
Jullian Hoareau

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Rupture conventionnelle de stage : une confusion fréquente
Pourquoi le stage échappe au Code du travail
Ce que prévoit la convention de stage
Rompre le stage : l'accord tripartite obligatoire
Motifs valables et rupture abusive à éviter
Conséquences pour l'employeur et droits du stagiaire
Beaucoup de DRH cherchent à appliquer la rupture conventionnelle pour mettre fin à un stage avant son terme. Cette démarche repose sur une erreur de qualification juridique. La rupture conventionnelle, codifiée aux articles L. 1237-11 à L. 1237-16 du Code du travail, concerne exclusivement le contrat de travail à durée indéterminée (CDI). Elle suppose un salarié, un employeur, un entretien préalable et une homologation par la DREETS (ex-Direccte).
Or, un stagiaire n'est pas un salarié. Il ne signe pas un contrat de travail mais une convention de stage. Parler de « rupture conventionnelle de stage » revient donc à mélanger deux régimes juridiques distincts. Cette confusion, fréquente dans les services RH, peut entraîner des conséquences financières et contentieuses concrètes pour l'entreprise.
Le stage en entreprise est encadré par le Code de l'éducation (articles L. 124-1 à L. 124-20), et non par le Code du travail. La loi du 10 juillet 2014 a renforcé ce cadre en posant 3 principes clairs :
| Critère | Salarié (CDI/CDD) | Stagiaire |
|---|---|---|
| Texte applicable | Code du travail | Code de l'éducation |
| Lien juridique | Contrat de travail | Convention de stage tripartite |
| Rémunération | Salaire obligatoire | Gratification obligatoire au-delà de 2 mois |
| Rupture amiable | Rupture conventionnelle homologuée | Accord tripartite (pas d'homologation) |
| Protection sociale | Régime général | Régime étudiant + couverture AT limitée |
Le stagiaire reste rattaché à son établissement d'enseignement. Sa présence en entreprise poursuit un objectif pédagogique, pas une finalité productive. Cette distinction interdit d'appliquer au stage les mécanismes propres au contrat de travail : période d'essai, licenciement, rupture conventionnelle ou démission.
La convention de stage est un document tripartite signé par le stagiaire, l'organisme d'accueil et l'établissement d'enseignement. Elle fixe les conditions du stage : durée, missions, horaires, montant de la gratification et modalités de rupture anticipée.
L'article L. 124-7 du Code de l'éducation impose que la convention précise les conditions de suspension ou de rupture du stage. En pratique, la plupart des conventions types prévoient :
Si la convention ne prévoit rien, la rupture reste possible mais son formalisme devient plus risqué pour l'employeur. Le silence de la convention ne vaut pas interdiction de rompre : il crée un vide procédural que le juge peut interpréter en faveur du stagiaire.
Encadrer juridiquement la fin d'un stage suppose de vérifier les clauses de la convention et de respecter un formalisme précis.
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Contrairement à la rupture conventionnelle (bilatérale entre salarié et employeur), la fin anticipée d'un stage nécessite l'accord des 3 parties : stagiaire, organisme d'accueil et établissement d'enseignement. L'établissement joue un rôle de garant pédagogique. Sans son accord, la rupture peut être contestée.
La procédure recommandée suit 4 étapes :
L'absence de cet avenant tripartite constitue le principal risque juridique. Un organisme d'accueil qui rompt unilatéralement le stage sans informer l'établissement s'expose à une requalification et à une action en dommages-intérêts.
Le droit ne dresse pas de liste fermée des motifs de rupture anticipée d'un stage. En pratique, les juridictions distinguent les motifs légitimes des ruptures abusives.
| Motifs généralement admis | Motifs considérés comme abusifs |
|---|---|
| Faute grave du stagiaire (vol, harcèlement) | Remplacement du stagiaire par un salarié moins coûteux |
| Non-respect répété des règles internes | Suppression du stage pour motif économique sans justification |
| Réorientation académique du stagiaire | Rupture discriminatoire (grossesse, handicap, origine) |
| Accord mutuel des 3 parties | Rupture sans notification à l'établissement |
Un point de vigilance : le stagiaire ne peut pas être écarté au motif qu'il « ne convient pas » comme on le ferait en période d'essai. Le stage n'est pas un test de recrutement au sens du Code du travail. Le tuteur doit démontrer un manquement objectif ou un accord mutuel documenté.
La frontière entre rupture légitime et rupture abusive dépend du formalisme respecté et des motifs invoqués.
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En cas de rupture anticipée régulière, l'organisme d'accueil verse la gratification au prorata de la durée effective du stage. Pour un stage de 6 mois rémunéré au minimum légal (4,35 € par heure en 2024), un stagiaire présent 3 mois perçoit environ 50 % de la gratification totale prévue.
En cas de rupture abusive, le stagiaire peut saisir le tribunal judiciaire (et non le conseil de prud'hommes, réservé aux salariés). Les sanctions possibles incluent :
Cette requalification entraîne le paiement rétroactif d'un salaire, de cotisations sociales et d'une indemnité de rupture. Selon la jurisprudence de la Cour de cassation (Cass. soc., 29 janvier 2014, n° 12-21.516), l'utilisation d'un stagiaire pour pourvoir un emploi permanent constitue un détournement de la finalité du stage.
Pour le stagiaire, la rupture anticipée peut compromettre la validation de son cursus. L'établissement d'enseignement doit alors proposer une solution de remplacement : nouveau stage, aménagement pédagogique ou report de la soutenance.
Non. La rupture conventionnelle est un dispositif du Code du travail réservé au CDI. Le stage relève du Code de l'éducation. La fin anticipée d'un stage passe par un accord tripartite entre le stagiaire, l'entreprise et l'établissement d'enseignement, formalisé par un avenant à la convention.
Chacune des 3 parties (stagiaire, organisme d'accueil, établissement) peut initier la rupture. Toutefois, la décision finale nécessite l'accord des 3 signataires de la convention. Une rupture unilatérale sans information de l'établissement expose l'entreprise à un contentieux.
Oui. La gratification reste due au prorata de la durée effective du stage. En cas de rupture abusive par l'entreprise, le tribunal peut ordonner le versement de la gratification intégrale jusqu'au terme prévu, ainsi que des dommages-intérêts.
Le tribunal judiciaire est compétent, et non le conseil de prud'hommes. Le stagiaire n'ayant pas le statut de salarié, les litiges liés à la convention de stage relèvent de la juridiction civile.
Oui. Si le juge constate que le stagiaire occupait un poste de travail permanent, exécutait des tâches productives sans encadrement pédagogique ou remplaçait un salarié absent, le stage peut être requalifié en CDI. L'entreprise devra alors verser un salaire rétroactif et les cotisations sociales correspondantes.
Stages et périodes de formation en milieu professionnel (L124-1 à L124-20) - Légifrance
Les stages étudiants en milieu professionnel - Ministère du Travail
Gratification minimale d'un stagiaire en entreprise - Service-Public.fr
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