
Jullian Hoareau

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1. Ce que recouvre le travail pendant un arrêt
2. Interdiction légale : suspension du contrat de travail
3. Sanctions pénales et civiles encourues par l'employeur
4. Sollicitations informelles : mails, appels, dossiers urgents
5. Salarié qui revient de lui-même : réaction attendue
6. Procédures et preuves pour sécuriser l'entreprise
Un salarié en arrêt maladie qui repasse au bureau, relit un dossier ou répond à un mail place son employeur en situation d'infraction. Venir travailler pendant un arrêt maladie n'est pas un arrangement privé entre deux personnes de bonne volonté : le contrat de travail est suspendu, et cette suspension s'impose aux deux parties. Cet article explique ce que recouvre l'interdiction, ce que risque l'entreprise et comment organiser une réponse.
Le travail ne se limite pas à la présence physique dans les locaux. Il désigne toute tâche accomplie pour le compte de l'employeur, quels que soient le lieu, la durée et le support. Répondre à un mail client, valider un devis, transmettre un mot de passe ou participer à une réunion à distance relève de la même qualification qu'une journée au bureau. La brièveté de l'intervention ne change rien, et l'absence de rémunération complémentaire non plus.
Deux confusions reviennent souvent. D'une part, le salarié qui passe saluer ses collègues sans exécuter aucune tâche ne travaille pas. D'autre part, celui qui profite de ce passage pour régler un dossier travaille, même s'il est venu de sa propre initiative.
| Situation pendant l'arrêt | Qualification |
|---|---|
| Visite de courtoisie, aucune tâche exécutée | Hors travail |
| Réponse à un mail professionnel | Travail |
| Participation à une réunion en visioconférence | Travail |
| Transmission d'un dossier à un collègue | Travail |
| Rendez-vous professionnel demandé par l'employeur | Travail |
Pendant l'arrêt, le contrat de travail est suspendu. La suspension neutralise les deux obligations principales du contrat : le salarié ne fournit plus de prestation, l'employeur ne verse plus la rémunération correspondante. Un salarié dont le contrat est suspendu ne peut donc pas travailler, et l'employeur ne peut pas lui demander de le faire.
Le lien contractuel n'est pas rompu pour autant. Le salarié reste tenu d'une obligation de loyauté envers son employeur, c'est-à-dire de l'interdiction de nuire aux intérêts de l'entreprise pendant son absence. Cette obligation résiduelle est parfois lue comme une obligation de disponibilité. Elle n'en est pas une : la loyauté interdit certains comportements, elle n'autorise aucune tâche.
Par conséquent, l'accord du salarié ne régularise rien. Aucune formule écrite, aucune compensation financière ne rend licite une prestation accomplie pendant la suspension.
Une note interne rappelant les effets de la suspension du contrat évite la plupart des arrangements informels.
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Faire travailler un salarié en arrêt maladie expose l'entreprise à des poursuites pénales. Le risque ne dépend pas du volume de travail demandé : il naît de la demande elle-même.
S'y ajoute un risque civil. Le salarié peut réclamer des dommages et intérêts en réparation du préjudice subi. Il peut aussi prendre acte de la rupture de son contrat aux torts exclusifs de l'employeur, c'est-à-dire rompre le contrat de sa propre initiative en imputant la responsabilité à l'entreprise. Lorsque cette prise d'acte est validée, la rupture produit les effets d'un licenciement sans cause réelle et sérieuse.
| Risque | Déclencheur | Conséquence pour l'entreprise |
|---|---|---|
| Pénal | Demande de travail pendant la suspension | Poursuites pénales |
| Civil indemnitaire | Préjudice subi par le salarié | Dommages et intérêts |
| Rupture du contrat | Prise d'acte du salarié | Effets d'un licenciement sans cause réelle et sérieuse |
L'interdiction couvre aussi les sollicitations ponctuelles : appels téléphoniques, mails, demandes de dossier. Or ce sont ces micro-demandes qui exposent le plus les TPE et PME, car elles ne passent par aucun circuit formel et ne laissent aucune trace dans les outils de gestion.
Le message adressé au salarié compte autant que la réponse attendue. Un manager qui écrit « juste une question rapide » formule bien une demande de travail. Le fait que le salarié réponde spontanément ne neutralise pas le manquement, car il ne peut pas renoncer à la protection attachée à la suspension de son contrat.
Trois réflexes limitent le risque :
1. Identifier les dossiers sensibles et leur suppléant dès le début de l'absence.
2. Rediriger les demandes vers ce suppléant, jamais vers le salarié absent.
3. Limiter les échanges avec le salarié à l'organisation administrative de l'arrêt.
Le partage des dossiers pendant les absences se prépare en amont, pas pendant l'arrêt.
Structurer vos process d'absence avec un avocat
Certains salariés reviennent d'eux-mêmes, par crainte du retard accumulé ou par attachement à un dossier. L'initiative vient d'eux, la responsabilité reste celle de l'employeur : tolérer une présence active revient à accepter une prestation de travail interdite.
La réaction attendue tient en trois temps. D'abord, rappeler oralement que le contrat est suspendu et demander au salarié de quitter son poste. Ensuite, confirmer ce rappel par écrit, sans ton disciplinaire. Enfin, vérifier que ses tâches en cours ont bien été reprises par un collègue.
Une visite sans exécution de tâche ne justifie aucune mesure particulière. En revanche, laisser le salarié reprendre son poste, même brièvement, transforme un geste de bonne volonté en manquement de l'entreprise.
En cas de litige, l'entreprise doit pouvoir démontrer qu'elle n'a rien demandé et qu'elle a réagi. Cette preuve se construit pendant l'absence, pas au moment de la contestation.
Ces quatre éléments servent autant à prévenir le contentieux qu'à s'y défendre. Ils relèvent de l'organisation interne, donc d'un arbitrage du dirigeant, et ne nécessitent pas de dispositif complexe.
Un process d'absence écrit vaut mieux qu'une reconstitution de preuves après coup.
Sécuriser votre gestion des arrêts avec un avocat spécialisé
Non. Le contrat de travail est suspendu et cette suspension ne dépend pas de la volonté des parties. L'accord du salarié ne rend pas la prestation licite et ne protège pas l'employeur.
Un échange strictement organisationnel, sur la durée prévisible de l'absence par exemple, reste admis. En revanche, un appel qui porte sur un dossier ou attend une décision professionnelle constitue une demande de travail interdite.
Il s'expose à des poursuites pénales et au versement de dommages et intérêts en réparation du préjudice subi par le salarié. Le risque existe même si l'entreprise n'a rien demandé mais a laissé faire.
La prise d'acte permet au salarié de rompre son contrat en imputant la responsabilité à l'employeur. Si elle est validée, la rupture produit les effets d'un licenciement sans cause réelle et sérieuse.
Oui, il reste tenu d'une obligation de loyauté et ne peut pas nuire aux intérêts de son employeur. Cette obligation ne l'oblige toutefois ni à répondre, ni à rester disponible.
Les absences liées à la maladie ou à l'accident non professionnel - Code du travail numérique
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