Convocation disciplinaire pendant un arrêt maladie : modèle de lettre et mode d'emploi

Guides & Ressources pratiques
02 Apr 2026
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7
min
Points clés de l'article
  1. L'employeur peut convoquer un salarié en arrêt maladie à un entretien préalable à sanction disciplinaire, à condition de respecter le cadre légal.
  2. Le délai de prescription de 2 mois court à compter de la connaissance des faits par l'employeur, même si le salarié est absent.
  3. La convocation doit être envoyée par lettre recommandée avec accusé de réception et comporter toutes les mentions obligatoires de l'article L.1332-2 du Code du travail.
  4. Le salarié peut ne pas se présenter : son absence ne bloque pas la procédure, mais l'employeur doit pouvoir prouver qu'il a respecté chaque étape.
  5. Toute irrégularité formelle expose la sanction à une annulation par le conseil de prud'hommes.

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Sommaire

Peut-on convoquer un salarié en arrêt maladie à un entretien disciplinaire ?

Cadre légal : prescription, non-discrimination et suspension du contrat

Modèle de lettre de convocation pendant un arrêt maladie

Mentions obligatoires et adaptations spécifiques

Déroulement de l'entretien : présence, report et absence du salarié

Erreurs fréquentes et risques de nullité de la procédure

FAQ

Pour aller plus loin

Peut-on convoquer un salarié en arrêt maladie à un entretien disciplinaire ?

Oui. Aucune disposition du Code du travail n'interdit à l'employeur de convoquer un salarié en arrêt maladie à un entretien préalable à une sanction disciplinaire. La Cour de cassation l'a confirmé à plusieurs reprises, notamment dans un arrêt du 28 novembre 2000 (Cass. soc., n° 98-41.308) : la suspension du contrat de travail ne suspend pas le pouvoir disciplinaire de l'employeur.

En pratique, la difficulté ne porte donc pas sur le principe, mais sur l'exécution. Le salarié absent n'est pas tenu de se déplacer. L'employeur, lui, reste tenu de respecter l'intégralité de la procédure prévue aux articles L.1332-1 et suivants du Code du travail. Toute approximation dans le formalisme peut entraîner l'annulation de la sanction.

Le point de vigilance central pour un DRH est le délai de prescription disciplinaire. L'article L.1332-4 du Code du travail fixe ce délai à 2 mois à compter du jour où l'employeur a eu connaissance des faits fautifs. Ce délai court indépendamment de l'état de santé du salarié. Attendre la fin de l'arrêt maladie pour engager la procédure revient, dans la plupart des cas, à laisser la prescription s'accomplir.

Cadre légal : prescription, non-discrimination et suspension du contrat

Trois règles juridiques encadrent simultanément la convocation à sanction disciplinaire pendant un arrêt maladie.

Le délai de prescription de 2 mois. L'employeur dispose de 2 mois à compter de la connaissance des faits pour convoquer le salarié à l'entretien préalable. C'est l'envoi de la lettre de convocation qui interrompt ce délai, et non la date de l'entretien lui-même. Un retard, même de quelques jours, rend la procédure irrecevable.

L'interdiction de discrimination liée à l'état de santé. L'article L.1132-1 du Code du travail interdit toute sanction fondée sur l'état de santé du salarié. La faute reprochée doit être totalement indépendante de l'arrêt maladie. Par exemple, un manquement professionnel découvert après le départ en arrêt peut justifier une procédure. En revanche, sanctionner un salarié pour son absence liée à la maladie constituerait une discrimination.

La suspension du contrat, pas du pouvoir disciplinaire. Pendant l'arrêt maladie, le contrat de travail est suspendu : le salarié n'exécute plus sa prestation. Toutefois, cette suspension ne prive pas l'employeur de son pouvoir de direction et de sanction. Elle impose simplement des précautions supplémentaires dans la mise en œuvre de la procédure.

RègleSourceConséquence pratique
Prescription de 2 moisArt. L.1332-4 C. trav.Convoquer dès la connaissance des faits, sans attendre le retour du salarié
Non-discriminationArt. L.1132-1 C. trav.Motif de la sanction strictement étranger à l'arrêt maladie
Suspension du contratArt. L.1226-7 C. trav.Procédure possible, mais le salarié n'est pas tenu de se présenter
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Modèle de lettre de convocation pendant un arrêt maladie

Le modèle ci-dessous reprend les exigences de l'article L.1332-2 du Code du travail, adaptées à la situation d'un salarié en arrêt maladie. Il doit être envoyé par lettre recommandée avec accusé de réception ou remis en main propre contre décharge.


[Nom de l'entreprise]
[Adresse]

[Nom et prénom du salarié]
[Adresse personnelle]

À [Ville], le [Date]

Objet : Convocation à un entretien préalable à une éventuelle sanction disciplinaire

Madame / Monsieur,

Nous vous informons que nous envisageons de prendre à votre encontre une sanction disciplinaire.

Conformément aux dispositions de l'article L.1332-2 du Code du travail, nous vous convoquons à un entretien préalable qui se tiendra :

  • Date : [Date de l'entretien, au moins 5 jours ouvrables après la première présentation de la lettre]
  • Heure : [Heure]
  • Lieu : [Adresse précise]

Au cours de cet entretien, nous vous exposerons les motifs de la sanction envisagée et recueillerons vos explications.

Nous vous rappelons que vous avez la possibilité de vous faire assister par une personne de votre choix appartenant au personnel de l'entreprise ou, en l'absence de représentants du personnel, par un conseiller extérieur inscrit sur la liste préfectorale consultable auprès de la DREETS de [département] ou de la mairie de [commune].

Nous avons conscience que vous êtes actuellement en arrêt de travail. Votre présence à cet entretien n'est pas obligatoire et votre absence ne pourra en aucun cas être retenue contre vous. Toutefois, si vous souhaitez être entendu, nous vous invitons à vous présenter à la date indiquée ou à nous faire part de vos observations par écrit.

Veuillez agréer, Madame / Monsieur, l'expression de nos salutations distinguées.

[Signature]
[Nom, qualité]


Mentions obligatoires et adaptations spécifiques

La lettre de convocation disciplinaire doit contenir 5 mentions obligatoires prévues par le Code du travail. L'omission de l'une d'entre elles suffit à faire annuler la procédure.

  • L'objet de l'entretien : la lettre doit indiquer qu'une sanction disciplinaire est envisagée. Il n'est pas nécessaire de détailler les faits reprochés à ce stade.
  • La date, l'heure et le lieu de l'entretien.
  • Le délai minimum de 5 jours ouvrables entre la première présentation de la lettre recommandée et la date de l'entretien. Ce délai se calcule à partir du lendemain de la première présentation, et non de la réception effective.
  • Le droit à l'assistance : mention du droit de se faire accompagner par un membre du personnel ou, en l'absence de représentants du personnel, par un conseiller extérieur. L'adresse de la DREETS et de la mairie doit figurer dans la lettre.
  • La mention de la non-obligation de présence : cette adaptation est spécifique à la situation d'arrêt maladie. Elle n'est pas imposée par un texte, mais recommandée par la jurisprudence pour démontrer la bonne foi de l'employeur.
MentionObligatoireSpécifique arrêt maladie
Objet (sanction envisagée)OuiNon
Date, heure, lieuOuiNon
Délai de 5 jours ouvrablesOuiNon
Droit à l'assistanceOuiNon
Non-obligation de présenceNon (recommandé)Oui
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Déroulement de l'entretien : présence, report et absence du salarié

Trois scénarios peuvent se présenter le jour de l'entretien.

Le salarié se présente. L'entretien se déroule normalement. L'employeur expose les faits reprochés, recueille les explications du salarié, puis dispose d'un délai compris entre 2 jours ouvrables minimum et 1 mois maximum après l'entretien pour notifier la sanction (article L.1332-2 du Code du travail).

Le salarié demande un report. L'employeur n'est pas juridiquement tenu d'accepter un report. Toutefois, un refus systématique pourrait être interprété comme un manquement à la loyauté procédurale, surtout si le salarié justifie d'une impossibilité médicale. En pratique, accorder un report raisonnable sécurise la procédure, à condition de rester dans le délai de prescription.

Le salarié ne se présente pas et ne répond pas. L'absence du salarié ne suspend pas la procédure. L'employeur peut notifier la sanction après l'entretien, dans le respect du délai légal. Il est recommandé de consigner par écrit que l'entretien n'a pas pu se tenir du fait de l'absence du salarié, et de conserver l'accusé de réception de la convocation.

Un point de vigilance : si le salarié adresse des observations écrites, l'employeur doit les examiner avant de prendre sa décision. Ignorer ces observations fragiliserait la sanction en cas de contestation.

Erreurs fréquentes et risques de nullité de la procédure

Les contentieux liés à une procédure disciplinaire engagée pendant un arrêt maladie portent souvent sur des erreurs de forme. Voici les 5 erreurs les plus sanctionnées par les conseils de prud'hommes.

  1. Dépasser le délai de prescription de 2 mois. L'erreur la plus courante consiste à attendre le retour du salarié. Le délai court dès la connaissance des faits par l'employeur, quelle que soit la durée de l'arrêt.

  2. Envoyer la convocation à l'adresse professionnelle. Le salarié en arrêt maladie ne se rend pas sur son lieu de travail. La convocation doit être adressée à son domicile personnel, tel qu'il figure dans le dossier RH.

  3. Omettre la mention du droit à l'assistance. L'absence de cette mention entraîne une irrégularité de procédure. Le salarié peut obtenir des dommages et intérêts, même si la faute est avérée.

  4. Confondre le motif disciplinaire avec l'absence pour maladie. Si la lettre de notification laisse apparaître un lien entre la sanction et l'arrêt maladie, la sanction sera annulée pour discrimination.

  5. Ne pas respecter le délai de 5 jours ouvrables. Le calcul de ce délai exclut le jour de la première présentation de la lettre et le jour de l'entretien. Une erreur d'un seul jour suffit à invalider la procédure.

Chacune de ces erreurs peut conduire à l'annulation pure et simple de la sanction, y compris d'un licenciement pour faute grave. Le coût d'une procédure irrégulière dépasse celui de la vérification préalable par un professionnel du droit du travail.

FAQ

L'employeur peut-il licencier un salarié en arrêt maladie pour faute grave ?

Oui, le licenciement pour faute grave est possible pendant un arrêt maladie, à condition que le motif soit totalement étranger à l'état de santé du salarié. La procédure disciplinaire complète (convocation, entretien, notification) doit être respectée dans les délais légaux.

Le délai de prescription de 2 mois est-il suspendu pendant l'arrêt maladie ?

Non. Le délai de 2 mois prévu par l'article L.1332-4 du Code du travail court sans interruption à compter de la connaissance des faits par l'employeur. L'arrêt maladie du salarié ne suspend ni ne prolonge ce délai.

Le salarié en arrêt maladie est-il obligé de se rendre à l'entretien préalable ?

Non. Le salarié n'a aucune obligation de se présenter à l'entretien, qu'il soit ou non en arrêt maladie. Son absence ne constitue pas une faute et ne peut pas être retenue contre lui. L'employeur peut poursuivre la procédure malgré cette absence.

Faut-il envoyer la convocation en lettre recommandée ?

La lettre recommandée avec accusé de réception est le mode d'envoi le plus sécurisé. Elle permet de prouver la date de première présentation, point de départ du délai de 5 jours ouvrables. La remise en main propre contre décharge est également valable, mais rarement praticable en cas d'arrêt maladie.

Que faire si le salarié conteste la sanction pour vice de procédure ?

Le salarié peut saisir le conseil de prud'hommes pour demander l'annulation de la sanction. Si un vice de procédure est constaté (mention manquante, délai non respecté, adresse erronée), le juge peut annuler la sanction et accorder des dommages et intérêts, même si la faute est établie sur le fond.

Pour aller plus loin

Non-discrimination - Art. L1132-1 du Code du travail - Légifrance

Procédure disciplinaire - Art. L1332-1 à L1332-5 - Légifrance

Licenciement d'un salarié en arrêt maladie - Service-Public.fr

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