SCI à associé unique : impossibilité, exceptions et solutions

Guides & Ressources pratiques
10 Jul 2026
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8 min de lecture
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Par

Jullian Hoareau

Points clés de l'article
  1. La loi française interdit la création d'une SCI avec un seul associé : 2 associés minimum sont requis dès l'immatriculation.
  2. Si toutes les parts se retrouvent entre les mains d'un seul associé (héritage, rachat, retrait), la SCI devient unipersonnelle de fait.
  3. Cette situation déclenche un risque de dissolution judiciaire, mais un délai d'1 an est accordé pour régulariser.
  4. Trois solutions existent pour régulariser : céder des parts, faire entrer un nouvel associé ou transformer la structure.
  5. Pour investir seul dans l'immobilier, d'autres formes juridiques sont adaptées : SASU, EURL ou détention en nom propre.

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Sommaire

Règle des deux associés minimum en SCI

Fondement légal : article 1832 du Code civil

Cas où la SCI devient unipersonnelle

Conséquences : risque de dissolution de la société

Régularisation et délai de remise en conformité

Alternatives pour investir seul dans l'immobilier

FAQ

Pour aller plus loin

Règle des deux associés minimum en SCI

Une SCI à associé unique n'existe pas en droit français. La société civile immobilière repose sur un contrat entre au moins 2 personnes qui décident de mettre en commun un bien ou un apport pour gérer un patrimoine immobilier. Cette exigence n'est pas une simple formalité : elle conditionne l'immatriculation au registre du commerce et des sociétés (RCS).

En pratique, le greffe du tribunal de commerce refuse systématiquement d'immatriculer une SCI dont les statuts ne mentionnent qu'un seul associé. Le dossier est rejeté avant même l'examen des autres pièces. Les 2 associés peuvent être des personnes physiques, des personnes morales ou une combinaison des deux. Aucun capital minimum n'est imposé, mais chaque associé doit détenir au moins 1 part sociale.

Cette règle distingue la SCI des formes commerciales unipersonnelles comme l'EURL ou la SASU, qui permettent à un entrepreneur de créer seul une société dotée de la personnalité morale.

Fondement légal : article 1832 du Code civil

L'exigence de pluralité d'associés repose sur l'article 1832 du Code civil. Ce texte définit la société comme un contrat par lequel « deux ou plusieurs personnes conviennent de mettre en commun des biens ou leur industrie en vue de partager le bénéfice ou de profiter de l'économie qui pourra en résulter ». La notion de contrat implique, par nature, au moins 2 parties.

L'article 1832 alinéa 2 prévoit une exception pour les sociétés unipersonnelles, mais uniquement « dans les cas prévus par la loi ». Or aucun texte n'autorise la SCI unipersonnelle. La société civile reste donc soumise à la règle de droit commun : 2 associés au minimum, sans plafond maximal.

Cette base légale a été confirmée par la jurisprudence. La Cour de cassation considère que la réunion de toutes les parts en une seule main ne transforme pas la SCI en société unipersonnelle valide : elle crée une cause de dissolution.

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Cas où la SCI devient unipersonnelle

Une SCI peut se retrouver avec un associé unique de manière involontaire. Plusieurs situations courantes provoquent cette concentration des parts :

  • Décès d'un associé : lorsque la SCI ne compte que 2 associés et que l'un décède, le survivant détient temporairement 100 % des parts si les héritiers renoncent à la succession ou tardent à accepter.
  • Rachat de parts : un associé acquiert progressivement toutes les parts détenues par les autres.
  • Retrait ou exclusion : un associé quitte la société sans qu'un remplaçant soit trouvé.
  • Donation totale : un associé transmet l'intégralité de ses parts à l'autre associé.
Événement déclencheurMécanismeFréquence en pratique
Décès d'un co-associéTransmission successorale non acceptéeFréquent dans les SCI familiales à 2 associés
Rachat de partsCession amiable entre associésCourant lors de séparations ou désaccords
Retrait statutaireExercice du droit de retrait prévu aux statutsMoins fréquent
Donation intégraleTransmission anticipée du patrimoineFréquent dans les stratégies de transmission

Dans chacun de ces cas, la SCI ne disparaît pas immédiatement. Elle continue d'exister juridiquement, mais entre dans une période de vulnérabilité encadrée par la loi.

Conséquences : risque de dissolution de la société

Lorsque toutes les parts d'une SCI sont réunies entre les mains d'un seul associé, l'article 1844-5 du Code civil prévoit la possibilité d'une dissolution judiciaire. Tout intéressé (créancier, administration fiscale, ancien associé) peut saisir le tribunal pour demander cette dissolution.

Les conséquences pratiques sont lourdes :

  • Transmission universelle du patrimoine : en cas de dissolution, l'ensemble des biens de la SCI est transféré à l'associé unique. Ce transfert déclenche des droits de mutation.
  • Perte de l'écran sociétaire : l'associé unique devient personnellement propriétaire des immeubles, ce qui modifie le régime fiscal applicable (plus-values, revenus fonciers, IFI).
  • Opposition des créanciers : les créanciers de la SCI disposent d'un délai de 30 jours pour s'opposer à la dissolution. Si une opposition est formée, le tribunal tranche.
ConséquenceImpact concret
Dissolution judiciairePerte de la structure SCI et de ses avantages
Transfert du patrimoineDroits de mutation à la charge de l'associé unique
Fiscalité modifiéePassage du régime SCI au régime de détention directe
Opposition des créanciersBlocage potentiel de la procédure

La dissolution n'est toutefois pas automatique. Le tribunal dispose d'un pouvoir d'appréciation et peut accorder un délai pour régulariser la situation.

La dissolution d'une SCI modifie le régime fiscal de l'ensemble du patrimoine immobilier détenu. Anticiper ces effets évite des surcoûts non prévus.
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Régularisation et délai de remise en conformité

L'article 1844-5 alinéa 1 du Code civil accorde un délai d'1 an à compter de la réunion de toutes les parts en une seule main pour régulariser la situation. Pendant ce délai, aucun tribunal ne peut prononcer la dissolution.

Trois options permettent de rétablir la pluralité d'associés :

  1. Céder une partie des parts à un tiers ou à un membre de la famille. Une seule part suffit pour rétablir la conformité légale.
  2. Faire entrer un nouvel associé par augmentation de capital ou par cession. L'entrée d'un associé, même minoritaire, met fin à la cause de dissolution.
  3. Transformer la SCI en une forme juridique compatible avec l'associé unique (SASU ou EURL), à condition que l'objet social le permette.

La cession d'une seule part à un proche reste la solution la plus rapide. Elle nécessite un acte de cession, une mise à jour des statuts et un dépôt au greffe. Le coût est limité : droits d'enregistrement de 5 % sur la valeur des parts cédées pour une SCI détenant de l'immobilier.

Si le délai d'1 an expire sans régularisation, tout intéressé peut alors saisir le tribunal. Le juge peut encore accorder un délai supplémentaire de 6 mois maximum avant de prononcer la dissolution.

Alternatives pour investir seul dans l'immobilier

Un entrepreneur ou investisseur souhaitant détenir un bien immobilier seul dispose de plusieurs structures adaptées, sans contourner la règle des 2 associés :

  • SASU (Société par Actions Simplifiée Unipersonnelle) : permet de détenir un patrimoine immobilier via une société commerciale à associé unique. La SASU est soumise à l'impôt sur les sociétés par défaut, ce qui permet d'amortir le bien et de déduire les charges.
  • EURL (Entreprise Unipersonnelle à Responsabilité Limitée) : fonctionne sur le même principe, avec une fiscalité à l'IR par défaut (option IS possible).
  • Détention en nom propre : solution la plus simple. Le bien est inscrit au patrimoine personnel. Les revenus sont imposés dans la catégorie des revenus fonciers. Aucune formalité de création de société.
StructureAssocié uniqueObjet immobilierRégime fiscal par défaut
SCINonOuiIR (transparence fiscale)
SASUOuiOuiIS
EURLOuiOuiIR (option IS)
Nom propreSans objetOuiIR (revenus fonciers)

Le choix dépend de l'objectif : optimisation fiscale, transmission, protection du patrimoine ou simplicité de gestion. La SASU offre la souplesse d'un associé unique avec la possibilité d'amortir le bien, ce que la SCI à l'IR ne permet pas. En revanche, la SCI reste privilégiée pour la transmission familiale grâce au mécanisme de démembrement des parts.

Chaque structure implique un traitement fiscal distinct sur les revenus locatifs, les plus-values et la transmission.
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FAQ

Peut-on créer une SCI avec un seul associé ?

Non. L'article 1832 du Code civil impose au moins 2 associés pour constituer une SCI. Le greffe refuse l'immatriculation d'une SCI ne comptant qu'un seul associé dans ses statuts.

Que se passe-t-il si un associé de SCI décède et qu'il ne reste qu'un seul associé ?

La SCI ne disparaît pas immédiatement. L'associé restant dispose d'un délai d'1 an pour régulariser la situation, par exemple en cédant au moins 1 part à un tiers ou en faisant entrer un nouvel associé.

Quel est le délai pour régulariser une SCI devenue unipersonnelle ?

Le délai légal est de 1 an à compter de la réunion de toutes les parts en une seule main (article 1844-5 du Code civil). Au-delà, le tribunal peut accorder un sursis de 6 mois supplémentaires.

Quelle est la meilleure alternative à la SCI pour investir seul ?

La SASU permet de détenir un bien immobilier en tant qu'associé unique, avec la possibilité d'amortir le bien sous le régime de l'IS. L'EURL et la détention en nom propre sont également des options selon l'objectif fiscal et patrimonial.

La dissolution d'une SCI unipersonnelle est-elle automatique ?

Non. La dissolution doit être demandée en justice par un intéressé (créancier, associé, administration). Le juge dispose d'un pouvoir d'appréciation et peut accorder un délai avant de la prononcer.

Pour aller plus loin

Code civil - Article 1832 - Légifrance

Code civil - Article 1844-5 - Légifrance

Immatriculation d'une société - Service-Public

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