
Jullian Hoareau

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Rupture conventionnelle : un mode de rupture spécifique
Existe-t-il un préavis en rupture conventionnelle ?
Les délais obligatoires : rétractation et homologation
Fixer la date de fin du contrat de travail
Différence avec le préavis de démission ou licenciement
Sécuriser la procédure côté employeur
La rupture conventionnelle est le seul mode de rupture du CDI fondé sur le consentement mutuel de l'employeur et du salarié. Créée par la loi du 25 juin 2008, elle se distingue à la fois de la démission (initiative du salarié) et du licenciement (initiative de l'employeur). En 2023, la DREETS a homologué environ 500 000 ruptures conventionnelles individuelles en France, ce qui en fait un dispositif courant dans les TPE et PME.
Son régime juridique est autonome. Il ne renvoie ni aux règles du licenciement, ni à celles de la démission. Cette autonomie explique pourquoi la question du préavis génère autant de confusion : les employeurs appliquent parfois par réflexe des règles qui ne concernent pas ce dispositif.
Concrètement, la procédure se déroule en 3 phases : un ou plusieurs entretiens préalables, la signature d'une convention (formulaire Cerfa n° 14598), puis l'homologation par la DREETS. Chaque phase obéit à des délais précis, mais aucun d'entre eux ne constitue un préavis au sens du Code du travail.
Non. Aucun texte du Code du travail n'impose de préavis en rupture conventionnelle. Les articles L. 1237-11 à L. 1237-16 qui régissent ce dispositif ne mentionnent pas cette notion. Le Conseil de cassation l'a confirmé à plusieurs reprises : la rupture conventionnelle obéit à ses propres délais, distincts du préavis de démission ou de licenciement.
En pratique, cela signifie deux choses pour l'employeur. D'une part, il ne peut pas imposer au salarié un délai de travail effectif calqué sur un préavis conventionnel. D'autre part, le salarié ne peut pas exiger une indemnité compensatrice de préavis, puisque cette indemnité n'existe que lorsqu'un préavis est prévu par la loi ou la convention collective — ce qui n'est pas le cas ici.
Toutefois, l'absence de préavis ne signifie pas absence de délais. Deux échéances incompressibles s'imposent avant que le contrat puisse prendre fin.
La procédure de rupture conventionnelle comporte 2 délais cumulatifs que l'employeur doit impérativement respecter.
À compter du lendemain de la signature de la convention, chaque partie dispose de 15 jours calendaires pour se rétracter (article L. 1237-13 du Code du travail). Ce droit s'exerce par lettre recommandée avec accusé de réception ou remise en main propre contre décharge. Si le dernier jour tombe un samedi, un dimanche ou un jour férié, il est reporté au premier jour ouvrable suivant.
Une fois le délai de rétractation expiré sans rétractation, l'employeur adresse la demande d'homologation à la DREETS. L'administration dispose alors de 15 jours ouvrables pour instruire le dossier (article L. 1237-14). En l'absence de réponse dans ce délai, l'homologation est réputée acquise.
| Étape | Délai | Point de départ | Base légale |
|---|---|---|---|
| Rétractation | 15 jours calendaires | Lendemain de la signature | Art. L. 1237-13 |
| Homologation DREETS | 15 jours ouvrables | Lendemain de la réception de la demande | Art. L. 1237-14 |
| Durée minimale cumulée | Environ 30 à 33 jours | Signature de la convention | — |
Ces délais sont d'ordre public. Les raccourcir expose l'employeur à la nullité de la convention et à la requalification en licenciement sans cause réelle et sérieuse.
Respecter ces délais suppose une maîtrise précise du calendrier social. Un avocat spécialisé en droit du travail peut sécuriser chaque étape.
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La date de rupture du contrat est librement négociée entre l'employeur et le salarié. Une seule contrainte s'impose : cette date ne peut pas être antérieure au lendemain de l'homologation (ou de l'expiration du délai d'instruction de la DREETS).
En pratique, les parties disposent de 3 options :
| Scénario | Avantage employeur | Avantage salarié |
|---|---|---|
| Départ au plus tôt | Réduction rapide de la masse salariale | Accès immédiat à l'ARE |
| Départ différé | Temps de passation | Maintien du salaire plus longtemps |
| Date alignée sur un projet | Continuité opérationnelle | Visibilité sur la date de fin |
Le salarié reste tenu d'exécuter son contrat jusqu'à la date de rupture convenue. L'employeur peut toutefois le dispenser d'activité, à condition de maintenir sa rémunération.
La confusion entre rupture conventionnelle et préavis provient souvent d'un amalgame avec les deux autres modes de rupture du CDI.
Le salarié démissionnaire doit respecter un préavis dont la durée est fixée par la convention collective, l'usage ou le contrat de travail. En l'absence de disposition, aucun préavis légal n'est prévu (sauf pour les journalistes et les VRP). Pendant ce préavis, le salarié continue de travailler et perçoit sa rémunération.
Le salarié licencié bénéficie d'un préavis légal dont la durée dépend de son ancienneté : 1 mois en dessous de 2 ans, 2 mois au-delà (article L. 1234-1 du Code du travail). La convention collective peut prévoir des durées plus longues. L'employeur peut dispenser le salarié de préavis, mais il doit alors verser une indemnité compensatrice.
Aucun préavis. Aucune indemnité compensatrice de préavis. Les seuls délais sont ceux de rétractation et d'homologation décrits plus haut.
| Démission | Licenciement | Rupture conventionnelle | |
|---|---|---|---|
| Préavis légal | Non (sauf exceptions) | Oui (1 ou 2 mois selon ancienneté) | Non |
| Préavis conventionnel | Oui (fréquent) | Oui (possible) | Non |
| Indemnité compensatrice | Si dispense par l'employeur | Si dispense par l'employeur | Non applicable |
| Délais spécifiques | Aucun | Aucun (hors procédure) | Rétractation + homologation |
Chaque mode de rupture du CDI obéit à des règles distinctes. Un accompagnement juridique adapté évite les erreurs de procédure.
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Pour éviter tout contentieux prud'homal, l'employeur doit respecter 5 points de vigilance :
Un vice de procédure — délai de rétractation non respecté, absence d'entretien préalable, consentement vicié — peut conduire le conseil de prud'hommes à requalifier la rupture conventionnelle en licenciement sans cause réelle et sérieuse. L'employeur s'expose alors au versement d'indemnités pouvant atteindre plusieurs mois de salaire selon le barème Macron (article L. 1235-3 du Code du travail).
Non. Aucun texte ne prévoit de préavis dans le cadre d'une rupture conventionnelle. Le salarié ne peut ni imposer un délai de travail supplémentaire, ni réclamer une indemnité compensatrice de préavis. Les seuls délais applicables sont ceux de rétractation (15 jours calendaires) et d'homologation (15 jours ouvrables).
Non. La date de rupture doit être fixée au plus tôt au lendemain du jour de l'homologation par la DREETS, ou au lendemain de l'expiration du délai d'instruction de 15 jours ouvrables. Toute date antérieure rend la convention irrégulière.
Si la convention mentionne un « préavis », cela peut créer une confusion juridique. Le salarié pourrait contester la nature de la rupture devant le conseil de prud'hommes. Pour éviter ce risque, il convient de parler uniquement de « date de rupture du contrat » dans le formulaire Cerfa et dans tout document annexe.
Oui, sauf si l'employeur le dispense expressément d'activité. Dans ce cas, la rémunération reste due jusqu'à la date de rupture inscrite dans la convention. Cette dispense doit être formalisée par écrit.
Oui. Contrairement à la démission, la rupture conventionnelle homologuée ouvre droit à l'allocation d'aide au retour à l'emploi (ARE) dès la fin du contrat, sous réserve du respect des conditions d'affiliation fixées par France Travail (ex-Pôle emploi). Un différé d'indemnisation peut s'appliquer en fonction du montant de l'indemnité perçue.
Rupture conventionnelle d'un salarié du secteur privé - Service-Public.fr
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