Rupture conventionnelle et retraite : règles et coûts pour l'employeur

Guides & Ressources pratiques
07 Jun 2026
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9 min de lecture
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Points clés de l'article
  1. Depuis septembre 2023, toute rupture conventionnelle supporte une contribution patronale unique de 30 % sur la part exonérée de l'indemnité, quel que soit l'âge du salarié.
  2. Aucun texte n'interdit la rupture conventionnelle avec un salarié ayant atteint l'âge légal de départ, mais le régime fiscal et social de l'indemnité change dès qu'il peut liquider sa retraite à taux plein.
  3. L'indemnité ne peut pas être inférieure à l'indemnité légale de licenciement, calculée sur l'ancienneté et le salaire de référence.
  4. L'articulation avec les droits au chômage (ARE) reste possible jusqu'à l'âge du taux plein, sous conditions strictes de France Travail.
  5. Les erreurs de procédure (vice du consentement, défaut d'entretien, pression) exposent l'employeur à une requalification en licenciement sans cause réelle et sérieuse.

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Sommaire

Rupture conventionnelle et retraite : ce que dit la loi

Peut-on signer après 62 ans ou l'âge légal ?

Contribution patronale de 30 % depuis 2023

Calcul de l'indemnité de rupture conventionnelle

Régime social et fiscal de l'indemnité

Articulation avec le chômage avant la retraite

Procédure et entretien préalable à respecter

Erreurs à éviter pour l'employeur

FAQ

Pour aller plus loin

Rupture conventionnelle et retraite : ce que dit la loi

La rupture conventionnelle est le seul mode de rupture amiable du CDI encadré par le Code du travail (articles L. 1237-11 à L. 1237-16). Elle repose sur un accord libre entre l'employeur et le salarié, formalisé par une convention homologuée par la DREETS (ex-Direccte).

Aucune disposition légale n'exclut les salariés proches de la retraite du dispositif. La Cour de cassation l'a confirmé à plusieurs reprises : un salarié peut signer une rupture conventionnelle même s'il remplit les conditions pour liquider sa pension (Cass. soc., 18 janvier 2023, n° 21-19.349). En revanche, le contexte de proximité avec la retraite modifie le traitement social et fiscal de l'indemnité versée, ce qui impose au DRH un chiffrage précis en amont.

Le cadre légal distingue deux situations selon que le salarié peut ou non prétendre à une pension de retraite à taux plein au moment de la rupture. Cette distinction conditionne l'exonération de cotisations sociales et d'impôt sur le revenu applicable à l'indemnité.

Peut-on signer après 62 ans ou l'âge légal ?

Depuis la réforme des retraites de 2023, l'âge légal de départ est progressivement relevé de 62 à 64 ans (loi n° 2023-270 du 14 avril 2023). Pour les générations nées à partir de 1968, l'âge légal sera fixé à 64 ans.

Un salarié de 63 ans né en 1965 (âge légal : 63 ans et 6 mois) peut tout à fait conclure une rupture conventionnelle. Le droit ne pose aucune limite d'âge. Toutefois, la qualification juridique de la sortie change si le salarié est en droit de liquider sa retraite à taux plein :

Situation du salariéRupture conventionnelle possible ?Impact sur l'indemnité
Avant l'âge légal, sans droit au taux pleinOuiExonérations sociales et fiscales applicables (dans les limites légales)
Âge légal atteint, sans taux pleinOuiExonérations maintenues sous conditions
Droit au taux plein acquisOuiIndemnité soumise à cotisations et impôt dès le 1er euro

Ce dernier cas est le plus coûteux pour l'employeur. L'indemnité perd toute exonération et supporte en plus la contribution patronale de 30 %.

Contribution patronale de 30 % depuis 2023

Avant le 1er septembre 2023, l'employeur acquittait un forfait social de 20 % sur la part exonérée de l'indemnité de rupture conventionnelle. En parallèle, la mise à la retraite supportait une contribution de 50 %.

La loi de financement de la Sécurité sociale pour 2023 a unifié ces deux régimes. Depuis le 1er septembre 2023, une contribution patronale unique de 30 % s'applique à la fraction de l'indemnité exonérée de cotisations sociales, que le salarié soit éligible ou non à la retraite (article L. 137-12 du Code de la sécurité sociale modifié).

Conséquences concrètes pour le DRH :

  • Salarié sans droit au taux plein : la contribution de 30 % porte sur la part exonérée (jusqu'à 2 fois le plafond annuel de la Sécurité sociale, soit 92 736 € en 2024).
  • Salarié avec droit au taux plein : l'indemnité est intégralement soumise à cotisations. La contribution de 30 % s'applique donc sur la totalité.

Pour une indemnité de 40 000 € versée à un salarié sans droit au taux plein, le surcoût employeur lié à cette contribution atteint 12 000 €. Ce montant s'ajoute à l'indemnité elle-même.

Chiffrer le coût global d'une rupture conventionnelle avant toute négociation évite les dépassements budgétaires. Un avocat spécialisé en droit social peut sécuriser ce calcul.
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Calcul de l'indemnité de rupture conventionnelle

L'indemnité de rupture conventionnelle ne peut pas être inférieure à l'indemnité légale de licenciement (article L. 1237-13 du Code du travail). Le plancher légal se calcule ainsi :

AnciennetéMontant minimum
Jusqu'à 10 ans1/4 de mois de salaire brut par année
Au-delà de 10 ans1/3 de mois de salaire brut par année

Le salaire de référence retenu est le plus favorable entre la moyenne des 12 derniers mois et celle des 3 derniers mois (avec proratisation des primes annuelles).

Exemple : un salarié de 60 ans, 25 ans d'ancienneté, salaire de référence de 4 500 € brut.
- 10 premières années : 10 × (4 500 / 4) = 11 250 €
- 15 années suivantes : 15 × (4 500 / 3) = 22 500 €
- Indemnité minimale : 33 750 €

En pratique, les négociations aboutissent souvent à des montants supérieurs au plancher, surtout pour les salariés seniors dont le pouvoir de négociation est renforcé par leur ancienneté et la difficulté de reclassement.

Si une convention collective prévoit une indemnité de licenciement plus favorable, c'est ce montant qui sert de plancher.

Régime social et fiscal de l'indemnité

Le traitement de l'indemnité dépend d'un critère déterminant : le salarié est-il en droit de liquider sa pension de retraite à taux plein ?

Salarié sans droit au taux plein

L'indemnité est exonérée de cotisations sociales et d'impôt sur le revenu dans la limite du plus élevé des 3 plafonds suivants :
- L'indemnité légale ou conventionnelle de licenciement
- 2 fois la rémunération annuelle brute de l'année civile précédente
- 50 % du montant de l'indemnité versée

Cette exonération est plafonnée à 2 PASS (92 736 € en 2024). La CSG-CRDS est due sur la fraction dépassant l'indemnité légale.

Salarié avec droit au taux plein

L'indemnité est soumise dès le 1er euro :
- À l'impôt sur le revenu
- Aux cotisations sociales
- À la CSG-CRDS

Ce régime rend la rupture conventionnelle d'un salarié éligible à la retraite à taux plein nettement plus onéreuse. Le coût employeur total (indemnité + charges + contribution de 30 %) peut dépasser de 40 à 50 % le montant net versé au salarié.

L'arbitrage entre rupture conventionnelle et mise à la retraite mérite une analyse juridique et financière au cas par cas.
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Articulation avec le chômage avant la retraite

Un salarié qui signe une rupture conventionnelle avant d'avoir atteint l'âge du taux plein peut s'inscrire à France Travail (ex-Pôle emploi) et percevoir l'allocation d'aide au retour à l'emploi (ARE).

Les règles spécifiques pour les seniors sont les suivantes :

  • Durée d'indemnisation : jusqu'à 27 mois pour les demandeurs d'emploi de 55 ans et plus (contre 18 mois pour les moins de 53 ans).
  • Maintien des droits : l'ARE peut être prolongée jusqu'à l'âge du taux plein si le demandeur d'emploi est indemnisé depuis au moins 1 an à 62 ans.
  • Différé d'indemnisation : un délai de carence s'applique, calculé sur la part de l'indemnité supérieure au minimum légal. Ce différé peut atteindre 150 jours calendaires.

Pour le DRH, cette articulation est un levier de négociation. Un salarié de 60 ans peut bénéficier de l'ARE pendant 27 mois, soit jusqu'à 62 ans et 3 mois, puis éventuellement prolonger ses droits jusqu'au taux plein. Ce filet de sécurité facilite l'acceptation d'une rupture conventionnelle.

Procédure et entretien préalable à respecter

La procédure de rupture conventionnelle suit un formalisme strict, identique quel que soit l'âge du salarié :

  1. Entretien(s) préalable(s) : au moins 1 entretien obligatoire. Le salarié peut se faire assister par un salarié de l'entreprise ou, en l'absence de représentant du personnel, par un conseiller extérieur inscrit sur la liste de la DREETS.
  2. Signature de la convention : le formulaire Cerfa n° 14598 mentionne le montant de l'indemnité, la date de rupture envisagée et les conditions de la rupture.
  3. Délai de rétractation : 15 jours calendaires à compter du lendemain de la signature. Chaque partie peut se rétracter sans motif.
  4. Demande d'homologation : envoyée à la DREETS à l'expiration du délai de rétractation.
  5. Instruction : la DREETS dispose de 15 jours ouvrables pour homologuer ou refuser. L'absence de réponse vaut homologation.

Pour un salarié protégé (délégué syndical, membre du CSE), la procédure passe par une autorisation de l'inspection du travail, et non par une simple homologation.

Sécuriser la procédure de rupture conventionnelle d'un salarié senior protégé nécessite un accompagnement juridique adapté.
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Erreurs à éviter pour l'employeur

Les contentieux liés aux ruptures conventionnelles de salariés proches de la retraite portent sur des points récurrents :

  • Vice du consentement : toute pression, menace de licenciement ou harcèlement préalable peut entraîner l'annulation de la convention. Le juge requalifie alors la rupture en licenciement sans cause réelle et sérieuse, avec indemnités associées.
  • Sous-estimation du coût total : oublier la contribution patronale de 30 % ou mal évaluer le régime social de l'indemnité fausse le budget prévisionnel.
  • Confusion avec la mise à la retraite : la mise à la retraite obéit à un régime distinct (article L. 1237-5 du Code du travail). Elle n'est possible qu'à partir de 67 ans sans accord du salarié, ou dès 65 ans avec son accord. Confondre les deux dispositifs expose à un risque de requalification.
  • Défaut de formalisme : absence d'entretien, non-respect du délai de rétractation ou erreur sur le Cerfa sont des motifs de refus d'homologation ou d'annulation judiciaire.
  • Oubli du différé Pôle emploi : ne pas informer le salarié du différé d'indemnisation lié à l'indemnité supra-légale peut générer un contentieux post-rupture.

Le DRH doit documenter chaque étape : convocation écrite à l'entretien, compte rendu, copie du Cerfa signé, accusé de réception de la demande d'homologation. Ce dossier constitue la preuve du respect de la procédure en cas de litige.

FAQ

Un employeur peut-il refuser une rupture conventionnelle à un salarié proche de la retraite ?

Oui. La rupture conventionnelle repose sur un accord mutuel. L'employeur n'est jamais tenu d'accepter la demande d'un salarié, quel que soit son âge. Il n'a pas à motiver son refus.

L'indemnité de rupture conventionnelle est-elle toujours exonérée d'impôt ?

Non. Lorsque le salarié peut liquider sa retraite à taux plein, l'indemnité est soumise à l'impôt sur le revenu dès le 1er euro. L'exonération ne s'applique qu'aux salariés qui n'ont pas encore atteint les conditions du taux plein.

La contribution patronale de 30 % remplace-t-elle le forfait social de 20 % ?

Oui. Depuis le 1er septembre 2023, le forfait social de 20 % est remplacé par une contribution unique de 30 % sur la part exonérée de l'indemnité. Ce taux s'applique à toutes les ruptures conventionnelles, sans distinction d'âge.

Un salarié de 63 ans peut-il toucher le chômage après une rupture conventionnelle ?

Oui, sous réserve de remplir les conditions d'affiliation à France Travail. La durée d'indemnisation peut atteindre 27 mois pour les demandeurs d'emploi de 55 ans et plus, avec possibilité de maintien jusqu'à l'âge du taux plein.

Quelle différence entre rupture conventionnelle et mise à la retraite ?

La rupture conventionnelle est un accord bilatéral, possible à tout âge. La mise à la retraite est une décision unilatérale de l'employeur, autorisée à partir de 67 ans (ou 65 ans avec accord du salarié). Leur régime social, fiscal et procédural diffère.

Pour aller plus loin

Rupture conventionnelle d'un salarié du secteur privé - Service-Public.fr

Rupture conventionnelle et mise à la retraite : modification de la contribution de l'employeur - Entreprendre.Service-Public.fr

Comment calculer l'indemnité spécifique de rupture conventionnelle ? - Service-Public.fr

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