
Jullian Hoareau

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Le juge des loyers commerciaux : rôle et périmètre
La procédure sur mémoire : déroulé et calendrier
Contenu du mémoire préalable et pièces à joindre
Quand recourir à la procédure à jour fixe
Autoriser l'assignation à jour fixe : conditions
Conciliation préalable devant la commission départementale
Voies de recours contre la décision du juge
Un désaccord sur le montant du loyer ne se plaide pas comme un litige contractuel ordinaire. Le juge des baux commerciaux, que les textes désignent sous le nom de juge des loyers commerciaux, est le président du tribunal judiciaire ou le juge qu'il remplace. Il statue à juge unique. L'article R145-23 du code de commerce lui attribue les contestations relatives à la fixation du prix du bail révisé ou renouvelé, quel que soit le montant du loyer. Aucun seuil financier ne conditionne donc sa saisine.
Son périmètre reste étroit. Deux hypothèses l'ouvrent : la fixation du loyer du bail renouvelé lorsque bailleur et preneur ne s'accordent pas, et la fixation du loyer révisé en cas de désaccord sur la révision triennale. Tout autre litige né du bail relève du tribunal judiciaire selon la procédure de droit commun. Pour une direction juridique, cette frontière détermine l'acte introductif à préparer.
| Situation | Juge saisi | Mode de saisine |
|---|---|---|
| Désaccord sur le loyer du bail renouvelé | Juge des loyers commerciaux | Sur mémoire |
| Désaccord sur le loyer révisé (révision triennale) | Juge des loyers commerciaux | Sur mémoire |
| Autre litige né du bail commercial | Tribunal judiciaire | Procédure de droit commun |
Devant le juge des loyers commerciaux, il est statué sur mémoire, c'est-à-dire par échange d'écrits argumentés avant toute audience. L'échange précède la saisine au lieu de la suivre : le demandeur notifie d'abord son mémoire à l'autre partie, puis attend. Le juge ne peut être saisi avant l'expiration d'un délai d'un mois suivant la réception, par son destinataire, du premier mémoire établi. Ce mois ouvre la discussion sur la valeur locative, c'est-à-dire le loyer que le local pourrait objectivement produire, et permet un accord avant tout dépôt.
Passé ce délai, la partie la plus diligente dépose son mémoire au greffe pour faire fixer la date de l'audience. La qualification importe : ce n'est pas nécessairement le demandeur initial qui saisit, mais celle des parties qui agit la première. Une direction juridique qui laisse le bailleur prendre l'initiative perd la main sur le rythme du dossier. En revanche, elle conserve la possibilité de répondre par un mémoire en retour, qui sera annexé au dépôt.
Le calendrier d'une fixation de loyer se joue sur des échéances écrites, pas sur des échanges informels.
Structurer un dossier de bail commercial
Le mémoire n'est pas une assignation. Il expose la demande et son fondement, et il fixe le périmètre du débat. La partie qui dépose annexe les pièces sur lesquelles elle fonde sa demande, un plan des lieux, ainsi que le mémoire et les pièces reçus de l'autre partie. Le plan des lieux n'est pas accessoire : la valeur locative se discute sur des surfaces, une configuration et une accessibilité que le juge doit pouvoir se représenter.
L'annexion du mémoire adverse emporte une conséquence pratique : le juge des baux commerciaux découvre les deux argumentaires en même temps. Un mémoire préalable rédigé vite, sans éléments de comparaison, reste au dossier et sera lu. Pour une équipe interne, l'arbitrage entre traitement interne et renfort externe se joue à ce stade, car une production ultérieure ne corrige pas une première rédaction faible.
| Élément déposé | Fonction | Point de vigilance |
|---|---|---|
| Mémoire de la partie déposante | Fonde la demande et délimite le débat | Rédigé avant la notification initiale, pas après |
| Pièces fondant la demande | Étayent la valeur locative revendiquée | Comparables et éléments chiffrés réunis en amont |
| Plan des lieux | Permet au juge d'apprécier le local | Cohérent avec les surfaces invoquées |
| Mémoire et pièces reçus de l'autre partie | Complètent le dossier soumis au juge | Annexés au dépôt, donc lus par le juge |
L'article R145-23 précise que, pour le surplus, il est procédé conformément à la procédure à jour fixe prévue aux articles 840 à 844 du code de procédure civile. Le mémoire préalable n'est donc pas une voie concurrente du jour fixe : il constitue la phase d'échange obligatoire, et le déroulé judiciaire qui suit emprunte au jour fixe. La lecture inverse, qui opposerait deux options au choix, conduit à une saisine prématurée.
Le jour fixe présente un intérêt propre : il comprime le calendrier en fixant d'emblée la date d'audience, alors que la procédure écrite ordinaire laisse le rythme aux échanges de conclusions. Pour un litige de loyer, dont l'issue produit des effets financiers reportés sur chaque échéance, cette compression a une valeur mesurable. Elle suppose en contrepartie un dossier complet dès le départ.
Le choix d'un déroulé accéléré se prépare avant la première notification, pas au moment de l'audience.
Voir l'accompagnement en baux commerciaux
Dans les affaires soumises à la procédure écrite ordinaire, l'article 840 du code de procédure civile permet au président du tribunal, en cas d'urgence, d'autoriser le demandeur à assigner le défendeur à jour fixe, sur requête. Cette requête expose les motifs de l'urgence, contient les conclusions du demandeur et vise les pièces justificatives. Une copie de la requête et des pièces est remise au président pour être versée au dossier du tribunal.
L'assignation obéit ensuite à un formalisme sanctionné. Elle mentionne, à peine de nullité, le jour et l'heure fixés par le président auxquels l'affaire sera appelée, ainsi que la chambre à laquelle elle est distribuée. Trois points de vigilance en découlent :
Avant de saisir le juge, les parties peuvent recourir à la commission départementale de conciliation des baux commerciaux. Elle est compétente pour favoriser le rapprochement des parties sur la fixation du loyer du bail renouvelé. Le verbe employé par les textes est déterminant : il s'agit d'une faculté, non d'un passage obligé, et la commission ne tranche pas le litige.
L'arbitrage est donc économique autant que juridique. Lorsque l'écart entre les positions porte sur la méthode d'évaluation, la conciliation peut réduire le débat soumis au juge des baux commerciaux. Lorsqu'il porte sur un principe, elle allonge le calendrier sans le résoudre. Une direction juridique qui traite plusieurs baux en parallèle gagne à trancher dossier par dossier, selon l'écart chiffré et la durée acceptable.
Arbitrer entre conciliation et saisine suppose de chiffrer l'écart en jeu et le délai supportable.
Renfort sur un contentieux de bail commercial
La décision rendue par le juge des loyers commerciaux clôt la première instance sur le prix du bail. Elle est susceptible des voies de recours de droit commun, dont l'appel, exercé selon les règles générales de la procédure civile. Les délais applicables se vérifient au cas par cas, à partir de la nature de la décision et de sa notification, plutôt qu'à partir d'un usage interne.
La logique du recours diffère de celle de la première instance. Le débat porte sur la valeur locative, donc sur des éléments de comparaison, non sur une question de droit isolée. Reprendre le dossier suppose de reconstituer ce socle. Deux enseignements pour une direction juridique : documenter la valeur locative dès le mémoire préalable, et décider en amont si le litige sera traité en interne ou confié à un avocat en droit des baux commerciaux.
C'est le président du tribunal judiciaire, ou le juge qu'il remplace, statuant à juge unique. L'article R145-23 du code de commerce lui confie les contestations relatives à la fixation du prix du bail révisé ou renouvelé, quel que soit le montant du loyer.
Non. Le juge ne peut être saisi avant l'expiration d'un délai d'un mois suivant la réception, par son destinataire, du premier mémoire établi. Ce mois sert à l'échange entre les parties. Une saisine antérieure expose la demande à une contestation de recevabilité.
La partie la plus diligente dépose son mémoire et y annexe les pièces sur lesquelles elle fonde sa demande, un plan des lieux, ainsi que le mémoire et les pièces reçus de l'autre partie. Le plan des lieux permet au juge d'apprécier la configuration du local.
Non. Le mémoire préalable reste la phase d'échange obligatoire. L'article R145-23 renvoie, pour le surplus, à la procédure à jour fixe prévue aux articles 840 à 844 du code de procédure civile. Les deux s'articulent au lieu de s'exclure.
Non. Les parties peuvent y recourir avant de saisir le juge. La commission départementale de conciliation des baux commerciaux favorise le rapprochement sur la fixation du loyer du bail renouvelé, mais elle ne tranche pas. Le recours à cette étape reste une décision d'opportunité.
Article R145-23 du Code de commerce - Légifrance
De la procédure (articles R145-23 à R145-33 du Code de commerce) - Légifrance
La procédure à jour fixe (articles 840 à 844 du Code de procédure civile) - Légifrance
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