
Jullian Hoareau

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Inaptitude et arrêt de travail : deux notions distinctes
Visite de pré-reprise et visite de reprise : différences
Constater l'inaptitude pendant l'arrêt : conditions
Obligation de reclassement et délai de trente jours
Reprise du salaire à défaut de décision
Licenciement pour inaptitude : garanties à respecter
L'inaptitude pendant un arrêt de travail est une situation fréquente qui génère des erreurs de gestion coûteuses. Beaucoup d'employeurs considèrent qu'ils ne peuvent rien engager tant que le salarié reste en arrêt maladie. Cette croyance est juridiquement fausse et financièrement risquée.
L'arrêt de travail est une prescription médicale du médecin traitant. Il suspend l'exécution du contrat de travail. Pendant cette période, le salarié perçoit des indemnités journalières de la Sécurité sociale, éventuellement complétées par l'employeur selon la convention collective applicable.
L'inaptitude, en revanche, est un constat médico-administratif prononcé exclusivement par le médecin du travail. Elle signifie que le salarié ne peut plus occuper son poste, de manière temporaire ou définitive, pour des raisons de santé physique ou mentale. Ce constat déclenche des obligations précises pour l'employeur : recherche de reclassement ou, à défaut, licenciement.
| Arrêt de travail | Inaptitude | |
|---|---|---|
| Qui décide | Médecin traitant | Médecin du travail |
| Effet juridique | Suspension du contrat | Obligation d'agir (reclassement ou licenciement) |
| Rémunération | IJSS + complément employeur | Salaire intégral après 30 jours sans décision |
| Durée | Variable, renouvelable | Définitive sauf nouvel avis |
Ces deux situations peuvent se chevaucher. Un salarié peut être déclaré inapte alors qu'il est encore couvert par un arrêt maladie. C'est précisément ce cas de figure qui piège les employeurs insuffisamment préparés.
Deux types de visites médicales interviennent dans le parcours d'un salarié en arrêt prolongé. Leur portée juridique est radicalement différente.
La visite de pré-reprise est facultative. Elle peut être demandée par le salarié, le médecin traitant ou le médecin du travail lorsque l'arrêt dépasse 30 jours. Son objectif est d'anticiper les conditions de retour : aménagement de poste, formation, reclassement éventuel. Elle ne produit aucun avis d'aptitude ou d'inaptitude. L'employeur n'est pas tenu d'y donner suite formellement, mais il a intérêt à en tenir compte pour préparer la suite.
La visite de reprise est obligatoire après tout arrêt de travail d'au moins 30 jours pour maladie ou accident non professionnel (60 jours avant le 1er avril 2022). C'est cette visite, et elle seule, qui peut aboutir à un avis d'inaptitude. L'employeur doit la solliciter dès qu'il a connaissance de la date de fin d'arrêt.
Ignorer cette distinction expose l'employeur à un risque concret : sans visite de reprise et inaptitude formalisée, aucune procédure de licenciement pour inaptitude ne peut être engagée.
Contrairement à une idée répandue, la visite de reprise peut être organisée alors que le salarié est encore en arrêt maladie. L'article R. 4624-31 du Code du travail prévoit que cette visite a lieu au plus tard dans les 8 jours suivant la reprise effective, mais la jurisprudence admet qu'elle puisse intervenir avant la fin de l'arrêt lorsque le retour au poste est manifestement impossible.
Le médecin du travail peut prononcer l'inaptitude et arrêt maladie simultanément si deux conditions sont réunies :
Depuis la loi Travail de 2016, un seul examen médical suffit. Le médecin du travail n'est plus tenu d'organiser deux visites espacées de 15 jours, sauf s'il l'estime nécessaire.
L'avis d'inaptitude doit mentionner explicitement si le salarié peut être reclassé ou si tout maintien dans un emploi dans l'entreprise serait gravement préjudiciable à sa santé. Cette mention conditionne directement l'étendue de l'obligation de reclassement.
Anticiper la procédure d'inaptitude pendant l'arrêt permet de sécuriser chaque étape et de respecter les délais légaux.
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Dès la notification de l'avis d'inaptitude, l'employeur dispose d'un délai de 30 jours pour prendre une décision : reclasser le salarié ou engager son licenciement (article L. 1226-4 du Code du travail).
L'employeur doit proposer un poste compatible avec les préconisations du médecin du travail. Cette recherche doit être :
Le reclassement n'est pas requis lorsque l'avis d'inaptitude mentionne expressément que « tout maintien dans un emploi serait gravement préjudiciable à la santé du salarié » ou que « l'état de santé fait obstacle à tout reclassement dans un emploi ». Dans ce cas, l'employeur peut engager directement la procédure de licenciement.
| Situation | Obligation de reclassement | Délai |
|---|---|---|
| Avis sans mention de dispense | Oui, recherche obligatoire | 30 jours à compter de l'avis |
| Mention « tout emploi préjudiciable » | Non | 30 jours à compter de l'avis |
| Mention « obstacle à tout reclassement » | Non | 30 jours à compter de l'avis |
Le CSE (comité social et économique) doit être consulté avant toute proposition de reclassement. L'absence de consultation constitue un vice de procédure sanctionnable.
C'est le point que les employeurs sous-estiment le plus. L'article L. 1226-4 du Code du travail est explicite : si, à l'issue du délai de 30 jours suivant l'avis d'inaptitude, le salarié n'est ni reclassé ni licencié, l'employeur doit reprendre le versement de son salaire intégral.
Ce salaire correspond à la rémunération antérieure à l'arrêt, charges comprises. Il est dû même si le salarié ne fournit aucune prestation de travail. Cette obligation court jusqu'à la notification effective du licenciement ou du reclassement.
En pratique, les conséquences financières peuvent être lourdes :
Respecter le délai de 30 jours après l'avis d'inaptitude est un enjeu financier direct pour l'entreprise.
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Lorsque le reclassement est impossible ou que l'avis d'inaptitude en dispense l'employeur, le licenciement pour inaptitude suit une procédure encadrée.
Le régime indemnitaire diffère selon l'origine de l'inaptitude :
Un licenciement pour inaptitude mal conduit peut être jugé sans cause réelle et sérieuse par le conseil de prud'hommes. Les motifs de contestation les plus fréquents sont :
La question de rester en arrêt maladie après licenciement pour inaptitude se pose parfois : le salarié licencié peut bénéficier de la portabilité de sa complémentaire santé pendant 12 mois et s'inscrire à France Travail. L'employeur doit remettre les documents de fin de contrat (certificat de travail, attestation employeur, solde de tout compte) sans délai.
Oui. La visite de reprise peut être programmée avant la fin de l'arrêt de travail, notamment lorsque le retour au poste apparaît compromis. Le médecin du travail peut alors constater l'inaptitude. L'employeur doit toutefois s'assurer que le salarié est en mesure de se déplacer pour l'examen.
L'employeur doit reprendre le versement du salaire intégral du salarié, charges comprises, jusqu'à ce qu'une décision de reclassement ou de licenciement soit notifiée. Ce salaire est dû même en l'absence de toute prestation de travail.
Oui, la consultation du CSE sur les possibilités de reclassement est obligatoire, sauf lorsque l'avis du médecin du travail dispense expressément l'employeur de toute recherche de reclassement. L'absence de consultation expose l'employeur à un contentieux prud'homal.
Uniquement lorsque l'inaptitude a une origine professionnelle (accident du travail ou maladie professionnelle). Dans ce cas, l'indemnité spéciale de licenciement correspond au double de l'indemnité légale, conformément à l'article L. 1226-14 du Code du travail.
Le licenciement met fin au contrat de travail. Le salarié ne perçoit plus d'IJSS au titre de cet employeur, mais il peut bénéficier de la portabilité de sa complémentaire santé pendant 12 mois et s'inscrire auprès de France Travail pour faire valoir ses droits à l'assurance chômage.
Article L1226-2 - Code du travail - Légifrance
Article L1226-4 - Code du travail - Légifrance
Inaptitude au travail : les obligations de l'employeur - Ameli.fr Entreprise
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