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Sommation de payer : définition et distinction avec la mise en demeure
Rôle du commissaire de justice (ex-huissier) dans la délivrance
Conditions préalables : créance certaine, liquide et exigible
Procédure et formalisme d'une sommation de payer
Effets juridiques : interruption de prescription et absence de force exécutoire
Sommation de payer vs injonction de payer : quelle voie choisir ?
Intégrer la sommation dans le process recouvrement de la direction juridique
La sommation de payer est un acte extrajudiciaire délivré par un commissaire de justice (anciennement huissier de justice) qui enjoint formellement un débiteur de régler une somme due. Cet acte s'inscrit dans la phase amiable du recouvrement de créances, avant toute saisine d'un tribunal.
En pratique, la direction juridique dispose de 2 outils amiables formels pour interpeller un débiteur : la mise en demeure et la sommation de payer. Leur confusion est fréquente, mais leurs régimes diffèrent sur plusieurs points.
La mise en demeure est une lettre recommandée avec accusé de réception, rédigée par le créancier lui-même ou son conseil. Elle repose sur l'article 1344 du Code civil et constitue une interpellation suffisante pour faire courir les intérêts moratoires. En revanche, sa force probante reste limitée : le débiteur peut contester l'avoir reçue ou en minimiser la portée.
La sommation de payer, elle, est signifiée en personne ou à domicile par un officier ministériel. Elle bénéficie d'une date certaine et d'une présomption de délivrance que le débiteur ne peut contester. Son impact psychologique est aussi plus élevé : la réception d'un acte d'huissier signale au débiteur que le créancier a engagé des frais et envisage une escalade judiciaire.
| Critère | Mise en demeure | Sommation de payer |
|---|---|---|
| Auteur | Créancier ou avocat | Commissaire de justice |
| Mode de délivrance | LRAR | Signification en personne ou à domicile |
| Coût moyen | 5 à 15 € (frais postaux) | 50 à 150 € (selon montant et distance) |
| Valeur probante | Moyenne (AR contestable) | Élevée (acte authentique) |
| Effet sur la prescription | Aucun (sauf si qualifiée d'interpellation suffisante) | Interruption du délai de prescription |
Pour une direction juridique, le choix entre les 2 dépend du montant en jeu, du profil du débiteur et de la stratégie de recouvrement envisagée.
Depuis le 1er juillet 2022, les professions d'huissier de justice et de commissaire-priseur judiciaire ont fusionné pour former la profession de commissaire de justice (ordonnance n° 2016-728 du 2 juin 2016). C'est cet officier ministériel qui détient le monopole de la signification des actes extrajudiciaires, dont la sommation de payer.
Le commissaire de justice remplit 3 fonctions lors de la délivrance. Il vérifie d'abord la régularité formelle de l'acte : identité des parties, montant réclamé, fondement de la créance. Il procède ensuite à la signification, c'est-à-dire la remise physique de l'acte au débiteur ou, à défaut, le dépôt à l'étude avec avis de passage. Il dresse enfin un procès-verbal de signification qui consigne les circonstances de la remise.
Ce procès-verbal constitue un acte authentique au sens de l'article 1369 du Code civil. Il fait foi jusqu'à inscription de faux, ce qui signifie que le débiteur ne peut contester la date ni les conditions de délivrance sans engager une procédure lourde et coûteuse.
Le créancier peut mandater un commissaire de justice compétent dans le ressort du domicile du débiteur. Depuis la loi Macron de 2015, les tarifs des actes d'huissier sont encadrés par un barème réglementé (arrêté du 26 février 2016 modifié), ce qui permet à la direction juridique de budgétiser précisément le coût de l'opération.
Structurer le recouvrement amiable en amont d'un contentieux permet de réduire les délais et les coûts de traitement des impayés.
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Pour qu'une sommation de payer produise ses effets, la créance doit réunir 3 caractéristiques cumulatives, définies par le Code civil et la jurisprudence constante de la Cour de cassation.
L'absence de l'une de ces conditions expose le créancier à une contestation du débiteur et prive la sommation de tout effet utile. La direction juridique doit donc vérifier systématiquement ces 3 critères avant de mandater le commissaire de justice.
La rédaction et la délivrance d'une sommation de payer suivent un formalisme précis, encadré par les articles 648 à 664 du Code de procédure civile.
Étapes de la procédure :
Mentions obligatoires de l'acte :
L'omission d'une mention obligatoire peut entraîner la nullité de l'acte, sur le fondement de l'article 114 du Code de procédure civile, à condition que le débiteur démontre un grief.
La sommation de payer produit un effet juridique précis : elle interrompt la prescription de la créance, conformément à l'article 2240 du Code civil. Concrètement, si une créance commerciale est soumise au délai de prescription de 5 ans (article L. 110-4 du Code de commerce), la signification d'une sommation fait repartir ce délai à zéro.
Cet effet est particulièrement utile lorsque la direction juridique gère un portefeuille d'impayés anciens et souhaite préserver ses droits avant d'engager une procédure judiciaire.
En revanche, la sommation de payer ne confère aucune force exécutoire. Elle ne constitue pas un titre permettant de procéder à des saisies sur les comptes bancaires, les biens ou les revenus du débiteur. Pour obtenir un titre exécutoire, le créancier doit saisir le tribunal compétent, soit par voie d'injonction de payer, soit par assignation au fond.
| Effet | Sommation de payer | Titre exécutoire (ordonnance / jugement) |
|---|---|---|
| Interruption de la prescription | Oui | Oui |
| Force exécutoire | Non | Oui |
| Saisie des biens du débiteur | Impossible | Possible |
| Recours au juge nécessaire | Non | Oui |
La sommation constitue donc un jalon probatoire et conservatoire, pas un outil de contrainte. Son utilité réside dans la pression formelle qu'elle exerce et dans la sécurisation du dossier en vue d'un éventuel contentieux.
Lorsqu'une sommation reste sans effet, le passage au contentieux nécessite un accompagnement juridique adapté au montant et à la nature du litige.
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La sommation de payer et l'injonction de payer répondent à des logiques distinctes. La première est un acte amiable ; la seconde est une procédure judiciaire simplifiée, régie par les articles 1405 à 1425 du Code de procédure civile.
L'injonction de payer permet d'obtenir une ordonnance du juge sans audience contradictoire. Le créancier dépose une requête accompagnée des pièces justificatives. Si le juge estime la créance fondée, il rend une ordonnance portant injonction de payer, qui devient un titre exécutoire après signification et expiration du délai d'opposition de 1 mois.
| Critère | Sommation de payer | Injonction de payer |
|---|---|---|
| Nature | Acte amiable extrajudiciaire | Procédure judiciaire non contradictoire |
| Coût | 50 à 150 € | 36,09 € (droit de timbre) + frais de signification |
| Délai moyen d'obtention | Immédiat (signification sous 48 à 72 h) | 1 à 3 mois selon le tribunal |
| Force exécutoire | Non | Oui (après signification et absence d'opposition) |
| Risque de contestation | Faible (acte non juridictionnel) | Opposition possible dans le mois |
Recommandation pratique pour la direction juridique :
La sommation de payer prend toute sa valeur lorsqu'elle s'inscrit dans un processus de recouvrement structuré. Pour la direction juridique, l'enjeu consiste à définir des seuils de déclenchement clairs et à automatiser les étapes amiables.
Processus type en 4 phases :
Ce séquençage permet de documenter la bonne foi du créancier, de constituer un dossier probatoire solide et de maximiser les chances de recouvrement amiable avant d'engager des frais judiciaires.
La direction juridique peut également intégrer des indicateurs de suivi : taux de recouvrement après sommation, délai moyen de paiement post-signification, ratio de passage au contentieux. Ces données permettent d'ajuster les seuils de déclenchement et d'évaluer le retour sur investissement de chaque étape.
Un process de recouvrement bien calibré repose sur l'articulation entre actes amiables et procédures judiciaires, adaptée au profil de chaque débiteur.
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Non. Aucun texte n'impose la délivrance d'une sommation de payer avant d'engager une procédure judiciaire. En revanche, une mise en demeure préalable est exigée dans la plupart des cas pour faire courir les intérêts moratoires (article 1344 du Code civil). La sommation reste un outil stratégique, pas une condition de recevabilité.
Le coût varie entre 50 et 150 € selon le montant de la créance, la distance de signification et les éventuels frais de déplacement du commissaire de justice. Ces frais sont encadrés par le barème réglementé issu de l'arrêté du 26 février 2016. Ils sont en principe récupérables auprès du débiteur en cas de procédure judiciaire ultérieure.
Oui. La signification d'une sommation de payer par un commissaire de justice interrompt le délai de prescription, conformément à l'article 2240 du Code civil. Le délai repart intégralement à compter de la date de signification. Pour une créance commerciale soumise au délai de 5 ans, cet effet peut s'avérer décisif.
Le commandement de payer est un acte de commissaire de justice délivré en vertu d'un titre exécutoire (jugement, ordonnance, acte notarié). Il constitue le préalable obligatoire à une saisie. La sommation de payer, elle, ne repose sur aucun titre exécutoire et ne permet pas de procéder à des mesures d'exécution forcée.
L'absence de réponse dans un délai de 15 à 30 jours justifie le passage à une procédure judiciaire. La direction juridique peut alors déposer une requête en injonction de payer (pour les créances non contestées) ou assigner le débiteur devant le tribunal compétent. Le dossier constitué lors de la phase amiable (relances, mise en demeure, sommation) servira de preuve devant le juge.
Article 1344 - Code civil - Légifrance
La mise en demeure du débiteur (Articles 1344 à 1344-2) - Légifrance
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