
Jullian Hoareau

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Apport ou cession : choisir la bonne opération
Les cas de dispense de commissaire aux apports
Prérequis : bilan, évaluation et pièces à réunir
Les étapes de l'apport, du traité aux formalités
Responsabilité de cinq ans et points de vigilance
Checklist des livrables et documents finaux
Passer d'une entreprise individuelle à une société unipersonnelle — EURL ou SASU — suppose de transférer le fonds de commerce à la structure nouvellement créée. L'opération est encadrée par des règles précises, mais le législateur a prévu des simplifications notables pour l'associé unique. Ce guide détaille chaque étape, de la distinction entre apport et cession jusqu'aux documents à déposer au greffe, en passant par les cas de dispense de commissaire aux apports et la responsabilité quinquennale qui en découle.
L'apport en nature et la cession poursuivent un objectif comparable — transférer le fonds à la société — mais leur mécanique juridique et fiscale diverge.
L'entrepreneur transfère son fonds de commerce à la société en contrepartie de parts sociales (EURL) ou d'actions (SASU). Il ne perçoit pas de prix : sa rémunération prend la forme de titres représentant le capital. Le fonds sort de son patrimoine personnel pour entrer dans celui de la société.
L'entrepreneur vend son fonds à la société contre un prix payé en numéraire. La société doit disposer de la trésorerie nécessaire ou recourir à un emprunt. L'opération génère immédiatement une plus-value imposable et des droits d'enregistrement calculés sur le prix.
| Critère | Apport en nature | Cession |
|---|---|---|
| Contrepartie | Parts sociales ou actions | Prix en numéraire |
| Trésorerie requise | Non | Oui |
| Plus-value | Report possible (art. 151 octies CGI) | Imposition immédiate |
| Droits d'enregistrement | Exonération possible sous conditions | Dus sur le prix |
| Commissaire aux apports | Requis sauf dispense | Non applicable |
Pour un entrepreneur individuel qui crée sa société, l'apport est souvent préféré : il évite de mobiliser de la trésorerie et permet de différer l'imposition de la plus-value professionnelle.
Le commissaire aux apports est un professionnel indépendant chargé d'évaluer la valeur des biens apportés en nature. Sa désignation protège les tiers, mais elle représente un coût et un délai. Le Code de commerce prévoit deux mécanismes de dispense.
En SARL (et donc en EURL), les associés peuvent renoncer à l'unanimité au commissaire aux apports si deux conditions cumulatives sont remplies :
En SAS et SASU, l'article L227-1 du Code de commerce renvoie au même dispositif.
C'est le cœur de la simplification pour l'EURL et la SASU. Lorsque la société ne comporte qu'un seul associé et que cet associé est un ancien entrepreneur individuel, la désignation d'un commissaire aux apports n'est pas obligatoire, à condition que les éléments apportés figurent au bilan de son dernier exercice.
Cette dispense joue sans condition de seuil : même si le fonds de commerce vaut 200 000 €, l'associé unique peut s'en prévaloir dès lors que les éléments sont inscrits au bilan. C'est ce qui la distingue du régime général.
| Dispense | Condition de seuil | Condition de bilan | Unanimité requise |
|---|---|---|---|
| Droit commun (art. L223-9) | Oui (30 000 € par apport + 50 % du capital) | Non | Oui |
| Associé unique (Sapin 2) | Non | Oui (bilan du dernier exercice) | Non (décision unilatérale) |
L'apport d'un fonds de commerce à une société unipersonnelle nécessite un cadrage juridique précis pour sécuriser la valeur retenue et les formalités.
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Avant de rédiger le traité d'apport, l'entrepreneur doit rassembler un socle documentaire solide.
Pour bénéficier de la dispense Sapin 2, les éléments apportés doivent figurer au bilan du dernier exercice clos. Si l'entrepreneur n'a pas établi de bilan (micro-entreprise sans obligation comptable), la dispense ne s'applique pas et un commissaire aux apports devra être désigné.
Même sans commissaire, l'associé unique doit évaluer chaque élément du fonds : clientèle, droit au bail, matériel, stocks, marques, licences. La valeur retenue dans les statuts engage sa responsabilité pendant 5 ans. Il est donc prudent de s'appuyer sur des méthodes d'évaluation reconnues (barèmes professionnels, multiples de chiffre d'affaires, valeur nette comptable).
Le traité d'apport est l'acte écrit qui décrit le fonds, détaille chaque élément apporté, fixe la valeur retenue et précise les conditions de l'opération. Il est annexé aux statuts de la société.
L'associé unique signe les statuts de l'EURL ou de la SASU, qui mentionnent l'apport en nature, sa valeur et, le cas échéant, la dispense de commissaire aux apports. En EURL, la décision prend la forme d'un acte unilatéral de l'associé unique.
Un avis doit être publié dans un support d'annonces légales du département du siège social. Cet avis mentionne la constitution de la société et l'apport du fonds.
Les créanciers du fonds de commerce disposent d'un délai pour former opposition à l'apport. Ce mécanisme protège les créanciers antérieurs : tant que le délai n'est pas purgé, l'opération reste contestable.
Le traité d'apport est enregistré auprès du service des impôts. Le dossier complet (statuts, traité, attestation de parution, pièces d'identité, justificatifs) est déposé au greffe du tribunal de commerce pour immatriculation de la société au registre du commerce et des sociétés (RCS).
Le bail commercial contient fréquemment des clauses d'agrément ou d'information du bailleur en cas de transfert du fonds. L'entrepreneur doit vérifier ces stipulations et notifier le bailleur dans les formes prévues, que l'opération soit un apport ou une cession.
Structurer un apport de fonds de commerce exige de coordonner traité, statuts, formalités de publicité et purge des créanciers.
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Lorsqu'il n'y a pas eu de commissaire aux apports, ou lorsque la valeur retenue dans les statuts diffère de celle proposée par le commissaire, l'associé est solidairement responsable pendant 5 ans, à l'égard des tiers, de la valeur attribuée aux apports en nature. En EURL ou SASU, l'associé unique supporte seul ce risque.
En pratique, si le fonds a été surévalué, un créancier de la société peut, dans les 5 ans suivant l'immatriculation, demander à l'associé unique de combler la différence entre la valeur inscrite et la valeur réelle.
Un dossier incomplet retarde l'immatriculation et fragilise l'opposabilité de l'apport aux tiers.
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Non. Depuis la loi Sapin 2 du 9 décembre 2016, l'associé unique ancien entrepreneur individuel peut être dispensé de commissaire aux apports si les éléments apportés figurent au bilan de son dernier exercice. Cette dispense s'applique sans condition de seuil.
L'apport transfère le fonds à la société en contrepartie de parts ou d'actions. La cession est une vente contre un prix en numéraire. L'apport permet un report d'imposition de la plus-value ; la cession déclenche une imposition immédiate.
Il est responsable pendant 5 ans, à l'égard des tiers, de la valeur attribuée aux apports en nature. Si le fonds a été surévalué, un créancier de la société peut lui demander de combler l'écart entre la valeur inscrite et la valeur réelle.
Oui. L'article L1224-1 du Code du travail prévoit le transfert de plein droit des contrats de travail à la société bénéficiaire de l'apport. L'obligation d'information préalable des salariés prévue pour la vente du fonds ne s'applique pas à l'apport.
Des droits d'enregistrement peuvent être dus sur la fraction qualifiée d'apport à titre onéreux, notamment en cas de reprise de passif par la société. Une exonération est possible si l'apporteur s'engage à conserver les titres reçus pendant au moins 3 ans.
Article L223-9 - Code de commerce - Légifrance
Article D223-6-1 - Code de commerce - Légifrance
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