Contentieux des baux commerciaux : juridiction compétente et recours

Guides & Ressources pratiques
28 Jun 2026
-
8 min de lecture
-
Par

Points clés de l'article
  1. Le contentieux des baux commerciaux recouvre les litiges entre bailleur et locataire portant sur le loyer, le renouvellement, la résiliation ou les charges.
  2. Le tribunal judiciaire est la juridiction compétente de droit commun ; le président du tribunal statue comme juge des loyers commerciaux pour les litiges de fixation du loyer révisé ou renouvelé.
  3. La compétence territoriale revient au tribunal du lieu de l'immeuble, sauf clause attributive valable entre commerçants.
  4. L'avocat est obligatoire devant le tribunal judiciaire ; seule la conciliation préalable ou le référé peuvent, dans certains cas, s'en passer.
  5. Anticiper le contentieux passe par la rédaction rigoureuse du bail, le respect des délais de congé et la constitution d'un dossier probatoire solide.

Besoin d'un juriste freelance ou d'un avocat ?

Accédez en -24h à un avocat d'affaires sélectionné parmi les meilleurs, à des honoraires maîtrisés.

✓ 250+ spécialistes✓ 500+ clients satisfaits✓ -30 à -50% moins cher qu'un cabinet
Incubateur du Barreau de Paris
Réseau Entreprendre
Prix Innovation Barreau de Paris

Sommaire

Qu'est-ce que le contentieux des baux commerciaux ?

Principaux litiges du bail commercial

Juridiction compétente : tribunal judiciaire et juge des loyers

Compétence territoriale et clauses attributives

Avocat obligatoire et déroulement de la procédure

Prévenir et gérer un contentieux locatif commercial

FAQ

Pour aller plus loin

Qu'est-ce que le contentieux des baux commerciaux ?

Le contentieux des baux commerciaux désigne l'ensemble des litiges qui opposent un bailleur à son locataire dans le cadre d'un bail régi par les articles L. 145-1 et suivants du Code de commerce. Ce statut, souvent appelé « statut des baux commerciaux », accorde au preneur un droit au renouvellement de son bail et encadre strictement la fixation du loyer, les charges récupérables et les conditions de résiliation.

En pratique, un dirigeant de PME ou d'ETI peut se retrouver en conflit avec son bailleur à plusieurs moments de la vie du bail : lors de la révision triennale du loyer, au moment du renouvellement, en cas d'impayés ou encore lors de la restitution des locaux. Selon les chiffres du ministère de la Justice, les tribunaux judiciaires ont traité plus de 25 000 affaires relatives aux baux commerciaux en 2022, ce qui en fait l'un des contentieux civils les plus fréquents en matière immobilière.

Comprendre les règles de compétence et le déroulement de la procédure permet au locataire de protéger ses implantations commerciales et de défendre la valeur de son fonds de commerce.

Principaux litiges du bail commercial

Les litiges entre bailleur et locataire se concentrent autour de quelques situations récurrentes. Le tableau ci-dessous en présente les plus fréquentes.

LitigeObjetEnjeu pour le locataire
Fixation du loyer réviséContestation du loyer proposé lors de la révision triennaleMaîtriser l'évolution de ses charges locatives
Renouvellement du bailDésaccord sur le nouveau loyer ou refus de renouvellementConserver le droit au bail et l'emplacement
Indemnité d'évictionMontant dû par le bailleur qui refuse le renouvellement sans motif légitimeObtenir une compensation couvrant la perte du fonds
Résiliation pour impayésMise en œuvre de la clause résolutoire après commandement de payerÉviter la perte du bail et la fermeture du site
Charges et travauxRépartition contestée des charges ou refus de réaliser des travauxLimiter les dépenses non prévues au bail
Restitution des locauxLitige sur l'état des lieux de sortie et les remises en étatRéduire le coût de la sortie

Chaque type de litige obéit à des règles procédurales et des délais distincts. Par exemple, le locataire qui reçoit un congé avec refus de renouvellement dispose de 2 ans pour saisir le tribunal et réclamer son indemnité d'éviction (article L. 145-9 du Code de commerce).

Juridiction compétente : tribunal judiciaire et juge des loyers

Le tribunal judiciaire, juridiction de droit commun

Depuis la fusion des tribunaux de grande instance et des tribunaux d'instance en 2020, le tribunal judiciaire est compétent pour l'ensemble du contentieux des baux commerciaux, quel que soit le montant du litige. Le tribunal de commerce n'est pas compétent, même si les deux parties sont commerçantes : la nature immobilière du bail l'exclut de son champ.

Le juge des loyers commerciaux

Pour les litiges portant exclusivement sur la fixation du loyer révisé ou renouvelé, le président du tribunal judiciaire statue en qualité de juge des loyers commerciaux (article R. 145-23 du Code de commerce). Cette procédure spécifique permet une instruction concentrée : le juge peut désigner un expert judiciaire chargé de déterminer la valeur locative selon les critères légaux (caractéristiques du local, destination, obligations des parties, facteurs locaux de commercialité, prix pratiqués dans le voisinage).

En 2023, le délai moyen de traitement d'une affaire devant le juge des loyers était d'environ 18 mois, expertise comprise, selon les données publiées par plusieurs juridictions franciliennes.

Contester un loyer ou défendre un renouvellement de bail exige une analyse précise des critères légaux de la valeur locative.
Consultez un avocat spécialisé en baux commerciaux

Compétence territoriale et clauses attributives

Le tribunal compétent est celui du lieu de situation de l'immeuble (article R. 145-23 du Code de commerce). Cette règle s'applique de manière impérative pour les litiges relatifs à la fixation du loyer.

Pour les autres litiges (résiliation, charges, restitution), une clause attributive de compétence insérée dans le bail peut désigner un autre tribunal. Toutefois, cette clause n'est valable qu'entre commerçants ou personnes ayant contracté en qualité de commerçant (article 48 du Code de procédure civile). Elle doit figurer de manière apparente dans le contrat. Un locataire non commerçant — artisan inscrit au répertoire des métiers, par exemple — peut l'écarter.

SituationTribunal compétent
Fixation du loyer révisé ou renouveléTribunal judiciaire du lieu de l'immeuble (impératif)
Résiliation, charges, travaux (sans clause)Tribunal judiciaire du lieu de l'immeuble
Résiliation, charges (avec clause valable)Tribunal désigné par la clause

Avant toute saisine, le dirigeant doit vérifier les stipulations de son bail sur ce point pour éviter une exception d'incompétence qui retarderait la procédure de plusieurs mois.

Avocat obligatoire et déroulement de la procédure

Représentation par avocat

Devant le tribunal judiciaire, la représentation par avocat est obligatoire (article 760 du Code de procédure civile). Ni le dirigeant ni le DAF ne peuvent plaider seuls. Cette obligation vaut aussi bien en demande qu'en défense.

Deux exceptions existent :
- En référé (mesures d'urgence, suspension d'une clause résolutoire), l'avocat n'est pas obligatoire mais reste vivement recommandé.
- En phase de conciliation ou de médiation préalable, les parties peuvent se présenter sans avocat.

Identifier le bon avocat en droit des baux commerciaux conditionne la qualité de la défense de votre droit au bail.
Trouvez un avocat en baux commerciaux

Étapes de la procédure

  1. Tentative de conciliation ou médiation : depuis la réforme de 2020, le recours préalable à un mode amiable est encouragé et parfois imposé pour les litiges inférieurs à un certain seuil.
  2. Assignation : l'avocat du demandeur saisit le tribunal par voie d'assignation, signifiée par huissier (commissaire de justice).
  3. Mise en état : échange des conclusions et pièces entre les parties. Le juge de la mise en état fixe un calendrier.
  4. Expertise judiciaire (le cas échéant) : fréquente en matière de fixation du loyer ou d'évaluation de l'indemnité d'éviction. Elle dure en moyenne 6 à 12 mois.
  5. Audience de plaidoirie : les avocats présentent leurs arguments.
  6. Jugement : rendu dans un délai de 1 à 3 mois après l'audience. Il est susceptible d'appel dans un délai d'1 mois.

Prévenir et gérer un contentieux locatif commercial

Plusieurs mesures permettent de réduire le risque de contentieux ou d'en limiter la durée et le coût.

  • Rédiger un bail précis : la répartition des charges, les modalités de révision du loyer et les conditions de restitution doivent être détaillées. Un bail lacunaire génère des interprétations divergentes.
  • Respecter les délais légaux : le congé doit être donné au moins 6 mois avant l'échéance du bail (article L. 145-9). Un congé tardif est nul.
  • Constituer un dossier probatoire : conserver les courriers recommandés, les états des lieux contradictoires, les quittances et les échanges écrits avec le bailleur.
  • Recourir à la médiation : avant de saisir le tribunal, une médiation peut aboutir à un accord en quelques semaines, contre 18 à 24 mois pour une procédure judiciaire.
  • Anticiper l'expertise : en cas de litige sur le loyer, faire réaliser une estimation de la valeur locative par un expert privé permet de préparer la négociation ou l'expertise judiciaire.

Structurer la gestion de votre bail en amont réduit le risque de litige et renforce votre position en cas de contentieux.
Faites-vous accompagner par un avocat en baux commerciaux

FAQ

Quel tribunal est compétent pour un litige sur un bail commercial ?

Le tribunal judiciaire est compétent pour tous les litiges relatifs aux baux commerciaux. Le tribunal de commerce ne l'est pas, même entre commerçants. Pour la fixation du loyer, c'est le président du tribunal judiciaire qui statue en qualité de juge des loyers commerciaux.

L'avocat est-il obligatoire dans un contentieux de bail commercial ?

Oui. Devant le tribunal judiciaire, la représentation par avocat est obligatoire, tant pour le demandeur que pour le défendeur. Seules les procédures de référé et les phases de médiation permettent de se présenter sans avocat.

Combien de temps dure une procédure de contentieux de bail commercial ?

La durée varie selon la complexité du litige. Une procédure de fixation du loyer avec expertise judiciaire dure en moyenne 18 mois. Une procédure de résiliation en référé peut aboutir en 2 à 4 mois. L'appel ajoute 12 à 18 mois supplémentaires.

Peut-on contester un congé avec refus de renouvellement ?

Oui. Le locataire dispose d'un délai de 2 ans à compter du congé pour saisir le tribunal et demander le paiement d'une indemnité d'éviction. Cette indemnité couvre la perte du fonds de commerce, les frais de déménagement et de réinstallation.

La médiation est-elle possible en matière de bail commercial ?

Oui. La médiation est encouragée par la loi et peut être proposée par le juge ou engagée à l'initiative des parties. Elle permet de trouver un accord en quelques semaines et évite les coûts et délais d'une procédure judiciaire complète.

Pour aller plus loin

Du bail commercial (articles L145-1 à L145-60) - Légifrance

Compétence du juge judiciaire en matière de baux commerciaux - Sénat

Du bail commercial, dispositions réglementaires (articles R145-1 à R145-38) - Légifrance

SWIM LEGAL est une alternative au cabinet d'avocats traditionnel pour les besoins juridiques des entreprises. Incubé par le Barreau de Paris, SWIM a reçu le Prix de l'Innovation pour sa solution permettant à toute entreprise, quelle que soit sa taille ou sa localisation, d'accéder rapidement via la plateforme à des avocats d'affaires expérimentés. Les entreprises peuvent déposer leur besoin — qu'il s'agisse d'un dossier, d'une consultation ou d'un renfort temporaire — de manière confidentielle et recevoir des propositions d'avocats pour répondre rapidement à leur demande.
Télécharger la ressource