
Jullian Hoareau

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Franchise en base de TVA : principe et conditions d'application
Seuils de TVA 2026 : montants par type d'activité
Dépassement des seuils : conséquences et calendrier d'application
Démarches pour devenir redevable de la TVA
Obligations de facturation avec et sans TVA
Erreurs fréquentes et points de vigilance
Checklist : vérifier son statut TVA en 6 points
Lorsqu'un auto-entrepreneur ou un micro-entrepreneur lance son activité, il bénéficie en principe de la franchise en base de TVA. Ce dispositif, prévu à l'article 293 B du Code général des impôts, dispense l'entrepreneur de collecter la TVA sur ses ventes et de la reverser à l'État. En contrepartie, il ne peut pas non plus déduire la TVA payée sur ses propres achats professionnels.
Concrètement, cela signifie que les factures émises ne comportent aucune ligne de TVA. Le prix facturé au client correspond au montant hors taxe, accompagné de la mention obligatoire : « TVA non applicable, article 293 B du CGI ». Pour le client particulier, cela ne change rien. Pour un client professionnel assujetti, cela implique qu'il ne pourra pas récupérer de TVA sur cette prestation.
La franchise en base s'applique de plein droit dès la création de l'entreprise, sans démarche spécifique, à condition que le chiffre d'affaires reste en dessous des seuils de TVA fixés par la loi. Elle concerne toutes les formes juridiques éligibles au régime micro (micro-entreprise, entreprise individuelle au régime micro-fiscal), mais aussi certaines sociétés dont le chiffre d'affaires reste sous les plafonds.
Le mécanisme repose sur une logique simple : en dessous d'un certain niveau d'activité, l'administration fiscale considère que la gestion de la TVA représenterait une charge disproportionnée par rapport aux recettes générées. La franchise simplifie donc la vie administrative de l'entrepreneur, mais elle impose une surveillance régulière du chiffre d'affaires réalisé.
La franchise en base vise principalement :
Un point souvent méconnu : la franchise en base est un régime optionnel par défaut. Un entrepreneur peut y renoncer volontairement pour facturer la TVA, par exemple s'il réalise des achats professionnels élevés et souhaite récupérer la TVA correspondante. Cette option engage toutefois pour une durée minimale de 2 ans.
Depuis le 1er janvier 2025, la franchise en base repose sur des seuils de TVA différenciés selon la nature de l'activité. Ils ont été relevés par l'article 32 de la loi de finances pour 2025 et restent inchangés au 1er janvier 2026.
La même loi prévoyait leur remplacement par un seuil unique de 25 000 €, majoré à 27 500 €. Cette mesure a été suspendue dès mars 2025, après consultation des fédérations professionnelles. Elle a ensuite été supprimée par la loi n° 2025-1044 du 3 novembre 2025. Le seuil unique n'a donc jamais produit d'effet. La distinction entre vente et services n'a jamais été supprimée.
| Type d'activité | Seuil de base 2026 | Seuil majoré 2026 |
|---|---|---|
| Vente de marchandises, hébergement | 85 000 € | 93 500 € |
| Prestations de services | 37 500 € | 41 250 € |
| Professions libérales | 37 500 € | 41 250 € |
| Activités mixtes | 85 000 € de CA total, dont 37 500 € au maximum pour les services | 93 500 € de CA total, dont 41 250 € au maximum pour les services |
Le seuil de base sert à apprécier le chiffre d'affaires de l'année précédente. Le seuil majoré sert à apprécier le chiffre d'affaires de l'année en cours. Les deux montants doivent donc être suivis en parallèle.
Ces seuils figurent à l'article 293 B du Code général des impôts, dans sa rédaction issue de l'article 32 de la loi n° 2025-127 du 14 février 2025. Aucun texte publié ne prévoit de les modifier pour 2026.
Le chiffre d'affaires pris en compte est le CA effectivement encaissé au cours de l'année civile, et non le CA facturé. Il s'agit du montant brut, sans déduction des charges ni des frais professionnels.
En cas de création en cours d'année, le seuil de base est ajusté au prorata du nombre de jours d'activité. Le seuil majoré n'est pas ajusté.
Exemple 1 : un prestataire de services démarre le 1er juillet 2026 et exerce 184 jours sur 365. Son seuil de base proratisé vaut 37 500 € × 184 / 365, soit 18 904 €. Pour une activité de vente, le même calcul donne 85 000 € × 184 / 365, soit 42 849 €.
Exemple 2 : un commerçant encaisse 60 000 € de ventes et 20 000 € de prestations de services en 2026. Son CA total atteint 80 000 €, sous le seuil de 85 000 €. Sa part services reste sous 37 500 €. Il conserve la franchise en base.
Un changement de seuil TVA peut modifier la rentabilité d'une activité et la relation tarifaire avec les clients professionnels. Anticiper ces impacts suppose de bien comprendre les mécanismes fiscaux en jeu.
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Le franchissement d'un seuil de TVA fait perdre la franchise en base. Deux règles distinctes s'appliquent selon le seuil concerné.
Si le chiffre d'affaires de l'année précédente dépasse le seuil de base, la franchise est perdue au 1er janvier de l'année suivante. L'entrepreneur dispose alors de plusieurs semaines pour préparer le passage à la TVA.
Si le chiffre d'affaires de l'année en cours dépasse le seuil majoré, la franchise est perdue immédiatement, dès le jour du dépassement. L'opération qui fait franchir le seuil majoré est elle-même soumise à la TVA.
| Situation | Conséquence |
|---|---|
| CA services 2025 de 38 500 €, au-dessus de 37 500 € et sous 41 250 € | Franchise conservée en 2025, perdue le 1er janvier 2026 |
| CA services 2026 qui atteint 41 250 € le 15 septembre 2026 | TVA due dès le 15 septembre 2026, sur l'opération qui franchit le seuil |
| CA ventes 2025 de 90 000 €, au-dessus de 85 000 € et sous 93 500 € | Franchise conservée en 2025, perdue le 1er janvier 2026 |
| CA ventes 2026 qui atteint 93 500 € le 3 mars 2026 | TVA due dès le 3 mars 2026 |
Détail du premier exemple : le prestataire encaisse 12 000 € au 1er trimestre 2025, 11 000 € au 2e, 9 500 € au 3e et 6 000 € au 4e. Son CA 2025 atteint donc 38 500 €. Ce montant dépasse le seuil de base de 37 500 € sans atteindre le seuil majoré de 41 250 €. La franchise s'applique jusqu'au 31 décembre 2025, puis cesse le 1er janvier 2026.
Un dépassement du seul seuil de base ne produit aucun effet en cours d'année. Seul le franchissement du seuil majoré entraîne une bascule immédiate à la TVA.
À compter de la date d'assujettissement :
Le passage à la TVA suppose plusieurs démarches administratives. Elles doivent être engagées dès que le dépassement est constaté, sans attendre la clôture de l'exercice.
Déclarer le dépassement au Service des Impôts des Entreprises (SIE) : cette déclaration s'effectue via le guichet unique de l'INPI (formalites.entreprises.gouv.fr) ou directement auprès du SIE compétent.
Obtenir un numéro de TVA intracommunautaire : ce numéro, attribué par l'administration fiscale, est indispensable pour facturer avec TVA. Le délai d'obtention varie de quelques jours à plusieurs semaines.
Choisir un régime de déclaration TVA :
Mettre à jour ses outils de facturation : intégrer les lignes de TVA, les taux applicables et le numéro de TVA intracommunautaire sur chaque facture.
Informer ses clients : en particulier les clients particuliers, pour lesquels le prix TTC sera impacté.
Le passage à la TVA modifie les obligations déclaratives et peut nécessiter une révision de la stratégie tarifaire. Un accompagnement fiscal adapté permet d'éviter les erreurs de transition.
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Les mentions obligatoires sur les factures diffèrent selon que l'entrepreneur bénéficie ou non de la franchise en base.
| Mention | Franchise en base | Assujetti TVA |
|---|---|---|
| Prix HT | ✅ | ✅ |
| Taux et montant TVA | ❌ | ✅ |
| Prix TTC | ❌ (HT = TTC) | ✅ |
| N° TVA intracommunautaire | ❌ (sauf exception) | ✅ |
| Mention art. 293 B CGI | ✅ | ❌ |
Une facture non conforme expose l'entrepreneur à une amende de 15 € par mention manquante ou inexacte, plafonnée à 25 % du montant de la facture (article 1737 du CGI).
Plusieurs erreurs reviennent régulièrement chez les micro-entrepreneurs confrontés à la question du seuil de TVA.
Le seuil de franchise en base de TVA et les plafonds du régime micro sont deux mécanismes distincts. Pour les revenus 2026 à 2028, le régime micro s'applique jusqu'à 203 100 € de chiffre d'affaires pour la vente et 83 600 € pour les services, en BIC comme en BNC. Un entrepreneur peut donc être assujetti à la TVA tout en restant en micro-entreprise. Perdre la franchise en base ne fait pas perdre le régime micro.
En cas de création en cours d'année, le seuil de base est ajusté au prorata des jours d'activité. Un prestataire qui démarre le 1er septembre 2026 exerce 122 jours sur 365. Son seuil de base proratisé vaut 37 500 € × 122 / 365, soit 12 534 €. Un CA de 15 000 € encaissé avant le 31 décembre 2026 dépasse ce montant et fait perdre la franchise au 1er janvier 2027. L'oubli de ce calcul est une source fréquente de régularisation.
Émettre une facture avec TVA avant d'avoir obtenu son numéro de TVA intracommunautaire constitue une irrégularité. L'entrepreneur doit attendre la notification de son numéro par l'administration avant de facturer la TVA.
L'assujettissement à la TVA augmente mécaniquement le prix TTC de 20 % pour les clients non assujettis (particuliers, associations non assujetties). Ne pas anticiper cet impact tarifaire peut entraîner une perte de clientèle ou une compression de marge.
Le délai entre le dépassement effectif et la déclaration au SIE doit être le plus court possible. Un retard expose à des pénalités de 10 % sur la TVA due, majorées d'intérêts de retard de 0,20 % par mois.
La gestion du passage à la TVA comporte des subtilités fiscales qui varient selon la nature de l'activité et la structure juridique choisie.
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Avant chaque fin de trimestre, un micro-entrepreneur peut vérifier sa situation TVA en suivant ces 6 points :
1. Calculer le CA encaissé cumulé depuis le 1er janvier : additionner toutes les recettes effectivement perçues (pas les factures émises non réglées).
2. Comparer aux seuils applicables : 37 500 € et 41 250 € pour les prestations de services, 85 000 € et 93 500 € pour la vente, ou le seuil de base proratisé si l'activité a démarré en cours d'année.
3. Situer le CA par rapport aux deux seuils : un dépassement du seuil de base annonce la fin de la franchise au 1er janvier suivant, un dépassement du seuil majoré la fait cesser le jour même.
4. Contrôler les mentions sur les factures : la mention « TVA non applicable, article 293 B du CGI » doit figurer sur chaque facture tant que la franchise s'applique. Dès l'assujettissement, elle doit disparaître au profit des mentions TVA.
5. Vérifier la cohérence entre déclarations URSSAF et CA réel : le CA déclaré à l'URSSAF doit correspondre au CA encaissé. Un écart peut déclencher un contrôle.
6. Archiver les justificatifs : conserver l'ensemble des factures émises et reçues pendant 10 ans (obligation fiscale). En cas de contrôle, l'administration peut demander la reconstitution du CA mois par mois.
Cette vérification trimestrielle prend moins de 30 minutes et permet d'éviter les régularisations coûteuses.
Oui. Le seuil de TVA et les plafonds du régime micro sont indépendants. Pour les revenus 2026 à 2028, le régime micro s'applique jusqu'à 203 100 € pour la vente et 83 600 € pour les services. Un entrepreneur peut être assujetti à la TVA tout en conservant le régime micro-fiscal et micro-social. Seul le dépassement des plafonds micro entraîne un changement de régime d'imposition.
La franchise cesse immédiatement, dès le jour du dépassement du seuil majoré. Ce seuil est de 41 250 € pour les prestations de services et de 93 500 € pour la vente de marchandises. L'opération qui fait franchir le seuil doit être facturée avec TVA. Les factures émises avant cette date restent sans TVA.
Non, en principe. La TVA supportée pendant la période de franchise en base n'est pas déductible. Toutefois, pour certaines immobilisations acquises dans les 5 ans précédant l'assujettissement, une régularisation partielle peut être possible. Cette situation nécessite une analyse au cas par cas.
Non. Ce seuil unique a été voté en février 2025, suspendu dès mars 2025, puis supprimé par la loi n° 2025-1044 du 3 novembre 2025. Il n'a jamais été appliqué. En 2026, les seuils différenciés restent en vigueur : 37 500 € pour les services et 85 000 € pour la vente. Les professions libérales relèvent du seuil de 37 500 €.
Durant ce délai, l'entrepreneur ne doit pas facturer la TVA tant qu'il n'a pas reçu son numéro de TVA intracommunautaire. Il est recommandé de contacter le SIE dès le dépassement constaté pour accélérer l'attribution du numéro. Les factures émises entre-temps peuvent être corrigées rétroactivement par l'émission de factures rectificatives une fois le numéro obtenu.
Franchise en base de TVA - Service-Public.fr
Comprendre la TVA et la franchise de TVA pour les auto-entrepreneurs - URSSAF
Obligations déclaratives TVA micro-entrepreneurs - impots.gouv.fr
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Avocat au Barreau de Paris (Toque L086), fondateur de SWIM LEGAL





