
Jullian Hoareau

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1. Portage salarial et SASU : deux cadres juridiques opposés
2. Contrat de travail ou mandat social : la nature du lien
3. Responsabilité du dirigeant et de l’entreprise de portage
4. À qui appartient la clientèle et les contrats
5. Protection sociale et couverture chômage : ce qui diffère
6. Sortie de mission et fin d’activité : comment ça se termine
Un consultant qui démarre pose souvent la question en termes de revenu net. Le choix entre SASU ou portage salarial se joue pourtant ailleurs. Les deux cadres reposent sur des mécanismes juridiques distincts : l’un crée une société dont vous êtes le dirigeant, l’autre vous place sous contrat de travail auprès d’un tiers. Cette différence commande votre responsabilité, la titularité de vos contrats et votre couverture entre deux missions. Comprendre ces mécanismes avant de signer évite d’avoir à changer de structure une fois la clientèle constituée.
Le portage salarial est encadré par les articles L1254-1 et suivants du Code du travail. Il repose sur une relation tripartite : une entreprise de portage salarial, un salarié porté et une entreprise cliente. Deux contrats coexistent, un contrat de travail entre l’entreprise de portage et le salarié porté, et un contrat commercial de prestation entre l’entreprise de portage et l’entreprise cliente. La SASU suit une logique inverse. Vous créez une société par actions simplifiée à associé unique, et vous la dirigez comme président. Aucun tiers ne s’interpose entre votre structure et votre client. Le premier cadre vous salarie, le second fait de vous un chef d’entreprise.
| Critère | Portage salarial | SASU |
|---|---|---|
| Cadre juridique | Articles L1254-1 et suivants du Code du travail | Statuts de la société, régime des sociétés par actions |
| Parties au montage | 3 : porté, entreprise de portage, client | 2 : société, client |
| Statut du professionnel | Salarié porté sous contrat de travail | Président, mandataire social |
| Structure à créer | Aucune | Une société |
En portage, seule une entreprise de portage salarial peut conclure le contrat de travail. Elle assume l’embauche, la rémunération et le paiement des cotisations sociales. Le salarié porté conserve toutefois une autonomie que la loi exige : il doit disposer d’une expertise, d’une qualification et d’une autonomie qui lui permettent de rechercher lui-même ses clients, puis de convenir avec eux des conditions d’exécution et du prix de sa prestation. L’accès est conditionné à une qualification professionnelle de niveau 5 (bac +2) au minimum, ou à une expérience significative d’au moins 3 ans dans le même secteur d’activité. En SASU, le président est un mandataire social, c’est-à-dire un dirigeant nommé par les statuts et non un salarié : son pouvoir vient du mandat, pas d’un contrat de travail.
La qualification du lien, contrat de travail ou mandat social, détermine les règles applicables en cas de désaccord avec le client ou l’entreprise de portage.
Comprendre les implications en droit du travail
La responsabilité constitue la ligne de partage la plus nette. En SASU, la responsabilité de l’associé unique est en principe limitée à ses apports : le patrimoine personnel reste distinct de celui de la société. Cette protection connaît une limite, car le président engage sa responsabilité personnelle en cas de faute de gestion. En portage salarial, le professionnel exécute sa prestation dans le cadre d’un contrat de travail, et c’est l’entreprise de portage qui est engagée commercialement auprès du client. Le porté ne supporte donc pas le risque d’exploitation d’une société. Le recours au portage est cependant borné côté client : l’entreprise cliente ne peut y recourir que pour une tâche occasionnelle ne relevant pas de son activité normale et permanente, ou pour une prestation ponctuelle nécessitant une expertise dont elle ne dispose pas.
La question devient décisive lorsque l’activité prend de la valeur. En SASU, les contrats et la clientèle appartiennent à la société : ce sont des actifs, transmissibles avec les actions. En portage salarial, la relation commerciale est portée par l’entreprise de portage, qui est partie au contrat commercial conclu avec le client. Le porté prospecte et négocie ses conditions, mais il n’est pas le cocontractant. Or cette distinction change la donne au moment de céder l’activité, de s’associer ou d’ouvrir le capital. Un consultant qui construit un portefeuille durable capitalise dans le premier cas, alors qu’il enchaîne des missions dans le second.
La titularité des contrats et les clauses qui encadrent la relation avec le client méritent d’être vérifiées avant signature, quel que soit le cadre retenu.
Faire le point avec un avocat en droit du travail
Les deux statuts relèvent du régime général, mais pas pour les mêmes garanties. Le salarié porté est titulaire d’un contrat de travail : il ouvre à ce titre des droits à l’assurance chômage. Le président de SASU est un assimilé salarié, affilié au régime général pour la santé et la retraite ; en revanche, il ne cotise pas à l’assurance chômage et n’ouvre donc aucun droit à ce titre. La différence pèse sur les périodes sans mission, fréquentes dans le conseil. De plus, une convention collective de branche des salariés en portage salarial existe depuis 2017.
| Garantie | Salarié porté | Président de SASU |
|---|---|---|
| Affiliation | Régime général au titre du contrat de travail | Régime général, assimilé salarié |
| Assurance chômage | Droits ouverts au titre du contrat de travail | Pas de cotisation, pas de droits |
| Convention collective | Branche du portage salarial depuis 2017 | Aucune au titre du mandat |
| Cotisations sociales | Payées par l’entreprise de portage | Payées par la société |
La fin d’une mission ne produit pas les mêmes effets. En portage, la relation est régie par le contrat de travail conclu avec l’entreprise de portage : la fin d’une prestation ne met donc pas mécaniquement fin au lien salarial, qui obéit aux règles de rupture du contrat de travail. En SASU, l’arrêt suppose une décision de l’associé unique, puis une dissolution et une liquidation, avec leurs formalités et leurs délais. Ainsi, le choix entre SASU ou portage salarial dépend moins du revenu immédiat que de l’horizon retenu. Une activité destinée à durer et à se transmettre s’accommode mal d’un cadre où le contrat commercial appartient à un tiers.
Anticiper la sortie suppose de relire son contrat de travail en portage, ou ses statuts en SASU, avant l’échéance.
Consulter un avocat en droit du travail
Oui. Le salarié porté est titulaire d’un contrat de travail conclu avec l’entreprise de portage. Il relève du régime général et ouvre des droits à l’assurance chômage au titre de ce contrat.
Non. Il est mandataire social assimilé salarié, affilié au régime général pour la santé et la retraite. Il ne cotise pas à l’assurance chômage et n’ouvre donc pas de droits à ce titre.
Le porté doit justifier d’une qualification professionnelle de niveau 5 (bac +2) au minimum, ou d’une expérience significative d’au moins 3 ans dans le même secteur. Il doit aussi être autonome dans la recherche de ses clients.
Le contrat commercial est conclu entre l’entreprise de portage et le client, ce qui limite la valeur patrimoniale du portefeuille pour le porté. En SASU, les contrats et la clientèle appartiennent à la société.
Non. Le recours au portage est réservé à une tâche occasionnelle ne relevant pas de l’activité normale et permanente de l’entreprise, ou à une prestation ponctuelle exigeant une expertise dont elle ne dispose pas.
Portage salarial - Code du travail numérique
Chapitre IV : Portage salarial (articles L1254-1 à L1254-31) - Légifrance
Recourir au portage salarial - Bpifrance Création
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