Procédure simplifiée de recouvrement des petites créances en entreprise

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14 Jun 2026
-
9 min de lecture
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Points clés de l'article
  1. La procédure simplifiée de recouvrement permet d'obtenir un titre exécutoire sans passer devant un juge, pour toute créance contractuelle inférieure ou égale à 5 000 €.
  2. Elle repose sur l'intervention d'un commissaire de justice (ex-huissier) qui invite le débiteur à participer à un accord amiable dans un délai d'1 mois.
  3. Si le débiteur accepte, l'accord est rendu exécutoire ; s'il refuse ou ne répond pas, le créancier conserve toutes ses options contentieuses.
  4. Le coût est plafonné réglementairement et reste nettement inférieur à une procédure judiciaire classique.
  5. Certaines créances (alimentaires, bail d'habitation, chèques) sont exclues du dispositif.

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Sommaire

Qu'est-ce que la procédure simplifiée de recouvrement

Créances éligibles : montant, nature et exclusions

Conditions et documents préalables à réunir

Déroulé étape par étape avec le commissaire de justice

Du titre exécutoire à l'exécution forcée

Erreurs fréquentes et points de vigilance

Quand privilégier une autre voie de recouvrement

FAQ

Pour aller plus loin

Qu'est-ce que la procédure simplifiée de recouvrement

Lorsqu'une facture de 2 500 € reste impayée après plusieurs relances, le directeur juridique se trouve face à un arbitrage classique : abandonner la créance ou engager un contentieux dont le coût absorbe une part significative du montant réclamé. La procédure simplifiée de recouvrement des petites créances, créée par la loi Macron du 6 août 2015 (article L. 125-1 du Code des procédures civiles d'exécution) et précisée par le décret du 10 février 2016, a été conçue pour résoudre ce dilemme.

Son principe est direct : un commissaire de justice (anciennement huissier de justice) contacte le débiteur et lui propose un accord de paiement. Si les deux parties s'entendent, le commissaire de justice délivre un titre exécutoire sans intervention du juge. Ce titre a la même force qu'un jugement : il permet de procéder à une saisie si le débiteur ne respecte pas l'accord.

Le dispositif se distingue de l'injonction de payer sur 2 points : il n'implique aucune requête devant un tribunal et repose sur le consentement du débiteur. Il se distingue aussi du recouvrement amiable classique car il débouche sur un titre exécutoire, et non sur un simple engagement moral.

Créances éligibles : montant, nature et exclusions

Le périmètre de la procédure est encadré par des critères cumulatifs. Toute créance ne peut pas y être soumise.

Conditions d'éligibilité

CritèreExigence
MontantInférieur ou égal à 5 000 € (intérêts inclus)
OrigineContractuelle (facture, prestation, vente)
CaractèreCertaine, liquide et exigible
DébiteurPersonne physique ou morale, y compris professionnel

La créance doit être certaine (son existence n'est pas contestée), liquide (son montant est déterminé) et exigible (le terme de paiement est dépassé). En pratique, une facture échue et non contestée remplit ces 3 conditions.

Exclusions

Certaines créances sont expressément exclues :

  • Les créances alimentaires (pensions)
  • Les créances issues d'un bail d'habitation
  • Les créances fondées sur un chèque impayé (qui relèvent d'une procédure spécifique)
  • Les créances de nature délictuelle (dommages-intérêts hors contrat)
  • Les créances dont le montant dépasse 5 000 €, même partiellement

Un directeur juridique qui gère un portefeuille de petites créances clients (retards de paiement sur des prestations de services, par exemple) trouvera dans ce dispositif un levier adapté, à condition de vérifier que chaque créance entre dans le cadre légal.

Conditions et documents préalables à réunir

Avant de saisir un commissaire de justice, le créancier doit constituer un dossier solide. L'absence d'un document peut bloquer la procédure ou fragiliser la position du créancier en cas de contestation ultérieure.

Pièces à préparer

  • Le contrat ou bon de commande signé (ou les conditions générales acceptées)
  • La ou les factures impayées avec mention de la date d'échéance
  • La preuve de la livraison ou de l'exécution de la prestation (bon de livraison, mail de validation, PV de réception)
  • Les relances adressées au débiteur (courriers, e-mails, mise en demeure)
  • Un relevé de compte client attestant du solde impayé

Mise en demeure préalable

La loi n'impose pas formellement une mise en demeure avant de lancer la procédure simplifiée. Toutefois, en pratique, disposer d'une lettre de mise en demeure envoyée en recommandé avec accusé de réception renforce la crédibilité du dossier et démontre la bonne foi du créancier. Elle constitue aussi un point de départ pour le calcul des intérêts de retard.

Structurer un dossier de recouvrement solide suppose souvent de vérifier la conformité des clauses contractuelles en amont.
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Déroulé étape par étape avec le commissaire de justice

La procédure suit un enchaînement précis, régi par les articles R. 125-1 à R. 125-7 du Code des procédures civiles d'exécution.

Étape 1 : saisine du commissaire de justice

Le créancier mandate un commissaire de justice de son choix. Depuis 2020, la demande peut être effectuée en ligne via la plateforme Credicys de la Chambre nationale des commissaires de justice. Le créancier transmet les pièces justificatives et le montant réclamé.

Étape 2 : envoi d'une lettre au débiteur

Le commissaire de justice adresse au débiteur une lettre recommandée avec accusé de réception (ou la remet en main propre). Cette lettre contient :

  • L'identité du créancier et le montant de la créance
  • Les fondements de la créance (facture, contrat)
  • L'invitation à participer à la procédure
  • La mention que le débiteur dispose d'1 mois pour accepter ou refuser

Étape 3 : réponse du débiteur

Trois scénarios se présentent :

Réponse du débiteurConséquence
AcceptationNégociation d'un accord sur les modalités de paiement
Refus expliciteFin de la procédure ; le créancier peut saisir le tribunal
Absence de réponse sous 1 moisVaut refus implicite ; le créancier retrouve ses options judiciaires

Étape 4 : accord et émission du titre

Si le débiteur accepte, le commissaire de justice formalise un accord de paiement (montant, échéancier éventuel). Cet accord, signé par les deux parties, est revêtu de la formule exécutoire par le commissaire de justice. Il devient un titre exécutoire au sens de l'article L. 111-3 du Code des procédures civiles d'exécution.

Du titre exécutoire à l'exécution forcée

Le titre exécutoire obtenu par cette procédure a la même valeur juridique qu'un jugement. Si le débiteur ne respecte pas l'accord (défaut de paiement d'une échéance, par exemple), le créancier peut engager des mesures d'exécution forcée sans repasser devant un juge.

Les mesures possibles incluent :

  • La saisie-attribution sur les comptes bancaires du débiteur
  • La saisie-vente de biens mobiliers
  • La saisie sur salaire (si le débiteur est une personne physique salariée)

Le coût de l'exécution forcée est à la charge du débiteur, conformément à l'article L. 111-8 du Code des procédures civiles d'exécution. Le créancier n'avance que les frais du commissaire de justice, dont les émoluments sont réglementés par le décret du 26 février 2016 (arrêté tarifaire).

Lorsqu'un débiteur conteste la créance après l'émission du titre, la situation peut basculer vers un contentieux classique.
Consultez un avocat en contentieux pour anticiper ce risque

Erreurs fréquentes et points de vigilance

Plusieurs écueils reviennent régulièrement dans la mise en oeuvre de cette procédure.

Erreur 1 : lancer la procédure sur une créance contestée

Si le débiteur a formulé une contestation écrite sur la qualité de la prestation ou le montant facturé, la créance n'est plus certaine. Le commissaire de justice ne pourra pas émettre de titre exécutoire. Il faut alors passer par la voie judiciaire.

Erreur 2 : négliger le calcul du seuil de 5 000 €

Le plafond de 5 000 € inclut le principal, les intérêts de retard et les pénalités contractuelles. Une facture de 4 800 € assortie de 300 € d'intérêts dépasse le seuil et rend la procédure inapplicable.

Erreur 3 : confondre cette procédure avec une médiation

La procédure simplifiée n'est pas une médiation. Le commissaire de justice ne tranche pas le litige et ne propose pas de solution. Il transmet une offre de paiement et constate l'accord ou le désaccord.

Erreur 4 : oublier la prescription

La créance doit être réclamée avant l'expiration du délai de prescription. Entre professionnels, ce délai est de 5 ans (article L. 110-4 du Code de commerce). Passé ce délai, la créance est éteinte et la procédure ne peut pas être engagée.

Quand privilégier une autre voie de recouvrement

La procédure simplifiée n'est pas toujours la meilleure option. Plusieurs situations justifient de choisir une autre voie.

  • Créance supérieure à 5 000 € : l'injonction de payer (requête au tribunal) reste la procédure rapide de référence, sans plafond de montant.
  • Débiteur de mauvaise foi identifié : si le débiteur est coutumier des impayés et ne répondra pas à la lettre du commissaire de justice, une assignation directe au fond permet d'obtenir un jugement sans dépendre de son consentement.
  • Créance contestée : dès lors qu'un désaccord porte sur l'existence ou le montant de la créance, seul le juge peut trancher. L'injonction de payer ou l'assignation sont alors nécessaires.
  • Enjeu de préservation de la relation commerciale : pour un client stratégique, une négociation directe ou une médiation conventionnelle peut être préférable à l'envoi d'un commissaire de justice, perçu comme un acte de contrainte.
SituationProcédure recommandée
Facture < 5 000 €, non contestéeProcédure simplifiée
Facture > 5 000 €, non contestéeInjonction de payer
Créance contestée (tout montant)Assignation au fond
Client stratégique, impayé ponctuelNégociation amiable ou médiation
Débiteur en difficulté financièreDéclaration de créance (procédure collective)

Le choix entre procédure simplifiée, injonction de payer et assignation dépend de chaque situation. Un avocat en contentieux peut vous aider à identifier la voie la plus efficace.
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FAQ

La procédure simplifiée de recouvrement est-elle applicable entre professionnels ?

Oui. La procédure s'applique aux créances contractuelles entre professionnels (B2B) comme entre un professionnel et un particulier (B2C), dès lors que le montant ne dépasse pas 5 000 € et que la créance est certaine, liquide et exigible.

Combien coûte la procédure simplifiée de recouvrement ?

Les émoluments du commissaire de justice sont réglementés. Pour une créance recouvrée, ils s'élèvent à un pourcentage du montant recouvré, plafonné par l'arrêté tarifaire. En cas d'échec (refus ou absence de réponse du débiteur), seuls des frais fixes limités restent à la charge du créancier.

Que se passe-t-il si le débiteur ne répond pas dans le délai d'1 mois ?

L'absence de réponse vaut refus implicite. La procédure prend fin et le créancier peut alors saisir le tribunal compétent par voie d'injonction de payer ou d'assignation, sans avoir perdu de droit.

Le titre exécutoire obtenu peut-il être contesté par le débiteur ?

Le débiteur qui a signé l'accord ne peut pas le contester devant un juge, sauf en cas de vice du consentement (erreur, dol, violence). En revanche, s'il estime que la procédure n'a pas respecté les formes légales, il peut saisir le juge de l'exécution.

Peut-on cumuler plusieurs petites créances contre un même débiteur pour atteindre le seuil ?

Non. Chaque créance est appréciée individuellement. Si une entreprise détient 3 factures impayées de 2 000 € chacune contre le même débiteur, elle peut lancer 3 procédures simplifiées distinctes, mais ne peut pas les regrouper en une seule demande de 6 000 €.

Pour aller plus loin

La procédure simplifiée de recouvrement des petites créances (Article L125-1) - Légifrance

Procédure simplifiée de recouvrement de petites créances - Service-Public (Entreprendre)

Recouvrement de dettes : injonction de payer et procédure simplifiée - Service-Public.fr

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