Qu'est-ce qu'un redressement judiciaire ?
Conséquences du redressement judiciaire pour le dirigeant
Conséquences pour les salariés et les contrats
Client d'une entreprise en redressement judiciaire
Facture après redressement judiciaire : que faire ?
Conséquences pour les fournisseurs et créanciers
Responsabilité personnelle du dirigeant : quels risques ?
Anticiper et agir face au redressement judiciaire
Le redressement judiciaire est une procédure collective ouverte par le tribunal de commerce (ou le tribunal judiciaire pour les professions libérales) lorsqu'une entreprise se trouve en état de cessation des paiements — c'est-à-dire qu'elle ne peut plus faire face à son passif exigible avec son actif disponible. Cette procédure est régie par les articles L.631-1 et suivants du Code de commerce.
Son objectif est double : permettre la poursuite de l'activité, le maintien de l'emploi et l'apurement du passif. Contrairement à la liquidation judiciaire, le redressement part du principe que l'entreprise est viable à condition de réorganiser sa dette et, parfois, son fonctionnement opérationnel.
Concrètement, le tribunal désigne un administrateur judiciaire chargé de surveiller ou d'assister le dirigeant, ainsi qu'un mandataire judiciaire qui représente les créanciers. Une période d'observation est ouverte pour une durée initiale de 6 mois, renouvelable une fois, soit 18 mois au maximum. Pendant cette période, l'entreprise continue son activité tout en préparant un plan de redressement.
Le jugement d'ouverture produit un effet immédiat : il interdit toute poursuite individuelle des créanciers antérieurs et gèle le cours des intérêts. Cette protection, appelée « arrêt des poursuites individuelles », donne à l'entreprise un espace de respiration pour se restructurer.
En 2023, les tribunaux de commerce français ont ouvert environ 16 000 procédures de redressement judiciaire, selon les données du Conseil national des greffiers des tribunaux de commerce. Ce chiffre reflète une hausse par rapport aux années précédentes, liée notamment à la fin des dispositifs de soutien post-Covid.
Le dirigeant — qu'il soit CEO, gérant ou président — ne perd pas automatiquement ses fonctions à l'ouverture du redressement judiciaire. Il reste en poste et continue de gérer l'entreprise au quotidien. Toutefois, l'étendue de ses pouvoirs dépend de la mission confiée à l'administrateur judiciaire par le tribunal.
Deux configurations existent :
| Mission de l'administrateur | Rôle du dirigeant | Pouvoir de décision |
|---|---|---|
| Surveillance | Le dirigeant gère seul, l'administrateur contrôle | Le dirigeant décide, mais l'administrateur peut s'opposer aux actes anormaux |
| Assistance | Le dirigeant co-signe les actes avec l'administrateur | Aucune décision engageant le patrimoine de l'entreprise ne peut être prise sans l'accord de l'administrateur |
Dans la pratique, la mission d'assistance est la plus fréquente pour les entreprises d'une certaine taille. Le dirigeant doit alors obtenir un accord préalable pour signer un bail, céder un actif ou conclure un contrat significatif.
Par ailleurs, le dirigeant est tenu de coopérer pleinement avec les organes de la procédure. Il doit fournir tous les documents comptables, répondre aux demandes du mandataire judiciaire et se présenter aux audiences. Tout manquement peut être interprété comme un obstacle à la procédure.
Enfin, la rémunération du dirigeant peut être réexaminée. Le juge-commissaire a le pouvoir de fixer ou de réduire la rémunération du chef d'entreprise si elle apparaît disproportionnée au regard de la situation financière.
Comprendre précisément l'étendue de vos pouvoirs pendant la période d'observation est essentiel pour éviter toute décision susceptible d'être annulée.
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L'ouverture d'un redressement judiciaire ne rompt pas les contrats de travail. L'article L.1224-1 du Code du travail s'applique : les salariés conservent leur poste, leur ancienneté et leurs conditions contractuelles. Cette règle vaut pendant toute la période d'observation.
En revanche, si un plan de redressement prévoit des licenciements économiques, ceux-ci doivent être autorisés par le juge-commissaire et respecter la procédure de licenciement collectif. Le plan peut prévoir la suppression de postes lorsque la réorganisation l'exige pour assurer la viabilité de l'entreprise.
Les salaires dus avant le jugement d'ouverture sont pris en charge par l'AGS (Association pour la gestion du régime de Garantie des créances des Salariés). Ce mécanisme couvre les rémunérations, les indemnités de rupture et les congés payés dans la limite de plafonds fixés par décret. En 2024, le plafond maximal de garantie AGS s'élève à 87 984 € (plafond 6, applicable aux créances résultant de la rupture du contrat).
Les salaires postérieurs au jugement, eux, doivent être payés à échéance normale par l'entreprise. Ils bénéficient d'un privilège de paiement : ils sont réglés en priorité sur les autres dettes.
Les contrats en cours au jour du jugement d'ouverture ne sont pas résiliés de plein droit. L'administrateur judiciaire dispose d'un droit d'option : il peut décider de poursuivre ou de résilier chaque contrat. Le cocontractant ne peut pas, de son côté, rompre le contrat au seul motif du redressement judiciaire. Toute clause contractuelle prévoyant une résiliation automatique en cas de procédure collective est réputée non écrite (article L.622-13 du Code de commerce).
Ce mécanisme protège l'entreprise en difficulté, mais crée une incertitude pour ses partenaires commerciaux, qui doivent attendre la décision de l'administrateur.
Lorsqu'un de vos fournisseurs ou prestataires est placé en redressement judiciaire, votre position de client appelle une vigilance particulière, sans pour autant justifier une rupture immédiate de la relation.
L'entreprise en redressement continue de fonctionner. Les commandes passées après le jugement d'ouverture doivent être honorées normalement. L'administrateur judiciaire veille à ce que l'activité se poursuive dans des conditions régulières.
En revanche, plusieurs points méritent attention :
| Situation | Action recommandée |
|---|---|
| Commande en cours avant le jugement | Vérifier auprès de l'administrateur si elle sera honorée |
| Nouvelle commande après le jugement | Exiger une confirmation écrite de l'administrateur |
| Acompte déjà versé, prestation non livrée | Déclarer la créance auprès du mandataire judiciaire |
| Contrat-cadre en cours | Attendre la décision de l'administrateur sur la poursuite du contrat |
Le droit interdit à un client de rompre un contrat au seul motif que son partenaire est en redressement. Une telle rupture pourrait être qualifiée de rupture brutale des relations commerciales au sens de l'article L.442-1 du Code de commerce.
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La question du traitement des factures est l'une des plus concrètes pour un dirigeant confronté à un redressement, qu'il soit débiteur ou créancier.
Toute facture émise ou due avant la date du jugement relève du passif antérieur. Le créancier ne peut plus en réclamer le paiement directement à l'entreprise. Il doit déclarer sa créance auprès du mandataire judiciaire dans un délai de 2 mois à compter de la publication du jugement au BODACC (Bulletin officiel des annonces civiles et commerciales).
Ce délai est impératif. Si le créancier ne déclare pas sa créance dans les temps, il risque la forclusion : sa créance est éteinte et il perd tout droit à paiement, sauf relevé de forclusion accordé par le juge-commissaire dans des cas limités.
Les factures correspondant à des prestations réalisées après le jugement bénéficient d'un traitement privilégié. Elles sont qualifiées de créances « postérieures méritantes » au sens de l'article L.622-17 du Code de commerce, à condition qu'elles soient nées pour les besoins du déroulement de la procédure ou en contrepartie d'une prestation fournie au débiteur.
Ces créances sont payées à leur échéance. En cas de défaut de paiement, le créancier peut agir directement sans passer par la procédure de déclaration.
Les fournisseurs et créanciers d'une entreprise en redressement judiciaire subissent les effets les plus directs de la procédure. Dès le jugement d'ouverture, trois règles s'imposent à eux :
1. Interdiction des poursuites individuelles. Aucun créancier antérieur ne peut engager une action en justice, pratiquer une saisie ou mettre en demeure l'entreprise pour obtenir le paiement de sa dette. Cette interdiction dure pendant toute la période d'observation et, le cas échéant, pendant l'exécution du plan de redressement.
2. Obligation de déclarer ses créances. Chaque créancier doit adresser sa déclaration au mandataire judiciaire. La déclaration doit préciser le montant de la créance, sa nature (chirographaire, privilégiée, garantie par une sûreté) et les éventuels intérêts. Les pièces justificatives (factures, contrats, bons de commande) doivent être jointes.
3. Gel des intérêts. Le jugement d'ouverture arrête le cours des intérêts légaux et conventionnels, sauf pour les prêts d'une durée supérieure à 1 an.
Si un plan de redressement est adopté par le tribunal, il fixe les modalités de remboursement des créanciers : échelonnement sur une durée maximale de 10 ans, remises partielles de dettes éventuellement consenties par les créanciers, ou combinaison des deux. Le plan s'impose à tous les créanciers, y compris ceux qui n'ont pas voté en sa faveur.
Pour les fournisseurs qui continuent à travailler avec l'entreprise pendant la période d'observation, les nouvelles livraisons sont payées comptant ou selon les conditions convenues avec l'administrateur. Ces créances postérieures bénéficient du privilège de procédure.
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Le redressement judiciaire n'entraîne pas automatiquement la mise en cause du dirigeant sur son patrimoine personnel. Toutefois, plusieurs mécanismes juridiques peuvent conduire à engager sa responsabilité personnelle.
Si le tribunal constate que le dirigeant a commis une faute de gestion ayant contribué à l'insuffisance d'actif de l'entreprise, il peut le condamner à supporter tout ou partie des dettes sociales sur son patrimoine personnel (article L.651-2 du Code de commerce). Depuis la loi du 9 décembre 2016, la simple négligence ne suffit plus : la faute doit avoir contribué à l'insuffisance d'actif.
Exemples de fautes de gestion fréquemment retenues par les tribunaux :
Le tribunal peut prononcer une interdiction de gérer, diriger ou contrôler une entreprise pour une durée maximale de 15 ans. Cette sanction vise les dirigeants qui ont commis des fautes graves dans la gestion de l'entreprise en difficulté.
Dans les cas les plus graves (détournement d'actifs, fraude, tenue fictive de comptabilité), le dirigeant peut être frappé de faillite personnelle, qui emporte interdiction de gérer et peut s'accompagner de déchéances civiques.
| Sanction | Condition | Durée maximale |
|---|---|---|
| Comblement de passif | Faute de gestion ayant contribué à l'insuffisance d'actif | Montant fixé par le tribunal |
| Interdiction de gérer | Faute grave de gestion | 15 ans |
| Faillite personnelle | Fraude, détournement, comptabilité fictive | 15 ans |
Il faut noter que la responsabilité pénale du dirigeant peut également être engagée en cas de banqueroute (article L.654-2 du Code de commerce), passible de 5 ans d'emprisonnement et 75 000 € d'amende.
La mise en cause personnelle du dirigeant n'est pas systématique, mais elle suppose une défense structurée dès l'ouverture de la procédure.
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Le redressement judiciaire n'est pas une fin en soi. C'est un cadre légal qui offre à l'entreprise une chance de se restructurer, à condition que le dirigeant adopte une posture proactive dès les premiers signaux de difficulté.
La loi impose au dirigeant de déclarer la cessation des paiements dans un délai de 45 jours suivant sa survenance. Mais en amont, plusieurs dispositifs permettent d'éviter ou de préparer le redressement :
Le dirigeant doit, dès le jugement d'ouverture :
À l'issue de la période d'observation, le tribunal prononce l'une des trois décisions suivantes :
Selon les statistiques du ministère de la Justice, environ 30 % des procédures de redressement judiciaire aboutissent à un plan de continuation ou à une cession. Ce taux souligne l'enjeu d'une préparation rigoureuse et d'un accompagnement juridique adapté dès les premières difficultés.
Un redressement judiciaire bien préparé augmente significativement les chances d'aboutir à un plan de continuation viable.
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Non, le dirigeant n'est pas salarié au sens classique et ne peut pas être « licencié ». En revanche, le tribunal peut décider de le remplacer si sa gestion compromet le redressement. Cette décision reste exceptionnelle et suppose des manquements caractérisés.
La période d'observation dure 6 mois, renouvelable une fois pour atteindre 18 mois au maximum. Si un plan de redressement est adopté, son exécution peut s'étaler sur 10 ans. La durée totale dépend donc de la complexité de la situation.
Un fournisseur ne peut pas rompre un contrat en cours au seul motif du redressement judiciaire. En revanche, pour les nouvelles commandes passées après le jugement, il peut exiger un paiement comptant comme condition de livraison.
Le redressement judiciaire concerne uniquement les dettes de l'entreprise. Les dettes personnelles du dirigeant ne sont pas affectées, sauf s'il a consenti des cautions personnelles ou si une action en comblement de passif est engagée à son encontre.
Oui, plusieurs procédures préventives existent : le mandat ad hoc, la conciliation et la procédure de sauvegarde. Ces dispositifs permettent de restructurer la dette avant la cessation des paiements, en toute confidentialité. Leur efficacité dépend de la rapidité avec laquelle le dirigeant les sollicite.
Livre VI : Des difficultés des entreprises (Code de commerce) - Légifrance
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