
Jullian Hoareau

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Bail professionnel : un loyer exonéré de TVA par principe
Option pour la TVA : qui peut l'exercer et comment
Accord du locataire non assujetti : la condition décisive
Durée de neuf ans, portée et révocation de l'option
Taux, charges locatives et taxe foncière refacturée
Contribution sur les revenus locatifs et arbitrage économique
Un dirigeant ou un DAF qui signe un bail professionnel pour des locaux nus destinés à une activité libérale se trouve face à une règle fiscale claire : le loyer est exonéré de TVA de plein droit. L'article 261 D du Code général des impôts (CGI) pose cette exonération pour toute location de locaux nus, quelle que soit la qualité du preneur.
Le bail professionnel au sens de l'article 57 A de la loi du 23 décembre 1986 concerne exclusivement les professions libérales réglementées ou non. Il ne doit pas être confondu avec le bail commercial, régi par les articles L. 145-1 et suivants du Code de commerce, dont le régime TVA obéit à des logiques distinctes.
En pratique, cette exonération signifie que le bailleur facture un loyer hors taxe, sans collecte de TVA. En contrepartie, il ne peut déduire aucune TVA sur les dépenses liées à l'immeuble (travaux, entretien, acquisition). Ce verrouillage constitue le point de départ de tout arbitrage économique.
L'article 260, 2° du CGI autorise le bailleur — et lui seul — à opter pour l'assujettissement du loyer à la TVA. Le locataire ne dispose d'aucun droit d'initiative sur ce point.
L'option s'exerce par une déclaration expresse adressée au service des impôts des entreprises (SIE) dont dépend l'immeuble. Cette déclaration doit désigner les locaux concernés de façon précise et non équivoque. L'administration apprécie l'option immeuble par immeuble : un bailleur détenant plusieurs locaux peut opter pour l'un sans opter pour les autres.
| Élément | Détail |
|---|---|
| Titulaire de l'option | Bailleur uniquement |
| Destinataire | SIE du lieu de situation de l'immeuble |
| Contenu obligatoire | Désignation expresse, précise et non équivoque des locaux |
| Périmètre | Immeuble par immeuble |
| Prise d'effet | 1er jour du mois de l'exercice de l'option |
Une fois l'option notifiée, le bailleur collecte la TVA au taux de 20 % sur chaque loyer et la reverse au Trésor. Il ouvre simultanément son droit à déduction de la TVA grevant les dépenses affectées à l'immeuble.
Structurer un bail professionnel avec ou sans option TVA suppose de mesurer l'impact fiscal pour les deux parties.
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Lorsque le locataire est lui-même assujetti à la TVA, l'option du bailleur est neutre : le preneur déduit la taxe facturée. La situation se complique lorsque le locataire exerce une activité exonérée de TVA, cas fréquent des professions médicales ou paramédicales.
Pour un locataire non assujetti, la TVA sur le loyer constitue un coût définitif non récupérable. Un loyer mensuel de 2 000 € HT devient 2 400 € TTC, soit un surcoût annuel de 4 800 €.
Le bail doit alors mentionner expressément l'option exercée par le bailleur. Sans cette mention, l'option n'est pas opposable au locataire. Ce formalisme protège le preneur contre une charge fiscale qu'il n'aurait pas anticipée.
| Situation du locataire | Impact de l'option TVA | Point de vigilance |
|---|---|---|
| Assujetti à la TVA (droit à déduction complet) | Neutre : TVA déduite intégralement | Vérifier le taux de déduction effectif |
| Exonéré de TVA (professions médicales, etc.) | Coût définitif de 20 % sur le loyer | Mention obligatoire dans le bail |
| Assujetti partiel (prorata de déduction) | Coût résiduel proportionnel | Calculer le prorata avant signature |
Ce point constitue le levier de négociation central entre bailleur et locataire lors de la rédaction du bail.
L'option pour la TVA n'est pas un choix réversible à court terme. Elle produit effet à compter du 1er jour du mois au cours duquel elle est exercée et couvre obligatoirement la période allant jusqu'au 31 décembre de la 9e année civile qui suit.
La révocation de l'option n'est pas libre. Elle ne peut intervenir qu'à l'expiration de cette période minimale de 9 ans, par déclaration expresse auprès du SIE. En cas de dénonciation, le bailleur doit régulariser la TVA déduite sur les immobilisations si le délai de régularisation n'est pas expiré.
Un DAF doit donc intégrer cette durée dans ses projections de cash-flow locatif avant de valider l'option.
L'engagement de 9 ans impose une analyse financière rigoureuse du bail avant toute décision.
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Le taux applicable au loyer de bail professionnel soumis à la TVA est le taux normal de 20 %. Ce taux s'applique uniformément sur le territoire métropolitain.
Les charges locatives et la taxe foncière refacturées au locataire suivent le régime fiscal du loyer principal. Concrètement :
Cette règle de l'accessoire évite toute dissociation entre le loyer et ses compléments. Le DAF doit donc lire chaque appel de charges en cohérence avec le régime TVA du bail.
Le bailleur qui n'opte pas pour la TVA reste redevable de la contribution sur les revenus locatifs (CRL), assise sur les loyers encaissés. Cette contribution s'ajoute à l'imposition de droit commun des revenus fonciers.
En optant pour la TVA, le bailleur échappe à la CRL. Ce gain fiscal s'ajoute au droit à déduction de la TVA sur travaux et acquisitions. L'arbitrage repose sur une comparaison chiffrée :
| Critère | Sans option TVA | Avec option TVA |
|---|---|---|
| TVA collectée sur loyers | Aucune | 20 % |
| Déduction TVA sur travaux | Non | Oui |
| CRL | Due | Exonérée |
| Coût pour locataire non assujetti | Nul | +20 % sur loyer |
L'option est économiquement pertinente lorsque le bailleur engage des travaux significatifs et que le locataire dispose d'un droit à déduction. Elle pénalise en revanche le locataire exonéré, qui supporte un surcoût sans compensation.
Le DAF du bailleur doit modéliser l'économie nette (TVA récupérée + CRL évitée) face au risque de vacance locative si le surcoût TVA dissuade un preneur non assujetti.
Chaque situation appelle un calcul propre tenant compte du profil fiscal du locataire et du programme de travaux.
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Non. L'option appartient exclusivement au bailleur. Le locataire peut toutefois en faire une condition de négociation du bail, notamment s'il est assujetti et souhaite déduire la TVA sur son loyer.
Oui. L'option s'apprécie immeuble par immeuble. Le bailleur peut choisir de soumettre un local à la TVA tout en conservant l'exonération pour ses autres biens.
Lorsque le locataire n'est pas assujetti à la TVA, l'absence de mention rend l'option inopposable. Le bailleur ne peut alors pas facturer la TVA sur le loyer.
Non. L'option couvre une période minimale allant jusqu'au 31 décembre de la 9e année civile suivant sa prise d'effet. La dénonciation anticipée n'est pas autorisée.
Le principe d'exonération est identique pour les locaux nus, mais les conditions d'exercice de l'option et les enjeux pratiques diffèrent. Le bail commercial relève des articles L. 145-1 et suivants du Code de commerce et fait l'objet d'un traitement distinct.
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Avocat au Barreau de Paris (Toque L086), fondateur de SWIM LEGAL





