Levée de fonds en SAS : effets sur capital et gouvernance

Guides & Ressources pratiques
09 Sep 2026
-
6 min de lecture
-
Par

Jullian Hoareau

Points clés de l'article
  1. Une levée de fonds en SAS est une augmentation de capital : la société émet des actions nouvelles et encaisse les fonds, contrairement à une cession d'actions qui enrichit l'associé vendeur.
  2. La liberté statutaire de la SAS explique son attrait : catégories d'actions, règles de majorité et organes de décision se configurent presque librement.
  3. La dilution se calcule sur le capital après opération, jamais sur le montant investi.
  4. Les statuts s'imposent à tous, le pacte d'associés n'engage que ses signataires : les deux ne protègent pas de la même façon.
  5. Le contrôle dépend moins du pourcentage détenu que des seuils de majorité et de la liste des décisions soumises à accord préalable.

Besoin d'un juriste freelance ou d'un avocat ?

Accédez en -24h à un avocat d'affaires sélectionné parmi les meilleurs, à des honoraires maîtrisés.

✓ 250+ spécialistes✓ 500+ clients satisfaits✓ -30 à -50% moins cher qu'un cabinet
Incubateur du Barreau de Paris
Réseau Entreprendre
Prix Innovation Barreau de Paris

Sommaire

1. Ce qu'est une levée de fonds en SAS

2. La SAS, véhicule privilégié des investisseurs

3. Augmentation de capital : la mécanique juridique

4. Dilution des fondateurs : calcul et protections

5. Statuts et pacte d'associés : ce qui bascule

6. Garder le contrôle après l'entrée des investisseurs

FAQ

Pour aller plus loin

1. Ce qu'est une levée de fonds en SAS

Une levée de fonds en SAS est une augmentation de capital en numéraire : la société émet des actions nouvelles, l'investisseur les souscrit, et l'argent entre dans les comptes de la société. L'opération se distingue d'une cession d'actions, où un associé vend ses titres et perçoit lui-même le prix, sans que la société reçoive quoi que ce soit. Elle se distingue aussi de la dette bancaire, qui laisse le capital intact mais impose un remboursement daté.

En contrepartie des fonds, l'investisseur obtient des droits financiers (dividendes, boni de liquidation) et des droits politiques (vote, information). Le dirigeant arbitre donc entre un financement sans échéance de remboursement et une part de pouvoir cédée durablement. Trois paramètres se négocient ensemble : le montant investi, la valorisation retenue avant l'opération et les droits attachés aux actions émises.

Une levée de fonds engage la gouvernance de la société bien au-delà du jour de la signature.
Cadrer votre levée de fonds avec un avocat

2. La SAS, véhicule privilégié des investisseurs

La SAS attire les investisseurs pour une raison précise : ses statuts organisent librement le pouvoir. Le code de commerce impose peu de règles rigides, hors la désignation d'un président et quelques décisions réservées à la collectivité des associés.

Trois leviers en découlent. D'une part, la société peut créer des actions de préférence, c'est-à-dire des actions dotées de droits différents des actions ordinaires : dividende prioritaire, information renforcée, droit de vote multiple ou absence de droit de vote. D'autre part, les seuils de majorité se fixent décision par décision. Enfin, des organes sur mesure, tel un comité stratégique, peuvent être créés sans modèle imposé.

En revanche, une limite demeure : la SAS ne peut pas proposer ses titres au public, sauf offres réservées à des investisseurs qualifiés ou à un cercle restreint.

CritèreSARLSAS
Titres émisParts socialesActions
Titres à droits différenciésNonOui
Règles de majoritéFixées par la loiFixées par les statuts
Entrée d'un fonds d'investissementRareUsuelle

3. Augmentation de capital : la mécanique juridique

L'opération suit une séquence que le dirigeant doit connaître avant de signer une term sheet, document qui fixe les grandes lignes de l'accord sans encore l'arrêter définitivement.

  1. Décision des associés : la collectivité approuve l'augmentation de capital, selon les règles de majorité prévues aux statuts.
  2. Renonciation au droit préférentiel de souscription : chaque associé peut souscrire en priorité les actions nouvelles ; il doit y renoncer pour laisser entrer l'investisseur.
  3. Souscription et libération : l'investisseur s'engage puis verse les fonds, qui sont déposés et bloqués jusqu'à la constatation de l'opération.
  4. Modification des statuts : capital, nombre d'actions et parfois gouvernance sont mis à jour.
  5. Formalités : dépôt au greffe et inscription au registre des mouvements de titres.

Le prix payé se décompose entre la valeur nominale, portée au capital, et la prime d'émission, qui rémunère la valeur déjà créée par les fondateurs.

Une augmentation de capital mal formalisée fragilise la répartition des titres pour tous les tours suivants.
Sécuriser votre augmentation de capital

4. Dilution des fondateurs : calcul et protections

La dilution est la baisse du pourcentage détenu par les associés existants après émission d'actions nouvelles. Elle se calcule sur le capital après opération, et non sur le montant investi. Un fondateur qui détient 60 000 actions sur 100 000 en détient toujours 60 000 après l'émission de 25 000 actions nouvelles, mais sur un total de 125 000.

SituationActions du fondateurTotal des actionsPart détenue
Avant l'opération60 000100 00060 %
Après l'opération60 000125 00048 %

La dilution n'est pas nécessairement un problème : une part plus faible d'une société mieux financée peut valoir davantage. Elle devient un sujet lorsqu'elle fait passer les fondateurs sous un seuil de majorité utile. Deux réflexes limitent l'effet : fixer les seuils de décision par rapport à la structure du capital après l'opération, et anticiper l'effet cumulé des instruments donnant accès au capital, comme les bons de souscription attribués aux salariés.

5. Statuts et pacte d'associés : ce qui bascule

Une levée de fonds modifie deux documents aux effets distincts. Les statuts sont publics et s'imposent à tous, y compris aux tiers ; leur violation peut entraîner la nullité de l'opération concernée. Le pacte d'associés est confidentiel et n'engage que ses signataires ; sa violation se règle le plus souvent par des dommages et intérêts.

Les clauses qui changent la position du dirigeant sont peu nombreuses mais structurantes :

  • Agrément : toute cession d'actions est soumise à autorisation préalable.
  • Préemption : les associés existants peuvent acheter en priorité les titres mis en vente.
  • Sortie conjointe : l'investisseur peut vendre ses titres aux mêmes conditions que le fondateur.
  • Obligation de sortie forcée (drag along) : une majorité qualifiée peut contraindre les autres associés à vendre.
  • Liquidation préférentielle : en cas de vente, l'investisseur récupère sa mise avant tout partage.

Certaines clauses statutaires, dont l'inaliénabilité temporaire des actions et l'exclusion d'un associé, exigent l'unanimité des associés.

Statuts et pacte se lisent ensemble : une même situation peut y recevoir deux réponses contradictoires.
Faire relire vos statuts et votre pacte

6. Garder le contrôle après l'entrée des investisseurs

Le contrôle ne se résume pas au pourcentage détenu. Il dépend de trois éléments négociables.

D'abord, les seuils de majorité inscrits aux statuts : un investisseur minoritaire à 20 % dispose d'un blocage effectif si une décision exige 85 % des voix. Ensuite, la liste des décisions soumises à accord préalable, souvent appelée droit de véto. Cette liste doit rester bornée aux opérations structurantes, comme une cession d'actifs ou un nouvel endettement, sans s'étendre à la gestion courante. Enfin, les conditions de révocation du président : une révocation libre et sans indemnité place le dirigeant dans une situation précaire.

Trois vérifications avant signature : la majorité requise pour nommer et révoquer le président, le périmètre exact des décisions réservées, et l'articulation prévue avec les tours de financement suivants.

FAQ

Quelle majorité faut-il pour une levée de fonds en SAS ?

Les statuts fixent eux-mêmes cette majorité, car la loi laisse la SAS libre sur ce point. Beaucoup de sociétés retiennent les deux tiers des voix. À défaut de rédaction claire, l'opération devient contestable.

Peut-on lever des fonds sans se diluer ?

Pas par émission d'actions nouvelles, qui augmente mécaniquement le nombre de titres. Les alternatives sont la dette, les obligations convertibles, qui reportent la dilution, ou les subventions et avances remboursables.

Le pacte d'associés est-il obligatoire ?

Non, aucun texte ne l'impose. Les investisseurs en font toutefois une condition d'entrée systématique, car il organise les sorties, l'information et les engagements des fondateurs sans être rendu public.

Que se passe-t-il si un associé ne respecte pas le pacte ?

Le pacte étant un contrat, sa violation ouvre droit à des dommages et intérêts et, selon les cas, à l'exécution forcée. Une clause identique inscrite aux statuts offre une sanction plus forte.

Faut-il modifier les statuts à chaque levée de fonds ?

Oui, au minimum pour actualiser le montant du capital et le nombre d'actions. Les tours suivants ajoutent souvent des catégories d'actions et de nouvelles règles de gouvernance.

Pour aller plus loin

Article L225-132 - Code de commerce - Legifrance

Une decision collective des associes d'une SAS doit toujours etre adoptee a la majorite des voix - Service-Public Entreprendre

Levee de fonds - Bpifrance Creation

SWIM LEGAL est une alternative au cabinet d'avocats traditionnel pour les besoins juridiques des entreprises. Incubé par le Barreau de Paris, SWIM a reçu le Prix de l'Innovation pour sa solution permettant à toute entreprise, quelle que soit sa taille ou sa localisation, d'accéder rapidement via la plateforme à des avocats d'affaires expérimentés. Les entreprises peuvent déposer leur besoin — qu'il s'agisse d'un dossier, d'une consultation ou d'un renfort temporaire — de manière confidentielle et recevoir des propositions d'avocats pour répondre rapidement à leur demande.

Télécharger la ressource

Avocat au Barreau de Paris (Toque L086), fondateur de SWIM LEGAL