Juge des baux commerciaux : procédure sur mémoire ou jour fixe

Guides & Ressources pratiques
13 Aug 2026
-
8 min de lecture
-
Par

Jullian Hoareau

Points clés de l'article
  1. Le juge des baux commerciaux, que les textes nomment juge des loyers commerciaux, est le président du tribunal judiciaire ou le juge qu'il remplace, statuant à juge unique.
  2. Sa compétence se limite à la fixation du loyer du bail renouvelé et à celle du loyer révisé, en cas de désaccord des parties.
  3. La saisine s'opère sur mémoire : le juge ne peut être saisi avant l'expiration d'un délai d'un mois suivant la réception du premier mémoire par son destinataire.
  4. Pour le surplus, l'article R145-23 du code de commerce renvoie à la procédure à jour fixe prévue aux articles 840 à 844 du code de procédure civile.
  5. La commission départementale de conciliation peut être saisie en amont sur la fixation du loyer du bail renouvelé.

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Sommaire

Le juge des loyers commerciaux : rôle et périmètre

La procédure sur mémoire : déroulé et calendrier

Contenu du mémoire préalable et pièces à joindre

Quand recourir à la procédure à jour fixe

Autoriser l'assignation à jour fixe : conditions

Conciliation préalable devant la commission départementale

Voies de recours contre la décision du juge

FAQ

Pour aller plus loin

Le juge des loyers commerciaux : rôle et périmètre

Un désaccord sur le montant du loyer ne se plaide pas comme un litige contractuel ordinaire. Le juge des baux commerciaux, que les textes désignent sous le nom de juge des loyers commerciaux, est le président du tribunal judiciaire ou le juge qu'il remplace. Il statue à juge unique. L'article R145-23 du code de commerce lui attribue les contestations relatives à la fixation du prix du bail révisé ou renouvelé, quel que soit le montant du loyer. Aucun seuil financier ne conditionne donc sa saisine.

Son périmètre reste étroit. Deux hypothèses l'ouvrent : la fixation du loyer du bail renouvelé lorsque bailleur et preneur ne s'accordent pas, et la fixation du loyer révisé en cas de désaccord sur la révision triennale. Tout autre litige né du bail relève du tribunal judiciaire selon la procédure de droit commun. Pour une direction juridique, cette frontière détermine l'acte introductif à préparer.

SituationJuge saisiMode de saisine
Désaccord sur le loyer du bail renouveléJuge des loyers commerciauxSur mémoire
Désaccord sur le loyer révisé (révision triennale)Juge des loyers commerciauxSur mémoire
Autre litige né du bail commercialTribunal judiciaireProcédure de droit commun

La procédure sur mémoire : déroulé et calendrier

Devant le juge des loyers commerciaux, il est statué sur mémoire, c'est-à-dire par échange d'écrits argumentés avant toute audience. L'échange précède la saisine au lieu de la suivre : le demandeur notifie d'abord son mémoire à l'autre partie, puis attend. Le juge ne peut être saisi avant l'expiration d'un délai d'un mois suivant la réception, par son destinataire, du premier mémoire établi. Ce mois ouvre la discussion sur la valeur locative, c'est-à-dire le loyer que le local pourrait objectivement produire, et permet un accord avant tout dépôt.

Passé ce délai, la partie la plus diligente dépose son mémoire au greffe pour faire fixer la date de l'audience. La qualification importe : ce n'est pas nécessairement le demandeur initial qui saisit, mais celle des parties qui agit la première. Une direction juridique qui laisse le bailleur prendre l'initiative perd la main sur le rythme du dossier. En revanche, elle conserve la possibilité de répondre par un mémoire en retour, qui sera annexé au dépôt.

Le calendrier d'une fixation de loyer se joue sur des échéances écrites, pas sur des échanges informels.
Structurer un dossier de bail commercial

Contenu du mémoire préalable et pièces à joindre

Le mémoire n'est pas une assignation. Il expose la demande et son fondement, et il fixe le périmètre du débat. La partie qui dépose annexe les pièces sur lesquelles elle fonde sa demande, un plan des lieux, ainsi que le mémoire et les pièces reçus de l'autre partie. Le plan des lieux n'est pas accessoire : la valeur locative se discute sur des surfaces, une configuration et une accessibilité que le juge doit pouvoir se représenter.

L'annexion du mémoire adverse emporte une conséquence pratique : le juge des baux commerciaux découvre les deux argumentaires en même temps. Un mémoire préalable rédigé vite, sans éléments de comparaison, reste au dossier et sera lu. Pour une équipe interne, l'arbitrage entre traitement interne et renfort externe se joue à ce stade, car une production ultérieure ne corrige pas une première rédaction faible.

Élément déposéFonctionPoint de vigilance
Mémoire de la partie déposanteFonde la demande et délimite le débatRédigé avant la notification initiale, pas après
Pièces fondant la demandeÉtayent la valeur locative revendiquéeComparables et éléments chiffrés réunis en amont
Plan des lieuxPermet au juge d'apprécier le localCohérent avec les surfaces invoquées
Mémoire et pièces reçus de l'autre partieComplètent le dossier soumis au jugeAnnexés au dépôt, donc lus par le juge

Quand recourir à la procédure à jour fixe

L'article R145-23 précise que, pour le surplus, il est procédé conformément à la procédure à jour fixe prévue aux articles 840 à 844 du code de procédure civile. Le mémoire préalable n'est donc pas une voie concurrente du jour fixe : il constitue la phase d'échange obligatoire, et le déroulé judiciaire qui suit emprunte au jour fixe. La lecture inverse, qui opposerait deux options au choix, conduit à une saisine prématurée.

Le jour fixe présente un intérêt propre : il comprime le calendrier en fixant d'emblée la date d'audience, alors que la procédure écrite ordinaire laisse le rythme aux échanges de conclusions. Pour un litige de loyer, dont l'issue produit des effets financiers reportés sur chaque échéance, cette compression a une valeur mesurable. Elle suppose en contrepartie un dossier complet dès le départ.

Le choix d'un déroulé accéléré se prépare avant la première notification, pas au moment de l'audience.
Voir l'accompagnement en baux commerciaux

Autoriser l'assignation à jour fixe : conditions

Dans les affaires soumises à la procédure écrite ordinaire, l'article 840 du code de procédure civile permet au président du tribunal, en cas d'urgence, d'autoriser le demandeur à assigner le défendeur à jour fixe, sur requête. Cette requête expose les motifs de l'urgence, contient les conclusions du demandeur et vise les pièces justificatives. Une copie de la requête et des pièces est remise au président pour être versée au dossier du tribunal.

L'assignation obéit ensuite à un formalisme sanctionné. Elle mentionne, à peine de nullité, le jour et l'heure fixés par le président auxquels l'affaire sera appelée, ainsi que la chambre à laquelle elle est distribuée. Trois points de vigilance en découlent :

  • la mention exacte du jour, de l'heure et de la chambre dans l'assignation ;
  • la constitution d'avocat par le défendeur avant la date de l'audience ;
  • la remise d'une copie de l'assignation au greffe avant cette date, sous peine de caducité de l'assignation.

Conciliation préalable devant la commission départementale

Avant de saisir le juge, les parties peuvent recourir à la commission départementale de conciliation des baux commerciaux. Elle est compétente pour favoriser le rapprochement des parties sur la fixation du loyer du bail renouvelé. Le verbe employé par les textes est déterminant : il s'agit d'une faculté, non d'un passage obligé, et la commission ne tranche pas le litige.

L'arbitrage est donc économique autant que juridique. Lorsque l'écart entre les positions porte sur la méthode d'évaluation, la conciliation peut réduire le débat soumis au juge des baux commerciaux. Lorsqu'il porte sur un principe, elle allonge le calendrier sans le résoudre. Une direction juridique qui traite plusieurs baux en parallèle gagne à trancher dossier par dossier, selon l'écart chiffré et la durée acceptable.

Arbitrer entre conciliation et saisine suppose de chiffrer l'écart en jeu et le délai supportable.
Renfort sur un contentieux de bail commercial

Voies de recours contre la décision du juge

La décision rendue par le juge des loyers commerciaux clôt la première instance sur le prix du bail. Elle est susceptible des voies de recours de droit commun, dont l'appel, exercé selon les règles générales de la procédure civile. Les délais applicables se vérifient au cas par cas, à partir de la nature de la décision et de sa notification, plutôt qu'à partir d'un usage interne.

La logique du recours diffère de celle de la première instance. Le débat porte sur la valeur locative, donc sur des éléments de comparaison, non sur une question de droit isolée. Reprendre le dossier suppose de reconstituer ce socle. Deux enseignements pour une direction juridique : documenter la valeur locative dès le mémoire préalable, et décider en amont si le litige sera traité en interne ou confié à un avocat en droit des baux commerciaux.

FAQ

Qui est le juge des loyers commerciaux ?

C'est le président du tribunal judiciaire, ou le juge qu'il remplace, statuant à juge unique. L'article R145-23 du code de commerce lui confie les contestations relatives à la fixation du prix du bail révisé ou renouvelé, quel que soit le montant du loyer.

Peut-on saisir le juge dès la notification du mémoire ?

Non. Le juge ne peut être saisi avant l'expiration d'un délai d'un mois suivant la réception, par son destinataire, du premier mémoire établi. Ce mois sert à l'échange entre les parties. Une saisine antérieure expose la demande à une contestation de recevabilité.

Quelles pièces annexer au dépôt au greffe ?

La partie la plus diligente dépose son mémoire et y annexe les pièces sur lesquelles elle fonde sa demande, un plan des lieux, ainsi que le mémoire et les pièces reçus de l'autre partie. Le plan des lieux permet au juge d'apprécier la configuration du local.

La procédure à jour fixe remplace-t-elle le mémoire préalable ?

Non. Le mémoire préalable reste la phase d'échange obligatoire. L'article R145-23 renvoie, pour le surplus, à la procédure à jour fixe prévue aux articles 840 à 844 du code de procédure civile. Les deux s'articulent au lieu de s'exclure.

La conciliation devant la commission départementale est-elle obligatoire ?

Non. Les parties peuvent y recourir avant de saisir le juge. La commission départementale de conciliation des baux commerciaux favorise le rapprochement sur la fixation du loyer du bail renouvelé, mais elle ne tranche pas. Le recours à cette étape reste une décision d'opportunité.

Pour aller plus loin

Article R145-23 du Code de commerce - Légifrance

De la procédure (articles R145-23 à R145-33 du Code de commerce) - Légifrance

La procédure à jour fixe (articles 840 à 844 du Code de procédure civile) - Légifrance

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