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Audit énergétique tertiaire : de quoi parle-t-on
Décret tertiaire et audit obligatoire : deux régimes distincts
Quelles entreprises sont assujetties et selon quels seuils
Déroulement de l'audit énergétique selon la norme NF EN 16247
Déclaration OPERAT et échéances de conformité
Coût de l'audit et aides mobilisables
Sanctions et rôle de la direction juridique
L'audit énergétique tertiaire désigne l'analyse détaillée des consommations d'énergie d'un bâtiment à usage de bureaux, de commerce, d'enseignement ou de santé. Son objectif : identifier les postes de déperdition et proposer des actions de réduction chiffrées, hiérarchisées par retour sur investissement.
En droit français, cette obligation découle de 2 cadres réglementaires superposés. Le premier est le décret tertiaire (décret n° 2019-771 du 23 juillet 2019), qui impose une trajectoire de réduction des consommations d'énergie finale. Le second est l'audit énergétique obligatoire issu de la transposition de la directive européenne 2012/27/UE relative à l'efficacité énergétique, codifié aux articles L. 233-1 à L. 233-4 du code de l'énergie.
Pour la direction juridique, la difficulté réside dans l'articulation de ces 2 régimes. Chacun possède ses propres seuils d'assujettissement, ses échéances et ses sanctions. Confondre l'un avec l'autre expose l'entreprise à un faux sentiment de conformité.
Le décret tertiaire (aussi appelé « dispositif Éco Énergie Tertiaire ») s'applique à tout bâtiment ou partie de bâtiment à usage tertiaire dont la surface d'exploitation atteint ou dépasse 1 000 m². Il fixe des objectifs de réduction de la consommation d'énergie finale : -40 % en 2030, -50 % en 2040 et -60 % en 2050, par rapport à une année de référence choisie entre 2010 et 2019. L'assujetti peut aussi opter pour un seuil de consommation en valeur absolue, défini par arrêté selon la catégorie d'activité.
L'audit énergétique réglementaire, quant à lui, vise les grandes entreprises au sens de l'article L. 233-1 du code de l'énergie : plus de 250 salariés ou chiffre d'affaires supérieur à 50 M€ et bilan supérieur à 43 M€. Il doit être renouvelé tous les 4 ans et couvre l'ensemble des consommations de l'entreprise (bâtiments, procédés, transport), pas uniquement le parc tertiaire.
| Critère | Décret tertiaire | Audit énergétique obligatoire |
|---|---|---|
| Texte de référence | Décret n° 2019-771 | Art. L. 233-1 code de l'énergie |
| Seuil d'assujettissement | ≥ 1 000 m² de surface tertiaire | ≥ 250 salariés ou CA > 50 M€ |
| Périmètre | Bâtiment tertiaire | Toutes consommations de l'entreprise |
| Objectif | Réduction progressive (-40 % en 2030) | Diagnostic + plan d'actions |
| Fréquence | Déclaration annuelle (OPERAT) | Tous les 4 ans |
| Sanction maximale | 7 500 € par site (name and shame) | 2 % du CA HT (si non-réalisation) |
Une ETI exploitant 15 000 m² de bureaux et employant 400 salariés est donc soumise aux 2 régimes simultanément. La direction juridique doit cartographier chaque obligation site par site.
L'articulation entre décret tertiaire et audit réglementaire nécessite une analyse juridique précise adaptée à chaque parc immobilier.
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Le seuil de 1 000 m² s'apprécie par bâtiment, par partie de bâtiment ou par ensemble de bâtiments situés sur une même unité foncière. Sont concernés les propriétaires et les preneurs à bail. En cas de bail commercial, l'obligation pèse sur l'occupant pour les consommations liées à son activité, et sur le bailleur pour les équipements communs (chauffage collectif, ascenseurs).
Le seuil se vérifie au niveau de l'entité juridique ou du groupe. Une filiale de moins de 250 salariés peut être exemptée si elle n'est pas consolidée dans un groupe dépassant les seuils. En revanche, les entreprises certifiées ISO 50001 sur au moins 80 % de leur facture énergétique sont dispensées de l'audit réglementaire, à condition de maintenir la certification active.
| Situation de l'entreprise | Décret tertiaire | Audit réglementaire |
|---|---|---|
| PME, 800 m² de bureaux, 120 salariés | Non | Non |
| ETI, 3 000 m² de bureaux, 300 salariés | Oui | Oui |
| Grand groupe, 50 000 m², certifié ISO 50001 (>80 %) | Oui | Exempté |
| Bailleur, immeuble tertiaire 2 500 m² loué | Oui (parties communes) | Selon taille du bailleur |
L'audit réglementaire doit respecter la norme NF EN 16247, divisée en 5 parties (exigences générales, bâtiments, procédés, transport, compétences de l'auditeur). Le processus se décompose en 4 phases :
L'auditeur doit être qualifié RGE (Reconnu Garant de l'Environnement) ou être un organisme accrédité COFRAC. La direction juridique vérifie cette qualification avant de contractualiser, car un audit réalisé par un prestataire non qualifié est juridiquement inopposable à l'administration.
La sécurisation du contrat de prestation d'audit (qualification RGE, clause de conformité NF EN 16247, responsabilité en cas de rapport incomplet) relève directement du périmètre de la direction juridique.
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OPERAT (Observatoire de la Performance Énergétique, de la Rénovation et des Actions du Tertiaire) est la plateforme gérée par l'ADEME sur laquelle chaque assujetti au décret tertiaire doit déclarer annuellement ses consommations d'énergie.
L'assujetti renseigne pour chaque bâtiment ou lot : la surface, l'activité exercée, les consommations annuelles par type d'énergie (électricité, gaz, réseau de chaleur), les indicateurs d'intensité d'usage et les actions engagées. OPERAT calcule alors automatiquement la notation Éco Énergie Tertiaire (feuille verte, orange ou grise selon le niveau d'atteinte de l'objectif).
L'absence de déclaration ne suspend pas l'obligation de réduction. Elle prive simplement l'entreprise de la preuve de sa conformité et déclenche le mécanisme de sanction.
Le coût d'un audit énergétique tertiaire varie selon la surface, la complexité technique et le nombre de sites. Pour un bâtiment de bureaux de 5 000 m², le budget se situe entre 8 000 € et 15 000 € HT. Pour un parc multi-sites de 50 000 m², la fourchette monte à 40 000 – 80 000 € HT, hors instrumentation complémentaire.
La direction juridique doit vérifier les conditions d'éligibilité et les clauses de remboursement en cas de non-réalisation des travaux préconisés.
La structuration juridique du financement de l'audit (CEE, subventions ADEME, clauses contractuelles) nécessite une expertise croisée en droit de l'environnement et droit public.
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En cas de non-respect du décret tertiaire, le préfet peut :
Pour l'audit réglementaire, l'absence de réalisation dans les délais expose à une sanction pouvant atteindre 2 % du chiffre d'affaires HT (4 % en cas de récidive), prononcée par le ministre chargé de l'énergie.
La DJ intervient à 4 niveaux :
Face à la multiplication des échéances et à la technicité des normes, la DJ a intérêt à s'appuyer sur un conseil externe spécialisé en droit de l'environnement pour sécuriser chaque étape du processus.
Non. L'audit réglementaire (code de l'énergie) ne concerne que les entreprises de plus de 250 salariés ou dépassant 50 M€ de CA et 43 M€ de bilan. Le décret tertiaire, lui, s'applique dès 1 000 m² de surface tertiaire exploitée, quelle que soit la taille de l'entreprise.
Le décret tertiaire impose une réduction progressive des consommations (-40 % en 2030) avec déclaration annuelle sur OPERAT. L'audit énergétique obligatoire est un diagnostic complet réalisé tous les 4 ans, couvrant l'ensemble des consommations de l'entreprise. Les seuils, périmètres et sanctions diffèrent.
Oui, à condition que le système de management de l'énergie certifié ISO 50001 couvre au moins 80 % de la facture énergétique de l'entreprise. Cette dispense ne s'applique qu'à l'audit réglementaire, pas aux obligations du décret tertiaire.
Elle s'expose à une mise en demeure préfectorale, puis à une amende de 7 500 € par bâtiment (personne morale). Le préfet peut aussi publier le nom de l'entreprise défaillante sur un site public (name and shame).
La répartition dépend du bail et de l'annexe environnementale obligatoire (article L. 125-9 du code de l'environnement). En pratique, l'audit des parties communes incombe au bailleur, celui des lots privatifs au preneur. La direction juridique doit vérifier les clauses du bail pour éviter tout litige.
Décret n° 2019-771 du 23 juillet 2019 relatif aux bâtiments à usage tertiaire - Légifrance
Article L233-1 du Code de l'énergie : audit énergétique obligatoire des entreprises - Légifrance
Audit énergétique en entreprise : définition, obligation et méthode - Bpifrance
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