Bail commercial et travaux : répartition bailleur/preneur après la loi Pinel

Guides & Ressources pratiques
19 Jan 2026
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7
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Points clés de l'article
  1. Depuis la loi Pinel (2014), l'article R. 145-35 du Code de commerce interdit de transférer au preneur les grosses réparations de l'article 606 du Code civil.
  2. Le bailleur supporte obligatoirement le gros œuvre, la structure, la mise en conformité réglementaire et la vétusté.
  3. Le preneur reste redevable de l'entretien courant, des réparations locatives et des travaux liés à son activité.
  4. Les clauses contractuelles peuvent aménager la répartition, mais toute clause contraire à l'article R. 145-35 est réputée non écrite.
  5. Lors d'un renouvellement ou d'une cession, l'audit de l'historique travaux permet d'identifier les charges contestables et de sécuriser la négociation.

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Sommaire

Travaux en bail commercial : définition et cadre légal

Article 606 du Code civil et loi Pinel : ce qui ne peut plus être transféré au preneur

Obligations du bailleur : gros œuvre, structure, mise en conformité

Obligations du preneur : entretien courant et réparations locatives

Clauses contractuelles : jusqu'où peut-on aménager la répartition ?

Cas sensibles : toiture, ravalement, accessibilité ERP, désamiantage

Contester une charge de travaux abusivement imputée au locataire

Renouvellement et cession : l'audit de l'historique travaux

FAQ

Pour aller plus loin

Travaux en bail commercial : définition et cadre légal

La répartition des travaux en bail commercial constitue l'un des points de friction les plus fréquents entre bailleur et preneur. Avant 2014, la liberté contractuelle permettait de transférer au locataire la quasi-totalité des charges de travaux, y compris les réparations structurelles. La loi Pinel du 18 juin 2014 et son décret d'application du 3 novembre 2014 ont modifié cette logique en introduisant des dispositions d'ordre public.

L'article L. 145-40-2 du Code de commerce impose désormais un inventaire précis et limitatif des charges, travaux et taxes imputables au preneur. L'article R. 145-35 du même code dresse la liste des dépenses qui ne peuvent en aucun cas lui être facturées. Ces textes s'appliquent aux baux conclus ou renouvelés à compter du 5 novembre 2014.

Pour un directeur juridique gérant un portefeuille de baux commerciaux, cette réforme impose de relire chaque contrat à l'aune de ces nouvelles règles. Une clause de transfert de travaux rédigée avant 2014 peut devenir inopposable au preneur lors du renouvellement.

Article 606 du Code civil et loi Pinel : ce qui ne peut plus être transféré au preneur

L'article 606 du Code civil définit les grosses réparations : murs, voûtes, poutres, couvertures entières, murs de soutènement, clôtures. La jurisprudence y ajoute la remise en état de la structure porteuse et le remplacement complet d'un élément essentiel du bâtiment.

Depuis le décret du 3 novembre 2014, l'article R. 145-35 interdit de mettre à la charge du preneur :

  • Les dépenses relatives aux grosses réparations mentionnées à l'article 606
  • Les travaux liés à la vétusté affectant les locaux loués
  • Les honoraires liés à la gestion des travaux incombant au bailleur

Cette interdiction est d'ordre public. Toute clause contraire est réputée non écrite, sans qu'il soit nécessaire de saisir un juge pour la faire annuler. Le preneur peut simplement refuser de payer et opposer la nullité de la clause.

Catégorie de travauxAvant loi PinelAprès loi Pinel
Grosses réparations (art. 606)Transférables au preneur par clauseInterdiction de transfert (ordre public)
Travaux de vétustéTransférables au preneurInterdiction de transfert
Entretien courantÀ la charge du preneur (usage)À la charge du preneur (inchangé)
Mise en conformité réglementaireNégociablePartiellement encadrée

Obligations du bailleur : gros œuvre, structure, mise en conformité

Le bailleur conserve une obligation de délivrance (article 1719 du Code civil) et une obligation d'entretien en bon état de réparation (article 1720). En matière de bail commercial travaux, ces obligations se traduisent par la prise en charge :

  • Du gros œuvre : fondations, murs porteurs, charpente, toiture dans sa structure
  • De la mise en conformité réglementaire lorsqu'elle concerne la structure ou les parties communes (normes incendie, accessibilité, amiante dans les parties communes)
  • Des travaux rendus nécessaires par la vétusté, même si le bail prévoyait le contraire avant 2014

La Cour de cassation (3e civ., 15 février 2018, n° 17-11.329) a confirmé que le bailleur ne peut se soustraire à l'obligation de grosses réparations par une clause de style. Le juge apprécie la nature réelle des travaux, indépendamment de la qualification retenue dans le bail.

Structurer la répartition des travaux dans un bail commercial nécessite une analyse juridique précise, adaptée à chaque situation contractuelle.
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Obligations du preneur : entretien courant et réparations locatives

Le preneur supporte les réparations locatives et l'entretien courant des locaux. L'article 1754 du Code civil en donne une liste indicative : réfection des enduits, remplacement de vitres, entretien des installations de chauffage et de plomberie, peintures intérieures.

En pratique, le bail commercial précise le périmètre exact des travaux à la charge du locataire. Les clauses les plus courantes couvrent :

  • L'entretien des équipements techniques : climatisation, ventilation, installations électriques secondaires
  • Les aménagements intérieurs liés à l'activité commerciale
  • Les réparations rendues nécessaires par l'usage normal des locaux
  • Le remplacement des éléments d'équipement dont la durée de vie est inférieure à celle du bail

Le preneur reste également responsable des travaux qu'il réalise pour adapter les locaux à son activité, sous réserve d'obtenir l'autorisation du bailleur lorsque le bail l'exige.

Clauses contractuelles : jusqu'où peut-on aménager la répartition ?

La liberté contractuelle subsiste, mais dans un cadre restreint. Le bail peut valablement prévoir :

  • Le transfert au preneur des réparations d'entretien sur les équipements mis à sa disposition (chauffage collectif, ascenseur, parties communes)
  • La prise en charge par le preneur des travaux de mise en conformité liés à son activité spécifique (extraction de cuisine, normes propres à un commerce alimentaire)
  • Un partage des coûts de ravalement lorsque celui-ci ne relève pas de l'article 606

En revanche, les clauses suivantes sont réputées non écrites :

  • Transfert des grosses réparations au preneur
  • Imputation de la vétusté au preneur
  • Clause « tous travaux à la charge du preneur » sans distinction
ClauseValidité post-Pinel
« Le preneur prend les locaux en l'état et supporte toutes réparations »Réputée non écrite pour la partie grosses réparations et vétusté
« Le preneur assure l'entretien courant et les menues réparations »Valide
« La mise en conformité liée à l'activité du preneur est à sa charge »Valide sous conditions
« Le ravalement est à la charge du preneur »Valide si ravalement ≠ article 606
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Cas sensibles : toiture, ravalement, accessibilité ERP, désamiantage

Certains postes de travaux génèrent des contentieux récurrents en raison de leur coût et de leur qualification juridique ambiguë.

Toiture. Le remplacement complet relève de l'article 606 et incombe au bailleur. Les réparations ponctuelles (tuiles cassées, étanchéité partielle) peuvent être mises à la charge du preneur si le bail le prévoit.

Ravalement. La Cour de cassation distingue le ravalement structurel (article 606) du ravalement esthétique. Un ravalement imposé par arrêté municipal qui ne touche pas la structure peut être transféré au preneur.

Accessibilité ERP. La mise en conformité aux normes d'accessibilité (loi du 11 février 2005) concerne la structure du bâtiment lorsqu'elle implique des rampes, élargissements de portes ou ascenseurs. Ces travaux relèvent du bailleur. Les aménagements intérieurs spécifiques à l'activité restent à la charge du preneur.

Désamiantage. Le traitement de l'amiante dans les parties structurelles (flocage, calorifugeage) incombe au bailleur en tant que propriétaire, conformément au Code de la santé publique (articles R. 1334-15 et suivants). Le preneur n'a pas à financer le retrait d'amiante dans les éléments relevant du gros œuvre.

Contester une charge de travaux abusivement imputée au locataire

Un preneur qui se voit facturer des travaux relevant de l'article 606 ou de la vétusté dispose de plusieurs leviers.

Le premier consiste à opposer la nullité de la clause. L'article R. 145-35 étant d'ordre public, le preneur peut refuser le paiement sans action judiciaire préalable. En cas de litige, le juge constate que la clause est réputée non écrite.

Le deuxième levier est la demande de remboursement. Si le preneur a déjà réglé des travaux qui auraient dû incomber au bailleur, il peut agir en répétition de l'indu (article 1302-1 du Code civil). Le délai de prescription est de 5 ans à compter du paiement.

Le troisième levier concerne la compensation. Le preneur peut opposer en compensation les sommes indûment versées avec les loyers dus, sous réserve que la créance soit certaine, liquide et exigible.

Identifier les charges de travaux contestables dans un bail commercial suppose une analyse croisée du contrat, des factures et du cadre légal.
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Renouvellement et cession : l'audit de l'historique travaux

Lors du renouvellement du bail commercial, la question des travaux passés et futurs conditionne la négociation du loyer et des conditions du nouveau bail. Le bailleur peut tenter de fixer un loyer de renouvellement intégrant la valeur des travaux réalisés. Le preneur, de son côté, peut invoquer les travaux qu'il a financés pour s'opposer à une hausse.

L'audit de l'historique travaux doit couvrir :

  1. L'inventaire des travaux réalisés par chaque partie pendant la durée du bail
  2. La qualification juridique de chaque poste (article 606 ou entretien courant)
  3. La conformité des imputations avec l'article R. 145-35
  4. Les sommes récupérables en cas de paiement indu par le preneur

En cas de cession du bail, le cessionnaire reprend les droits et obligations du cédant. Un audit préalable permet d'identifier les risques liés à des travaux non réalisés par le bailleur ou à des charges indûment supportées par le preneur sortant. Cette analyse conditionne la valorisation du droit au bail et la négociation du prix de cession.

FAQ

Le bailleur peut-il imposer au preneur de financer le remplacement de la toiture ?

Non. Le remplacement complet de la toiture relève des grosses réparations de l'article 606 du Code civil. Depuis la loi Pinel, toute clause transférant cette charge au preneur est réputée non écrite. Seules les réparations ponctuelles (tuiles, étanchéité partielle) peuvent être mises à la charge du locataire si le bail le prévoit.

Les baux signés avant 2014 sont-ils concernés par la loi Pinel ?

Les dispositions de l'article R. 145-35 s'appliquent aux baux conclus ou renouvelés à compter du 5 novembre 2014. Un bail signé avant cette date reste soumis aux anciennes règles jusqu'à son renouvellement. Au moment du renouvellement, les clauses contraires à la loi Pinel deviennent inopposables.

Quel est le délai pour contester une charge de travaux indûment facturée ?

Le preneur dispose d'un délai de 5 ans à compter du paiement pour agir en répétition de l'indu (article 2224 du Code civil). Il peut également opposer la nullité de la clause à tout moment, sans condition de délai, puisque la clause est réputée non écrite de plein droit.

La mise aux normes d'accessibilité handicapés est-elle à la charge du bailleur ?

Les travaux d'accessibilité touchant la structure du bâtiment (rampes, élargissements, ascenseurs) incombent au bailleur. Les aménagements intérieurs liés à l'activité spécifique du preneur restent à sa charge. La distinction repose sur la nature structurelle ou non des modifications.

Comment sécuriser la répartition des travaux lors d'une cession de bail ?

Le cessionnaire doit réaliser un audit de l'historique travaux avant la cession. Cet audit identifie les charges indûment supportées par le cédant, les travaux non réalisés par le bailleur et les risques de mise en conformité. Il conditionne la valorisation du droit au bail et permet de négocier des garanties contractuelles adaptées.

Pour aller plus loin

Article R145-35 Code de commerce - Légifrance

Bail commercial : charges et dépenses du locataire et du bailleur - Service-Public.fr

Décret n° 2014-1317 du 3 novembre 2014 relatif au bail commercial - Légifrance

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