Avis de poursuites par commissaire de justice : définition, valeur juridique et faux avis

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08 Feb 2026
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9
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Points clés de l'article
  1. L'avis de poursuites est un courrier envoyé par un commissaire de justice (ex-huissier) pour informer un débiteur qu'une procédure d'exécution forcée peut être engagée contre lui.
  2. Ce document n'est pas un acte d'exécution : il ne permet ni saisie ni contrainte immédiate, mais il signale l'existence d'un titre exécutoire.
  3. Des mentions obligatoires (identité du commissaire, référence du titre exécutoire, montant détaillé) permettent de distinguer un avis authentique d'un faux.
  4. Les faux avis de poursuites, envoyés par des sociétés de recouvrement sans titre exécutoire, constituent une pratique trompeuse sanctionnable pénalement.
  5. À réception, le directeur juridique doit vérifier l'authenticité du document, contrôler la créance et, si nécessaire, contester ou mobiliser un avocat spécialisé en contentieux.

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Sommaire

Avis de poursuites par commissaire de justice : définition et cadre légal

Le rôle du commissaire de justice (ex-huissier) dans le recouvrement

Contenu et mentions obligatoires d'un avis de poursuites

Valeur juridique réelle d'un avis de poursuites : ce qu'il impose ou non

Reconnaître un faux avis de poursuites : usurpation et escroquerie

Que faire à la réception d'un avis de poursuites en entreprise ?

Contester un avis de poursuites abusif ou irrégulier

Quand mobiliser un avocat face à une procédure de recouvrement

FAQ

Pour aller plus loin

Avis de poursuites par commissaire de justice : définition et cadre légal

Un avis de poursuites par commissaire de justice est un courrier adressé à un débiteur pour l'informer qu'un créancier dispose d'un titre exécutoire et qu'il envisage de recourir à l'exécution forcée. Ce document s'inscrit dans le cadre du recouvrement judiciaire, c'est-à-dire la phase qui suit l'obtention d'une décision de justice condamnant le débiteur au paiement d'une somme.

Le cadre légal repose principalement sur le Code des procédures civiles d'exécution (CPCE), entré en vigueur le 1er juin 2012. L'article L. 111-1 de ce code pose le principe : tout créancier muni d'un titre exécutoire peut poursuivre l'exécution forcée sur les biens de son débiteur. Le titre exécutoire peut être une décision de justice, un acte notarié revêtu de la formule exécutoire, ou encore un titre délivré par un organisme public (contrainte URSSAF, titre de recettes).

L'avis de poursuites n'est pas défini par un article spécifique du CPCE. Il s'agit d'un courrier préalable, distinct des actes formels comme le commandement de payer. En pratique, il remplit une fonction d'avertissement : il signale au débiteur que le créancier a mandaté un commissaire de justice pour engager des mesures d'exécution si le paiement n'intervient pas dans un délai donné.

Depuis le 1er juillet 2022, la profession de commissaire de justice a fusionné les métiers d'huissier de justice et de commissaire-priseur judiciaire, conformément à l'ordonnance n° 2016-728 du 2 juin 2016. Tout avis de poursuites émis après cette date doit donc porter la mention « commissaire de justice » et non « huissier de justice ».

Le rôle du commissaire de justice (ex-huissier) dans le recouvrement

Le commissaire de justice est un officier public et ministériel. Il détient le monopole de la signification des actes judiciaires et de l'exécution forcée des décisions de justice. Ce monopole est défini par l'article L. 122-1 du CPCE.

Dans le cadre du recouvrement, son intervention se situe à 2 niveaux distincts. D'une part, il peut agir au stade amiable : il contacte le débiteur par courrier ou téléphone pour obtenir un paiement volontaire. D'autre part, il intervient au stade forcé lorsqu'il dispose d'un titre exécutoire. Il peut alors signifier un commandement de payer, procéder à des saisies (saisie-attribution sur compte bancaire, saisie-vente de biens mobiliers) ou engager une saisie immobilière.

L'avis de poursuites se situe à la charnière entre ces 2 phases. Il est envoyé après l'obtention du titre exécutoire, mais avant la mise en œuvre effective des mesures d'exécution. Son objectif est d'inciter le débiteur à régler sa dette sans qu'il soit nécessaire de recourir à la contrainte.

ÉtapeNatureEffet juridique
Relance amiableCourrier simpleAucune contrainte légale
Avis de poursuitesCourrier du commissaire de justiceAvertissement, pas de contrainte directe
Commandement de payerActe signifiéOuvre un délai légal avant saisie
Saisie (attribution, vente, immobilière)Mesure d'exécution forcéeContrainte directe sur le patrimoine

Contenu et mentions obligatoires d'un avis de poursuites

Un avis de poursuites authentique comporte des mentions précises qui permettent au destinataire de vérifier sa légitimité. L'absence de ces mentions constitue un indice de faux.

Les éléments suivants doivent figurer sur le document :

  • Identification du commissaire de justice : nom, prénom, qualité d'officier public et ministériel, adresse de l'étude, numéro de téléphone, numéro SIRET.
  • Référence au titre exécutoire : nature du titre (jugement, ordonnance, acte notarié), juridiction ayant rendu la décision, date et numéro de la décision.
  • Identité du créancier : dénomination sociale, numéro SIREN, adresse du siège.
  • Identité du débiteur : dénomination sociale ou nom du dirigeant, adresse.
  • Montant détaillé de la créance : principal, intérêts, frais de procédure, honoraires éventuels du commissaire de justice, avec distinction claire de chaque poste.
  • Délai accordé : mention d'un délai pour régler avant mise en œuvre des mesures d'exécution.
  • Voies de recours : indication de la possibilité de contester devant le juge de l'exécution.

L'article R. 444-55 du Code de commerce impose par ailleurs que les frais facturés par le commissaire de justice respectent un tarif réglementé. Tout dépassement de ce tarif peut être contesté auprès de la Chambre départementale des commissaires de justice.

Valeur juridique réelle d'un avis de poursuites : ce qu'il impose ou non

La distinction est nette : l'avis de poursuites n'est pas un acte d'exécution. Il ne produit aucun effet juridique contraignant par lui-même.

Concrètement, un avis de poursuites :

  • N'autorise pas de saisie sur les comptes bancaires de l'entreprise.
  • N'autorise pas de saisie-vente sur les biens mobiliers.
  • N'interrompt pas la prescription de la créance (seul un acte de poursuite au sens de l'article 2244 du Code civil interrompt la prescription).
  • Ne constitue pas une mise en demeure au sens de l'article 1344 du Code civil, sauf s'il en remplit les conditions formelles.

En revanche, l'avis de poursuites signale que le créancier détient un titre exécutoire valide. Ignorer ce courrier expose l'entreprise à des mesures d'exécution forcée sans préavis supplémentaire, dès lors que le commandement de payer est ensuite signifié.

Ce que l'avis de poursuites permetCe que l'avis de poursuites ne permet pas
Informer le débiteur de l'existence d'un titre exécutoireSaisir des comptes bancaires
Proposer un règlement amiable avant exécutionBloquer des actifs de l'entreprise
Détailler le montant actualisé de la créanceInterrompre la prescription
Annoncer les mesures d'exécution envisagéesContraindre juridiquement au paiement
Recevoir un avis de poursuites appelle une analyse rapide de la créance et du titre exécutoire invoqué, avant que des mesures d'exécution ne soient engagées.
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Reconnaître un faux avis de poursuites : usurpation et escroquerie

Les faux avis de poursuites constituent un phénomène récurrent. La Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) a signalé à plusieurs reprises des pratiques trompeuses de sociétés de recouvrement qui imitent la présentation d'actes de commissaires de justice.

Plusieurs indices permettent de détecter un faux :

  • Absence de titre exécutoire : le courrier mentionne une « dette » sans référence à une décision de justice ou un acte notarié.
  • Expéditeur non identifiable : pas de numéro d'étude, pas de mention de la qualité d'officier public et ministériel, adresse générique.
  • Menaces disproportionnées : évocation d'une saisie « immédiate » ou d'une inscription au fichier Banque de France, sans base légale.
  • Demande de paiement sur un compte bancaire privé ou via un service de transfert d'argent.
  • Utilisation abusive du terme « huissier » ou « commissaire de justice » par une entité qui n'a pas cette qualité.

L'usurpation du titre de commissaire de justice est sanctionnée par l'article 433-17 du Code pénal : 1 an d'emprisonnement et 15 000 € d'amende. L'escroquerie (article 313-1 du Code pénal) est punie de 5 ans d'emprisonnement et 375 000 € d'amende.

Pour vérifier l'authenticité d'un avis, le directeur juridique peut consulter l'annuaire officiel des commissaires de justice sur le site de la Chambre nationale (commissaires-justice.fr) et vérifier que l'étude mentionnée existe réellement.

Que faire à la réception d'un avis de poursuites en entreprise ?

À réception d'un avis de poursuites, le directeur juridique doit engager une séquence de vérification méthodique.

Étape 1 — Vérifier l'authenticité du document. Contrôler l'identité du commissaire de justice sur l'annuaire officiel. Vérifier la présence des mentions obligatoires détaillées en section 3.

Étape 2 — Identifier le titre exécutoire. Rechercher dans les archives de l'entreprise la décision de justice ou l'acte mentionné. Si le titre est inconnu, demander au commissaire de justice une copie certifiée conforme.

Étape 3 — Contrôler la créance. Vérifier le montant réclamé : principal, intérêts au taux légal (fixé à 4,22 % au 1er semestre 2024 pour les créances entre professionnels), frais. Comparer avec les éléments comptables internes.

Étape 4 — Évaluer les options. 3 scénarios se présentent :

  • La créance est fondée et le montant exact : négocier un échéancier ou régler.
  • La créance est contestable (montant erroné, prescription acquise, compensation possible) : préparer une contestation devant le juge de l'exécution.
  • Le document est un faux : signaler à la DGCCRF et déposer plainte.

Étape 5 — Ne pas ignorer le courrier. L'absence de réponse ne suspend pas la procédure. Le commissaire de justice peut passer à l'étape suivante (commandement de payer, puis saisie) sans attendre de retour du débiteur.

Face à un avis de poursuites, la vérification du titre exécutoire et du montant réclamé conditionne la stratégie de réponse de l'entreprise.
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Contester un avis de poursuites abusif ou irrégulier

La contestation d'un avis de poursuites s'exerce devant le juge de l'exécution (JEX), compétent en vertu de l'article L. 213-6 du Code de l'organisation judiciaire. Le JEX statue sur les difficultés relatives à l'exécution des titres exécutoires.

Les motifs de contestation les plus fréquents sont :

  • Prescription de la créance : un titre exécutoire se prescrit par 10 ans (article L. 111-4 du CPCE). Si le titre date de plus de 10 ans sans acte interruptif, la créance est éteinte.
  • Paiement déjà effectué : le débiteur apporte la preuve du règlement (virement, quittance).
  • Montant erroné : les intérêts ont été mal calculés, des frais non réglementaires ont été ajoutés.
  • Vice de procédure : le titre exécutoire n'a pas été régulièrement signifié.
  • Compensation : l'entreprise débitrice détient elle-même une créance contre le créancier poursuivant.

La saisine du JEX s'effectue par assignation. Le délai pour agir dépend de la mesure d'exécution contestée : 1 mois à compter de la signification d'un commandement de payer pour une saisie-vente (article R. 221-5 du CPCE), par exemple. Toutefois, tant que seul un avis de poursuites a été envoyé (sans commandement signifié), le débiteur peut contester la créance elle-même devant le tribunal compétent au fond.

Quand mobiliser un avocat face à une procédure de recouvrement

Le recours à un avocat spécialisé en contentieux se justifie dans plusieurs situations précises :

  • Le montant de la créance dépasse 10 000 €, seuil à partir duquel la représentation par avocat est obligatoire devant le tribunal judiciaire.
  • Le titre exécutoire est contestable sur le fond (vice de consentement, nullité du contrat sous-jacent).
  • L'entreprise souhaite obtenir des délais de paiement auprès du JEX (article 1343-5 du Code civil), qui peut accorder un report ou un échelonnement sur 24 mois maximum.
  • Plusieurs créanciers poursuivent simultanément, ce qui nécessite une stratégie globale de gestion du passif.
  • Le commissaire de justice a engagé une saisie-attribution sur les comptes bancaires de l'entreprise, bloquant sa trésorerie.

L'avocat intervient pour vérifier la régularité de la procédure, identifier les moyens de contestation et, le cas échéant, négocier un protocole transactionnel avec le créancier. Dans les cas de faux avis de poursuites, il peut également déposer plainte et engager une action en responsabilité civile pour obtenir réparation du préjudice subi.

Lorsqu'une procédure de recouvrement menace la trésorerie ou les actifs de l'entreprise, un avocat en contentieux permet de sécuriser la réponse juridique.
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FAQ

Un avis de poursuites oblige-t-il à payer immédiatement ?

Non. L'avis de poursuites n'est pas un acte d'exécution forcée. Il informe le débiteur de l'existence d'un titre exécutoire et de l'intention du créancier d'engager des mesures contraignantes. Aucune saisie ne peut être pratiquée sur la seule base de ce courrier.

Comment vérifier qu'un avis de poursuites est authentique ?

Consultez l'annuaire officiel des commissaires de justice sur commissaires-justice.fr. Vérifiez que le document mentionne un titre exécutoire précis (nature, date, juridiction), l'identité complète du commissaire de justice et un montant détaillé de la créance.

Quelle différence entre un avis de poursuites et un commandement de payer ?

L'avis de poursuites est un courrier d'avertissement sans effet juridique contraignant. Le commandement de payer est un acte signifié par le commissaire de justice qui ouvre un délai légal avant la mise en œuvre d'une saisie. Seul le commandement déclenche formellement la procédure d'exécution.

Peut-on contester un avis de poursuites devant un juge ?

L'avis de poursuites lui-même n'est pas un acte susceptible de recours. En revanche, la créance sous-jacente ou le titre exécutoire peuvent être contestés devant le juge de l'exécution ou le tribunal compétent au fond, selon le motif invoqué (prescription, paiement, erreur de montant).

Que risque une société qui envoie un faux avis de poursuites ?

L'usurpation du titre de commissaire de justice est punie de 1 an d'emprisonnement et 15 000 € d'amende (article 433-17 du Code pénal). Si le faux avis constitue une escroquerie, la peine s'élève à 5 ans d'emprisonnement et 375 000 € d'amende (article 313-1 du Code pénal).

Pour aller plus loin

Commissaire de justice (anciennement huissier de justice et commissaire-priseur) - Service-Public.fr

Recouvrement amiable : relance et mise en demeure de payer - Entreprendre.Service-Public.fr

Recouvrement amiable de créances : les règles à connaître - DGCCRF / Ministère de l'Économie

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