Apport SASU : numéraire, nature ou industrie, comment choisir

Guides & Ressources pratiques
16 Jul 2026
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8 min de lecture
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Par

Jullian Hoareau

Points clés de l'article
  1. L'apport en numéraire (somme d'argent) doit être libéré à hauteur de 50 % minimum à la constitution, le solde sous 5 ans.
  2. L'apport en nature (bien meuble ou immeuble) exige une évaluation ; un commissaire aux apports est obligatoire au-delà de certains seuils.
  3. L'apport en industrie (compétences, travail) ne forme pas le capital social et ne donne droit qu'à des actions inaliénables.
  4. Seuls les apports en numéraire et en nature composent le capital social inscrit aux statuts.
  5. Une erreur de qualification ou de libération peut entraîner la nullité de l'apport ou engager la responsabilité du président.

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Sommaire

Qu'est-ce qu'un apport dans une SASU

Apports en numéraire : montant et libération

Apports en nature : évaluation et commissaire aux apports

Apports en industrie : principe et limites

Effets des apports sur le capital et les actions

Erreurs fréquentes et sécurisation juridique des apports

FAQ

Pour aller plus loin

Qu'est-ce qu'un apport dans une SASU

Créer une SASU suppose de doter la société d'un patrimoine initial. L'apport SASU désigne tout bien ou valeur que l'associé unique transfère à la société en échange d'actions. Ce mécanisme, prévu aux articles L. 227-1 et suivants du Code de commerce, conditionne la naissance juridique de la société et détermine le montant du capital social.

Le droit français distingue 3 catégories d'apports : numéraire (argent), nature (biens corporels ou incorporels) et industrie (savoir-faire, travail). Chaque catégorie obéit à des règles propres de libération, d'évaluation et de traitement comptable. Le choix entre ces formes n'est pas anodin : il influence la trésorerie disponible dès l'immatriculation, la crédibilité financière vis-à-vis des tiers et la répartition des droits sociaux.

En SASU, l'associé unique cumule souvent les fonctions de président et d'apporteur. Cette concentration impose une vigilance accrue : aucun autre associé ne viendra contester une évaluation surévaluée ou un calendrier de libération non respecté. C'est le greffe du tribunal de commerce, puis l'administration fiscale, qui contrôleront la régularité des apports.

Apports en numéraire : montant et libération

L'apport en numéraire consiste à verser une somme d'argent sur le compte bancaire de la société en formation. C'est la forme la plus courante : selon les données de l'INSEE, plus de 80 % des SASU sont constituées avec un apport exclusivement en numéraire.

Le Code de commerce (article L. 227-1 renvoyant à L. 225-3) impose une libération minimale de 50 % du montant souscrit lors de la constitution. Le solde doit être versé dans un délai de 5 ans à compter de l'immatriculation, sur décision du président. Tant que le capital n'est pas intégralement libéré, la SASU ne peut pas bénéficier du taux réduit d'impôt sur les sociétés à 15 % sur les 42 500 premiers euros de bénéfice.

ÉlémentRègle applicable
Montant minimum légal1 € (pas de plancher imposé)
Libération à la constitution50 % minimum
Délai de libération du solde5 ans maximum
Dépôt des fondsCompte bloqué (banque, notaire ou Caisse des dépôts)
Condition pour le taux IS réduitCapital intégralement libéré

En pratique, fixer un capital trop bas (1 €) fragilise la crédibilité de la société auprès des banques et fournisseurs. Un capital compris entre 1 000 € et 10 000 € constitue un signal de sérieux sans immobiliser une trésorerie excessive.

Structurer ses apports en numéraire dès la création évite des blocages fiscaux et bancaires ultérieurs.
Consultez un avocat en droit des sociétés pour sécuriser vos statuts.

Apports en nature : évaluation et commissaire aux apports

L'apport en nature porte sur un bien autre qu'une somme d'argent : véhicule, matériel informatique, fonds de commerce, brevet, marque ou créance. Le bien est transféré en pleine propriété (ou en jouissance) à la SASU, qui en devient titulaire.

La difficulté réside dans l'évaluation. L'associé unique fixe la valeur de l'apport dans les statuts. Or, une surévaluation gonfle artificiellement le capital et trompe les créanciers. Le législateur a prévu un garde-fou : le recours à un commissaire aux apports, professionnel inscrit sur la liste des commissaires aux comptes.

Quand le commissaire aux apports est-il obligatoire ?

En SASU, l'associé unique peut décider de ne pas nommer de commissaire aux apports si deux conditions cumulatives sont remplies (article L. 227-1 renvoyant à L. 225-14) :

  • Aucun apport en nature ne dépasse 30 000 €
  • La valeur totale des apports en nature ne dépasse pas 50 % du capital social

Si l'une de ces conditions n'est pas remplie, la désignation d'un commissaire aux apports est obligatoire. Le coût de cette mission varie généralement entre 500 € et 3 000 € selon la complexité du bien évalué.

CritèreSeuilConséquence
Valeur unitaire d'un apport en nature≤ 30 000 €Commissaire facultatif
Part des apports en nature dans le capital≤ 50 %Commissaire facultatif
Dépassement d'un des deux seuilsCommissaire obligatoire

En l'absence de commissaire alors qu'il était requis, l'associé unique engage sa responsabilité personnelle pendant 5 ans sur la valeur attribuée aux apports en nature.

Apports en industrie : principe et limites

L'apport en industrie consiste à mettre à disposition de la SASU un savoir-faire, une compétence technique ou une force de travail. Contrairement aux deux autres formes, cet apport ne figure pas au capital social. Il ne crée pas de valeur inscrite au bilan.

L'apporteur en industrie reçoit des actions spécifiques, inaliénables et non cessibles. Ces actions lui confèrent un droit de vote et un droit aux bénéfices, définis dans les statuts. En SASU, l'associé unique étant seul, l'apport en industrie concerne surtout un tiers (cofondateur technique, par exemple) à qui l'on souhaite attribuer des droits sans diluer le capital.

Les limites sont nettes :

  • L'apport en industrie ne contribue pas au capital social : il n'améliore pas le gage des créanciers.
  • Les actions d'industrie sont incessibles : l'apporteur ne peut pas les revendre.
  • L'obligation de l'apporteur est personnelle : elle s'éteint en cas d'incapacité ou de décès.
  • Les statuts doivent préciser la nature de la prestation, sa durée et les droits attachés.

L'apport en industrie permet d'associer un collaborateur clé sans modifier le capital. Sa rédaction statutaire exige une attention particulière.
Faites relire vos statuts par un avocat spécialisé.

Effets des apports sur le capital et les actions

Le capital social de la SASU correspond à la somme des apports en numéraire et en nature. Les apports en industrie en sont exclus. Ce capital figure dans les statuts, sur le Kbis et dans toutes les mentions légales.

Chaque apport donne droit à un nombre d'actions proportionnel à sa valeur. En SASU, l'associé unique détient 100 % des actions issues du capital. S'il réalise un apport en nature de 5 000 € et un apport en numéraire de 5 000 €, le capital s'élève à 10 000 € et la totalité des actions lui revient.

Le capital remplit 3 fonctions :

  1. Garantie pour les créanciers : il constitue le gage minimal de la société.
  2. Mesure des droits financiers : dividendes, boni de liquidation.
  3. Signal de solidité : un capital cohérent avec l'activité rassure partenaires et banques.

Toute modification ultérieure du capital (augmentation, réduction) nécessite une décision de l'associé unique formalisée par procès-verbal et publiée au greffe.

Erreurs fréquentes et sécurisation juridique des apports

Plusieurs erreurs reviennent régulièrement lors de la constitution d'une SASU :

  • Surévaluer un apport en nature sans commissaire aux apports : l'associé unique reste responsable de la différence pendant 5 ans.
  • Oublier de libérer le solde du numéraire dans le délai de 5 ans : la société s'expose à une dissolution judiciaire sur demande de tout intéressé.
  • Ne pas décrire précisément l'apport en industrie dans les statuts : en cas de litige, l'apport peut être requalifié en contrat de travail.
  • Confondre apport et compte courant d'associé : le compte courant est un prêt remboursable, l'apport est définitif et intégré au capital.
  • Fixer un capital à 1 € sans mesurer l'impact sur la crédibilité bancaire et commerciale.

La rédaction des statuts constitue le verrou de sécurité. Chaque apport doit y être décrit avec précision : nature, valeur, conditions de libération, droits attachés. Un vice de rédaction peut entraîner un refus d'immatriculation ou, plus tard, la nullité de l'apport.

Un accompagnement juridique dès la rédaction des statuts réduit le risque de contentieux et de redressement.
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FAQ

Quel est le montant minimum d'apport pour créer une SASU ?

La loi n'impose aucun capital minimum. Une SASU peut être constituée avec un apport en numéraire de 1 €. En pratique, un capital de 1 000 € à 10 000 € offre une meilleure crédibilité auprès des banques et partenaires commerciaux.

Peut-on cumuler apport en numéraire et apport en nature dans une SASU ?

Oui. L'associé unique peut combiner les deux formes. Le capital social correspondra à la somme de la valeur de l'apport en numéraire et de la valeur attribuée à l'apport en nature. Les règles de libération et d'évaluation s'appliquent distinctement à chaque type.

L'associé unique peut-il faire un apport en industrie à sa propre SASU ?

C'est juridiquement possible mais peu fréquent. L'apport en industrie ne forme pas le capital social et génère des actions inaliénables. En SASU, il est surtout utilisé pour associer un tiers (collaborateur, cofondateur) sans lui attribuer de part du capital.

Que se passe-t-il si le solde de l'apport en numéraire n'est pas libéré dans les 5 ans ?

La société ne respecte plus ses obligations légales. Le président peut être mis en demeure de procéder à l'appel de fonds. À défaut, tout intéressé (créancier, administration fiscale) peut demander la dissolution judiciaire de la SASU devant le tribunal de commerce.

Quand faut-il obligatoirement nommer un commissaire aux apports ?

Le commissaire aux apports est obligatoire dès qu'un apport en nature dépasse 30 000 € ou que la valeur totale des apports en nature représente plus de 50 % du capital social. En dessous de ces seuils, l'associé unique peut s'en dispenser, mais il assume alors personnellement la responsabilité de l'évaluation.

Pour aller plus loin

SASU - Société par actions simplifiée unipersonnelle - Bpifrance Création

Société par actions simplifiée unipersonnelle (SASU) : ce qu'il faut savoir - Service-Public.fr

Comment fixer son capital social de départ ? - Bpifrance Création

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