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Commandement de payer les loyers : définition juridique
Cadre légal : article L145-41 du Code de commerce et bail commercial
Mentions obligatoires à peine de nullité
Délai d'un mois et mécanisme de la clause résolutoire
Rôle du commissaire de justice (ex-huissier) dans la délivrance
Effets juridiques : résolution du bail et exigibilité
Défenses du locataire : délais de grâce (article 1343-5 du Code civil)
Articulation avec la procédure d'expulsion et bonnes pratiques bailleur
Le commandement de payer les loyers est un acte de procédure délivré par un commissaire de justice (anciennement huissier de justice) à la demande du bailleur. Il ordonne au locataire de régler les loyers, charges et accessoires impayés dans un délai déterminé. Cet acte constitue le préalable obligatoire à la mise en œuvre de la clause résolutoire insérée dans le bail.
Concrètement, il ne s'agit pas d'une simple relance. Le commandement de payer produit des effets juridiques précis : il fait courir un délai légal à l'expiration duquel le bail peut être résilié de plein droit, sans intervention du juge, si le locataire n'a pas soldé sa dette. En bail commercial, ce mécanisme est encadré par l'article L145-41 du Code de commerce. En bail d'habitation, c'est l'article 24 de la loi du 6 juillet 1989 qui s'applique, avec un délai de 6 semaines.
La distinction est essentielle pour un directeur juridique gérant un portefeuille immobilier : le régime applicable dépend de la nature du bail, et une erreur de fondement juridique suffit à invalider l'acte.
L'article L145-41 du Code de commerce pose le cadre du commandement de payer en matière de bail commercial. Il dispose que toute clause résolutoire ne produit effet qu'un mois après un commandement de payer demeuré infructueux. Ce texte est d'ordre public : les parties ne peuvent ni réduire ce délai ni y déroger contractuellement.
Ce cadre protège le locataire commercial contre une résiliation brutale. Mais il protège aussi le bailleur, à condition que l'acte soit irréprochable. En effet, la Cour de cassation (3e chambre civile, 19 novembre 2020, n° 19-20.413) a rappelé que le commandement doit reproduire la clause résolutoire du bail pour être valable. L'omission de cette reproduction entraîne la nullité de l'acte.
| Élément | Bail commercial (L145-41) | Bail d'habitation (loi 1989, art. 24) |
|---|---|---|
| Délai après commandement | 1 mois | 6 semaines |
| Caractère d'ordre public | Oui | Oui |
| Reproduction de la clause résolutoire | Obligatoire | Obligatoire |
| Saisine du juge nécessaire pour constater la résiliation | Non (résiliation de plein droit) | Oui (assignation obligatoire) |
Un commandement de payer les loyers nul équivaut à une procédure inexistante. Le bailleur perd alors plusieurs mois et doit recommencer l'intégralité de la démarche. Les mentions suivantes sont exigées à peine de nullité :
En pratique, l'erreur la plus fréquente concerne le détail des sommes. Un commandement qui réclame « 45 000 € d'arriérés » sans préciser les trimestres concernés sera annulé par le juge. Cette exigence de ventilation permet au locataire de vérifier la réalité de la dette et de contester, le cas échéant, certaines échéances.
Un commandement de payer mal rédigé neutralise la clause résolutoire et retarde la récupération du bien de plusieurs mois. Sécuriser cet acte dès sa rédaction évite des contentieux coûteux.
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La clause résolutoire est une stipulation contractuelle qui prévoit la résiliation automatique du bail en cas de manquement du locataire à ses obligations, notamment le paiement du loyer. En bail commercial, cette clause ne peut produire effet qu'après l'expiration d'un délai d'un mois suivant la signification du commandement de payer.
Ce délai d'un mois se calcule de date à date. Un commandement signifié le 10 mars produit effet le 10 avril à minuit. Si le locataire règle l'intégralité de la dette (principal, intérêts, frais du commandement) avant cette échéance, la clause résolutoire est neutralisée. Le bail se poursuit comme si rien ne s'était passé.
En revanche, si le locataire ne paie pas dans le délai, la résiliation est acquise de plein droit. Le bailleur n'a pas besoin de saisir le juge pour obtenir la résiliation elle-même. Il devra toutefois faire constater cette résiliation par le tribunal judiciaire s'il souhaite obtenir un titre exécutoire permettant l'expulsion.
Un paiement partiel ne suffit pas à neutraliser la clause résolutoire. La Cour de cassation exige un paiement intégral des causes du commandement (Cass. 3e civ., 24 septembre 2014, n° 13-22.357). Le locataire qui verse 90 % de la dette dans le délai d'un mois reste exposé à la résiliation.
Le commandement de payer est un acte extrajudiciaire. Seul un commissaire de justice (profession issue de la fusion des huissiers de justice et des commissaires-priseurs judiciaires depuis le 1er juillet 2022) peut le délivrer. Le bailleur ne peut pas signifier cet acte lui-même, ni le confier à un avocat ou un notaire.
Le commissaire de justice remplit 3 fonctions dans cette procédure :
Le coût d'un commandement de payer varie selon le montant de la créance. Les émoluments sont fixés par le décret n° 2016-230 du 26 février 2016 (tarif réglementé). Pour une créance de 30 000 €, le coût total (émoluments + frais de signification) se situe généralement entre 200 € et 400 € HT.
La délivrance du commandement de payer est l'étape qui conditionne toute la chaîne contentieuse en matière de bail commercial. Un accompagnement juridique adapté sécurise chaque étape.
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Lorsque le délai d'un mois expire sans paiement intégral, la clause résolutoire est acquise. Le bail est résilié de plein droit. Cette résiliation produit plusieurs effets juridiques simultanés :
| Effet | Conséquence concrète |
|---|---|
| Résiliation du bail | Le locataire perd son droit au maintien dans les lieux |
| Exigibilité immédiate | Toutes les sommes dues deviennent immédiatement exigibles (loyers à échoir selon les clauses du bail) |
| Indemnité d'occupation | Le locataire qui se maintient dans les lieux doit une indemnité d'occupation, généralement égale au loyer |
| Perte du droit au renouvellement | En bail commercial, le locataire perd le bénéfice du statut des baux commerciaux |
La résiliation acquise n'est toutefois pas irréversible à ce stade. Le locataire conserve la possibilité de saisir le juge pour solliciter des délais de grâce, ce qui peut suspendre les effets de la clause résolutoire (voir section suivante).
Pour le bailleur, l'enjeu pratique est de faire constater la résiliation par le juge des référés du tribunal judiciaire. Cette étape, bien que formelle lorsque le commandement est régulier, reste nécessaire pour obtenir un titre exécutoire.
L'article 1343-5 du Code civil permet au juge d'accorder au débiteur des délais de grâce pouvant aller jusqu'à 2 ans. En matière de bail commercial, l'article L145-41 alinéa 2 du Code de commerce prévoit expressément que le juge peut suspendre les effets de la clause résolutoire en accordant des délais de paiement au locataire.
Cette défense est fréquemment invoquée. Le locataire doit démontrer :
Si le juge accorde des délais, la clause résolutoire est suspendue pendant toute la durée de l'échéancier. En cas de respect intégral de celui-ci, la clause est réputée n'avoir jamais joué. En cas de défaillance, même partielle, la résiliation redevient acquise sans nouveau commandement.
Pour le bailleur, cette possibilité implique un risque de blocage de 12 à 24 mois supplémentaires. La qualité de la rédaction du commandement et la solidité du dossier présenté en référé sont déterminantes pour limiter ce risque.
Anticiper les défenses du locataire dès la phase de commandement permet de réduire les délais de procédure et de sécuriser la position du bailleur.
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Une fois la résiliation constatée par le juge, le bailleur dispose d'un titre exécutoire. La procédure d'expulsion suit alors un calendrier contraint : commandement de quitter les lieux (2 mois de délai), puis recours à la force publique si nécessaire, avec un délai moyen de 6 à 12 mois selon les juridictions. La trêve hivernale (1er novembre – 31 mars) suspend l'exécution des expulsions pour les locaux d'habitation, mais ne s'applique pas aux baux commerciaux.
La chaîne procédurale complète — du commandement de payer à l'expulsion effective — dure en moyenne 8 à 18 mois en bail commercial. Chaque erreur formelle dans le commandement initial peut ajouter 3 à 6 mois à ce calendrier.
Oui. L'article L145-41 du Code de commerce impose la délivrance d'un commandement de payer comme préalable à la mise en œuvre de la clause résolutoire. Sans cet acte, la résiliation de plein droit ne peut pas être invoquée, même si le bail contient une clause résolutoire.
Un paiement partiel ne neutralise pas la clause résolutoire. La jurisprudence exige un paiement intégral des sommes visées dans le commandement (loyers, charges, intérêts, frais) pour que la clause soit privée d'effet. Le locataire reste exposé à la résiliation même s'il a réglé une partie substantielle de la dette.
Oui. Le juge peut prononcer la nullité du commandement si les mentions obligatoires font défaut : absence de détail des sommes, non-reproduction de la clause résolutoire, erreur sur le délai d'un mois. La nullité oblige le bailleur à recommencer la procédure depuis le début.
Oui. L'article L145-41 alinéa 2 du Code de commerce permet au juge d'accorder des délais de grâce pouvant aller jusqu'à 2 ans. Pendant cette période, les effets de la clause résolutoire sont suspendus. Si le locataire respecte l'échéancier fixé, la clause est réputée n'avoir jamais produit effet.
Le coût dépend du montant de la créance réclamée. Les émoluments du commissaire de justice sont réglementés par le décret du 26 février 2016. Pour une créance de 30 000 €, le coût total (émoluments et frais de signification) se situe généralement entre 200 € et 400 € HT. Ces frais sont récupérables auprès du locataire.
Article L145-41 du Code de commerce (clause résolutoire bail commercial) - Légifrance
Article 1343-5 du Code civil (délais de grâce) - Légifrance
Loyers impayés et expulsion du locataire - Service-Public
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