rapport du commissaire aux apports (le cas échéant), l'attestation de parution de l'annonce légale et le formulaire de modification (M2 ou déclaration en ligne).
Le coût global des formalités — annonce légale, greffe, éventuels honoraires du commissaire — varie généralement entre 500 € et 2 500 € selon la complexité du dossier.
Structurer une augmentation de capital nécessite de mesurer les effets fiscaux et patrimoniaux avant de voter la résolution.
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Incorporer une créance non exigible. Si une convention de blocage court encore, l'opération est contestable. Vérifiez systématiquement les termes de la convention de compte courant avant de lancer la procédure.
Omettre le commissaire aux apports. L'absence de rapport alors qu'il est obligatoire expose le gérant à une action en responsabilité et peut entraîner la nullité de l'augmentation.
Ne pas mettre à jour les statuts. Des statuts non modifiés créent une discordance avec le Kbis, ce qui bloque les démarches bancaires et les opérations ultérieures sur le capital.
Négliger l'impact sur la répartition du capital. L'émission de parts nouvelles modifie les pourcentages de détention. Un associé minoritaire peut se retrouver sous le seuil de la minorité de blocage (plus du tiers des parts) sans l'avoir anticipé.
Confondre valeur nominale et valeur réelle. Si la SARL a accumulé des réserves, la valeur réelle d'une part dépasse sa valeur nominale. Émettre des parts au nominal sans prime d'émission revient à avantager l'associé incorporant au détriment des autres. Une prime d'émission peut être nécessaire pour préserver l'équité entre associés.
Oui. L'associé choisit librement le montant à convertir. Le solde restant demeure inscrit en compte courant et conserve son caractère de créance remboursable. La résolution d'AGE doit préciser le montant exact incorporé.
En principe, oui. Cependant, les associés peuvent décider à l'unanimité de s'en dispenser si chaque apport en nature est inférieur à 30 000 € et si le total des apports en nature ne dépasse pas 50 % du nouveau capital. Dans ce cas, le gérant assume la responsabilité de l'évaluation.
Oui, mécaniquement. Les parts nouvelles sont attribuées à l'associé qui incorpore sa créance. Les autres associés voient leur pourcentage de détention diminuer, sauf s'ils souscrivent eux-mêmes à l'augmentation ou si les statuts prévoient un droit préférentiel de souscription.
Le droit d'enregistrement fixe s'élève à 500 €. Il faut y ajouter les frais de publication d'annonce légale (150 à 250 €), les frais de greffe (environ 200 €) et, le cas échéant, les honoraires du commissaire aux apports (1 000 à 3 000 € selon la complexité).
Non. Une fois l'augmentation de capital votée et les formalités accomplies, la créance de compte courant est éteinte. L'associé ne peut pas revenir en arrière. Pour récupérer sa mise, il devra céder ses parts sociales ou procéder à une réduction de capital, deux opérations distinctes soumises à leurs propres règles.
Chapitre III : Des sociétés à responsabilité limitée (L223-1 à L223-43) - Légifrance
Article R225-134, arrêté de compte et libération par compensation - Légifrance
Société : rédaction et enregistrement des statuts - Service-Public
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