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Gérance-mandat : de quoi s'agit-il
Cadre légal de la gérance-mandat (article L146-1)
Rôles du mandant et du gérant-mandataire
Rémunération minimale et commission garantie
Gérance-mandat, location-gérance et salariat : différences
Risques et précautions avant de contractualiser
La gérance-mandat est un mode d'exploitation d'un fonds de commerce dans lequel le propriétaire — le mandant — confie la gestion quotidienne de son établissement à un tiers, le gérant-mandataire. Ce dernier exploite le fonds au nom et pour le compte du mandant, sans en devenir propriétaire ni locataire.
Concrètement, le gérant-mandataire tient la caisse, gère les stocks, encadre le personnel et réalise les ventes, mais c'est le mandant qui reste commerçant au regard du registre du commerce. Le chiffre d'affaires généré appartient au mandant. Le gérant-mandataire perçoit en contrepartie une rémunération composée d'une part fixe et d'une part variable.
Ce montage se distingue d'un simple contrat de travail et d'une location-gérance. Il est fréquent dans la grande distribution alimentaire, l'hôtellerie et les réseaux de stations-service, où des enseignes nationales confient l'exploitation de points de vente à des gérants indépendants tout en conservant la maîtrise de la politique commerciale.
Le régime juridique de la gérance-mandat est fixé par les articles L146-1 à L146-4 du Code de commerce, issus de la loi du 2 août 2005. Ces dispositions encadrent les droits et obligations des deux parties, en réaction à des décennies de contentieux sur le statut des gérants de succursales.
L'article L146-1 définit le contrat : le gérant-mandataire est une personne physique ou morale qui gère un fonds de commerce appartenant à autrui, pour le compte de ce dernier et moyennant une rémunération. Le texte précise que le gérant-mandataire n'a pas la qualité de commerçant. Il ne peut donc pas revendiquer la propriété commerciale ni bénéficier du statut des baux commerciaux à titre personnel.
| Élément | Disposition applicable |
|---|---|
| Définition du contrat | Art. L146-1 C. com. |
| Rémunération minimale garantie | Art. L146-2 C. com. |
| Responsabilité du mandant | Art. L146-3 C. com. |
| Fin du contrat et indemnisation | Art. L146-4 C. com. |
Le contrat doit être écrit. Il précise la durée, les conditions de résiliation, le périmètre de gestion et les modalités de rémunération. En l'absence d'écrit, le risque de requalification en contrat de travail augmente considérablement.
La répartition des rôles entre mandant et gérant-mandataire structure l'ensemble du montage. Le mandant reste propriétaire du fonds de commerce, des stocks et du matériel d'exploitation. Il fixe la politique commerciale, les prix de vente et les conditions d'approvisionnement. Il supporte les pertes d'exploitation et assume les dettes contractées dans le cadre de la gestion du fonds.
Le gérant-mandataire, de son côté, assure la gestion opérationnelle quotidienne. Il recrute et encadre le personnel, organise les plannings et veille au respect des normes d'hygiène et de sécurité. Il agit dans les limites du mandat qui lui est confié et rend compte de sa gestion au mandant, généralement par des reportings mensuels.
| Responsabilité | Mandant | Gérant-mandataire |
|---|---|---|
| Propriété du fonds | ✔ | ✘ |
| Qualité de commerçant | ✔ | ✘ |
| Politique commerciale | ✔ | Exécution |
| Gestion opérationnelle | Supervision | ✔ |
| Pertes d'exploitation | ✔ | ✘ |
| Embauche du personnel | Validation possible | ✔ |
Cette répartition est déterminante : si le mandant intervient de manière trop directive dans la gestion quotidienne — en imposant les horaires du gérant, en contrôlant ses absences ou en sanctionnant ses décisions — le juge peut requalifier la relation en contrat de travail. La Cour de cassation a confirmé cette analyse à plusieurs reprises, en recherchant l'existence d'un lien de subordination.
Un montage d'exploitation mal structuré expose l'entreprise à une requalification. Sécuriser le cadre contractuel en amont réduit ce risque.
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L'article L146-2 du Code de commerce impose une rémunération minimale garantie au gérant-mandataire. Cette garantie ne peut être inférieure au SMIC en vigueur, calculé sur la base de la durée légale du travail (35 heures hebdomadaires), soit 1 766,92 € brut mensuel au 1er janvier 2024.
En pratique, la rémunération du gérant-mandataire se compose de 2 éléments :
Le mandant verse cette rémunération même si le fonds de commerce est déficitaire. C'est une différence structurelle avec la location-gérance, où le locataire-gérant assume seul ses résultats.
Le gérant-mandataire relève du régime général de la sécurité sociale. Il cotise comme un salarié pour la maladie, la retraite et le chômage, bien qu'il ne soit pas lié par un contrat de travail. Le mandant assume les charges patronales correspondantes.
La confusion entre ces 3 statuts est la première source de contentieux. Chaque régime obéit à une logique juridique distincte.
En location-gérance (articles L144-1 et suivants du Code de commerce), le locataire-gérant exploite le fonds à ses propres risques. Il est commerçant, inscrit au RCS à son nom, et verse une redevance au propriétaire du fonds. Il conserve les bénéfices et supporte les pertes.
En gérance-mandat, le gérant agit pour le compte du mandant. Il n'est pas commerçant, ne supporte pas les pertes et perçoit une rémunération garantie.
En salariat, le travailleur est subordonné à l'employeur, qui fixe les conditions de travail, contrôle l'exécution et exerce un pouvoir disciplinaire.
| Critère | Gérance-mandat | Location-gérance | Salariat |
|---|---|---|---|
| Qualité de commerçant | Non | Oui | Non |
| Propriété du fonds | Mandant | Propriétaire bailleur | Employeur |
| Risque d'exploitation | Mandant | Locataire-gérant | Employeur |
| Rémunération | Commission garantie + variable | Résultat d'exploitation | Salaire |
| Lien de subordination | Non (en principe) | Non | Oui |
| Régime social | Régime général | Indépendant (TNS) | Régime général |
Structurer un contrat de gérance-mandat ou de location-gérance nécessite une analyse juridique précise du fonds et du bail sous-jacent.
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Le premier risque est la requalification en contrat de travail. Lorsque le mandant exerce un contrôle étroit sur le gérant — horaires imposés, sanctions disciplinaires, absence d'autonomie dans la gestion — les juridictions prud'homales reconnaissent un lien de subordination. Les conséquences sont lourdes : rappels de salaires, indemnités de licenciement, redressement URSSAF sur les cotisations sociales impayées.
Le deuxième risque concerne la requalification en location-gérance. Si le gérant-mandataire supporte en réalité les pertes d'exploitation ou investit ses propres fonds dans le commerce, le contrat peut être requalifié. Or la location-gérance impose des conditions spécifiques, notamment l'obligation pour le propriétaire du fonds d'avoir exploité pendant au moins 2 ans (article L144-3 du Code de commerce).
Pour sécuriser le montage, plusieurs précautions s'imposent :
Un audit juridique préalable du fonds de commerce, du bail commercial sous-jacent et des conditions d'exploitation permet d'identifier les zones de fragilité avant la signature.
Oui. L'article L146-1 du Code de commerce prévoit que le gérant-mandataire peut être une personne physique ou morale. Dans ce cas, la société gérante désigne un représentant permanent pour assurer la gestion quotidienne du fonds.
Le Code de commerce ne fixe pas de durée maximale. Le contrat peut être conclu à durée déterminée ou indéterminée. En cas de CDD, la reconduction tacite sans limitation peut être requalifiée en CDI par le juge.
Le gérant-mandataire n'est pas salarié et ne bénéficie pas du Code du travail. Toutefois, le contrat peut prévoir des périodes de repos. Si une requalification en salariat intervient, les congés payés non pris donnent lieu à indemnisation.
Le mandant. Puisque le gérant-mandataire agit au nom et pour le compte du mandant, ce dernier est tenu des dettes contractées dans le cadre de l'exploitation. Le gérant-mandataire n'engage sa responsabilité personnelle qu'en cas de faute dépassant les limites de son mandat.
Non. Le gérant-mandataire n'est pas titulaire du bail commercial et n'a pas la qualité de commerçant. Il ne peut donc pas revendiquer le droit au renouvellement du bail ni l'indemnité d'éviction prévue par le statut des baux commerciaux.
Chapitre VI : Des gérants-mandataires (Articles L146-1 à L146-4) - Légifrance
La gérance-mandat : information et contrôle des normes de gestion du fonds - Bpifrance Création
Tout savoir sur la location d'un fonds de commerce - economie.gouv.fr
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