Autorisation de mise sur le marché : procédures et obligations

Guides & Ressources pratiques
23 Jun 2026
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7 min de lecture
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Points clés de l'article
  1. L'autorisation de mise sur le marché (AMM) est le prérequis légal pour commercialiser un médicament, un biocide ou un produit phytosanitaire en France et en Europe.
  2. Quatre procédures coexistent : nationale, centralisée, décentralisée et par reconnaissance mutuelle, chacune adaptée à un périmètre géographique et à un type de produit.
  3. Le dossier repose sur le format CTD et une évaluation bénéfice-risque conduite par l'ANSM ou l'EMA.
  4. L'AMM n'est pas définitive : elle doit être renouvelée, peut être modifiée et peut être retirée en cas de risque sanitaire avéré.
  5. Les biocides et phytosanitaires suivent des régimes distincts (règlements UE 528/2012 et 1107/2009) avec leurs propres autorités et calendriers.

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Sommaire

Qu'est-ce que l'autorisation de mise sur le marché

Cadre juridique et autorités compétentes (ANSM, EMA)

Les quatre procédures d'obtention de l'AMM

Constituer le dossier et l'évaluation bénéfice-risque

AMM des biocides et produits phytosanitaires

Modification, renouvellement et retrait de l'AMM

FAQ

Pour aller plus loin

Qu'est-ce que l'autorisation de mise sur le marché

L'autorisation de mise sur le marché (AMM) est l'acte administratif qui autorise la commercialisation d'un médicament à usage humain ou vétérinaire sur un territoire donné. Sans cette autorisation, toute vente ou distribution est interdite et pénalement sanctionnée. En France, l'article L. 5121-8 du Code de la santé publique pose ce principe : aucun médicament ne peut être mis sur le marché sans avoir obtenu une AMM délivrée par l'autorité compétente.

Le mécanisme vise à garantir que chaque produit présente un rapport bénéfice-risque favorable, une qualité pharmaceutique constante et une information fiable pour les prescripteurs et les patients. L'AMM ne vaut pas remboursement : l'accès au marché remboursé suppose des étapes supplémentaires (avis de la HAS, fixation du prix par le CEPS).

Pour un dirigeant de laboratoire ou de biotech, l'AMM conditionne le time-to-market. Un retard de 6 mois dans l'obtention de l'AMM peut représenter plusieurs dizaines de millions d'euros de chiffre d'affaires perdus sur un médicament innovant, selon les estimations du LEEM (2023).

Cadre juridique et autorités compétentes (ANSM, EMA)

Le cadre juridique de l'AMM repose sur 2 niveaux normatifs. Au niveau européen, la directive 2001/83/CE harmonise les règles applicables aux médicaments à usage humain. Le règlement (CE) 726/2004 institue la procédure centralisée et confie à l'Agence européenne des médicaments (EMA), basée à Amsterdam, l'évaluation des dossiers relevant de son champ obligatoire.

Au niveau national, l'ANSM (Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé) délivre les AMM françaises, surveille les effets indésirables et peut suspendre ou retirer une autorisation. L'ANSM traite environ 800 demandes d'AMM par an, auxquelles s'ajoutent plusieurs milliers de modifications.

AutoritéPérimètreBase juridique
ANSMFrance (procédure nationale)Code de la santé publique, L. 5121-8
EMAUnion européenne (procédure centralisée)Règlement (CE) 726/2004
Commission européenneDécision finale en procédure centraliséeRèglement (CE) 726/2004, art. 10

La répartition des compétences entre ANSM et EMA dépend du type de produit et de la procédure choisie. Les médicaments issus de biotechnologie, les thérapies innovantes (ATMP) et les médicaments orphelins relèvent obligatoirement de la procédure centralisée.

Les quatre procédures d'obtention de l'AMM

Le choix de la procédure détermine le calendrier, le coût et le périmètre géographique de l'autorisation. 4 voies coexistent :

  • Procédure nationale : le laboratoire dépose son dossier auprès de l'ANSM. L'évaluation dure en principe 210 jours. L'AMM est valable uniquement en France.
  • Procédure centralisée : le dossier est déposé à l'EMA. Le comité des médicaments à usage humain (CHMP) rend un avis en 210 jours. La Commission européenne délivre ensuite une AMM valable dans les 27 États membres simultanément.
  • Procédure décentralisée : le laboratoire dépose simultanément dans plusieurs États membres et désigne un État membre de référence (RMS). Durée : environ 210 jours plus une phase nationale de 30 jours.
  • Procédure de reconnaissance mutuelle : un État membre ayant déjà délivré une AMM nationale sert de référence pour étendre l'autorisation à d'autres États. Durée : 90 jours.
ProcédureDurée indicativePérimètreObligatoire pour
Nationale210 jours1 ÉtatGénériques locaux
Centralisée210 jours + décision CE27 États UEBiotech, orphelins, ATMP
Décentralisée~240 joursPlusieurs ÉtatsProduits sans AMM existante
Reconnaissance mutuelle90 joursPlusieurs ÉtatsExtension d'une AMM nationale

Un choix de procédure inadapté peut retarder l'accès au marché de plusieurs mois. Structurer sa stratégie réglementaire en amont est déterminant.
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Constituer le dossier et l'évaluation bénéfice-risque

Le dossier d'AMM suit le format CTD (Common Technical Document), structuré en 5 modules :

  1. Module 1 : données administratives (résumé des caractéristiques du produit, notice, étiquetage).
  2. Module 2 : résumés des données qualité, non cliniques et cliniques.
  3. Module 3 : documentation pharmaceutique (procédé de fabrication, contrôle qualité, stabilité).
  4. Module 4 : études non cliniques (pharmacologie, toxicologie).
  5. Module 5 : études cliniques (phases I, II et III).

L'évaluation porte sur 3 critères cumulatifs : qualité, sécurité et efficacité. L'autorité compétente vérifie que le rapport bénéfice-risque est favorable dans les conditions d'utilisation proposées. Elle peut exiger des études complémentaires, imposer des conditions (plan de gestion des risques) ou refuser l'AMM.

En 2023, le CHMP de l'EMA a rendu 98 avis positifs sur des nouvelles substances actives, contre 2 avis négatifs. Le taux de refus reste faible, car les laboratoires retirent souvent leur demande avant un avis défavorable formel.

AMM des biocides et produits phytosanitaires

Les produits biocides (désinfectants, insecticides, produits de protection du bois) relèvent du règlement (UE) 528/2012. La procédure se déroule en 2 étapes : approbation de la substance active au niveau européen par l'ECHA, puis autorisation du produit au niveau national (ANSES en France) ou par reconnaissance mutuelle.

Les produits phytosanitaires (herbicides, fongicides, insecticides agricoles) sont régis par le règlement (CE) 1107/2009. La substance active est approuvée au niveau européen, puis chaque État délivre l'AMM du produit formulé. En France, l'ANSES instruit ces dossiers. Les délais d'évaluation atteignent fréquemment 12 à 18 mois.

CatégorieRèglement UEAutorité FRÉtape clé
Biocides528/2012ANSESApprobation substance (ECHA) + AMM produit
Phytosanitaires1107/2009ANSESApprobation substance (CE) + AMM produit

Ces régimes imposent des obligations de pharmacovigilance (ou phytopharmacovigilance) et des renouvellements périodiques. Le non-respect expose à des sanctions administratives et pénales pouvant atteindre 150 000 € d'amende et 2 ans d'emprisonnement (art. L. 253-17 du Code rural).

La réglementation des biocides et phytosanitaires évolue rapidement. Un accompagnement juridique spécialisé permet de sécuriser chaque étape du processus d'autorisation.
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Modification, renouvellement et retrait de l'AMM

L'AMM n'est pas un acquis permanent. 3 mécanismes encadrent son cycle de vie :

Modifications (variations) : toute modification du procédé de fabrication, de la composition, de l'indication ou de l'étiquetage doit être notifiée ou approuvée selon sa nature. Le règlement (CE) 1234/2008 classe les variations en 3 catégories : type IA (notification simple), type IB (notification avec délai) et type II (approbation préalable requise).

Renouvellement : la première AMM est délivrée pour 5 ans. Le titulaire doit déposer une demande de renouvellement au moins 9 mois avant l'expiration. Après un premier renouvellement, l'AMM devient en principe illimitée, sauf décision contraire motivée par des raisons de pharmacovigilance.

Suspension et retrait : l'ANSM ou la Commission européenne peut suspendre ou retirer une AMM lorsque le rapport bénéfice-risque devient défavorable. En 2020, l'ANSM a ainsi retiré l'AMM de 46 spécialités pharmaceutiques. Le retrait peut aussi résulter d'une décision du titulaire (arrêt de commercialisation), soumise à un préavis réglementaire.

Le non-respect des obligations post-AMM (pharmacovigilance, soumission des variations, rappels de lots) expose le titulaire à des sanctions financières, à la suspension de l'AMM et à des poursuites pénales. Un suivi réglementaire rigoureux est indispensable tout au long du cycle de vie du produit.

FAQ

Quelle est la durée de validité d'une AMM en France ?

La première AMM est valable 5 ans. Après renouvellement, elle devient en principe illimitée, sauf si l'ANSM identifie un risque justifiant une durée limitée. Le titulaire doit déposer sa demande de renouvellement au moins 9 mois avant l'expiration.

Peut-on commercialiser un médicament sans AMM ?

Non. La commercialisation sans AMM est interdite et constitue une infraction pénale. Des exceptions existent pour les autorisations temporaires d'utilisation (ATU, désormais « accès précoce ») et les préparations magistrales ou hospitalières, encadrées par des dispositions spécifiques du Code de la santé publique.

Quelle différence entre procédure centralisée et procédure décentralisée ?

La procédure centralisée aboutit à une AMM unique valable dans tous les États membres, délivrée par la Commission européenne après avis de l'EMA. La procédure décentralisée implique un dépôt simultané dans plusieurs États avec un État de référence, et aboutit à des AMM nationales distinctes mais harmonisées.

Combien coûte une demande d'AMM auprès de l'EMA ?

Les redevances EMA pour une demande d'AMM centralisée s'élèvent à environ 300 000 € pour une nouvelle substance active (barème 2024). Des réductions sont prévues pour les PME (jusqu'à 90 % de réduction pour les micro-entreprises). Les frais nationaux auprès de l'ANSM sont nettement inférieurs.

L'AMM garantit-elle le remboursement du médicament ?

Non. L'AMM autorise la commercialisation, mais le remboursement dépend d'une évaluation distincte par la Haute Autorité de santé (HAS), suivie d'une négociation de prix avec le Comité économique des produits de santé (CEPS). Un médicament peut disposer d'une AMM sans être remboursé par l'Assurance maladie.

Pour aller plus loin

Code de la santé publique, Section 5 : Autorisation de mise sur le marché - Légifrance

Renouvellement de l'autorisation de mise sur le marché d'un médicament - Service-Public.fr

Demande d'autorisation de mise sur le marché, Articles R5121-21 à R5121-31 - Légifrance

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