
Jullian Hoareau

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Bore-out : de quoi parle-t-on juridiquement
L'obligation de fournir du travail au salarié
Qualification en harcèlement moral : les critères
Ce que la jurisprudence a déjà sanctionné
Charge de la preuve et position de l'employeur
Risques financiers et pénaux encourus
Prévenir la sous-charge : leviers concrets pour l'employeur
Un salarié présent chaque jour, payé chaque mois, mais privé de tâches réelles pendant des semaines. Aucune remarque désobligeante, aucune pression visible. Le bore-out — l'épuisement par l'ennui au travail — ne ressemble pas au harcèlement moral tel qu'on se le représente. Il en remplit pourtant les critères juridiques. Pour un DRH, ignorer ce risque revient à laisser l'entreprise exposée à une condamnation sans même avoir perçu le problème.
Le terme bore-out désigne un état d'épuisement psychologique provoqué par une sous-charge de travail prolongée, l'absence de missions stimulantes ou la privation progressive de responsabilités. Contrairement au burn-out, il ne résulte pas d'une surcharge mais d'un vide.
En droit français, le bore-out n'est pas une catégorie légale autonome. Aucun article du Code du travail ne le mentionne. Il est saisi par deux mécanismes :
Le bore-out n'a donc pas besoin d'être reconnu comme tel pour engager la responsabilité de l'employeur. Ce qui compte, c'est la réalité des agissements et leurs effets.
Le contrat de travail crée une obligation réciproque : le salarié met sa force de travail à disposition ; l'employeur lui fournit du travail et le rémunère. La Cour de cassation a confirmé ce principe (Cass. crim., 5 février 2013, n° 12-81.239) : priver durablement un salarié de tâches constitue un manquement contractuel.
En pratique, cette privation prend des formes variées :
| Situation | Risque juridique |
|---|---|
| Suppression progressive des missions après une réorganisation | Manquement contractuel + harcèlement moral potentiel |
| Retour de congé maternité ou maladie sans réaffectation effective | Discrimination + harcèlement moral |
| Poste maintenu sans contenu réel après un conflit hiérarchique | Mise au placard caractérisée |
| Forfait jours sans suivi de la charge réelle | Manquement à l'obligation de sécurité |
Le DRH doit retenir un point : l'absence de travail n'est pas neutre juridiquement, même si le salaire continue d'être versé.
La sous-charge de travail prolongée expose l'entreprise autant qu'une surcharge. Structurer la prévention en amont réduit ce risque.
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Pour que la sous-charge soit requalifiée en harcèlement moral, 3 conditions cumulatives doivent être réunies au sens de l'article L1152-1 :
L'intention de nuire n'est pas requise. Le texte vise les agissements ayant « pour objet ou pour effet » cette dégradation. Un DRH qui laisse perdurer une situation de sous-charge sans réagir peut donc engager l'entreprise, même en l'absence de toute hostilité délibérée.
Deux décisions de la cour d'appel de Paris illustrent le risque :
Ces arrêts, rendus par une cour d'appel (et non par la Cour de cassation), confirment une tendance : l'absence de travail réel sur une période prolongée suffit à caractériser le harcèlement, indépendamment du comportement verbal du manager.
| Décision | Fait retenu | Qualification |
|---|---|---|
| CA Paris, 30 mars 2016 | Mise au placard prolongée | Harcèlement moral |
| CA Paris, 2 juin 2020 | Privation durable de tâches | Harcèlement moral |
Le régime probatoire de l'article L1154-1 du Code du travail fonctionne en deux temps :
Ce mécanisme n'est pas un renversement total de la charge de la preuve. Toutefois, il place l'employeur dans une position défensive dès lors que le salarié produit un faisceau d'indices cohérent. En l'absence de traçabilité des missions confiées, la défense de l'entreprise devient difficile à construire.
Documenter la charge de travail et les missions confiées constitue la première ligne de défense de l'employeur.
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Les conséquences d'une qualification en harcèlement moral sont lourdes :
Le cumul de ces risques peut représenter un coût considérable, sans compter l'atteinte à la réputation de l'entreprise.
La prévention repose sur des actions documentées et régulières :
Le document unique d'évaluation des risques professionnels (DUERP) doit intégrer les risques psychosociaux, y compris la sous-charge de travail. Cette inscription formalise la prise en compte du risque et structure le plan d'action.
Conserver une trace écrite des missions attribuées, des projets en cours et des objectifs fixés. Cette traçabilité constitue la pièce centrale en cas de contentieux.
La prévention du bore-out relève de l'obligation de sécurité de l'employeur. Un accompagnement juridique adapté permet de structurer ces dispositifs.
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Le bore-out ne figure pas dans les tableaux de maladies professionnelles. Un salarié peut toutefois obtenir sa reconnaissance par le comité régional de reconnaissance des maladies professionnelles (CRRMP), s'il démontre un lien direct et essentiel entre sa pathologie et son activité professionnelle.
Oui. L'article L1152-1 du Code du travail vise les agissements ayant pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail. L'absence d'intention hostile ne fait pas obstacle à la qualification de harcèlement moral.
La mise au placard est une forme de bore-out caractérisée par une privation volontaire de missions. Le bore-out peut aussi résulter d'une désorganisation non intentionnelle. Dans les deux cas, les conséquences juridiques sont identiques dès lors que les critères du harcèlement moral sont réunis.
Non. Tout salarié privé durablement de tâches effectives peut invoquer le harcèlement moral, quel que soit son statut, son niveau hiérarchique ou son type de contrat.
Les signaux d'alerte incluent : arrêts de travail répétés, baisse de productivité sans surcharge identifiée, plaintes relayées par le médecin du travail ou le CSE, et absence de missions traçables dans les outils de suivi. Des entretiens réguliers de charge de travail permettent un repérage précoce.
Article L1152-1 - Code du travail - Légifrance
Le harcèlement moral - Ministère du Travail et des Solidarités
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Avocat au Barreau de Paris (Toque L086), fondateur de SWIM LEGAL





