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Prescription d'une facture impayée : définition et fondement juridique
Délai de 5 ans entre professionnels : l'article L110-4 du Code de commerce
Délai de 2 ans entre professionnel et consommateur : l'article L218-2 du Code de la consommation
Point de départ du délai : date d'exigibilité de la facture
Causes d'interruption du délai : reconnaissance de dette et action en justice
Causes de suspension du délai : médiation, conciliation, force majeure
Conséquences d'une facture prescrite : quels recours restent possibles ?
Bonnes pratiques pour prévenir la prescription en entreprise
La prescription d'une facture impayée désigne l'extinction du droit d'agir en justice pour obtenir le paiement d'une créance, du seul fait de l'écoulement du temps. Concrètement, une fois le délai de prescription atteint, le créancier perd la possibilité de contraindre le débiteur à payer par voie judiciaire.
Ce mécanisme repose sur un principe général du droit civil français codifié à l'article 2219 du Code civil : « La prescription extinctive est un mode d'extinction d'un droit résultant de l'inaction de son titulaire pendant un certain laps de temps. » Le législateur considère qu'un créancier qui n'agit pas dans un délai raisonnable ne peut indéfiniment maintenir une menace contentieuse sur son débiteur.
En matière de factures impayées, deux régimes coexistent selon la qualité du débiteur. Le Code de commerce fixe un délai de 5 ans pour les créances entre professionnels. Le Code de la consommation prévoit un délai réduit à 2 ans lorsque le débiteur est un consommateur. La qualification du débiteur au moment de la transaction détermine donc le régime applicable, indépendamment du statut du créancier.
Pour une direction juridique, identifier le bon délai dès l'émission de la facture conditionne la stratégie de recouvrement et le calendrier des relances.
L'article L110-4 du Code de commerce dispose que les obligations nées à l'occasion de leur commerce entre commerçants, ou entre commerçants et non-commerçants, se prescrivent par 5 ans. Ce délai s'applique à la grande majorité des créances commerciales : prestations de services, ventes de marchandises, honoraires de conseil, sous-traitance.
| Critère | Régime applicable |
|---|---|
| Débiteur commerçant ou société commerciale | 5 ans (art. L110-4 C. com.) |
| Créance née d'un acte de commerce | 5 ans, même si le débiteur n'est pas commerçant |
| Contrat mixte (professionnel / non-commerçant agissant pour son activité) | 5 ans en principe |
La Cour de cassation a confirmé à plusieurs reprises que ce délai quinquennal s'applique dès lors que la créance se rattache à l'activité commerciale du débiteur, y compris pour les professions libérales agissant dans le cadre de leur activité professionnelle (Cass. com., 26 février 2020, n° 18-25.036).
En pratique, une facture émise le 15 mars 2024 avec un délai de paiement de 30 jours devient exigible le 14 avril 2024. La prescription court alors jusqu'au 14 avril 2029. Passé cette date, le créancier ne peut plus saisir un tribunal pour en obtenir le paiement.
Sécuriser le recouvrement d'une créance commerciale suppose d'agir avant l'expiration du délai de 5 ans, en mobilisant les bons leviers juridiques au bon moment.
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Lorsque le débiteur agit en qualité de consommateur, c'est-à-dire en dehors de toute activité professionnelle, le délai de prescription tombe à 2 ans. L'article L218-2 du Code de la consommation précise : « L'action des professionnels, pour les biens ou les services qu'ils fournissent aux consommateurs, se prescrit par deux ans. »
Ce délai protecteur s'applique quel que soit le montant de la facture ou la nature de la prestation (travaux, abonnement, vente en ligne, réparation). La jurisprudence retient une appréciation stricte de la qualité de consommateur : seule compte la finalité personnelle de l'achat ou du service au moment de la conclusion du contrat.
| Situation | Délai applicable |
|---|---|
| Facture d'un artisan adressée à un particulier pour des travaux dans sa résidence | 2 ans |
| Facture d'un éditeur de logiciel adressée à une TPE pour son activité | 5 ans |
| Facture d'un garagiste adressée à un dirigeant pour son véhicule personnel | 2 ans |
Pour les entreprises qui facturent à la fois des professionnels et des particuliers, cette distinction impose un suivi différencié des échéances de prescription dans le système de gestion des créances.
Le délai de prescription d'une facture impayée ne court pas à compter de l'émission de la facture, mais à compter de sa date d'exigibilité. L'article 2224 du Code civil fixe le point de départ au « jour où le titulaire d'un droit a connu ou aurait dû connaître les faits lui permettant de l'exercer ».
En matière de facture, ce point de départ correspond au lendemain de l'échéance de paiement prévue au contrat ou sur la facture elle-même. Si aucune échéance n'est stipulée, le délai de paiement légal de 30 jours à compter de la réception des marchandises ou de l'exécution de la prestation s'applique (article L441-10 du Code de commerce).
Trois cas pratiques illustrent cette règle :
Une erreur fréquente consiste à calculer le délai à partir de la date d'émission de la facture. Cette confusion peut conduire à engager une action trop tard, alors que le délai réel a déjà expiré.
Identifier avec précision la date d'exigibilité de chaque créance permet d'anticiper les échéances de prescription et d'adapter la stratégie de recouvrement.
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L'interruption du délai de prescription efface le temps déjà écoulé et fait courir un nouveau délai de même durée à compter de l'acte interruptif. Les articles 2240 à 2246 du Code civil énumèrent les causes d'interruption.
Actes interruptifs reconnus par la loi :
En revanche, une simple lettre de relance ou une mise en demeure par courrier recommandé n'interrompt pas la prescription. Seule la mise en demeure délivrée par voie de commissaire de justice (anciennement huissier) produit cet effet.
| Acte | Effet sur la prescription |
|---|---|
| Lettre de relance simple | Aucun effet interruptif |
| Mise en demeure par LRAR | Aucun effet interruptif |
| Commandement de payer par commissaire de justice | Interruption |
| Assignation en justice | Interruption |
| Reconnaissance de dette écrite ou tacite | Interruption |
| Requête en injonction de payer | Interruption |
Cette distinction est déterminante. Une direction juridique qui se contente d'envoyer des relances par courrier recommandé pendant 4 ans et 11 mois, sans acte interruptif valable, risque de voir la créance prescrite.
À la différence de l'interruption, la suspension gèle le délai en cours sans l'effacer. Le temps restant reprend son cours à la fin de l'événement suspensif.
Principales causes de suspension :
En pratique, la suspension protège le créancier qui engage une démarche amiable de bonne foi. Elle évite que le temps passé en négociation ne se retourne contre lui en réduisant le délai restant pour agir en justice.
Engager une médiation ou une conciliation suspend le délai de prescription, mais ne dispense pas de surveiller les échéances pour préserver le droit d'agir.
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Une fois le délai de prescription écoulé, le créancier perd son droit d'action en justice. Le tribunal saisi d'une demande de paiement portant sur une créance prescrite doit la déclarer irrecevable si le débiteur soulève l'exception de prescription. Depuis la réforme du 17 juin 2008, le juge ne peut plus relever d'office la prescription en matière civile et commerciale (article 2247 du Code civil). Le débiteur doit donc l'invoquer lui-même.
Toutefois, la prescription n'éteint pas la dette elle-même. Elle éteint uniquement le droit de la faire reconnaître en justice. Deux conséquences pratiques en découlent :
En revanche, le créancier ne peut plus :
Sur le plan comptable, une créance prescrite doit être passée en perte. Cette écriture a un impact direct sur le résultat de l'exercice et sur la trésorerie prévisionnelle.
La prévention de la prescription d'une facture impayée repose sur un dispositif organisationnel structuré, piloté par la direction juridique en coordination avec la direction financière.
1. Cartographier les créances par régime de prescription
Distinguer systématiquement les factures adressées à des professionnels (5 ans) et celles adressées à des consommateurs (2 ans). Intégrer cette qualification dans l'outil de gestion des créances dès l'émission de la facture.
2. Automatiser les alertes d'échéance
Paramétrer des alertes à 12 mois, 6 mois et 3 mois avant l'expiration du délai de prescription. Ce calendrier laisse le temps d'engager un acte interruptif valable.
3. Formaliser les relances par des actes interruptifs
Passer d'une logique de relance amiable (courriers, e-mails) à une logique d'actes juridiquement efficaces : commandement de payer par commissaire de justice, requête en injonction de payer, ou obtention d'une reconnaissance de dette écrite.
4. Documenter chaque échange avec le débiteur
Conserver les preuves de toute reconnaissance tacite : e-mails du débiteur demandant un délai, paiements partiels, propositions d'échéancier. Ces éléments peuvent constituer des actes interruptifs devant un tribunal.
5. Intégrer la prescription dans la politique de provisionnement
Provisionner les créances dont le délai de prescription approche permet d'anticiper l'impact comptable d'une éventuelle perte et d'arbitrer entre le coût d'une action judiciaire et le montant de la créance.
| Étape | Action | Délai recommandé |
|---|---|---|
| Relance amiable | Courrier + e-mail | Dès J+15 après échéance |
| Mise en demeure formelle | LRAR avec réserve de droits | J+30 à J+60 |
| Acte interruptif | Commandement de payer ou assignation | Avant 80 % du délai de prescription |
| Provisionnement comptable | Passage en créance douteuse | Dès 50 % du délai écoulé sans réponse |
Structurer le suivi des créances et anticiper les échéances de prescription réduit le risque de forclusion et préserve les options contentieuses.
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Non. Une mise en demeure envoyée par lettre recommandée avec accusé de réception ne constitue pas un acte interruptif de prescription. Seuls un commandement de payer signifié par commissaire de justice, une assignation en justice ou une reconnaissance de dette par le débiteur produisent cet effet. La mise en demeure par LRAR conserve toutefois son utilité pour formaliser la demande de paiement et faire courir les intérêts de retard.
Le délai dépend de la qualité dans laquelle l'auto-entrepreneur a contracté. S'il a commandé le bien ou le service pour les besoins de son activité professionnelle, le délai de 5 ans s'applique. S'il a agi à titre personnel, en dehors de son activité, le délai de 2 ans du Code de la consommation s'applique. La finalité de l'achat au moment de la commande détermine le régime.
Oui. Un paiement partiel constitue une reconnaissance tacite de la dette au sens de l'article 2240 du Code civil. Il interrompt le délai de prescription et fait courir un nouveau délai complet à compter de la date du paiement. Il est recommandé de conserver la preuve de ce paiement (relevé bancaire, reçu) pour pouvoir l'invoquer en cas de litige.
Non. Depuis la réforme du 17 juin 2008, le juge civil ou commercial ne peut plus relever d'office la prescription extinctive. C'est au débiteur de soulever cette exception en défense. Si le débiteur ne l'invoque pas, le tribunal peut condamner au paiement même si le délai est dépassé.
Oui, dans certaines limites. L'article 2254 du Code civil autorise les parties à raccourcir ou allonger la durée de la prescription par accord, sans pouvoir la réduire en dessous de 1 an ni l'étendre au-delà de 10 ans. Cette faculté est toutefois exclue dans les relations avec les consommateurs, où le délai de 2 ans est d'ordre public.
Article L110-4 du Code de commerce - Légifrance
Article L218-2 du Code de la consommation - Légifrance
Article 2224 du Code civil - Légifrance
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