Arrêt de travail et médecine du travail : rôle du médecin, visite de reprise et obligations RH

Guides & Ressources pratiques
18 Feb 2026
-
8
min
Points clés de l'article
  1. Le médecin du travail n'intervient pas pendant l'arrêt, sauf dans le cadre précis de la visite de pré-reprise, déclenchable dès 30 jours d'absence.
  2. La visite de reprise est obligatoire après 60 jours d'arrêt maladie, 30 jours d'arrêt pour accident du travail ou toute absence liée à une maladie professionnelle.
  3. L'employeur dispose de 8 jours calendaires après la reprise effective pour organiser cette visite ; à défaut, le contrat de travail reste suspendu.
  4. L'absence de visite de reprise expose l'entreprise à des dommages-intérêts devant le conseil de prud'hommes et peut caractériser un manquement à l'obligation de sécurité.
  5. Le médecin du travail peut préconiser un aménagement de poste, un reclassement ou prononcer une inaptitude, chaque hypothèse déclenchant des obligations RH distinctes.

Besoin d'un juriste freelance ou d'un avocat ?

Accédez en -24h à un avocat d'affaires sélectionné parmi les meilleurs, à des honoraires maîtrisés.

✓ 250+ spécialistes✓ 500+ clients satisfaits✓ -30 à -50% moins cher qu'un cabinet
Incubateur du Barreau de Paris
Réseau Entreprendre
Prix Innovation Barreau de Paris

Sommaire

Médecine du travail et arrêt de travail : périmètre d'intervention du médecin

Visite de pré-reprise : conditions de déclenchement et demandeurs

Visite de reprise obligatoire : seuils (60 jours, 30 jours AT, maladie professionnelle)

Délai légal des 8 jours après reprise : règle, exceptions et organisation pratique

Conséquences juridiques d'une visite de reprise non organisée par l'employeur

Aménagement, adaptation du poste ou reclassement : recommandations du médecin du travail

Procédure d'inaptitude à l'issue de la visite : étapes et obligations RH

Points de vigilance DRH pour sécuriser le retour du salarié après arrêt

FAQ

Pour aller plus loin

Médecine du travail et arrêt de travail : périmètre d'intervention du médecin

Lorsqu'un salarié est en arrêt de travail, son contrat est suspendu. Cette suspension entraîne une conséquence directe : le médecin du travail n'a, en principe, aucune compétence pour intervenir pendant la période d'absence. Le suivi médical relève alors exclusivement du médecin traitant et, le cas échéant, du médecin-conseil de la Sécurité sociale.

Le périmètre du médecin du travail se limite à la relation entre le salarié et son poste de travail. Son rôle, défini aux articles L. 4621-1 et suivants du Code du travail, consiste à évaluer l'aptitude du salarié à occuper son emploi, à proposer des adaptations et à prévenir les risques professionnels. Concrètement, il ne prescrit ni arrêt ni traitement. Il ne prolonge pas un arrêt maladie. Sa seule intervention possible durant l'absence est la visite de pré-reprise, encadrée par des conditions strictes.

Cette distinction est essentielle pour les DRH : confondre médecin traitant et médecin du travail, ou solliciter ce dernier hors de son champ de compétence, constitue une erreur de procédure qui peut fragiliser la gestion du retour.

Visite de pré-reprise : conditions de déclenchement et demandeurs

La visite de pré-reprise est prévue à l'article R. 4624-29 du Code du travail. Elle peut être organisée dès que l'arrêt atteint 30 jours, quelle qu'en soit la cause (maladie, accident du travail, maladie professionnelle).

Trois personnes peuvent la déclencher :

  • Le salarié lui-même
  • Le médecin traitant
  • Le médecin-conseil de l'Assurance maladie

L'employeur ne peut pas demander cette visite. Il peut en revanche informer le salarié de son existence, ce qui relève d'une bonne pratique RH sans constituer une obligation légale.

CritèreVisite de pré-reprise
Seuil de déclenchementArrêt ≥ 30 jours
Demandeurs autorisésSalarié, médecin traitant, médecin-conseil
CaractèreFacultative
ObjectifAnticiper les conditions de retour (aménagement, reclassement, formation)
Effet sur le contratAucun : le contrat reste suspendu

La pré-reprise ne se substitue pas à la visite de reprise. Elle ne met pas fin à la suspension du contrat. Son intérêt est strictement préparatoire : elle permet au médecin du travail d'évaluer en amont les éventuels besoins d'aménagement et d'alerter l'employeur, avec l'accord du salarié, sur les adaptations à prévoir.

Visite de reprise obligatoire : seuils (60 jours, 30 jours AT, maladie professionnelle)

La visite de reprise est, elle, obligatoire. L'article R. 4624-31 du Code du travail fixe 3 cas de déclenchement :

  1. Arrêt maladie non professionnelle d'au moins 60 jours
  2. Arrêt pour accident du travail d'au moins 30 jours
  3. Absence liée à une maladie professionnelle, quelle que soit sa durée
Motif de l'arrêtDurée minimale déclenchant l'obligationBase légale
Maladie ou accident non professionnel60 joursArt. R. 4624-31, 2°
Accident du travail30 joursArt. R. 4624-31, 3°
Maladie professionnelleAucune durée minimaleArt. R. 4624-31, 4°
Congé maternitéSystématique au retourArt. R. 4624-31, 1°

Cette visite a un effet juridique déterminant : elle met fin à la suspension du contrat de travail. Tant qu'elle n'a pas eu lieu, le salarié est considéré comme étant toujours en période de suspension, même s'il a physiquement repris son poste.

Structurer le retour d'un salarié après un arrêt prolongé suppose une coordination précise entre obligations médicales et gestion RH.
Échangez avec un avocat en droit du travail sur SWIM

Délai légal des 8 jours après reprise : règle, exceptions et organisation pratique

L'employeur doit organiser la visite de reprise dans un délai de 8 jours calendaires suivant la reprise effective du salarié (article R. 4624-31 du Code du travail). Ce délai court à compter du jour où le salarié se présente à son poste, et non à compter de la fin de l'arrêt prescrit.

En pratique, ce délai impose une anticipation. Le DRH doit contacter le service de prévention et de santé au travail (SPST) dès qu'il a connaissance de la date de retour. Les délais d'obtention d'un rendez-vous varient selon les SPST : dans certains secteurs ou zones géographiques, les créneaux disponibles sous 8 jours sont rares.

Pour sécuriser l'organisation :

  • Prendre contact avec le SPST dès réception de l'information de fin d'arrêt
  • Conserver une trace écrite de la demande de rendez-vous (courriel, portail en ligne du SPST)
  • Informer le salarié de la date et du lieu de la visite

Si le SPST ne propose aucun créneau dans les 8 jours, l'employeur doit pouvoir démontrer qu'il a effectué les diligences nécessaires. La jurisprudence de la Cour de cassation (Cass. soc., 18 janvier 2023, n° 21-15.327) retient que l'initiative de la visite incombe à l'employeur, indépendamment de toute demande du salarié.

Conséquences juridiques d'une visite de reprise non organisée par l'employeur

L'absence de visite de reprise produit des effets juridiques en cascade. Le premier est la poursuite de la suspension du contrat. Le salarié qui reprend son poste sans avoir été examiné par le médecin du travail n'est pas juridiquement considéré comme ayant repris. Cette situation crée un flou sur ses droits et obligations.

Sur le plan contentieux, la Cour de cassation qualifie ce manquement de violation de l'obligation de sécurité de l'employeur (article L. 4121-1 du Code du travail). Les conséquences concrètes sont les suivantes :

  • Dommages-intérêts au bénéfice du salarié devant le conseil de prud'hommes
  • Nullité d'un licenciement prononcé sans visite de reprise préalable, lorsque celle-ci était obligatoire
  • Impossibilité de constater l'inaptitude et donc d'engager une procédure de reclassement ou de licenciement pour inaptitude

Un licenciement pour absence injustifiée, prononcé alors que la visite de reprise n'a pas été organisée, est systématiquement jugé sans cause réelle et sérieuse. Le risque prud'homal est direct et documenté.

Un défaut de visite de reprise peut invalider un licenciement et engager la responsabilité de l'employeur.
Consultez un avocat en droit du travail sur SWIM

Aménagement, adaptation du poste ou reclassement : recommandations du médecin du travail

À l'issue de la visite de reprise, le médecin du travail peut formuler 3 types de préconisations :

  • Aptitude sans réserve : le salarié reprend son poste dans les conditions habituelles
  • Aptitude avec réserves ou recommandations : le médecin préconise un aménagement du poste, un changement d'horaires, une limitation de certaines tâches ou un aménagement du temps de travail
  • Inaptitude : le salarié est déclaré inapte à son poste, avec ou sans possibilité de reclassement

Lorsque le médecin émet des recommandations d'aménagement, l'employeur est tenu de les prendre en compte. L'article L. 4624-6 du Code du travail impose à l'employeur de justifier par écrit les motifs de son refus s'il estime ne pas pouvoir suivre ces préconisations. Ce refus motivé doit être adressé au salarié et au médecin du travail.

En pratique, les aménagements les plus fréquents concernent :

  • La suppression du port de charges lourdes
  • Le passage temporaire à temps partiel thérapeutique
  • L'affectation à un poste sédentaire
  • L'adaptation ergonomique du poste de travail

Procédure d'inaptitude à l'issue de la visite : étapes et obligations RH

Lorsque le médecin du travail prononce une inaptitude, la procédure suit un enchaînement précis défini aux articles L. 1226-2 et suivants (maladie non professionnelle) ou L. 1226-10 et suivants (origine professionnelle) du Code du travail.

Étape 1 — Constat d'inaptitude. Depuis 2017, l'inaptitude peut être prononcée à l'issue d'un seul examen médical. Le médecin du travail doit avoir réalisé une étude de poste et échangé avec l'employeur avant de rendre son avis.

Étape 2 — Obligation de reclassement. L'employeur dispose d'un délai d'1 mois pour rechercher un poste compatible avec les capacités du salarié, au sein de l'entreprise et, le cas échéant, du groupe. Cette recherche doit être loyale, sérieuse et documentée.

Étape 3 — Consultation du CSE. Avant toute proposition de reclassement ou tout constat d'impossibilité, le comité social et économique doit être consulté.

Étape 4 — Licenciement pour inaptitude. Si aucun reclassement n'est possible, ou si le salarié refuse les postes proposés, l'employeur peut engager un licenciement pour inaptitude. L'indemnité varie selon l'origine de l'inaptitude : en cas d'origine professionnelle, l'indemnité spéciale de licenciement est doublée (article L. 1226-14).

La procédure d'inaptitude comporte des étapes formelles dont le non-respect entraîne la requalification du licenciement.
Faites-vous accompagner par un avocat en droit du travail sur SWIM

Points de vigilance DRH pour sécuriser le retour du salarié après arrêt

La gestion du retour après un arrêt de travail repose sur une série de réflexes opérationnels. Chaque étape manquée ou retardée crée un risque contentieux identifiable.

Checklist de sécurisation RH :

  • ☑ Vérifier si la durée et le motif de l'arrêt déclenchent l'obligation de visite de reprise
  • ☑ Contacter le SPST dès connaissance de la date de retour, conserver la preuve de la demande
  • ☑ Organiser la visite dans les 8 jours calendaires suivant la reprise effective
  • ☑ Ne prononcer aucune décision (sanction, licenciement, modification de poste) avant la visite de reprise
  • ☑ Appliquer les recommandations du médecin du travail ou motiver par écrit tout refus
  • ☑ En cas d'inaptitude, respecter l'intégralité de la procédure (reclassement, consultation CSE, délai d'1 mois)
  • ☑ Documenter chaque étape : courriels, courriers, comptes rendus

Le point le plus fréquemment négligé concerne les arrêts inférieurs aux seuils légaux. Un arrêt de 45 jours pour maladie non professionnelle ne déclenche pas l'obligation de visite de reprise. Toutefois, le médecin du travail peut être sollicité à l'initiative du salarié ou de l'employeur pour une visite à la demande (article R. 4624-34), ce qui permet de sécuriser le retour même en l'absence d'obligation formelle.

FAQ

La visite de pré-reprise remplace-t-elle la visite de reprise ?

Non. La visite de pré-reprise est facultative et se déroule pendant l'arrêt. Elle ne met pas fin à la suspension du contrat. La visite de reprise reste obligatoire dans les cas prévus par la loi et constitue le seul examen qui rétablit juridiquement la relation de travail.

Que se passe-t-il si le SPST ne propose aucun créneau dans les 8 jours ?

L'employeur doit démontrer qu'il a pris l'initiative de la demande dans les délais. La conservation d'une preuve écrite (courriel, accusé de réception sur le portail du SPST) permet de justifier sa diligence en cas de contentieux.

Un salarié peut-il refuser la visite de reprise ?

Le salarié ne peut pas refuser la visite de reprise lorsqu'elle est obligatoire. Un refus réitéré peut constituer une faute justifiant une sanction disciplinaire, à condition que l'employeur ait formellement convoqué le salarié et documenté le refus.

L'employeur peut-il licencier un salarié avant la visite de reprise ?

Non. Tant que la visite de reprise n'a pas eu lieu, le contrat est considéré comme suspendu. Un licenciement prononcé dans ces conditions est jugé sans cause réelle et sérieuse par les juridictions prud'homales.

L'inaptitude peut-elle être contestée ?

Oui. Le salarié ou l'employeur peut contester l'avis d'inaptitude devant le conseil de prud'hommes dans un délai de 15 jours suivant sa notification (article L. 4624-7 du Code du travail). Le juge peut ordonner une expertise médicale.

Pour aller plus loin

Article R4624-31 du Code du travail - Légifrance

Visite médicale après un arrêt de travail - Code du travail numérique (Ministère du Travail)

Reprendre le travail après un arrêt maladie - Ameli (Assurance Maladie)

SWIM LEGAL est une alternative au cabinet d’avocats traditionnel pour les besoins juridiques des entreprises. Incubé par le Barreau de Paris, SWIM a reçu le Prix de l’Innovation pour sa solution permettant à toute entreprise, quelle que soit sa taille ou sa localisation, d’accéder rapidement via la plateforme à des avocats d’affaires expérimentés. Les entreprises peuvent déposer leur besoin — qu’il s’agisse d’un dossier, d’une consultation ou d’un renfort temporaire — de manière confidentielle et recevoir des propositions d’avocats pour répondre rapidement à leur demande.
Télécharger la ressource

Plateforme de mise en relation d’avocats d’affaires