
Jullian Hoareau

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Ce que déclenche un avis d'inaptitude
Suspension du salaire : à partir de quand
Reprise de la rémunération après un mois
Quel montant l'employeur doit-il verser ?
Cas particuliers : nouvel arrêt et dispense de reclassement
Sécuriser la procédure et limiter les litiges
Lorsque le médecin du travail déclare un salarié inapte à son poste, il rend un avis formel qui produit des effets juridiques immédiats. Ce constat ne signifie pas que le salarié est malade : il signifie que son état de santé, physique ou mental, est incompatible avec les fonctions qu'il occupe.
L'avis d'inaptitude au travail ouvre alors deux obligations pour l'employeur, encadrées par les articles L. 1226-2 à L. 1226-4 du Code du travail :
L'employeur dispose d'un délai d'1 mois à compter de la date de l'avis pour agir. Ce délai n'est pas indicatif : il déclenche automatiquement une obligation de rémunération s'il est dépassé sans décision.
L'avis ne rompt pas le contrat de travail. Le salarié reste lié à l'entreprise. Il ne peut pas travailler à son poste, mais il conserve ses droits contractuels. C'est cette situation intermédiaire qui crée le risque financier pour l'employeur.
Dès la notification de l'avis d'inaptitude, le salarié ne fournit plus de travail. En conséquence, le salaire est suspendu. L'employeur n'a, en principe, aucune obligation de rémunération pendant cette première phase.
| Situation | Obligation de payer le salaire |
|---|---|
| Jour de l'avis d'inaptitude | Non (suspension immédiate) |
| Pendant le mois de recherche de reclassement | Non |
| À compter du 2e mois sans reclassement ni licenciement | Oui (reprise automatique) |
Cette suspension s'applique que l'inaptitude soit d'origine professionnelle (accident du travail, maladie professionnelle) ou non professionnelle. La distinction entre ces deux origines joue en revanche sur le montant des indemnités de licenciement, pas sur le mécanisme de suspension puis de reprise du salaire.
En pratique, le salarié peut percevoir des indemnités journalières de la Sécurité sociale s'il est en arrêt maladie concomitant. Mais cela ne décharge pas l'employeur de son obligation de reprise salariale au-delà du délai d'1 mois.
C'est le point que beaucoup de dirigeants découvrent trop tard. L'article L. 1226-4 du Code du travail prévoit un mécanisme automatique : si, à l'expiration d'un délai d'1 mois après l'avis d'inaptitude, le salarié n'est ni reclassé ni licencié, l'employeur doit reprendre le versement du salaire.
Ce délai se calcule à compter de la date de l'examen médical ayant donné lieu à l'avis. Il court de date à date. Par exemple, un avis rendu le 10 mars impose une reprise du salaire à compter du 11 avril si aucune décision n'a été prise.
Le législateur a voulu éviter que le salarié inapte se retrouve sans revenu pendant une période prolongée, du fait de l'inaction de l'employeur. La reprise du salaire fonctionne comme une sanction économique de la lenteur.
La rémunération reprise n'est pas symbolique. Elle correspond au salaire intégral, charges patronales incluses. Pour une PME, chaque semaine de retard dans la procédure représente un coût direct, sans contrepartie productive. Sur un salaire brut de 3 500 €, cela représente environ 4 900 € de coût employeur mensuel (en incluant les charges patronales moyennes à 40 %).
Structurer la procédure d'inaptitude dès la réception de l'avis permet d'éviter des coûts salariaux non anticipés et des contentieux prud'homaux.
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Le salaire à reprendre correspond au salaire antérieur du salarié, c'est-à-dire celui qu'il percevait avant la suspension de son contrat. La Cour de cassation a précisé ce principe à plusieurs reprises (Cass. soc., 16 février 2005, n° 02-43.792).
| Composante | Incluse dans le salaire à reprendre ? |
|---|---|
| Salaire de base | Oui |
| Primes contractuelles récurrentes | Oui |
| Avantages en nature | Oui |
| Heures supplémentaires structurelles | Oui |
| Primes exceptionnelles ponctuelles | Non (sauf usage constant) |
| Tickets restaurant | Non (liés à la présence effective) |
L'employeur ne peut pas décider unilatéralement de verser un montant réduit. Il ne peut pas non plus déduire les indemnités journalières que le salarié percevrait par ailleurs de la Sécurité sociale, sauf disposition conventionnelle expresse le prévoyant.
Le salaire repris est soumis aux cotisations sociales habituelles. L'employeur doit établir un bulletin de paie chaque mois, même si le salarié ne travaille pas. L'absence de bulletin constitue une infraction et un élément de preuve défavorable en cas de litige.
Si le salarié est placé en arrêt maladie après l'avis d'inaptitude, la question se pose : le délai d'1 mois est-il suspendu ? La réponse est non. La Cour de cassation juge que le délai d'1 mois court sans interruption, même en cas de nouvel arrêt de travail (Cass. soc., 24 juin 2020, n° 18-16.993). L'employeur doit donc reprendre le salaire à l'issue du mois, indépendamment de l'arrêt.
En revanche, pendant cet arrêt, le salarié perçoit les indemnités journalières de la Sécurité sociale. L'employeur peut alors être amené à verser un complément, selon les règles de la convention collective applicable.
Depuis 2017, le médecin du travail peut mentionner dans l'avis que tout maintien dans un emploi serait gravement préjudiciable à la santé du salarié, ou que son état de santé fait obstacle à tout reclassement. Dans ces cas, l'employeur est dispensé de l'obligation de recherche de reclassement (article L. 1226-2-1 du Code du travail).
Cette dispense accélère la procédure : l'employeur peut engager directement le licenciement pour inaptitude. Le délai d'1 mois reste toutefois applicable. Si l'employeur tarde malgré la dispense, la reprise du salaire s'impose dans les mêmes conditions.
Un retard dans le traitement de l'inaptitude, même avec dispense de reclassement, entraîne une obligation de paiement automatique.
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Le contentieux lié à l'inaptitude au travail représente une part significative des litiges prud'homaux. Les erreurs les plus fréquentes portent sur 3 points :
La rigueur du calendrier est le premier levier de sécurisation. Chaque jour compte, et l'absence de décision a un coût mesurable.
Anticiper les étapes de la procédure d'inaptitude réduit le risque de contentieux et les charges salariales imprévues.
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Non. Le salaire est suspendu dès la date de l'avis d'inaptitude. L'obligation de paiement ne reprend qu'à l'expiration d'un délai d'1 mois, si le salarié n'a été ni reclassé ni licencié à cette date (article L. 1226-4 du Code du travail).
Non. La Cour de cassation a confirmé que le délai d'1 mois court sans interruption, même si le salarié est placé en arrêt maladie après l'avis d'inaptitude. L'employeur doit reprendre le salaire à l'issue de ce mois, quel que soit le statut médical du salarié.
Le salaire antérieur intégral : salaire de base, primes contractuelles récurrentes, avantages en nature. L'employeur ne peut pas réduire unilatéralement le montant ni déduire les indemnités journalières de la Sécurité sociale, sauf clause conventionnelle expresse.
Non. La dispense de reclassement accélère la procédure en permettant un licenciement direct, mais le délai d'1 mois reste applicable. Si l'employeur ne licencie pas dans ce délai, il doit reprendre le versement du salaire.
Le salarié peut saisir le conseil de prud'hommes pour obtenir un rappel de salaire, des intérêts de retard et des dommages et intérêts. Le non-paiement peut également être qualifié de manquement grave justifiant une prise d'acte de rupture aux torts de l'employeur.
Maladie, accident et inaptitude médicale (articles L1226-1 à L1226-24) - Légifrance
Licenciement d'un salarié en arrêt maladie dans le secteur privé - Service-Public.fr
Inaptitude au travail : les obligations de l'employeur - ameli.fr
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