Rupture CDD : cas autorisés, procédure et indemnités dues

Guides & Ressources pratiques
25 Jul 2026
-
7 min de lecture
-
Par

Jullian Hoareau

Points clés de l'article
  1. Un CDD ne peut être rompu avant son terme que dans 5 cas : accord des parties, faute grave, force majeure, inaptitude ou embauche en CDI du salarié.
  2. L'employeur qui rompt un CDD hors de ces cas doit verser au salarié des dommages et intérêts au moins égaux aux salaires restant dus jusqu'au terme.
  3. Le salarié qui justifie d'un CDI peut partir en respectant un préavis d'1 jour par semaine de contrat, plafonné à 2 semaines.
  4. L'indemnité de fin de contrat (prime de précarité) s'élève à 10 % de la rémunération brute totale perçue pendant le contrat.
  5. La rupture CDD par commun accord reste le mode le plus sûr pour l'employeur : elle supprime le risque de contentieux si elle est formalisée par écrit.

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Sommaire

Rupture CDD : les cas de rupture anticipée autorisés

Rupture par l'employeur : faute grave, force majeure, inaptitude

Rupture par le salarié : embauche en CDI

Procédure à respecter et formalisme du courrier

Indemnités dues au terme de la rupture

Rupture illicite : sanctions financières pour l'entreprise

FAQ

Pour aller plus loin

Rupture CDD : les cas de rupture anticipée autorisés

La rupture CDD avant terme obéit à un régime strict. Contrairement au CDI, où l'employeur peut licencier sous conditions, le contrat à durée déterminée lie les deux parties jusqu'à son échéance. L'article L1243-1 du code du travail énumère limitativement les situations dans lesquelles une rupture CDD anticipée est licite.

5 cas autorisent cette rupture :

Cas autoriséInitiativeBase légale
Accord des parties (rupture CDD commun accord)Employeur et salariéArt. L1243-1
Faute graveEmployeur ou salariéArt. L1243-1
Force majeureAucune (événement extérieur)Art. L1243-1
Inaptitude constatée par le médecin du travailEmployeurArt. L1243-1
Embauche en CDI (rupture CDD pour CDI)SalariéArt. L1243-2

En dehors de ces 5 hypothèses, toute rupture anticipée expose son auteur à des dommages et intérêts. Pour un dirigeant de TPE ou PME, identifier le bon cas avant d'agir est la première étape pour éviter un contentieux prud'homal.

Rupture par l'employeur : faute grave, force majeure, inaptitude

L'employeur dispose de 3 motifs légaux pour rompre un CDD avant son terme, chacun soumis à des conditions précises.

Faute grave

La faute grave désigne un manquement du salarié d'une gravité telle qu'il rend impossible son maintien dans l'entreprise, même temporairement. Un vol de marchandises, un abandon de poste caractérisé ou une insubordination répétée peuvent constituer une faute grave. L'employeur doit respecter la procédure disciplinaire : convocation à entretien préalable, notification écrite et motivation précise des faits reprochés.

Force majeure

La force majeure suppose un événement imprévisible, irrésistible et extérieur rendant l'exécution du contrat définitivement impossible. Un sinistre détruisant intégralement les locaux peut y correspondre. En revanche, une baisse de chiffre d'affaires ou la perte d'un client ne constitue pas un cas de force majeure.

Inaptitude

Lorsque le médecin du travail constate l'inaptitude du salarié à son poste, l'employeur doit d'abord rechercher un reclassement. Si aucun poste compatible n'existe ou si le salarié refuse les propositions, la rupture CDD peut intervenir.

MotifCondition cléPiège fréquent
Faute graveProcédure disciplinaire complèteRompre sans entretien préalable
Force majeureImpossibilité définitive d'exécutionInvoquer des difficultés économiques
InaptitudeAvis du médecin du travail + recherche de reclassementOmettre l'obligation de reclassement

Sécuriser la rupture d'un CDD suppose de vérifier que le motif invoqué correspond exactement aux cas prévus par la loi.
Consulter un avocat en droit du travail

Rupture par le salarié : embauche en CDI

L'article L1243-2 du code du travail autorise la rupture CDD initiative salarié lorsque celui-ci justifie d'une embauche en CDI auprès d'un autre employeur. C'est le seul motif propre au salarié, en dehors de l'accord des parties et de la faute grave de l'employeur.

Le salarié doit respecter un préavis calculé à raison d'1 jour ouvré par semaine de durée totale du contrat (terme initial inclus). Ce préavis est plafonné à 2 semaines. Par exemple, pour un CDD de 6 mois (soit environ 26 semaines), le préavis sera de 2 semaines et non de 26 jours.

Le salarié doit fournir la preuve de son embauche en CDI : promesse d'embauche ou contrat signé. Sans ce justificatif, la rupture CDD avant terme est considérée comme illicite. L'article L1243-3 prévoit alors que l'employeur peut réclamer des dommages et intérêts correspondant au préjudice subi.

Procédure à respecter et formalisme du courrier

La forme de la rupture dépend du cas invoqué, mais certaines règles s'appliquent systématiquement.

Rupture CDD commun accord

La rupture CDD commun accord doit être formalisée par un écrit signé des deux parties. Ce document précise la date de fin du contrat, les conditions financières et la renonciation réciproque à tout recours. L'absence d'écrit fragilise la preuve de l'accord et expose l'employeur à une requalification en rupture unilatérale.

Rupture pour faute grave

L'employeur convoque le salarié à un entretien préalable par lettre recommandée ou remise en main propre. Après l'entretien, il notifie la rupture par lettre recommandée avec accusé de réception, en détaillant les faits constitutifs de la faute grave.

Rupture pour embauche en CDI

Le salarié notifie sa décision par écrit, en joignant le justificatif de son embauche en CDI. Le préavis court à compter de la notification.

Points communs à tous les cas

  • La rupture prend effet à la date indiquée dans le courrier, sauf préavis.
  • Le solde de tout compte, le certificat de travail et l'attestation Pôle emploi (désormais France Travail) doivent être remis au salarié.
  • Tout document de rupture doit être conservé pendant 5 ans minimum.

Formaliser chaque étape par écrit protège l'entreprise en cas de contestation ultérieure devant le conseil de prud'hommes.
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Indemnités dues au terme de la rupture

Quelle que soit la cause de la rupture, le salarié perçoit les sommes acquises : salaire du dernier mois, congés payés non pris et éventuelles primes contractuelles.

L'indemnité de fin de contrat, dite prime de précarité, s'élève à 10 % de la rémunération brute totale versée pendant le contrat (article L1243-8 du code du travail). Elle n'est pas due dans 3 situations :

  • Rupture CDD commun accord (si le salarié y renonce dans l'accord)
  • Faute grave du salarié
  • Rupture CDD pour CDI à l'initiative du salarié
SituationPrime de précarité due ?Dommages et intérêts ?
Terme normal du CDDOui (10 % brut total)Non
Rupture commun accordSelon l'accordNon
Faute grave du salariéNonNon
Embauche en CDI (salarié)NonNon
Rupture illicite (employeur)OuiOui (au moins salaires restants)

Rupture illicite : sanctions financières pour l'entreprise

L'article L1243-4 du code du travail fixe la sanction : lorsque l'employeur rompt un CDD hors des cas autorisés, le salarié a droit à des dommages et intérêts au moins égaux aux rémunérations qu'il aurait perçues jusqu'au terme du contrat. Cette indemnité s'ajoute à la prime de précarité de 10 %.

Le coût d'une rupture CDD avant terme illicite peut donc être considérable. Pour un salarié rémunéré 3 000 € brut par mois avec 8 mois restants, l'indemnité plancher atteint 24 000 € brut, auxquels s'ajoute la prime de précarité calculée sur l'ensemble de la rémunération brute perçue.

Le salarié peut également demander des dommages et intérêts complémentaires s'il prouve un préjudice distinct (perte de chance, préjudice moral). Le conseil de prud'hommes apprécie souverainement le montant.

À l'inverse, l'article L1243-3 protège l'employeur : si le salarié rompt le CDD de manière illicite (sans justifier d'un CDI et hors faute grave de l'employeur), l'entreprise peut obtenir des dommages et intérêts correspondant au préjudice subi, par exemple le coût de remplacement en urgence.

Avant de notifier une rupture anticipée, vérifier la conformité du motif et de la procédure réduit le risque financier pour l'entreprise.
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FAQ

Un employeur peut-il rompre un CDD pour motif économique ?

Non. Le motif économique ne figure pas parmi les cas de rupture anticipée autorisés par l'article L1243-1 du code du travail. Une telle rupture serait considérée comme illicite et ouvrirait droit à des dommages et intérêts au moins égaux aux salaires restant dus.

La rupture CDD commun accord donne-t-elle droit au chômage ?

Oui, en principe. La rupture CDD commun accord constitue une privation involontaire d'emploi au sens de l'assurance chômage. Le salarié peut s'inscrire auprès de France Travail et percevoir l'allocation de retour à l'emploi s'il remplit les conditions d'affiliation.

Quel est le préavis en cas de rupture CDD pour CDI ?

Le préavis est d'1 jour ouvré par semaine de durée totale du contrat, avec un plafond de 2 semaines. Pour un CDD de 3 mois, le préavis sera donc de 13 jours ouvrés maximum, ramené à 14 jours calendaires au plus.

La prime de précarité est-elle due en cas de faute grave du salarié ?

Non. Lorsque le CDD est rompu pour faute grave du salarié, l'indemnité de fin de contrat de 10 % n'est pas due. L'employeur verse uniquement le salaire acquis et l'indemnité compensatrice de congés payés.

Un salarié peut-il contester une rupture CDD pour faute grave ?

Oui. Le salarié peut saisir le conseil de prud'hommes pour contester la réalité ou la gravité de la faute. Si le juge estime que la faute grave n'est pas caractérisée, la rupture est requalifiée en rupture illicite et l'employeur devra verser les dommages et intérêts prévus par l'article L1243-4.

Pour aller plus loin

Article L1243-1 du code du travail - Legifrance

Rupture anticipee du contrat, articles L1243-1 a L1243-4 - Legifrance

Article L1243-4 - Code du travail numerique

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