Date de rupture conventionnelle : calcul des délais et calendrier

Guides & Ressources pratiques
31 Mar 2026
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9
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Points clés de l'article
  1. La date de rupture conventionnelle ne peut jamais être fixée librement : elle résulte d'un enchaînement de 2 délais incompressibles après la signature de la convention.
  2. Le délai de rétractation court pendant 15 jours calendaires à compter du lendemain de la signature. Il expire le 15e jour à minuit.
  3. Le délai d'homologation par la DREETS dure 15 jours ouvrables à compter du lendemain de la réception de la demande.
  4. La date de rupture du contrat de travail est au plus tôt le lendemain de l'expiration du délai d'homologation, soit environ 33 à 40 jours après la signature selon le calendrier.
  5. Toute erreur de calcul expose l'entreprise à un refus d'homologation ou à une contestation du salarié devant le conseil de prud'hommes.

Sommaire

Fonctionnement des délais de rupture conventionnelle

Calculer la date de fin du délai de rétractation

Calculer la date de fin du délai d'homologation

Déterminer la date effective de rupture du contrat

Simuler les délais avec TéléRC et Service-Public

Erreurs fréquentes sur les dates à éviter

FAQ

Pour aller plus loin

Fonctionnement des délais de rupture conventionnelle

La rupture conventionnelle obéit à un mécanisme séquentiel prévu par les articles L. 1237-11 à L. 1237-16 du Code du travail. Deux délais successifs s'imposent entre la signature de la convention et la fin effective du contrat : le délai de rétractation, puis le délai d'homologation. Aucun de ces délais ne peut être raccourci, supprimé ou fusionné.

Le premier délai protège le consentement des parties. Pendant 15 jours calendaires après la signature, l'employeur comme le salarié peuvent revenir sur leur accord sans motif ni formalisme particulier, hormis l'envoi d'une lettre recommandée ou sa remise en main propre. Ce droit de rétractation est d'ordre public : y renoncer par avance est sans effet juridique.

Le second délai correspond à l'instruction de la demande d'homologation par la DREETS (ex-DIRECCTE). L'administration dispose de 15 jours ouvrables pour vérifier la conformité de la convention. À l'expiration de ce délai, l'absence de réponse vaut homologation tacite. En pratique, selon les données du ministère du Travail, plus de 90 % des demandes sont homologuées, dont une large part par décision implicite.

Ces 2 délais se succèdent sans chevauchement possible. La demande d'homologation ne peut être envoyée qu'après l'expiration complète du délai de rétractation. Toute demande transmise avant cette échéance entraîne un refus automatique.

Synthèse des 2 délais

DélaiDuréeUnité de calculPoint de départEffet à l'expiration
Rétractation15 joursCalendairesLendemain de la signatureDroit de revenir sur l'accord
Homologation15 joursOuvrablesLendemain de la réception par la DREETSHomologation tacite si silence

Calculer la date de fin du délai de rétractation

Le délai de rétractation de 15 jours calendaires commence à courir le lendemain de la date de signature de la convention. Ce point de départ est fixé par l'article L. 1237-13 du Code du travail. Le jour de la signature lui-même n'entre pas dans le décompte (dies a quo).

Le calcul s'effectue en jours calendaires, c'est-à-dire que tous les jours comptent : samedis, dimanches et jours fériés inclus. En revanche, si le 15e jour tombe un samedi, un dimanche ou un jour férié, le délai est prorogé jusqu'au premier jour ouvrable suivant, conformément à l'article R. 1231-1 du Code du travail.

Exemple concret. Une convention signée le lundi 3 juin 2024 fait courir le délai à partir du mardi 4 juin. Le 15e jour calendaire tombe le mardi 18 juin. Aucun report n'est nécessaire : le délai expire le 18 juin à 23h59. La demande d'homologation peut être envoyée à compter du 19 juin.

Autre exemple. Si la convention est signée le jeudi 6 juin 2024, le délai court du vendredi 7 juin au samedi 21 juin. Le 21 juin étant un samedi, le délai est reporté au lundi 23 juin. La demande d'homologation ne peut partir qu'à compter du 24 juin.

Points de vigilance pour le directeur juridique

  • La date de signature doit être identique sur les 2 exemplaires de la convention (employeur et salarié). Toute divergence fragilise le décompte.
  • Le salarié doit recevoir son exemplaire le jour même de la signature. L'absence de remise d'un exemplaire constitue un motif d'annulation reconnu par la Cour de cassation (Cass. soc., 6 février 2013, n° 11-27.000).
  • La rétractation exercée le dernier jour reste valable si la lettre est postée avant minuit, cachet de la poste faisant foi.
Un calcul erroné du délai de rétractation peut entraîner le rejet de la demande d'homologation et retarder le calendrier de départ de plusieurs semaines.
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Calculer la date de fin du délai d'homologation

Le délai d'homologation de 15 jours ouvrables débute le lendemain de la réception de la demande par la DREETS. La distinction avec le délai de rétractation est essentielle : ici, le décompte exclut les samedis, dimanches et jours fériés.

En pratique, 15 jours ouvrables représentent 3 semaines civiles complètes, soit 21 jours calendaires, en l'absence de jour férié intercalé. Chaque jour férié tombant un jour de semaine ajoute 1 jour calendaire supplémentaire au délai réel.

Exemple concret. La demande est reçue par la DREETS le mercredi 19 juin 2024. Le délai court à partir du jeudi 20 juin. En comptant uniquement les jours ouvrables (lundi à vendredi, hors fériés), le 15e jour ouvrable tombe le jeudi 10 juillet 2024. L'homologation est acquise tacitement le 11 juillet si aucune décision explicite n'est notifiée.

ÉtapeDate (exemple)Calcul
Signature de la conventionLundi 3 juin 2024
Fin du délai de rétractationMardi 18 juin 202415 jours calendaires
Envoi de la demande d'homologationMercredi 19 juin 2024Lendemain de la fin de rétractation
Réception par la DREETSMercredi 19 juin 2024Envoi via TéléRC (réception immédiate)
Fin du délai d'homologationJeudi 10 juillet 202415 jours ouvrables
Date de rupture au plus tôtVendredi 11 juillet 2024Lendemain de l'homologation

Cas du refus explicite

Si la DREETS notifie un refus d'homologation pendant le délai de 15 jours ouvrables, la convention est sans effet. Les parties doivent alors reprendre la procédure depuis le début : nouvel entretien, nouvelle convention, nouveaux délais. Le refus n'est pas susceptible de recours hiérarchique, mais le conseil de prud'hommes peut être saisi dans les 12 mois suivant la date d'homologation (article L. 1237-14 du Code du travail).

Déterminer la date effective de rupture du contrat

La date de rupture conventionnelle effective correspond à la date mentionnée dans la convention, à condition qu'elle soit postérieure à l'homologation. Si la date prévue dans la convention est antérieure à la fin du délai d'homologation, c'est le lendemain de l'homologation qui s'applique automatiquement.

Cette règle a une conséquence directe : le contrat de travail se poursuit intégralement jusqu'à la date de rupture. Le salarié reste tenu d'exécuter ses fonctions, sauf dispense expresse de l'employeur. La rémunération, les cotisations sociales et la couverture prévoyance courent jusqu'à cette date.

Le directeur juridique dispose d'une marge de manœuvre sur un seul paramètre : fixer dans la convention une date de rupture postérieure au minimum légal. Cette latitude permet d'organiser une passation, de caler le départ sur une fin de mois ou de tenir compte d'un projet de recrutement. En revanche, avancer la date en deçà du plancher légal est impossible.

Conséquences pratiques sur les documents de fin de contrat

Le solde de tout compte, le certificat de travail et l'attestation France Travail (ex-Pôle emploi) doivent être établis à la date effective de rupture, et non à la date de signature ni à la date d'homologation. Toute antidatation expose l'employeur à un contentieux prud'homal.

La fixation de la date de rupture dans la convention conditionne le calendrier RH, la paie du dernier mois et l'ouverture des droits au chômage du salarié.
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Simuler les délais avec TéléRC et Service-Public

Le portail TéléRC (telerc.travail.gouv.fr) est le téléservice officiel du ministère du Travail pour la saisie et la transmission dématérialisée des demandes de rupture conventionnelle. Depuis le 1er avril 2022, son utilisation est obligatoire pour toutes les ruptures conventionnelles individuelles du secteur privé.

TéléRC intègre un simulateur de dates qui calcule automatiquement :

  • la date de fin du délai de rétractation (15 jours calendaires) ;
  • la date à partir de laquelle la demande d'homologation peut être envoyée ;
  • la date de fin du délai d'homologation (15 jours ouvrables) ;
  • la date de rupture au plus tôt.

Le site Service-Public.fr propose également un simulateur accessible sans création de compte. Il permet de vérifier les dates obtenues via TéléRC en cas de doute.

Limites des simulateurs

Ces outils appliquent les règles légales de manière mécanique. Ils ne prennent pas en compte certaines situations spécifiques : salarié protégé (dont la rupture conventionnelle nécessite une autorisation de l'inspection du travail et non une simple homologation), convention collective prévoyant des délais supplémentaires, ou encore erreur de saisie sur la date de signature.

Le directeur juridique doit donc croiser le résultat du simulateur avec un contrôle manuel du calendrier, en vérifiant notamment les jours fériés locaux (Alsace-Moselle, DOM-TOM) et les éventuelles particularités conventionnelles.

Pour les salariés protégés, la procédure diffère : l'autorisation de l'inspecteur du travail remplace l'homologation DREETS, avec des délais distincts (2 mois d'instruction).
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Erreurs fréquentes sur les dates à éviter

Erreur n° 1 : envoyer la demande d'homologation avant l'expiration du délai de rétractation. C'est la cause de refus la plus courante. La DREETS vérifie systématiquement la cohérence entre la date de signature et la date de réception de la demande. Un envoi prématuré, même d'un seul jour, entraîne un rejet.

Erreur n° 2 : confondre jours calendaires et jours ouvrables. Le délai de rétractation se compte en jours calendaires (tous les jours). Le délai d'homologation se compte en jours ouvrables (hors samedis, dimanches et fériés). Cette différence de régime génère régulièrement des erreurs de 2 à 5 jours sur le calendrier prévisionnel.

Erreur n° 3 : fixer une date de rupture antérieure au lendemain de l'homologation. La DREETS refuse l'homologation si la date de rupture inscrite dans la convention ne respecte pas le plancher légal. Le formulaire TéléRC signale cette incohérence, mais une saisie manuelle erronée reste possible.

Erreur n° 4 : ne pas remettre un exemplaire au salarié le jour de la signature. L'absence de remise ne bloque pas l'homologation (la DREETS ne contrôle pas ce point), mais elle ouvre un risque contentieux. La Cour de cassation a jugé à plusieurs reprises que cette irrégularité justifie l'annulation de la rupture conventionnelle, avec requalification en licenciement sans cause réelle et sérieuse.

Erreur n° 5 : oublier le report du délai lorsque le dernier jour tombe un samedi, dimanche ou jour férié. Cette règle de prorogation s'applique au délai de rétractation. L'omettre décale l'ensemble du calendrier et peut invalider la demande d'homologation.

ErreurConséquenceComment l'éviter
Demande d'homologation prématuréeRefus DREETSAttendre J+16 après signature minimum
Confusion calendaires / ouvrablesDécalage de 2 à 5 joursUtiliser le simulateur TéléRC
Date de rupture trop précoceRefus d'homologationFixer la date après le délai d'homologation
Non-remise d'un exemplaire au salariéAnnulation prud'homaleRemettre l'exemplaire contre récépissé
Oubli du report week-end/fériéDemande envoyée trop tôtVérifier le calendrier jour par jour

FAQ

Quel est le délai minimum entre la signature et la rupture effective du contrat ?

Le délai minimum est d'environ 33 à 40 jours calendaires. Il se décompose en 15 jours calendaires de rétractation, puis 15 jours ouvrables d'homologation (soit environ 21 jours calendaires). La date de rupture conventionnelle ne peut être fixée avant le lendemain de l'expiration du délai d'homologation.

Le salarié peut-il travailler pendant les délais de rétractation et d'homologation ?

Oui. Le contrat de travail se poursuit normalement jusqu'à la date de rupture effective. Le salarié exécute ses missions habituelles, sauf si l'employeur le dispense expressément d'activité. Dans ce cas, la rémunération reste due intégralement.

Que se passe-t-il si la DREETS ne répond pas dans les 15 jours ouvrables ?

L'absence de réponse dans le délai de 15 jours ouvrables vaut homologation tacite. La convention produit alors ses effets à la date de rupture prévue, ou au lendemain de l'expiration du délai si la date prévue est antérieure. Aucune démarche supplémentaire n'est nécessaire.

Comment compter le délai de rétractation si la signature a lieu un vendredi ?

Le délai de 15 jours calendaires commence le samedi (lendemain de la signature) et inclut tous les jours, week-ends compris. Si le 15e jour tombe un samedi ou un dimanche, il est reporté au lundi suivant. Le décompte ne change pas selon le jour de la semaine choisi pour signer.

La rupture conventionnelle d'un salarié protégé suit-elle les mêmes délais ?

Non. Pour un salarié protégé (représentant du personnel, délégué syndical), la rupture conventionnelle nécessite une autorisation de l'inspecteur du travail, et non une simple homologation DREETS. Le délai d'instruction est de 2 mois. Le délai de rétractation de 15 jours calendaires reste identique, mais le calendrier global est sensiblement allongé.

Pour aller plus loin

Article L1237-13 du Code du travail (délais et date de rupture) - Légifrance

Rupture conventionnelle d'un salarié du secteur privé - Service-Public.fr

Les ruptures conventionnelles - Données trimestrielles DARES

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Maître Jullian Hoareau
Avocat au Barreau de Paris
Fondateur de SWIM - Plateforme de mise en relation d’avocats d’affaires