
Jullian Hoareau

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Qu'est-ce que la déclaration de créances
Créanciers concernés et procédures collectives visées
Délai de déclaration : deux mois et exceptions
Contenu et forme de la déclaration au mandataire
Vérification, admission et contestation des créances déclarées
Risque de forclusion et relevé de forclusion
Lorsqu'une entreprise fait l'objet d'une procédure collective (sauvegarde, redressement ou liquidation judiciaire), ses créanciers ne peuvent plus agir individuellement pour obtenir le paiement de leurs factures. Ils doivent passer par un mécanisme collectif encadré par le Code de commerce : la déclaration de créances.
Concrètement, cette déclaration est l'acte par lequel un créancier informe le mandataire judiciaire de l'existence, du montant et de la nature de sa créance. Elle remplace, en quelque sorte, l'assignation en paiement classique. Sans cette formalité, le créancier est réputé inexistant dans la procédure et ne participe ni aux votes sur un plan, ni aux répartitions de fonds.
Le fondement juridique se trouve aux articles L. 622-24 à L. 622-26 du Code de commerce. Ce dispositif vise à dresser un état complet du passif du débiteur, condition préalable à toute solution de traitement : plan de continuation, plan de cession ou liquidation ordonnée.
Pour un directeur juridique, la déclaration de créances constitue donc un réflexe de survie financière dès qu'un client ou un partenaire entre en procédure collective.
Sont tenus de déclarer leurs créances tous les créanciers dont la créance est née avant le jugement d'ouverture de la procédure. Cela inclut :
Les créanciers titulaires de sûretés (hypothèque, nantissement, privilège) doivent également déclarer, même si leur garantie leur confère un rang prioritaire.
| Procédure | Déclaration obligatoire | Texte applicable |
|---|---|---|
| Sauvegarde | Oui | Art. L. 622-24 C. com. |
| Redressement judiciaire | Oui | Art. L. 631-14 C. com. |
| Liquidation judiciaire | Oui | Art. L. 641-3 C. com. |
En revanche, la procédure de conciliation, qui reste amiable et confidentielle, n'impose aucune déclaration de créances.
Lorsqu'un partenaire commercial entre en redressement judiciaire, chaque jour compte pour sécuriser vos créances.
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Le délai de déclaration est fixé à 2 mois à compter de la publication du jugement d'ouverture au Bulletin officiel des annonces civiles et commerciales (BODACC), conformément à l'article R. 622-24 du Code de commerce.
Le point de départ est le lendemain de la publication au BODACC (ou de la notification individuelle). Le délai expire le dernier jour à minuit. Si ce jour tombe un samedi, dimanche ou jour férié, il est prorogé au premier jour ouvrable suivant.
En pratique, un directeur juridique doit mettre en place une veille systématique sur le BODACC pour détecter l'ouverture de procédures concernant ses cocontractants. Un retard de quelques jours peut entraîner la perte définitive de la créance.
La déclaration est adressée au mandataire judiciaire désigné dans le jugement d'ouverture. Elle peut être envoyée par lettre recommandée avec accusé de réception, remise en main propre contre récépissé, ou transmise par voie électronique si le mandataire le permet.
L'article L. 622-25 du Code de commerce impose les éléments suivants :
| Mention | Détail |
|---|---|
| Montant de la créance | Au jour du jugement d'ouverture, en principal et intérêts |
| Échéances à venir | Pour les créances à terme non encore exigibles |
| Nature de la créance | Contractuelle, délictuelle, fiscale, salariale |
| Sûretés | Hypothèque, nantissement, privilège, avec références de publication |
| Juridiction saisie | Si une instance est en cours |
La déclaration doit être accompagnée de pièces justificatives : contrats, factures, bons de commande, relevés de compte, actes notariés pour les sûretés.
Le créancier lui-même, un préposé muni d'un pouvoir, ou un avocat. En pratique, confier la déclaration à un avocat spécialisé en procédures collectives réduit le risque d'erreur formelle susceptible de compromettre l'admission.
La rédaction d'une déclaration de créances exige rigueur et connaissance des exigences du mandataire judiciaire.
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Une fois les déclarations reçues, le mandataire judiciaire procède à leur vérification en les comparant aux documents comptables du débiteur. Il établit ensuite une liste des créances qu'il propose d'admettre, de rejeter ou de discuter.
Le créancier dont la créance est contestée dispose d'un délai de 30 jours à compter de la notification de la décision du juge-commissaire pour former un recours. Ce recours est porté devant la cour d'appel.
Le créancier qui n'a pas déclaré sa créance dans le délai de 2 mois (ou 4 mois) est frappé de forclusion. L'article L. 622-26 du Code de commerce est explicite : la créance non déclarée est inopposable à la procédure. Le créancier ne participe pas aux répartitions et ne peut voter dans les assemblées de créanciers.
Cette sanction est automatique. Elle s'applique indépendamment de la bonne foi du créancier ou du montant en jeu.
Le créancier forclos peut demander au juge-commissaire un relevé de forclusion dans un délai de 6 mois suivant la publication du jugement d'ouverture au BODACC. Il doit démontrer que son défaut de déclaration n'est pas dû à sa propre négligence, mais à une cause extérieure : absence de notification individuelle alors qu'il y avait droit, erreur du mandataire, ou cas de force majeure.
Le juge-commissaire apprécie souverainement. En pratique, les tribunaux de commerce se montrent exigeants : un simple oubli ou une désorganisation interne ne suffit pas à justifier le relevé.
La forclusion est une sanction définitive. Anticiper la déclaration de créances protège les intérêts financiers de l'entreprise.
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Oui. L'article L. 622-24 du Code de commerce prévoit que les créances conditionnelles, éventuelles ou non encore liquidées doivent être déclarées. Le montant est alors estimé. Le juge-commissaire statue ultérieurement sur le montant définitif une fois la condition réalisée ou le litige tranché.
Le créancier titulaire d'une sûreté publiée ou mentionné dans les documents du débiteur doit recevoir un avertissement individuel. En l'absence de cette notification, le délai de 2 mois ne commence pas à courir. Le créancier peut alors déclarer tardivement sans risque de forclusion, ou demander un relevé de forclusion en invoquant ce défaut.
Oui. La déclaration de créances produit les effets d'une demande en justice. Elle interrompt la prescription et les délais pour agir, conformément à la jurisprudence constante de la Cour de cassation (Cass. com., 3 novembre 2010, n° 09-70.312).
Le créancier peut actualiser le montant de sa créance tant que le juge-commissaire n'a pas statué, notamment pour intégrer des intérêts courus ou des créances complémentaires nées avant le jugement d'ouverture. Toute modification doit être transmise au mandataire judiciaire avec les justificatifs correspondants.
Oui. L'existence d'une caution ne dispense pas de la déclaration. Si le créancier ne déclare pas, il perd son droit dans la procédure collective. En revanche, il conserve son recours contre la caution personne physique ou morale, sauf si celle-ci bénéficie elle-même d'une protection (plan de sauvegarde, par exemple).
Article L622-24 du Code de commerce - Légifrance
Section 4 : De la déclaration de créances (Articles R622-21 à R622-26) - Légifrance
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