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Licenciement sans cause réelle et sérieuse : définition légale (article L1235-3)
Le barème Macron : principe, plancher et plafond
Tableau de calcul : ancienneté et effectif de l'entreprise
Déterminer le salaire de référence (règle des 3 ou 12 derniers mois)
Exemples chiffrés : TPE, PME et grand groupe
Cumul avec l'indemnité légale de licenciement et les autres indemnités de rupture
Régime fiscal et social de l'indemnité pour l'employeur et le salarié
Erreurs de chiffrage fréquentes et impact sur la provision comptable
Un licenciement est qualifié de sans cause réelle et sérieuse lorsque le juge prud'homal estime que le motif invoqué par l'employeur ne repose ni sur des faits objectifs, ni sur un grief suffisamment grave pour justifier la rupture du contrat. L'article L1235-3 du Code du travail, dans sa rédaction issue de l'ordonnance n° 2017-1387 du 22 septembre 2017, encadre les conséquences financières de cette requalification.
Concrètement, lorsqu'un conseil de prud'hommes juge le licenciement injustifié, il condamne l'employeur à verser au salarié une indemnité pour licenciement sans cause réelle et sérieuse. Cette indemnité est distincte de l'indemnité légale de licenciement versée au moment de la rupture. Elle vise à réparer le préjudice subi par le salarié du fait de la perte injustifiée de son emploi.
Avant 2017, le juge fixait librement le montant de cette réparation, sans plafond légal (hors cas de réintégration). Depuis l'entrée en vigueur du barème Macron, le montant est encadré par des minima et des maxima exprimés en mois de salaire brut. Le Conseil constitutionnel a validé ce dispositif le 21 mars 2018 (décision n° 2018-761 DC), et la Cour de cassation a confirmé sa conformité à l'article 10 de la Convention n° 158 de l'OIT dans un avis du 17 juillet 2019.
Le barème Macron fixe, pour chaque tranche d'ancienneté, un montant minimal et un montant maximal d'indemnisation. Le juge doit statuer à l'intérieur de cette fourchette. Il conserve un pouvoir d'appréciation, mais ne peut ni descendre en dessous du plancher, ni dépasser le plafond.
Le barème distingue 2 situations selon l'effectif de l'entreprise :
Le plafond, en revanche, est identique quel que soit l'effectif. Il progresse de 1 mois (pour moins d'1 an d'ancienneté) jusqu'à 20 mois (pour 29 ans d'ancienneté et au-delà).
Le barème ne s'applique pas dans certains cas de nullité du licenciement (discrimination, harcèlement, violation d'une liberté fondamentale). Dans ces hypothèses, le plancher est fixé à 6 mois de salaire, sans plafond.
Le tableau ci-dessous synthétise les fourchettes du barème Macron pour les tranches d'ancienneté les plus courantes, exprimées en mois de salaire brut.
| Ancienneté (années complètes) | Plancher ≥ 11 salariés | Plancher < 11 salariés | Plafond (tous effectifs) |
|---|---|---|---|
| 0 | – | – | 1 mois |
| 1 | 1 mois | 0,5 mois | 2 mois |
| 2 | 3 mois | 0,5 mois | 3,5 mois |
| 5 | 1,5 mois | 1,5 mois | 6 mois |
| 10 | 3 mois | 2,5 mois | 10 mois |
| 15 | 3 mois | 2,5 mois | 13 mois |
| 20 | 3 mois | 2,5 mois | 15,5 mois |
| 25 | 3 mois | 2,5 mois | 17,5 mois |
| 30 et + | 3 mois | 2,5 mois | 20 mois |
L'ancienneté se calcule en années complètes à la date d'envoi de la lettre de licenciement. Les périodes de suspension du contrat (maladie non professionnelle, congé parental) ne sont pas toujours prises en compte : chaque situation doit être vérifiée au regard des règles légales et conventionnelles applicables.
Chiffrer l'exposition financière d'un licenciement contesté suppose de maîtriser l'articulation entre ancienneté, effectif et convention collective.
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Le salaire de référence conditionne directement le montant de l'indemnité. L'article R1234-4 du Code du travail prévoit 2 modes de calcul. Le plus favorable au salarié est retenu :
Le salaire brut inclut le salaire de base, les heures supplémentaires, les commissions, les primes contractuelles et les avantages en nature. En revanche, les remboursements de frais professionnels et les sommes versées au titre de l'intéressement ou de la participation sont exclus.
Pour un DRH, la difficulté réside souvent dans le traitement des primes variables. Une prime annuelle de 12 000 € versée en décembre doit être répartie sur 12 mois dans le calcul sur 3 mois (soit 1 000 € par mois ajoutés à la moyenne). Omettre cette proratisation sous-évalue le salaire de référence et, par conséquent, la provision à constituer.
Le plancher applicable est de 1 mois (barème < 11 salariés). Le plafond est de 5 mois. L'exposition se situe donc entre 2 800 € et 14 000 € brut.
Le plancher est de 3 mois. Le plafond est de 10 mois. L'exposition se situe entre 12 600 € et 42 000 € brut.
Le plancher est de 3 mois. Le plafond est de 16 mois. L'exposition se situe entre 19 500 € et 104 000 € brut.
| Profil | Salaire de référence | Ancienneté | Plancher | Plafond |
|---|---|---|---|---|
| TPE (6 sal.) | 2 800 € | 4 ans | 2 800 € | 14 000 € |
| PME (85 sal.) | 4 200 € | 10 ans | 12 600 € | 42 000 € |
| Grand groupe (2 500 sal.) | 6 500 € | 22 ans | 19 500 € | 104 000 € |
Ces montants concernent uniquement l'indemnité pour licenciement sans cause réelle et sérieuse. Ils s'ajoutent aux autres indemnités de rupture détaillées ci-après.
Anticiper le coût total d'un licenciement contesté nécessite une analyse croisée du barème, du salaire de référence et des conventions collectives applicables.
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L'indemnité pour licenciement sans cause réelle et sérieuse ne se substitue pas aux autres sommes dues au salarié lors de la rupture. Elle s'y ajoute. Le DRH doit donc provisionner l'ensemble des postes suivants :
Le cumul de ces postes peut représenter un montant nettement supérieur à la seule indemnité prud'homale. Pour une PME, dans l'exemple précédent (10 ans, 4 200 € brut), l'indemnité légale de licenciement s'élève à environ 10 500 €, auxquels s'ajoutent 2 à 3 mois de préavis (8 400 € à 12 600 €) et l'indemnité prud'homale (jusqu'à 42 000 €). Le coût total peut atteindre 65 000 € à 67 000 €.
L'indemnité pour licenciement sans cause réelle et sérieuse est exonérée d'impôt sur le revenu dans la limite du montant prévu par le barème légal (article 80 duodecies du CGI). Si le juge accorde un montant dans la fourchette du barème, l'intégralité est exonérée d'IR.
En matière de cotisations sociales, l'exonération s'applique dans la limite de 2 fois le plafond annuel de la Sécurité sociale (2 PASS), soit 92 736 € en 2024. Au-delà, les sommes sont soumises à cotisations. La CSG-CRDS est due sur la fraction excédant le montant de l'indemnité légale ou conventionnelle de licenciement.
L'indemnité est déductible du résultat imposable de l'entreprise au titre des charges de personnel. Le forfait social ne s'applique pas. En revanche, l'employeur doit veiller à la correcte qualification des sommes sur le bulletin de solde de tout compte et sur la DSN, sous peine de redressement URSSAF.
Sécuriser le traitement fiscal et social des indemnités de rupture protège l'entreprise contre les redressements.
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Plusieurs erreurs récurrentes faussent l'évaluation de l'exposition financière et la provision comptable à inscrire dans les comptes de l'entreprise :
Pour fiabiliser la provision, le DRH doit croiser le calcul du barème avec le salaire de référence vérifié, l'ancienneté exacte et l'ensemble des postes de rupture. Un tableau de synthèse par dossier, mis à jour à chaque étape de la procédure (notification, conciliation, jugement), permet de piloter l'exposition avec précision.
Non. Elle n'est due que si le conseil de prud'hommes juge le licenciement dépourvu de cause réelle et sérieuse. L'employeur peut aussi la verser dans le cadre d'une transaction, mais le montant négocié n'est alors pas contraint par le barème Macron.
Non. Les cas de nullité (discrimination, harcèlement, atteinte à une liberté fondamentale) échappent au barème. Le plancher est alors de 6 mois de salaire brut, sans plafond légal.
Les CDD antérieurs au CDI sont pris en compte dans l'ancienneté lorsque le CDI a été conclu immédiatement à l'issue du dernier CDD, sans interruption. La reprise d'ancienneté peut aussi résulter d'une clause contractuelle ou d'une disposition conventionnelle.
Elle est exonérée de cotisations sociales dans la limite de 2 fois le plafond annuel de la Sécurité sociale (92 736 € en 2024). La CSG-CRDS est due sur la fraction dépassant le montant de l'indemnité légale ou conventionnelle de licenciement.
Oui. Dès qu'un risque de condamnation est probable et que le montant peut être estimé de manière fiable, l'entreprise doit constituer une provision pour litige dans ses comptes, conformément au PCG (article 312-1). Le montant provisionné correspond généralement à une estimation médiane entre le plancher et le plafond du barème, augmentée des autres indemnités de rupture.
Article L1235-3 - Barème Macron (Code du travail) - Légifrance
Article L1234-9 - Indemnité légale de licenciement - Légifrance
Simulateur des indemnités prud'homales - Service-Public.fr
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