TVA et loyer de bail professionnel : option et obligations

Guides & Ressources pratiques
01 Aug 2026
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7 min de lecture
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Par

Jullian Hoareau

Points clés de l'article
  1. Le loyer d'un bail professionnel portant sur un local nu est exonéré de TVA par défaut (art. 261 D du CGI).
  2. Le bailleur peut opter pour l'assujettissement à la TVA par déclaration expresse auprès du service des impôts (art. 260, 2° du CGI).
  3. Si le locataire n'est pas assujetti à la TVA, le bail doit mentionner expressément l'option ; sans cette mention, l'option est inopposable.
  4. L'option prend effet le 1er jour du mois et couvre une période allant jusqu'au 31 décembre de la 9e année civile suivante.
  5. En contrepartie, le bailleur récupère la TVA sur travaux et acquisitions et échappe à la contribution sur les revenus locatifs.

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Sommaire

Bail professionnel : un loyer exonéré de TVA par principe

Option pour la TVA : qui peut l'exercer et comment

Accord du locataire non assujetti : la condition décisive

Durée de neuf ans, portée et révocation de l'option

Taux, charges locatives et taxe foncière refacturée

Contribution sur les revenus locatifs et arbitrage économique

FAQ

Pour aller plus loin

Bail professionnel : un loyer exonéré de TVA par principe

Un dirigeant ou un DAF qui signe un bail professionnel pour des locaux nus destinés à une activité libérale se trouve face à une règle fiscale claire : le loyer est exonéré de TVA de plein droit. L'article 261 D du Code général des impôts (CGI) pose cette exonération pour toute location de locaux nus, quelle que soit la qualité du preneur.

Le bail professionnel au sens de l'article 57 A de la loi du 23 décembre 1986 concerne exclusivement les professions libérales réglementées ou non. Il ne doit pas être confondu avec le bail commercial, régi par les articles L. 145-1 et suivants du Code de commerce, dont le régime TVA obéit à des logiques distinctes.

En pratique, cette exonération signifie que le bailleur facture un loyer hors taxe, sans collecte de TVA. En contrepartie, il ne peut déduire aucune TVA sur les dépenses liées à l'immeuble (travaux, entretien, acquisition). Ce verrouillage constitue le point de départ de tout arbitrage économique.

Option pour la TVA : qui peut l'exercer et comment

L'article 260, 2° du CGI autorise le bailleur — et lui seul — à opter pour l'assujettissement du loyer à la TVA. Le locataire ne dispose d'aucun droit d'initiative sur ce point.

Formalités de l'option

L'option s'exerce par une déclaration expresse adressée au service des impôts des entreprises (SIE) dont dépend l'immeuble. Cette déclaration doit désigner les locaux concernés de façon précise et non équivoque. L'administration apprécie l'option immeuble par immeuble : un bailleur détenant plusieurs locaux peut opter pour l'un sans opter pour les autres.

ÉlémentDétail
Titulaire de l'optionBailleur uniquement
DestinataireSIE du lieu de situation de l'immeuble
Contenu obligatoireDésignation expresse, précise et non équivoque des locaux
PérimètreImmeuble par immeuble
Prise d'effet1er jour du mois de l'exercice de l'option

Une fois l'option notifiée, le bailleur collecte la TVA au taux de 20 % sur chaque loyer et la reverse au Trésor. Il ouvre simultanément son droit à déduction de la TVA grevant les dépenses affectées à l'immeuble.

Structurer un bail professionnel avec ou sans option TVA suppose de mesurer l'impact fiscal pour les deux parties.
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Accord du locataire non assujetti : la condition décisive

Lorsque le locataire est lui-même assujetti à la TVA, l'option du bailleur est neutre : le preneur déduit la taxe facturée. La situation se complique lorsque le locataire exerce une activité exonérée de TVA, cas fréquent des professions médicales ou paramédicales.

Pourquoi l'accord du locataire est indispensable

Pour un locataire non assujetti, la TVA sur le loyer constitue un coût définitif non récupérable. Un loyer mensuel de 2 000 € HT devient 2 400 € TTC, soit un surcoût annuel de 4 800 €.

Le bail doit alors mentionner expressément l'option exercée par le bailleur. Sans cette mention, l'option n'est pas opposable au locataire. Ce formalisme protège le preneur contre une charge fiscale qu'il n'aurait pas anticipée.

Situation du locataireImpact de l'option TVAPoint de vigilance
Assujetti à la TVA (droit à déduction complet)Neutre : TVA déduite intégralementVérifier le taux de déduction effectif
Exonéré de TVA (professions médicales, etc.)Coût définitif de 20 % sur le loyerMention obligatoire dans le bail
Assujetti partiel (prorata de déduction)Coût résiduel proportionnelCalculer le prorata avant signature

Ce point constitue le levier de négociation central entre bailleur et locataire lors de la rédaction du bail.

Durée de neuf ans, portée et révocation de l'option

L'option pour la TVA n'est pas un choix réversible à court terme. Elle produit effet à compter du 1er jour du mois au cours duquel elle est exercée et couvre obligatoirement la période allant jusqu'au 31 décembre de la 9e année civile qui suit.

Conditions de dénonciation

La révocation de l'option n'est pas libre. Elle ne peut intervenir qu'à l'expiration de cette période minimale de 9 ans, par déclaration expresse auprès du SIE. En cas de dénonciation, le bailleur doit régulariser la TVA déduite sur les immobilisations si le délai de régularisation n'est pas expiré.

  • Période incompressible : 9 années civiles complètes après l'année de prise d'effet.
  • Régularisation : restitution éventuelle de la TVA déduite sur les travaux et acquisitions.
  • Conséquence pratique : le bailleur redevient exonéré et perd son droit à déduction.

Un DAF doit donc intégrer cette durée dans ses projections de cash-flow locatif avant de valider l'option.

L'engagement de 9 ans impose une analyse financière rigoureuse du bail avant toute décision.
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Taux, charges locatives et taxe foncière refacturée

Le taux applicable au loyer de bail professionnel soumis à la TVA est le taux normal de 20 %. Ce taux s'applique uniformément sur le territoire métropolitain.

Régime des charges et de la taxe foncière

Les charges locatives et la taxe foncière refacturées au locataire suivent le régime fiscal du loyer principal. Concrètement :

  • Si le bailleur a opté pour la TVA, les charges refacturées sont soumises à la TVA à 20 %.
  • Si le loyer reste exonéré, les charges refacturées le sont également.

Cette règle de l'accessoire évite toute dissociation entre le loyer et ses compléments. Le DAF doit donc lire chaque appel de charges en cohérence avec le régime TVA du bail.

Récapitulatif des flux soumis à TVA

  • Loyer principal : 20 %
  • Charges locatives récupérables : 20 %
  • Taxe foncière refacturée : 20 %
  • Dépôt de garantie : hors champ TVA (non soumis)

Contribution sur les revenus locatifs et arbitrage économique

Le bailleur qui n'opte pas pour la TVA reste redevable de la contribution sur les revenus locatifs (CRL), assise sur les loyers encaissés. Cette contribution s'ajoute à l'imposition de droit commun des revenus fonciers.

En optant pour la TVA, le bailleur échappe à la CRL. Ce gain fiscal s'ajoute au droit à déduction de la TVA sur travaux et acquisitions. L'arbitrage repose sur une comparaison chiffrée :

CritèreSans option TVAAvec option TVA
TVA collectée sur loyersAucune20 %
Déduction TVA sur travauxNonOui
CRLDueExonérée
Coût pour locataire non assujettiNul+20 % sur loyer

L'option est économiquement pertinente lorsque le bailleur engage des travaux significatifs et que le locataire dispose d'un droit à déduction. Elle pénalise en revanche le locataire exonéré, qui supporte un surcoût sans compensation.

Le DAF du bailleur doit modéliser l'économie nette (TVA récupérée + CRL évitée) face au risque de vacance locative si le surcoût TVA dissuade un preneur non assujetti.

Chaque situation appelle un calcul propre tenant compte du profil fiscal du locataire et du programme de travaux.
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FAQ

Le locataire peut-il demander au bailleur d'opter pour la TVA ?

Non. L'option appartient exclusivement au bailleur. Le locataire peut toutefois en faire une condition de négociation du bail, notamment s'il est assujetti et souhaite déduire la TVA sur son loyer.

Un bailleur peut-il opter pour la TVA sur un seul de ses locaux ?

Oui. L'option s'apprécie immeuble par immeuble. Le bailleur peut choisir de soumettre un local à la TVA tout en conservant l'exonération pour ses autres biens.

Que se passe-t-il si le bail ne mentionne pas l'option TVA du bailleur ?

Lorsque le locataire n'est pas assujetti à la TVA, l'absence de mention rend l'option inopposable. Le bailleur ne peut alors pas facturer la TVA sur le loyer.

L'option TVA est-elle révocable à tout moment ?

Non. L'option couvre une période minimale allant jusqu'au 31 décembre de la 9e année civile suivant sa prise d'effet. La dénonciation anticipée n'est pas autorisée.

Bail professionnel et bail commercial : même régime TVA ?

Le principe d'exonération est identique pour les locaux nus, mais les conditions d'exercice de l'option et les enjeux pratiques diffèrent. Le bail commercial relève des articles L. 145-1 et suivants du Code de commerce et fait l'objet d'un traitement distinct.

Pour aller plus loin

BOI-TVA-CHAMP-50-10 - Opérations imposables sur option : personnes effectuant des locations immobilières - BOFiP, Direction générale des finances publiques

BOI-TVA-CHAMP-10-10-50-30 - Locations de biens autres que les logements meublés ou garnis à usage d'habitation - BOFiP, Direction générale des finances publiques

Taxe sur la valeur ajoutée (TVA) - Entreprendre.Service-Public.fr, Direction de l'information légale et administrative

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Avocat au Barreau de Paris (Toque L086), fondateur de SWIM LEGAL