Augmentation de capital en SAS : étapes, formalités et coûts

Guides & Ressources pratiques
16 Jul 2026
-
10 min de lecture
-
Par

Jullian Hoareau

Points clés de l'article
  1. L'augmentation de capital d'une SAS peut se faire par apport en numéraire, en nature ou par incorporation de réserves.
  2. La décision relève de la collectivité des associés, selon les modalités prévues par les statuts.
  3. La procédure suit un enchaînement précis : décision collective, dépôt des fonds, modification des statuts, publicité légale et dépôt au greffe.
  4. Le coût global oscille entre 500 € et 2 000 € hors intervention d'un commissaire aux apports.
  5. Toute erreur de formalisme (délai, publication, rédaction du PV) peut entraîner la nullité de l'opération ou un rejet du greffe.

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Sommaire

Dans quels cas augmenter le capital d'une SAS ?

Les modes d'augmentation de capital en SAS

Conditions et prérequis avant l'opération

Procédure étape par étape de l'augmentation

Formalités légales, publicité et dépôt au greffe

Points de vigilance et erreurs fréquentes à éviter

Checklist et documents à réunir

FAQ

Pour aller plus loin

L'augmentation de capital en SAS constitue l'une des opérations juridiques les plus courantes dans la vie d'une société par actions simplifiée. Elle permet de renforcer les fonds propres, d'accueillir de nouveaux investisseurs ou de financer un projet de croissance. En 2023, plus de 120 000 modifications statutaires liées au capital ont été enregistrées auprès des greffes des tribunaux de commerce en France. Pourtant, une part significative de ces dossiers fait l'objet de rejets ou de demandes de régularisation, souvent pour des erreurs de procédure évitables. Ce guide détaille chaque étape, chaque formalité et chaque poste de coût pour sécuriser l'opération de bout en bout.

Dans quels cas augmenter le capital d'une SAS ?

Plusieurs situations conduisent une SAS à augmenter son capital social. La première est le besoin de financement interne : plutôt que de recourir à l'emprunt bancaire, les associés injectent des fonds propres pour financer un investissement, une acquisition ou un développement commercial. Cette voie présente l'avantage de ne pas alourdir l'endettement et d'améliorer le ratio de solvabilité.

La deuxième situation concerne l'entrée d'un nouvel associé ou investisseur. En SAS, l'émission de nouvelles actions au profit d'un tiers permet de structurer une levée de fonds. Le nouvel entrant souscrit des actions à un prix qui intègre une prime d'émission, reflétant la valeur réelle de la société par rapport à la valeur nominale des actions.

Troisième cas : la reconstitution des capitaux propres. Lorsque les pertes cumulées réduisent les capitaux propres en dessous de la moitié du capital social, l'article L. 225-248 du Code de commerce (applicable aux SAS via l'article L. 227-1) impose aux associés de décider, dans les 4 mois suivant l'approbation des comptes, s'ils dissolvent la société ou reconstituent les capitaux propres. L'augmentation de capital est alors un levier de régularisation.

Enfin, l'incorporation de réserves ou de comptes courants d'associés permet de transformer des sommes déjà disponibles dans la société en capital social, sans apport de trésorerie supplémentaire.

Les modes d'augmentation de capital en SAS

Le droit français prévoit 3 modalités distinctes pour augmenter le capital d'une SAS. Chacune répond à une logique financière et juridique propre.

ModePrincipeEffet sur la trésorerie
Apport en numéraireLes associés (ou des tiers) versent des fonds sur un compte bloquéEntrée de trésorerie
Apport en natureUn bien (immeuble, fonds de commerce, brevet) est transféré à la sociétéPas d'entrée de trésorerie, mais acquisition d'un actif
Incorporation de réservesLes bénéfices non distribués ou primes d'émission sont convertis en capitalAucun mouvement de trésorerie

L'apport en numéraire est le plus fréquent. Il suppose le dépôt des fonds auprès d'un établissement bancaire, d'un notaire ou de la Caisse des dépôts. Les fonds restent bloqués jusqu'à la réalisation définitive de l'augmentation.

L'apport en nature nécessite l'intervention d'un commissaire aux apports, désigné à l'unanimité des associés ou par le président du tribunal de commerce. Ce commissaire évalue le bien apporté et rédige un rapport. Les associés peuvent décider de retenir une valeur différente, mais ils engagent alors leur responsabilité solidaire pendant 5 ans si la valeur est surévaluée.

L'incorporation de réserves ne modifie pas la structure financière réelle de la société. Elle augmente le capital nominal en contrepartie d'une diminution des réserves. Cette opération est souvent utilisée pour renforcer la crédibilité financière vis-à-vis de partenaires commerciaux ou bancaires.

Conditions et prérequis avant l'opération

Avant de lancer une augmentation de capital, plusieurs conditions doivent être réunies.

Le capital initial doit être intégralement libéré. L'article L. 225-131 du Code de commerce interdit toute augmentation de capital en numéraire tant que le capital existant n'a pas été entièrement libéré. Cette règle ne s'applique pas aux augmentations par incorporation de réserves ou par apport en nature.

Les statuts doivent être consultés en détail. En SAS, la loi renvoie largement aux statuts pour organiser les décisions collectives. Il faut vérifier :

  • L'organe compétent pour décider l'augmentation (assemblée des associés, président, ou autre organe statutaire)
  • Les règles de majorité applicables
  • L'existence éventuelle d'un droit préférentiel de souscription (DPS) au profit des associés existants
  • Les clauses d'agrément ou de préemption

Un rapport du président ou de l'organe de direction est généralement requis pour exposer les motifs de l'augmentation, le prix d'émission proposé et l'impact sur la répartition du capital.

Structurer une augmentation de capital exige une lecture précise des statuts et du cadre légal applicable à la SAS.
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Procédure étape par étape de l'augmentation

La procédure suit un enchaînement chronologique strict. Toute inversion ou omission peut entraîner un rejet du greffe.

Étape 1 : convocation de la décision collective

Le président (ou l'organe désigné par les statuts) convoque les associés. Le délai de convocation est fixé par les statuts. À défaut de précision statutaire, un délai raisonnable de 15 jours est recommandé. L'ordre du jour doit mentionner explicitement le projet d'augmentation de capital.

Étape 2 : tenue de l'assemblée et rédaction du procès-verbal

Les associés votent selon les règles de majorité prévues par les statuts. Le procès-verbal (PV) doit mentionner :

  • Le montant de l'augmentation
  • Le nombre d'actions nouvelles émises
  • Le prix d'émission (valeur nominale + prime d'émission éventuelle)
  • Les modalités de libération
  • La modification corrélative des statuts

Étape 3 : dépôt des fonds (apport en numéraire)

Les souscripteurs versent les fonds sur un compte bloqué ouvert au nom de la société. La banque délivre une attestation de dépôt des fonds. En SAS, les actions doivent être libérées d'au moins 50 % de leur valeur nominale à la souscription, le solde devant être versé dans les 5 ans.

Étape 4 : mise à jour des statuts

Les statuts sont modifiés pour refléter le nouveau montant du capital social et la nouvelle répartition des actions. Cette mise à jour est indispensable pour le dépôt au greffe.

Étape 5 : enregistrement fiscal

Depuis le 1er janvier 2019, les actes d'augmentation de capital sont en principe exonérés de droits d'enregistrement (droit fixe de 0 €), sauf cas particuliers (apport d'immeuble, de fonds de commerce). L'acte doit néanmoins être présenté au service des impôts des entreprises (SIE) dans le mois suivant la décision.

Formalités légales, publicité et dépôt au greffe

Publication d'un avis de modification

Un avis de modification doit être publié dans un journal d'annonces légales (JAL) du département du siège social. Le coût varie selon le département et la longueur de l'annonce, généralement entre 150 € et 250 € HT.

L'avis doit contenir : la dénomination sociale, la forme juridique, le siège, le numéro SIREN, l'ancien et le nouveau montant du capital, la date de la décision et l'organe qui l'a prise.

Dépôt du dossier au greffe

Le dossier complet doit être déposé au greffe du tribunal de commerce (ou via le guichet unique INPI depuis le 1er janvier 2023). Il comprend :

DocumentObservations
Formulaire M2 (ou déclaration en ligne sur le guichet unique)Rempli et signé par le représentant légal
PV de la décision collectiveCopie certifiée conforme
Statuts mis à jourDatés et certifiés conformes
Attestation de dépôt des fondsUniquement pour les apports en numéraire
Attestation de parution JALOriginal
Rapport du commissaire aux apportsUniquement pour les apports en nature

Le coût du greffe s'élève à environ 200 € à 250 € pour les frais d'inscription modificative.

Déblocage des fonds

Une fois l'inscription modificative réalisée et le nouvel extrait Kbis obtenu, le représentant légal présente ce document à la banque pour obtenir le déblocage des fonds déposés sur le compte bloqué.

Chaque formalité conditionne la suivante : un oubli retarde l'ensemble de l'opération et peut exposer la société à des risques juridiques.
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Points de vigilance et erreurs fréquentes à éviter

Oublier de vérifier la libération intégrale du capital existant. C'est la cause de rejet la plus fréquente pour les augmentations en numéraire. Le greffe exige la preuve que le capital antérieur est entièrement libéré.

Négliger les clauses statutaires. En SAS, les statuts priment sur les dispositions supplétives du Code de commerce. Une décision prise par le mauvais organe ou selon une majorité incorrecte est annulable.

Sous-estimer la prime d'émission. Lorsqu'un nouvel associé entre au capital, l'absence de prime d'émission revient à lui attribuer des actions à leur valeur nominale, ce qui dilue les associés historiques sans compensation. La prime d'émission doit refléter la valeur réelle de la société.

Omettre le droit préférentiel de souscription. Si les statuts prévoient un DPS, chaque associé existant doit pouvoir souscrire en priorité aux actions nouvelles, proportionnellement à sa participation. Le non-respect de ce droit peut entraîner la nullité de l'augmentation.

Dépasser les délais de dépôt. Le dossier doit être déposé au greffe dans le mois suivant la réalisation définitive de l'augmentation. Un dépôt tardif expose la société à des pénalités et à une inopposabilité aux tiers.

Checklist et documents à réunir

Avant de lancer l'opération, cette liste récapitule les éléments indispensables :

  • ✅ Statuts à jour et vérification des clauses relatives au capital
  • ✅ Preuve de libération intégrale du capital existant
  • ✅ Rapport du président justifiant l'opération
  • ✅ Convocation des associés dans les délais statutaires
  • ✅ Bulletin de souscription signé par chaque souscripteur
  • ✅ Attestation de dépôt des fonds (apport en numéraire)
  • ✅ Rapport du commissaire aux apports (apport en nature)
  • ✅ Procès-verbal de la décision collective
  • ✅ Statuts modifiés, datés et certifiés conformes
  • ✅ Avis publié dans un JAL + attestation de parution
  • ✅ Formulaire M2 ou déclaration via le guichet unique INPI
  • ✅ Enregistrement auprès du SIE
Poste de coûtFourchette indicative
Publication JAL150 € – 250 € HT
Greffe (inscription modificative)200 € – 250 €
Commissaire aux apports (si applicable)1 500 € – 5 000 € selon la complexité
Honoraires avocat (rédaction, coordination)800 € – 3 000 € selon le périmètre
Total estimé (sans commissaire)500 € – 2 000 €

Une augmentation de capital bien préparée se boucle en 3 à 5 semaines. Un dossier incomplet peut doubler ce délai.
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FAQ

L'augmentation de capital en SAS nécessite-t-elle un passage chez le notaire ?

Non, sauf si l'opération implique un apport en nature portant sur un bien immobilier. Dans ce cas, l'acte notarié est obligatoire pour assurer la publicité foncière. Pour les apports en numéraire ou les incorporations de réserves, un acte sous seing privé suffit.

Peut-on augmenter le capital d'une SAS sans apport d'argent frais ?

Oui. L'incorporation de réserves, de bénéfices reportés ou de primes d'émission permet d'augmenter le capital sans mouvement de trésorerie. De même, la conversion de comptes courants d'associés en capital constitue une alternative fréquente.

Quel est le délai moyen pour finaliser une augmentation de capital ?

Lorsque le dossier est complet, le greffe traite l'inscription modificative en 7 à 15 jours ouvrés. En comptant la préparation, la décision collective, le dépôt des fonds et la publication légale, l'opération prend en moyenne 3 à 5 semaines.

La prime d'émission est-elle obligatoire ?

Non, elle n'est pas juridiquement obligatoire. Toutefois, lorsqu'un nouvel associé entre au capital d'une société dont la valeur réelle dépasse la valeur nominale des actions, l'absence de prime d'émission dilue les associés existants. Elle est donc fortement recommandée dans ce cas.

Que se passe-t-il si le greffe rejette le dossier ?

Le greffe notifie les motifs du rejet. Les causes les plus fréquentes sont un PV incomplet, l'absence d'attestation de dépôt des fonds ou un défaut de publication légale. Le dossier peut être redéposé après régularisation, mais chaque rejet allonge le délai de plusieurs semaines.

Pour aller plus loin

L'augmentation de capital - Bpifrance Création

Augmenter le capital social de la société - Service-Public.fr

Augmentation de capital - Bpifrance Création

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