
Jullian Hoareau

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NFT et métavers : de quoi parle-t-on juridiquement
Qualification juridique du jeton et régime applicable
Propriété intellectuelle : ce que transfère vraiment un NFT
Données personnelles et RGPD dans un environnement métavers
Contrats, smart contracts et responsabilité des prestataires
Points de vigilance avant de lancer un projet
Lorsqu'une entreprise crée un actif virtuel — objet 3D, avatar de marque, terrain dans un monde immersif — elle manipule deux briques technologiques distinctes qui engagent des régimes juridiques différents.
Le NFT (non-fungible token) est un jeton inscrit sur une blockchain, associé à un fichier numérique par un lien technique (souvent un identifiant IPFS). Il certifie l'unicité et la traçabilité d'un actif, mais ne porte en lui-même aucun droit de propriété intellectuelle. Le métavers désigne un environnement numérique persistant, interactif et souvent décentralisé, dans lequel des utilisateurs interagissent via des avatars. Pour le droit, il n'existe pas de régime propre au métavers : chaque opération (vente, licence, collecte de données) relève des textes existants — Code civil, Code de la propriété intellectuelle, RGPD, règlement MiCA.
Cette superposition de cadres crée un risque de non-conformité pour toute entreprise qui lance un projet sans cartographier les obligations applicables à chaque couche technique.
La qualification juridique d'un NFT détermine le régime de conformité qui s'impose à l'émetteur. Le règlement européen MiCA (Markets in Crypto-Assets), pleinement applicable depuis décembre 2024, exclut de son périmètre les jetons véritablement uniques et non fongibles (considérant 10). En revanche, dès qu'un jeton est émis en série ou fractionné, il peut être requalifié en crypto-actif régulé, ce qui déclenche des obligations d'enregistrement, de publication d'un livre blanc et de conformité aux règles de commercialisation.
| Critère | NFT unique (hors MiCA) | Jeton en série (MiCA applicable) |
|---|---|---|
| Fongibilité | Non fongible | Fongible ou semi-fongible |
| Obligation de livre blanc | Non | Oui |
| Enregistrement PSAN/CASP | Non requis | Requis |
| Règles de commercialisation | Droit commun | Encadrement MiCA |
En droit français, l'article L. 54-10-1 du Code monétaire et financier définit les actifs numériques. Un NFT qui représente un droit financier (rendement, dividende) peut aussi être requalifié en instrument financier, soumis alors à la réglementation MIF 2. Le DSI doit donc valider la qualification du jeton avant toute mise en production.
Qualifier un jeton avant son émission évite une requalification réglementaire coûteuse. Un avocat spécialisé en actifs numériques sécurise cette étape.
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Un NFT ne transfère pas les droits de propriété intellectuelle sur l'œuvre associée. En droit français, l'article L. 131-3 du Code de la propriété intellectuelle impose que toute cession de droits d'auteur soit formalisée par écrit, avec mention expresse de chaque droit cédé, de sa durée, de son étendue géographique et de sa destination.
Sans contrat de licence ou de cession distinct, l'acquéreur d'un NFT obtient un simple jeton technique, pas le droit de reproduire, modifier ou exploiter commercialement l'œuvre. Plusieurs contentieux à l'étranger ont confirmé cette analyse.
Pour les marques, l'EUIPO et l'INPI classent les produits virtuels et NFT dans la classe 9 de la classification de Nice (produits numériques téléchargeables). Une entreprise qui décline sa marque dans un métavers doit donc déposer une extension de protection dans cette classe, sous peine de ne disposer d'aucun droit opposable sur ses actifs virtuels.
| Action IP | Nécessaire ? | Fondement |
|---|---|---|
| Cession écrite des droits d'auteur | Oui, si transfert voulu | Art. L. 131-3 CPI |
| Dépôt de marque en classe 9 | Oui | Classification de Nice, EUIPO |
| Licence d'utilisation dans les CGV | Oui | Droit des contrats |
Un métavers collecte des volumes de données qui dépassent ceux d'un site web classique : géolocalisation de l'avatar, suivi oculaire (eye tracking), expressions faciales, interactions vocales. Certaines de ces données — notamment biométriques — relèvent de l'article 9 du RGPD, qui interdit leur traitement sauf exceptions limitées (consentement explicite, intérêt public).
Le DSI doit cartographier chaque traitement dès la phase de conception (privacy by design, article 25 du RGPD). Trois points de vigilance se posent :
La conformité RGPD d'un projet métavers nécessite un audit des flux de données dès la conception. Un avocat spécialisé structure cette démarche.
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Un smart contract est un programme auto-exécutable déployé sur une blockchain. En droit français, il n'a pas de statut juridique autonome : il constitue un mécanisme d'exécution, pas un contrat au sens des articles 1101 et suivants du Code civil. La formation du contrat (offre, acceptation, capacité, objet licite) reste soumise au droit commun.
Trois risques contractuels se concentrent sur le DSI :
Avant toute mise en production, le DSI doit coordonner un audit transversal couvrant 5 axes :
Un projet NFT ou métavers engage simultanément le droit des contrats, la propriété intellectuelle et la protection des données. Un accompagnement juridique spécialisé réduit ces risques dès la phase de cadrage.
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Non. En droit français, la cession de droits d'auteur exige un écrit mentionnant chaque droit cédé, sa durée et son étendue (article L. 131-3 CPI). Sans contrat distinct, l'acquéreur d'un NFT ne détient qu'un jeton technique, sans droit de reproduction ni d'exploitation.
Non. MiCA exclut les jetons véritablement uniques et non fongibles. En revanche, un NFT émis en grande série ou fractionné peut être requalifié en crypto-actif régulé, ce qui impose un livre blanc, un enregistrement et des règles de commercialisation.
La solution technique recommandée consiste à stocker les données personnelles off-chain et à n'inscrire on-chain qu'un hash ou un identifiant. La suppression des données off-chain rend le hash inexploitable, ce qui satisfait l'exigence de l'article 17 du RGPD.
Non. Un smart contract est un programme d'exécution automatique, pas un contrat au sens juridique. La validité de l'engagement (consentement, objet, cause) reste soumise au Code civil. Le smart contract exécute, le contrat juridique encadre.
Oui. L'EUIPO et l'INPI classent les produits virtuels et NFT dans la classe 9 de la classification de Nice. Sans dépôt dans cette classe, l'entreprise ne dispose d'aucun droit de marque opposable sur ses actifs numériques dans le métavers.
Position de l'EUIPO sur les produits virtuels, les jetons non fongibles et le métavers - INPI
Mission exploratoire sur les métavers - Ministère de l'Économie et des Finances
Fiscalité applicable aux jetons non fongibles - Sénat
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