
Jullian Hoareau

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1. Libération du capital : ce que recouvre la notion
2. Apports en numéraire et en nature : règles distinctes
3. Seuil de 50 % à la constitution de la SASU
4. Appel du solde dans le délai de cinq ans
5. Capital non libéré : sanctions fiscales et civiles
6. Arbitrer entre libération partielle et libération intégrale
Créer une SASU implique de fixer un capital social, c'est-à-dire la somme que l'associé unique s'engage à mettre à disposition de la société. Cet engagement se décompose en deux temps : la souscription (la promesse d'apport) et la libération (le versement réel des fonds ou le transfert effectif des biens). Tant que l'écart entre ces deux étapes n'est pas comblé, la société fonctionne avec un capital souscrit non libéré, une situation qui génère des conséquences juridiques, fiscales et opérationnelles précises.
En pratique, la libération du capital social en SASU concerne surtout les apports en numéraire. Le Code de commerce (article L. 227-1 renvoyant aux règles de la SAS et, par extension, aux dispositions applicables aux SA pour les apports) encadre les modalités de versement. L'associé unique dépose les fonds sur un compte bloqué ouvert auprès d'une banque, d'un notaire ou de la Caisse des dépôts. Les fonds sont débloqués après l'immatriculation au registre du commerce et des sociétés (RCS).
Le régime de libération diffère selon la nature de l'apport. Distinguer ces deux catégories évite des erreurs de montage fréquentes.
| Critère | Apport en numéraire | Apport en nature |
|---|---|---|
| Objet | Somme d'argent | Bien meuble, immeuble, fonds de commerce, brevet… |
| Libération minimale à la constitution | 50 % du montant souscrit | 100 % (transfert intégral obligatoire) |
| Délai pour le solde | 5 ans maximum après immatriculation | Sans objet (libération immédiate) |
| Évaluation par un commissaire aux apports | Non requise | Obligatoire sauf si aucun apport ne dépasse 30 000 € et si le total des apports en nature ne dépasse pas 50 % du capital |
Un fondateur qui apporte un véhicule ou du matériel informatique à sa SASU doit donc transférer la propriété du bien dès la constitution. Aucun report n'est possible. À l'inverse, un apport de 10 000 € en numéraire peut être libéré à hauteur de 5 000 € au départ, le solde restant dû dans les 5 ans.
Les apports en industrie (compétences, savoir-faire) ne concourent pas à la formation du capital social. Ils donnent droit à des actions, mais ne figurent pas dans le montant du capital inscrit aux statuts. Leur libération ne pose donc pas la question du délai.
L'article L. 227-1 du Code de commerce impose de libérer au moins 50 % de la valeur nominale des actions souscrites en numéraire lors de la constitution. Ce seuil est un plancher légal, pas un optimum.
Concrètement, pour un capital de 20 000 €, l'associé unique doit verser au minimum 10 000 € sur le compte bloqué avant l'immatriculation. Le certificat du dépositaire des fonds, remis par la banque ou le notaire, atteste de ce versement. Sans ce document, le greffe refuse l'immatriculation.
Ce mécanisme protège les tiers : créanciers, fournisseurs et partenaires savent qu'au moins la moitié du capital annoncé a été effectivement versée. Toutefois, un capital affiché de 20 000 € dont seuls 10 000 € sont libérés peut susciter des questions lors d'une demande de prêt bancaire ou d'un due diligence par un investisseur.
Structurer le capital d'une SASU nécessite d'anticiper les conséquences d'une libération partielle sur le financement et la crédibilité de la société.
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Le solde non libéré à la constitution doit être versé dans un délai de 5 ans à compter de l'immatriculation (article L. 227-1 renvoyant à l'article L. 225-3 du Code de commerce). C'est le président de la SASU qui décide du calendrier d'appel, dans la limite de cette échéance.
En SASU, l'associé unique et le président sont souvent la même personne. Le risque d'oubli est réel : aucun tiers ne rappelle l'échéance. Or, dépasser le délai de 5 ans sans avoir intégralement libéré le capital constitue une irrégularité.
| Étape | Délai | Action requise |
|---|---|---|
| Constitution | Jour 0 | Libérer au moins 50 % du numéraire souscrit |
| Appel intermédiaire (facultatif) | Entre 0 et 5 ans | Décision du président, versement partiel |
| Libération intégrale | 5 ans maximum | Versement du solde restant |
Un capital non intégralement libéré dans le délai légal expose la SASU à deux catégories de sanctions.
La SASU dont le capital n'est pas entièrement libéré perd le bénéfice du taux réduit d'impôt sur les sociétés (IS) à 15 % sur les 42 500 premiers euros de bénéfice (article 219-I-b du Code général des impôts). Elle est alors imposée au taux normal de 25 % dès le premier euro. Pour une société réalisant 42 500 € de résultat, la différence représente environ 4 250 € d'impôt supplémentaire par an.
Tout intéressé peut demander au président du tribunal de commerce d'enjoindre à l'associé unique de procéder à la libération du solde, sous astreinte. En cas de procédure collective, le liquidateur peut exiger le versement immédiat du capital non libéré pour désintéresser les créanciers. L'associé unique engage alors sa responsabilité à hauteur du montant souscrit et non versé.
Un capital non libéré fragilise la société face aux créanciers et alourdit sa charge fiscale. Anticiper cette étape évite des contentieux coûteux.
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Le choix entre libérer 50 % ou 100 % du capital dès la constitution dépend de la situation de trésorerie du fondateur et de la stratégie de financement de la SASU.
Dans tous les cas, le fondateur doit inscrire dans son agenda l'échéance de libération et documenter chaque versement. Un tableau de suivi simple suffit :
| Date | Montant libéré | Montant restant dû | Échéance maximale |
|---|---|---|---|
| Immatriculation | 5 000 € | 5 000 € | J + 5 ans |
| Année 2 | 3 000 € | 2 000 € | J + 5 ans |
| Année 4 | 2 000 € | 0 € | Soldé |
Libérer l'intégralité du capital dès la création reste, pour la plupart des SASU, l'option la plus sûre sur le plan juridique et fiscal.
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La loi n'impose aucun montant minimum. Le capital peut être fixé à 1 €. En pratique, un capital trop faible limite la capacité d'emprunt et la crédibilité commerciale de la société.
Oui, pour les apports en numéraire uniquement. L'associé unique doit verser au moins 50 % à la constitution, puis le solde dans les 5 ans. Les apports en nature sont libérés intégralement dès le départ.
La SASU perd le taux réduit d'IS à 15 %. Un tribunal peut ordonner la libération sous astreinte. En cas de liquidation, le liquidateur peut exiger le versement du solde pour payer les créanciers.
Oui. L'article L. 225-131 du Code de commerce interdit toute augmentation de capital tant que le capital initial n'est pas intégralement libéré. Cette règle bloque les levées de fonds si le solde n'a pas été versé.
Uniquement en cas d'apport en nature. L'associé unique peut s'en dispenser si aucun apport en nature ne dépasse 30 000 € et si la valeur totale des apports en nature ne représente pas plus de 50 % du capital social.
Article L225-3 du Code de commerce - Légifrance
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