Modèle de lettre de mise en demeure pour loyers impayés : trame, mentions obligatoires et mode d'emploi

Guides & Ressources pratiques
20 Mar 2026
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8
min
Points clés de l'article
  1. La mise en demeure pour loyers impayés est le premier acte formel du recouvrement locatif : elle conditionne la validité des étapes suivantes (commandement de payer, clause résolutoire, assignation).
  2. Le courrier doit respecter un cadre précis issu de l'article 1344 du Code civil et, pour les baux d'habitation, de l'article 24 de la loi du 6 juillet 1989.
  3. Quatre mentions sont indispensables : identité complète des parties, décompte détaillé de la créance, délai de régularisation et conséquences juridiques du défaut de paiement.
  4. L'envoi s'effectue par lettre recommandée avec accusé de réception (LRAR) ou par lettre recommandée électronique qualifiée, pour garantir la preuve de la date de réception.
  5. En l'absence de régularisation dans le délai imparti, le bailleur peut engager un commandement de payer par huissier, puis une assignation en résiliation du bail et expulsion.

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Sommaire

Finalité de la lettre de mise en demeure pour loyers impayés

Cadre juridique applicable : article 1344 du Code civil, article 24 loi du 6 juillet 1989, clause résolutoire

Structure type de la lettre : sections clés et organisation du courrier

Mentions obligatoires : identité des parties, décompte de la créance, délai accordé, conséquences

Mode d'emploi : comment compléter, adapter et envoyer la lettre (LRAR / lettre recommandée électronique)

Limites du modèle et erreurs fréquentes à éviter

Que faire si le locataire ne paie pas : commandement de payer, assignation, clause résolutoire

Téléchargez le modèle de lettre prêt à l'emploi

FAQ

Pour aller plus loin

Finalité de la lettre de mise en demeure pour loyers impayés

Lorsqu'un locataire cesse de régler ses loyers, le bailleur dispose d'un levier juridique immédiat : la lettre de mise en demeure pour loyers impayés. Ce courrier n'est pas une simple relance. Il constitue l'acte formel par lequel le créancier interpelle le débiteur, fixe un délai de régularisation et ouvre la voie aux procédures contentieuses.

En pratique, cette lettre remplit trois fonctions distinctes. Elle matérialise la créance en la chiffrant précisément. Elle fait courir les intérêts moratoires à compter de sa réception, conformément à l'article 1344 du Code civil. Elle crée enfin la preuve, opposable devant un juge, que le locataire a été informé de sa dette et des conséquences de son inaction.

Pour une direction juridique gérant un portefeuille immobilier, l'enjeu est direct : un courrier mal rédigé ou incomplet peut retarder de plusieurs mois la mise en jeu de la clause résolutoire et compromettre l'ensemble de la chaîne de recouvrement.

Cadre juridique applicable : article 1344 du Code civil, article 24 loi du 6 juillet 1989, clause résolutoire

Le socle juridique de la mise en demeure repose sur l'article 1344 du Code civil. Ce texte dispose que le débiteur est mis en demeure par une sommation ou un acte portant interpellation suffisante. Concrètement, la lettre recommandée avec accusé de réception satisfait cette exigence dès lors qu'elle identifie clairement la créance et le délai accordé.

Pour les baux d'habitation, l'article 24 de la loi du 6 juillet 1989 (modifié par la loi ALUR de 2014 puis la loi ELAN de 2018) impose des obligations supplémentaires. Le bailleur doit signaler l'impayé à la Commission de coordination des actions de prévention des expulsions locatives (CCAPEX) dès 2 mois d'arriérés. Cette notification conditionne la recevabilité de l'assignation en résiliation.

Pour les baux commerciaux (statut des baux commerciaux, articles L. 145-1 et suivants du Code de commerce), la mise en demeure précède le commandement de payer délivré par huissier, lequel fait courir le délai d'un mois prévu par la clause résolutoire insérée dans la plupart des baux.

Type de bailTexte applicableDélai avant clause résolutoireObligation spécifique
Habitation (loi 1989)Art. 24 loi du 6 juillet 19892 mois après commandementSignalement CCAPEX dès 2 mois d'impayé
CommercialArt. L. 145-41 Code de commerce1 mois après commandementCommandement par huissier obligatoire
ProfessionnelArt. 57 A loi du 23 décembre 1986Selon clause contractuellePas de statut protecteur spécifique
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Structure type de la lettre : sections clés et organisation du courrier

La lettre de mise en demeure pour loyers impayés suit une architecture en 6 blocs, chacun remplissant une fonction juridique précise :

  1. En-tête : coordonnées complètes du bailleur (personne physique ou morale, SIREN le cas échéant) et du locataire (nom, adresse du bien loué).
  2. Objet : mention explicite « Mise en demeure de payer les loyers et charges impayés ».
  3. Rappel contractuel : référence au bail (date de signature, nature, durée), au montant du loyer mensuel et aux charges.
  4. Décompte de la créance : tableau détaillé des échéances impayées, mois par mois, avec le montant total dû.
  5. Mise en demeure formelle : interpellation claire du locataire, fixation d'un délai de régularisation (en général 8 à 15 jours) et mention des conséquences en cas de non-paiement.
  6. Formule de clôture : signature du bailleur ou de son représentant, mention du mode d'envoi (LRAR).

Cette structure garantit que le courrier sera reconnu comme une interpellation suffisante au sens de l'article 1344 du Code civil.

Mentions obligatoires : identité des parties, décompte de la créance, délai accordé, conséquences

Quatre catégories de mentions conditionnent la validité juridique du courrier.

Identité des parties

Le bailleur doit être identifié par son nom complet (ou sa dénomination sociale, son siège et son numéro SIREN pour une société). Le locataire est désigné par ses nom, prénom et adresse du bien loué. En cas de colocation ou de caution solidaire, chaque codébiteur doit être destinataire d'un courrier distinct.

Décompte détaillé de la créance

Le décompte doit lister chaque échéance impayée avec sa date d'exigibilité et son montant. Les charges locatives récupérables sont distinguées du loyer principal. Le total est exprimé en euros, toutes taxes comprises.

ÉchéanceLoyer principalChargesTotal dû
Janvier 20252 500 €350 €2 850 €
Février 20252 500 €350 €2 850 €
Mars 20252 500 €350 €2 850 €
Total7 500 €1 050 €8 550 €

Délai de régularisation

Le courrier fixe un délai raisonnable, généralement 8 à 15 jours à compter de la réception. Ce délai n'est pas imposé par la loi pour la mise en demeure elle-même, mais un délai trop court pourrait être jugé abusif par un tribunal.

Conséquences du défaut de paiement

La lettre doit indiquer que, passé le délai, le bailleur se réserve le droit d'engager un commandement de payer par huissier, de faire jouer la clause résolutoire du bail et de saisir le tribunal compétent aux fins de résiliation et d'expulsion.

Mode d'emploi : comment compléter, adapter et envoyer la lettre (LRAR / lettre recommandée électronique)

Compléter le modèle

Chaque champ entre crochets du modèle doit être remplacé par les données réelles du bail. Le décompte est recalculé à la date d'envoi. Si des paiements partiels ont été reçus, ils doivent être déduits ligne par ligne pour éviter toute contestation.

Adapter selon le type de bail

Pour un bail commercial, ajoutez la référence à l'article L. 145-41 du Code de commerce et à la clause résolutoire du contrat. Pour un bail d'habitation, mentionnez l'article 24 de la loi du 6 juillet 1989 et l'obligation de saisine de la CCAPEX si l'impayé dépasse 2 mois.

Envoyer le courrier

L'envoi s'effectue par LRAR (lettre recommandée avec accusé de réception) via La Poste, ou par lettre recommandée électronique (LRE) qualifiée au sens de l'article L. 100 du Code des postes et des communications électroniques. La LRE a la même valeur juridique que la LRAR depuis le décret du 9 mai 2018. Elle présente l'avantage d'un envoi instantané et d'un archivage numérique horodaté.

Conservez l'accusé de réception ou le certificat d'envoi électronique : cette pièce sera exigée par l'huissier puis par le tribunal en cas de contentieux.

Adapter la mise en demeure au type de bail et à la situation du locataire réduit le risque de contestation en phase contentieuse.
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Limites du modèle et erreurs fréquentes à éviter

Un modèle standardisé couvre la majorité des situations courantes. Il ne remplace pas l'analyse juridique dans 3 cas précis :

  • Locataire en procédure collective : si le locataire est une entreprise placée en redressement ou liquidation judiciaire, la mise en demeure doit être adressée au mandataire judiciaire. Toute action directe contre le débiteur viole l'arrêt des poursuites individuelles (article L. 622-21 du Code de commerce).
  • Bail mixte ou atypique : certains baux (bail emphytéotique, bail à construction, convention d'occupation précaire) obéissent à des règles spécifiques qui modifient le contenu de la mise en demeure.
  • Pluralité de garants : lorsque le bail comporte une caution personne physique, l'article 24 de la loi de 1989 impose de notifier la caution dans les 15 jours suivant le commandement de payer, sous peine de déchéance des pénalités.

Les erreurs les plus fréquentes constatées en contentieux :

  • Absence de décompte détaillé, ce qui permet au locataire de contester le montant devant le juge.
  • Délai de régularisation non mentionné ou irréaliste (24 heures, par exemple).
  • Envoi par courrier simple, sans preuve de réception.
  • Omission de la référence à la clause résolutoire du bail, ce qui empêche sa mise en jeu automatique.

Que faire si le locataire ne paie pas : commandement de payer, assignation, clause résolutoire

Si le locataire ne régularise pas dans le délai fixé par la mise en demeure, la procédure de recouvrement suit un enchaînement précis.

Étape 1 : commandement de payer. Le bailleur mandate un commissaire de justice (anciennement huissier) pour délivrer un commandement de payer visant la clause résolutoire. Ce commandement reproduit le décompte de la dette et accorde un délai légal (2 mois pour les baux d'habitation, 1 mois pour les baux commerciaux).

Étape 2 : saisine du tribunal. À l'expiration du délai, si la dette n'est pas soldée, le bailleur assigne le locataire devant le tribunal judiciaire (bail d'habitation) ou le tribunal judiciaire statuant en matière commerciale (bail commercial). L'assignation doit être notifiée à la préfecture (CCAPEX) au moins 6 semaines avant l'audience pour les baux d'habitation.

Étape 3 : jugement et exécution. Le juge constate l'acquisition de la clause résolutoire, prononce la résiliation du bail, condamne le locataire au paiement de l'arriéré et ordonne l'expulsion. Le délai moyen entre le commandement de payer et l'obtention d'un titre exécutoire est de 6 à 12 mois selon la juridiction.

À chaque étape, la qualité de la mise en demeure initiale détermine la solidité du dossier contentieux.
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Téléchargez le modèle de lettre prêt à l'emploi

Le modèle ci-dessous reprend la structure et les mentions détaillées dans cet article. Il est conçu pour être adapté aux baux d'habitation, commerciaux et professionnels.

Contenu du modèle :

  • En-tête bailleur / locataire pré-formaté
  • Bloc de rappel contractuel (références du bail, montant du loyer, charges)
  • Tableau de décompte de la créance (à compléter)
  • Formule de mise en demeure conforme à l'article 1344 du Code civil
  • Mention de la clause résolutoire et des conséquences du défaut de paiement
  • Instructions d'envoi (LRAR / LRE)

Ce modèle constitue un point de départ. Pour les situations complexes (procédure collective du locataire, pluralité de cautions, bail atypique), une relecture par un avocat spécialisé en droit immobilier est recommandée afin de sécuriser la chaîne de recouvrement.

FAQ

La mise en demeure est-elle obligatoire avant le commandement de payer ?

Non, la mise en demeure n'est pas un préalable légal obligatoire au commandement de payer délivré par huissier. Elle est toutefois fortement recommandée car elle constitue une preuve de diligence du bailleur, fait courir les intérêts moratoires et démontre la bonne foi du créancier devant le juge.

Quel délai accorder au locataire dans la mise en demeure ?

La loi ne fixe pas de délai précis pour la mise en demeure elle-même. En pratique, un délai de 8 à 15 jours à compter de la réception est considéré comme raisonnable par les tribunaux. Un délai trop court (48 heures) risque d'être jugé abusif et d'affaiblir le dossier.

La lettre recommandée électronique a-t-elle la même valeur que la LRAR ?

Oui. Depuis le décret du 9 mai 2018, la lettre recommandée électronique qualifiée (LRE) a la même valeur juridique que la LRAR papier. Elle doit être émise par un prestataire qualifié et le destinataire doit avoir consenti préalablement à recevoir des envois électroniques, sauf en matière commerciale où le consentement n'est pas requis.

Faut-il envoyer la mise en demeure à la caution solidaire ?

La mise en demeure n'a pas à être adressée à la caution à ce stade. En revanche, l'article 24 de la loi du 6 juillet 1989 impose au bailleur d'informer la caution personne physique dans les 15 jours suivant la délivrance du commandement de payer. Le non-respect de ce délai entraîne la déchéance des pénalités et intérêts de retard à l'égard de la caution.

Que se passe-t-il si le locataire est en redressement judiciaire ?

Lorsque le locataire fait l'objet d'une procédure collective, l'ouverture du redressement ou de la liquidation judiciaire entraîne l'arrêt des poursuites individuelles (article L. 622-21 du Code de commerce). La mise en demeure doit alors être adressée au mandataire judiciaire, et la créance de loyers antérieurs au jugement d'ouverture doit être déclarée au passif dans un délai de 2 mois.

Pour aller plus loin

Article 24 - Loi n° 89-462 du 6 juillet 1989 tendant à améliorer les rapports locatifs - Légifrance

Loyers impayés et expulsion du locataire - Service-Public.fr

Impayés de dépenses de logement - Articles R824-1 à D824-34 du Code de la construction et de l'habitation - Légifrance

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