
Jullian Hoareau

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Ce qu'est la rupture conventionnelle collective
Différences avec le PSE et la rupture individuelle
Conditions et prérequis avant de lancer la démarche
Négocier l'accord collectif avec les représentants du personnel
Contenu obligatoire de l'accord de rupture
Validation par la DREETS et délais à respecter
Erreurs fréquentes et points de vigilance
La rupture conventionnelle collective (RCC) est un dispositif introduit par les ordonnances Macron du 22 septembre 2017, codifié aux articles L. 1237-19 à L. 1237-19-14 du Code du travail. Elle permet à une entreprise de proposer des départs volontaires à ses salariés dans le cadre d'un accord collectif, sans recourir au licenciement économique.
Le mécanisme repose sur 3 piliers : un accord négocié avec les syndicats représentatifs, le volontariat exclusif des salariés et la validation de l'administration (DREETS). Aucun salarié ne peut être contraint de quitter l'entreprise. L'employeur n'a pas à justifier d'un motif économique, ce qui distingue la RCC des autres modes de restructuration.
En pratique, la RCC s'adresse aux entreprises qui souhaitent adapter leurs effectifs — par exemple à la suite d'une réorganisation, d'une transformation digitale ou d'un repositionnement stratégique — tout en évitant le cadre contentieux du licenciement collectif. Depuis 2018, plus de 500 accords de RCC ont été conclus en France, selon les données du ministère du Travail.
La confusion entre RCC, PSE (plan de sauvegarde de l'emploi) et rupture conventionnelle individuelle est fréquente. Pourtant, ces 3 dispositifs obéissent à des logiques distinctes.
| Critère | RCC | PSE | Rupture conventionnelle individuelle |
|---|---|---|---|
| Motif économique requis | Non | Oui | Non |
| Volontariat | Exclusif | Possible (mais licenciements autorisés) | Oui (accord bilatéral) |
| Négociation | Accord collectif avec syndicats | Accord collectif ou document unilatéral | Négociation employeur-salarié |
| Validation | DREETS (15 jours) | DREETS (homologation/validation) | DREETS (homologation, 15 jours ouvrables) |
| Nombre de salariés concernés | Collectif | Collectif | Individuel |
| Contestation | Tribunal administratif | Tribunal administratif | Conseil de prud'hommes |
Le PSE impose à l'employeur de démontrer l'existence de difficultés économiques, de mutations technologiques ou d'une réorganisation nécessaire à la sauvegarde de la compétitivité. La RCC, en revanche, ne requiert aucune justification de ce type. En contrepartie, elle interdit tout licenciement pour atteindre l'objectif de réduction d'effectifs fixé dans l'accord.
La rupture conventionnelle individuelle, quant à elle, concerne un seul salarié et ne nécessite pas de négociation syndicale. Elle ne peut pas être utilisée de manière systématique pour contourner les obligations liées aux licenciements collectifs.
Structurer une réorganisation suppose de choisir le bon dispositif juridique dès le départ, en fonction du contexte social et économique de l'entreprise.
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Avant d'engager la négociation d'une rupture conventionnelle collective, plusieurs conditions doivent être réunies.
Entreprises concernées. Toute entreprise dotée d'au moins un délégué syndical peut ouvrir une négociation de RCC. Il n'existe pas de seuil d'effectif minimal, contrairement au PSE qui s'impose à partir de 50 salariés et 10 licenciements sur 30 jours.
Information du CSE. L'employeur doit informer le comité social et économique (CSE) de l'ouverture des négociations. Le CSE est ensuite consulté sur le suivi de la mise en œuvre de l'accord, sans disposer d'un droit de veto. Cette information doit intervenir dès le début du processus, sous peine de fragiliser la procédure.
Absence de licenciement concomitant. L'administration vérifie que la RCC ne masque pas un plan de licenciement. Si des licenciements économiques sont envisagés en parallèle pour le même périmètre, la DREETS peut refuser la validation.
La négociation constitue le cœur du dispositif. L'accord de RCC doit être conclu avec les organisations syndicales représentatives selon les règles de droit commun : signature par des syndicats ayant recueilli au moins 50 % des suffrages exprimés au premier tour des dernières élections professionnelles.
Le DRH doit aborder la négociation avec une approche structurée. Les syndicats attendent des garanties sur 3 points : le caractère volontaire des départs, le niveau des indemnités et la qualité des mesures d'accompagnement.
Indemnités. L'indemnité de rupture ne peut être inférieure à l'indemnité légale de licenciement (1/4 de mois de salaire par année d'ancienneté jusqu'à 10 ans, puis 1/3 au-delà). En pratique, les accords de RCC prévoient des indemnités supra-légales pour inciter au volontariat. Le montant médian observé se situe entre 1 et 2 mois de salaire par année d'ancienneté, selon le secteur et la taille de l'entreprise.
Mesures d'accompagnement. Les syndicats négocient des dispositifs de reclassement externe : outplacement, formations de reconversion, aide à la création d'entreprise, congé de mobilité. La durée du congé de mobilité, souvent fixée entre 6 et 12 mois, constitue un levier de négociation déterminant.
Calendrier. La négociation dure en moyenne 2 à 4 mois. Un calendrier trop court expose l'employeur au reproche de négociation déloyale ; un calendrier trop long peut démobiliser les salariés concernés.
La négociation d'un accord de rupture conventionnelle collective exige une maîtrise fine du droit social et des relations collectives.
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L'article L. 1237-19-1 du Code du travail liste les clauses que l'accord doit contenir. L'omission d'une seule de ces mentions peut entraîner le refus de validation par la DREETS.
| Clause obligatoire | Objet |
|---|---|
| Modalités et conditions d'information du CSE | Fréquence, contenu des informations transmises |
| Nombre maximal de départs envisagés | Plafond de suppressions de postes |
| Durée de l'accord | Période pendant laquelle les candidatures sont ouvertes |
| Conditions d'éligibilité | Ancienneté, catégories professionnelles, sites concernés |
| Critères de départage | Règles appliquées si le nombre de candidats dépasse le plafond |
| Modalités de calcul des indemnités | Formule de calcul, plancher légal respecté |
| Mesures d'accompagnement et de reclassement | Outplacement, formation, congé de mobilité |
| Clauses de suivi | Commission de suivi, indicateurs, bilan |
Les critères de départage méritent une attention particulière. Lorsque le nombre de candidats excède le plafond de départs, l'accord doit prévoir des critères objectifs et non discriminatoires. L'ancienneté, la situation personnelle du salarié ou la viabilité du projet professionnel sont des critères couramment retenus.
Le congé de mobilité, prévu à l'article L. 1237-18-1, doit préciser sa durée, la rémunération versée pendant le congé (au minimum 65 % de la rémunération brute moyenne des 12 derniers mois, sans pouvoir être inférieure à 85 % du SMIC) et les engagements réciproques du salarié et de l'employeur.
Une fois l'accord signé, l'employeur transmet le dossier à la DREETS (Direction régionale de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités) compétente. L'administration dispose d'un délai de 15 jours calendaires pour se prononcer.
La DREETS peut refuser la validation pour plusieurs motifs : contenu incomplet de l'accord, absence d'information du CSE, indemnités inférieures au plancher légal ou doute sur le caractère volontaire du dispositif. En cas de refus, l'employeur peut corriger l'accord et le soumettre à nouveau.
Le recours contre la décision de validation (ou de refus) relève du tribunal administratif, dans un délai de 2 mois.
Sécuriser la validation administrative suppose d'anticiper les points de contrôle de la DREETS dès la rédaction de l'accord.
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Les contentieux liés à la rupture conventionnelle collective restent rares comparés au PSE, mais certaines erreurs reviennent de manière récurrente.
Pression sur les salariés. Le volontariat doit être réel. Toute forme de pression — entretiens individuels insistants, suppression de missions avant la signature, menaces implicites de licenciement — peut entraîner l'annulation de la rupture par le juge administratif. Le Conseil d'État a confirmé en 2019 que la DREETS devait vérifier l'absence de contrainte (CE, 21 mars 2023, n° 459626).
Oubli de l'information du CSE. L'information du CSE n'est pas une formalité accessoire. Son absence constitue un motif de refus de validation. Le CSE doit être informé avant l'ouverture des négociations, puis régulièrement pendant la mise en œuvre.
Indemnités sous le plancher légal. L'indemnité de rupture doit au minimum égaler l'indemnité légale de licenciement. Certains accords prévoient par erreur un calcul fondé sur l'indemnité conventionnelle de licenciement lorsque celle-ci est inférieure au légal. La DREETS contrôle ce point systématiquement.
Absence de critères de départage. Si l'accord ne prévoit pas de critères objectifs pour départager les candidats en cas de surnombre, la DREETS peut refuser la validation ou le juge administratif annuler la décision.
Licenciements concomitants. Engager des licenciements économiques sur le même périmètre que la RCC expose l'entreprise à une requalification de l'ensemble du dispositif en PSE, avec les obligations renforcées qui en découlent (plan de reclassement, consultation approfondie du CSE, homologation spécifique).
Non. La rupture conventionnelle collective impose la conclusion d'un accord avec les organisations syndicales représentatives. Sans délégué syndical, la négociation ne peut pas s'ouvrir. L'entreprise doit alors envisager d'autres dispositifs, comme des ruptures conventionnelles individuelles ou un PSE.
L'indemnité versée dans le cadre d'une RCC bénéficie du même régime fiscal et social que l'indemnité de licenciement. Elle est exonérée d'impôt sur le revenu et de cotisations sociales dans la limite de 2 fois le plafond annuel de la Sécurité sociale (soit 92 736 € en 2024). Au-delà, la fraction excédentaire est soumise à charges et à imposition.
Le silence de la DREETS à l'expiration du délai de 15 jours calendaires vaut décision implicite de validation. L'employeur peut alors mettre en œuvre l'accord. Il est toutefois recommandé de solliciter une confirmation écrite pour sécuriser la procédure.
Oui, un salarié protégé (élu du CSE, délégué syndical) peut se porter volontaire. Toutefois, sa rupture reste soumise à l'autorisation préalable de l'inspecteur du travail, conformément aux règles de protection applicables. Cette autorisation s'ajoute à la validation de l'accord par la DREETS.
Oui. L'accord de RCC fixe des conditions d'éligibilité et des critères de départage. Si un salarié ne remplit pas les conditions prévues ou si le nombre maximal de départs est atteint, l'employeur peut refuser sa candidature. Ce refus doit être fondé sur les critères objectifs définis dans l'accord.
La rupture conventionnelle collective, fiche ministère du Travail - Code du travail numérique
Rupture conventionnelle collective, articles L1237-19 à L1237-19-14 - Légifrance
La rupture conventionnelle collective, document d'information - Ministère du Travail
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