Refus de vente entre professionnels : définition et sanctions

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05 Jun 2026
-
8 min de lecture
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Points clés de l'article
  1. Depuis 1996, le refus de vente entre professionnels est en principe licite en droit français, au nom de la liberté contractuelle.
  2. Il devient illicite lorsqu'il constitue un abus de position dominante, une pratique discriminatoire ou une rupture brutale de relations commerciales établies.
  3. Les sanctions vont de l'amende civile (jusqu'à 5 % du chiffre d'affaires) aux dommages-intérêts, voire à des sanctions pénales dans certains cas.
  4. L'acheteur évincé dispose de recours devant les juridictions commerciales et peut saisir l'Autorité de la concurrence.
  5. Toute entreprise doit documenter les motifs objectifs de son refus pour limiter son exposition juridique.

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Sommaire

Refus de vente entre professionnels : définition juridique

Le principe de liberté commerciale depuis 1996

Les cas où le refus de vente est sanctionné

Abus de position dominante et pratiques anticoncurrentielles

Sanctions encourues et recours de l'acheteur évincé

Sécuriser un refus de vente en entreprise

FAQ

Pour aller plus loin

Refus de vente entre professionnels : définition juridique

Le refus de vente entre professionnels désigne la situation dans laquelle un fournisseur ou un prestataire décline la demande d'achat formulée par un autre professionnel. Contrairement au refus de vente opposé à un consommateur — interdit par l'article L. 121-11 du Code de la consommation — le refus entre professionnels obéit à un régime distinct, régi par le Code de commerce.

En droit français, ce refus ne constitue pas en soi une infraction. Il s'inscrit dans le cadre de la liberté contractuelle, principe fondamental du droit des obligations. Toutefois, cette liberté n'est pas absolue. Elle trouve ses limites dans le droit de la concurrence et dans les règles encadrant les pratiques restrictives de concurrence (articles L. 442-1 et suivants du Code de commerce).

La distinction est donc essentielle pour une direction juridique : un refus de vente peut être parfaitement licite ou exposer l'entreprise à des sanctions lourdes, selon le contexte commercial et la position de marché du vendeur.

Le principe de liberté commerciale depuis 1996

Avant 1996, le droit français sanctionnait le refus de vente entre professionnels sur le fondement de l'ancien article 37 de l'ordonnance du 1er décembre 1986. Cette interdiction générale visait à protéger l'accès au marché des distributeurs et revendeurs.

La loi Galland du 1er juillet 1996 a supprimé cette interdiction. Depuis, le principe est clair : un professionnel peut librement choisir ses partenaires commerciaux. L'article L. 442-6 (aujourd'hui recodifié aux articles L. 442-1 et suivants) ne mentionne plus le refus de vente comme pratique restrictive autonome.

Ce basculement repose sur une logique économique. Le législateur a considéré que la liberté de sélectionner ses distributeurs — notamment dans le cadre de réseaux de distribution sélective — favorise la concurrence par la qualité plutôt que par le seul prix. La Cour de cassation a confirmé cette orientation à plusieurs reprises, en validant le droit du fournisseur de refuser une vente sans avoir à justifier sa décision, sauf circonstances particulières.

Un refus de vente contesté peut rapidement dégénérer en contentieux commercial. Anticiper les risques juridiques permet d'éviter des procédures coûteuses.
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Les cas où le refus de vente est sanctionné

Si le principe est la liberté, plusieurs situations transforment un refus de vente en pratique illicite.

1. La discrimination injustifiée entre partenaires commerciaux

Un fournisseur qui refuse de vendre à un professionnel tout en acceptant de vendre à un concurrent direct, sans motif objectif, s'expose à une action en responsabilité. L'article L. 442-1, II du Code de commerce sanctionne les pratiques discriminatoires qui créent un désavantage concurrentiel sans contrepartie légitime.

2. La rupture brutale de relations commerciales établies

Lorsque le refus de vente intervient dans le cadre d'une relation commerciale préexistante, il peut être requalifié en rupture brutale au sens de l'article L. 442-1, II du Code de commerce. La jurisprudence exige un préavis proportionnel à la durée de la relation. La Cour d'appel de Paris retient en pratique un mois de préavis par année de relation, avec un plafond variable selon les secteurs.

3. Le refus lié à un réseau de distribution sélective illicite

Un fournisseur peut organiser un réseau de distribution sélective, à condition que les critères de sélection soient objectifs, qualitatifs et appliqués de manière non discriminatoire. Un refus fondé sur des critères opaques ou purement quantitatifs peut être annulé.

SituationLicéité du refusFondement juridique
Choix libre d'un partenaire commercialLiciteLiberté contractuelle
Discrimination sans motif objectifIlliciteArt. L. 442-1, II C. com.
Rupture sans préavis d'une relation établieIlliciteArt. L. 442-1, II C. com.
Distribution sélective à critères objectifsLiciteDroit de la concurrence UE
Réseau sélectif à critères opaquesIlliciteArt. 101 TFUE / L. 420-1 C. com.

Abus de position dominante et pratiques anticoncurrentielles

Le refus de vente prend une dimension particulière lorsqu'il émane d'une entreprise en position dominante sur son marché. L'article L. 420-2 du Code de commerce et l'article 102 du TFUE interdisent l'exploitation abusive d'une telle position.

L'Autorité de la concurrence qualifie d'abusif un refus de vente lorsque 3 conditions cumulatives sont réunies :

  • Le produit ou service refusé est indispensable à l'activité de l'acheteur (théorie des facilités essentielles).
  • Le refus élimine toute concurrence sur le marché aval.
  • Le refus n'est justifié par aucun motif objectif (capacité de production insuffisante, insolvabilité du demandeur, etc.).

En 2020, l'Autorité de la concurrence a infligé 444 millions d'euros d'amendes pour des pratiques anticoncurrentielles dans le secteur de la distribution. Si toutes ne concernaient pas des refus de vente, ces décisions illustrent le niveau de sanction encouru par les entreprises dominantes.

Critère d'appréciationRefus liciteRefus abusif
Position de marché du vendeurNon dominanteDominante
Caractère indispensable du produitNonOui
Effet sur la concurrence avalNul ou limitéÉliminatoire
Justification objectivePrésenteAbsente

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Sanctions encourues et recours de l'acheteur évincé

Les sanctions varient selon le fondement juridique invoqué.

Sur le terrain des pratiques restrictives (art. L. 442-1 et suivants), le tribunal peut prononcer :

  • La cessation de la pratique illicite.
  • Des dommages-intérêts correspondant au préjudice subi (perte de marge, perte de clientèle).
  • Une amende civile pouvant atteindre 5 % du chiffre d'affaires réalisé en France.

Sur le terrain du droit de la concurrence (art. L. 420-2), l'Autorité de la concurrence peut infliger des amendes allant jusqu'à 10 % du chiffre d'affaires mondial du groupe. L'acheteur évincé peut également engager une action en réparation devant le tribunal de commerce.

Les recours de l'acheteur évincé s'articulent en 3 voies :

  1. Saisine du tribunal de commerce pour obtenir réparation du préjudice et cessation du refus.
  2. Saisine de l'Autorité de la concurrence lorsque le refus relève d'un abus de position dominante.
  3. Référé commercial pour obtenir des mesures conservatoires en urgence, notamment la reprise des livraisons.

Sécuriser un refus de vente en entreprise

Pour une direction juridique, la sécurisation d'un refus de vente repose sur 4 actions concrètes.

Documenter les motifs objectifs du refus. Chaque refus doit être fondé sur des raisons vérifiables : insolvabilité du demandeur, non-respect des critères qualitatifs du réseau de distribution, rupture de stock, incompatibilité technique. L'absence de trace écrite constitue le premier facteur de risque en cas de contentieux.

Analyser la position de marché de l'entreprise. Avant tout refus, il convient de vérifier si l'entreprise détient une position dominante sur le marché concerné. Cette analyse conditionne le niveau de contrainte juridique applicable.

Respecter les délais de préavis. Lorsque le refus met fin à une relation commerciale existante, un préavis écrit et proportionnel doit être notifié. La durée dépend de l'ancienneté de la relation, du volume d'affaires et de la dépendance économique du partenaire.

Harmoniser les pratiques commerciales. Les critères de sélection des partenaires doivent être appliqués de manière uniforme. Toute différence de traitement non justifiée par des éléments objectifs expose l'entreprise à une action en discrimination.

Un refus de vente mal encadré peut entraîner des mois de procédure et des indemnisations significatives.
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FAQ

Un fournisseur peut-il refuser de vendre à un professionnel sans donner de motif ?

Oui, depuis la loi Galland de 1996, le refus de vente entre professionnels est en principe libre. Le fournisseur n'a pas l'obligation légale de motiver son refus, sauf s'il détient une position dominante ou si le refus s'inscrit dans une relation commerciale établie.

Quelle différence entre refus de vente et rupture brutale de relations commerciales ?

Le refus de vente porte sur une transaction ponctuelle ou un nouveau partenariat. La rupture brutale concerne l'interruption d'une relation commerciale existante sans préavis suffisant. Les deux peuvent être illicites, mais les fondements juridiques et les sanctions diffèrent.

Quels risques encourt une entreprise en position dominante qui refuse de vendre ?

L'Autorité de la concurrence peut infliger une amende allant jusqu'à 10 % du chiffre d'affaires mondial. L'acheteur évincé peut obtenir des dommages-intérêts devant le tribunal de commerce. Le refus peut aussi être qualifié d'infraction au droit européen de la concurrence (article 102 TFUE).

Comment prouver qu'un refus de vente est discriminatoire ?

L'acheteur doit démontrer que le fournisseur a accepté de vendre à d'autres professionnels dans des conditions comparables, sans justification objective pour la différence de traitement. Les échanges commerciaux, les conditions générales de vente et les pratiques habituelles du fournisseur constituent les preuves les plus fréquemment produites.

Un refus de vente dans un réseau de distribution sélective est-il toujours licite ?

Non. Le refus n'est licite que si les critères de sélection sont objectifs, qualitatifs et appliqués de manière uniforme. Un réseau fondé sur des critères opaques, purement quantitatifs ou appliqués de façon discriminatoire peut être déclaré illicite par les juridictions.

Pour aller plus loin

Article L420-2 du Code de commerce - Légifrance

Article L442-1 du Code de commerce - Légifrance

Les abus dans la relation commerciale - economie.gouv.fr

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