Bail commercial résilié : remise des clés et indemnité d'occupation

Guides & Ressources pratiques
27 Aug 2026
-
6 min de lecture
-
Par

Jullian Hoareau

Points clés de l'article
  1. L'indemnité d'occupation est due de plein droit dès qu'un occupant se maintient dans les lieux après l'expiration de son titre.
  2. À l'expiration du bail, les locaux ne sont restitués que par la remise effective des clés au bailleur ou à un mandataire habilité.
  3. Quitter matériellement les lieux ne libère pas le preneur : la Cour de cassation l'a rappelé dans un arrêt du 14 novembre 2024.
  4. Même après un acte de résiliation signé, l'indemnité et les taxes restent dues jusqu'à la remise des clés.
  5. Le montant est en pratique fixé au dernier loyer, majoré des charges et des taxes qui auraient été dues si le bail s'était poursuivi.
  6. Le refus du bailleur de recevoir les clés n'est pas abusif lorsque les lieux ne sont pas libres de toute occupation.

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Sommaire

1. Indemnité d'occupation : nature juridique et fondement

2. Pourquoi la remise des clés conditionne la restitution

3. À qui remettre les clés pour que la restitution compte

4. Calcul de l'indemnité d'occupation et durée exigible

5. Preuve de la restitution : constat, recommandé, procès-verbal

6. Réflexes du bailleur et du preneur en fin de bail

FAQ

Pour aller plus loin

Un preneur signe un acte de résiliation, vide ses locaux, puis arrête ses paiements. Le bailleur, lui, continue de compter. Cette divergence tient à une règle précise : l'indemnité d'occupation d'un bail commercial court tant que les clés n'ont pas été remises. Quitter les lieux ne vaut pas restitution.

1. Indemnité d'occupation : nature juridique et fondement

L'indemnité d'occupation d'un bail commercial n'est pas un loyer. Elle compense la privation de jouissance subie par le bailleur lorsque le contrat a pris fin. Elle est due de plein droit dès lors qu'un occupant se maintient dans les lieux après l'expiration de son titre d'occupation. Le cadre applicable reste celui du statut des baux commerciaux, aux articles L. 145-1 et suivants du code de commerce.

L'indemnité due après résiliation ne se confond pas avec celle que verse le preneur qui se maintient dans les lieux en attendant le paiement de son indemnité d'éviction : cette seconde hypothèse obéit à un régime propre.

2. Pourquoi la remise des clés conditionne la restitution

À l'expiration du bail, les locaux loués ne sont restitués que par la remise effective des clés au bailleur en personne ou à un mandataire dûment habilité à les recevoir. La Cour de cassation l'a rappelé dans un arrêt du 14 novembre 2024. Quitter matériellement les lieux ne libère pas le preneur de ses obligations, car ce départ ne constitue pas une restitution régulière.

La conséquence est directe : même après la signature d'un acte de résiliation, faute de remise des clés, le preneur reste redevable de l'indemnité d'occupation et des taxes jusqu'à la remise effective.

SituationEffet juridique
Locaux vidés, clés conservéesOccupation maintenue, indemnité due
Acte de résiliation signé, clés non remisesIndemnité et taxes dues jusqu'à la remise
Clés remises au bailleur ou à son mandataireRestitution acquise, obligations arrêtées

Une fin de bail mal documentée fait courir des sommes bien après le déménagement.
Comprendre la gestion des baux commerciaux

3. À qui remettre les clés pour que la restitution compte

La qualité du destinataire détermine l'effet de la remise. Les clés doivent parvenir au bailleur en personne ou à un mandataire habilité à les recevoir. Une remise faite à un tiers dépourvu de ce pouvoir ne produit pas la restitution attendue.

  • Bailleur en personne : remise directe, à documenter par écrit.
  • Mandataire habilité : gestionnaire ou administrateur de biens disposant d'un mandat couvrant la réception des clés.
  • Tiers sans mandat : remise sans effet libératoire.

Le refus du bailleur de recevoir les clés n'a pas à être spécialement justifié et n'est pas abusif dès lors que les lieux ne sont pas libres de toute occupation. Un local encore encombré de mobilier ou occupé par un tiers justifie donc ce refus.

4. Calcul de l'indemnité d'occupation et durée exigible

Sur quelle base s'opère le calcul de l'indemnité d'occupation d'un bail commercial ?

En pratique, l'indemnité est fixée au montant du dernier loyer, majoré des charges et des taxes qui auraient été dues si le bail s'était poursuivi. Les juges retiennent fréquemment une indemnité provisionnelle à ce niveau. La fixation de l'indemnité d'occupation dépend donc des conditions financières du bail expiré.

ÉlémentRéférence retenue
BaseDernier loyer appliqué
ComplémentsCharges et taxes du bail
Point de départDate de résiliation
TermeRemise effective des clés

La durée exigible court de la date de résiliation jusqu'à la libération effective par remise des clés. Les questions d'indexation et de traitement au regard de la TVA dépendent des stipulations du bail et s'examinent au cas par cas.

Chiffrer une indemnité d'occupation suppose de relire les clauses financières du bail expiré.
Sécuriser vos baux commerciaux

5. Preuve de la restitution : constat, recommandé, procès-verbal

Celui qui prétend s'être libéré doit pouvoir établir la date de la remise. Sans trace, le preneur s'expose à voir l'indemnité courir jusqu'à la première date que le bailleur peut prouver.

  1. Procès-verbal de remise contradictoire : document signé par les deux parties, mentionnant la date, le nombre de clés et l'état des locaux.
  2. Constat d'un commissaire de justice : utile lorsque le bailleur est absent ou refuse la remise, car il fige la tentative de restitution.
  3. Lettre recommandée avec accusé de réception : elle accompagne la mise à disposition des clés et date l'initiative du preneur.

Le procès-verbal contradictoire reste le plus simple, tandis que le constat prend le relais en cas de désaccord.

6. Réflexes du bailleur et du preneur en fin de bail

Remise des clés en fin de bail commercial : que sécuriser ?

Côté preneur, trois points se traitent avant le départ : identifier la personne habilitée à recevoir les clés, vider intégralement les locaux, puis faire dater la remise. Côté bailleur, la vigilance porte sur la réception, car accepter des clés alors que les locaux restent occupés affaiblit la position ultérieure.

  • Vérifier le mandat du destinataire des clés.
  • Libérer les lieux de tout mobilier et de toute occupation.
  • Conserver une preuve datée de la remise.
  • Suivre la facturation de l'indemnité jusqu'à cette date.

Un avocat qui intervient en droit des baux commerciaux peut arbitrer ces situations. SWIM LEGAL est une plateforme d'avocats d'affaires indépendants spécialisés.

La fin d'un bail se prépare comme sa signature, avec les mêmes exigences de preuve.
Voir la page baux commerciaux

Information juridique générale, arrêtée au 4 septembre 2026 et sous réserve d'évolution.

FAQ

Un preneur qui a quitté les lieux doit-il encore payer ?

Oui, tant que les clés n'ont pas été remises au bailleur ou à son mandataire habilité. Le départ matériel ne constitue pas une restitution régulière. L'indemnité d'occupation et les taxes restent dues jusqu'à la remise effective.

Comment est fixé le montant de l'indemnité d'occupation ?

Le montant correspond en pratique au dernier loyer, majoré des charges et des taxes qui auraient été dues si le bail s'était poursuivi. Les juges retiennent fréquemment une indemnité provisionnelle à ce niveau, de la date de résiliation jusqu'à la libération effective des locaux.

Le bailleur peut-il refuser de recevoir les clés ?

Ce refus n'a pas à être spécialement justifié. Il n'est pas abusif dès lors que les lieux ne sont pas libres de toute occupation. Un local encore encombré autorise donc le bailleur à ne pas prendre les clés.

L'indemnité d'occupation suit-elle l'indexation et la TVA du bail ?

Ces deux points ne se règlent pas de façon uniforme. Ils dépendent des stipulations financières et fiscales du bail expiré ainsi que de la situation des parties. Une relecture des clauses s'impose avant tout chiffrage.

Quelle différence avec l'indemnité liée à l'indemnité d'éviction ?

L'indemnité due après résiliation vise un maintien dans les lieux sans titre. Celle que verse le preneur qui reste sur place en attendant le paiement de son indemnité d'éviction relève d'un régime propre. Les deux mécanismes ne se confondent pas.

Pour aller plus loin

Article L145-1 du Code de commerce - Légifrance

Décision - Pourvoi n 21-17.431 - Cour de cassation

Bail commercial : un locataire commerçant en attente d'une indemnité d'éviction peut rester dans les lieux - Entreprendre.Service-Public.fr

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