Obligation du bailleur d'un local commercial en matière d'électricité : cadre légal, mise aux normes et répartition des charges

Guides & Ressources pratiques
12 Mar 2026
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8
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Points clés de l'article
  1. Le bailleur d'un local commercial doit délivrer un local dont l'installation électrique est conforme à la norme NF C 15-100 et raccordé au réseau Enedis.
  2. Depuis la loi Pinel de 2014, les grosses réparations (article 606 du Code civil), y compris la mise aux normes de l'installation électrique structurelle, ne peuvent plus être transférées au locataire.
  3. Le locataire prend en charge la souscription de l'abonnement, le paiement des consommations et l'entretien courant de l'installation intérieure.
  4. Les clauses de rétrocession d'électricité restent licites mais doivent respecter un cadre contractuel strict, sous peine de requalification.
  5. En cas de manquement, le locataire peut agir en mise en conformité forcée, en réduction de loyer ou en résiliation judiciaire du bail.

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Sommaire

Cadre légal : Code de commerce, Code civil et apport de la loi Pinel

Délivrance d'un local conforme : norme NF C 15-100 et obligations de sécurité

Raccordement au réseau Enedis : une obligation du bailleur

Mise aux normes électriques : répartition des charges depuis la loi Pinel

Souscription de l'abonnement et paiement des consommations : la part du locataire

Clauses de rétrocession d'électricité : encadrement contractuel et jurisprudence

Sanctions et recours en cas de manquement du bailleur

Cas concrets : retail, restauration et bureaux multi-occupants

FAQ

Pour aller plus loin

Cadre légal : Code de commerce, Code civil et apport de la loi Pinel

L'obligation du bailleur d'un local commercial en matière d'électricité repose sur 3 sources juridiques distinctes. Le Code civil, d'abord, impose au bailleur de délivrer un bien en bon état de réparations de toute espèce (article 1720) et de garantir une jouissance paisible (article 1719). Le Code de commerce, ensuite, encadre le statut des baux commerciaux aux articles L. 145-1 et suivants, sans détailler la question électrique mais en renvoyant aux obligations générales du louage.

La loi Pinel du 18 juin 2014 a modifié cet équilibre. Son article 13, codifié à l'article L. 145-40-2 du Code de commerce, impose désormais un inventaire précis des charges, impôts, taxes et redevances liés au bail. L'article R. 145-35 du même code, issu du décret du 3 novembre 2014, liste les charges qui ne peuvent en aucun cas être imputées au locataire. Parmi elles figurent les dépenses relatives aux grosses réparations de l'article 606 du Code civil, ce qui inclut la remise en état structurelle de l'installation électrique.

Concrètement, avant la loi Pinel, un bail commercial pouvait transférer au preneur la quasi-totalité des travaux, y compris la réfection complète du tableau électrique ou le remplacement du réseau encastré. Ce transfert est désormais interdit pour les baux conclus ou renouvelés depuis le 5 novembre 2014.

Délivrance d'un local conforme : norme NF C 15-100 et obligations de sécurité

L'obligation de délivrance (article 1720 du Code civil) impose au bailleur de remettre un local dont l'installation électrique permet l'usage prévu au bail. Si le bail prévoit une activité de restauration nécessitant une puissance de 36 kVA, le bailleur ne peut pas livrer un local équipé d'un branchement monophasé de 6 kVA sans engager sa responsabilité.

La norme NF C 15-100, publiée par l'AFNOR, fixe les règles de conception, de réalisation et d'entretien des installations électriques basse tension en France. Elle couvre le dimensionnement des circuits, la protection différentielle, la mise à la terre et le nombre minimal de prises par surface. Toute installation neuve ou rénovée doit s'y conformer. Le non-respect de cette norme expose le bailleur à une mise en cause au titre de son obligation de sécurité, fondée sur l'article 1719 du Code civil.

En pratique, un diagnostic électrique n'est pas obligatoire pour les locaux commerciaux, contrairement aux logements. Cette lacune réglementaire renforce l'intérêt d'exiger contractuellement un rapport de conformité Consuel ou un diagnostic volontaire avant la prise d'effet du bail.

Identifier précisément les obligations électriques du bailleur avant la signature du bail réduit le risque de contentieux ultérieur.
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Raccordement au réseau Enedis : une obligation du bailleur

Le raccordement au réseau Enedis constitue une composante de l'obligation de délivrance. Le bailleur doit livrer un local raccordé au réseau public de distribution d'électricité, avec une puissance de raccordement compatible avec l'activité autorisée par le bail.

La procédure de raccordement se déroule en plusieurs étapes :

ÉtapeResponsableDélai indicatif
Demande de raccordement auprès d'EnedisBailleur (ou maître d'ouvrage)10 jours ouvrés pour la proposition
Réalisation des travaux de branchementEnedis2 à 6 mois selon la complexité
Mise en service du compteurLocataire (après livraison)5 jours ouvrés
Obtention du certificat ConsuelBailleur (pour installation neuve)Variable

Le coût du raccordement initial est à la charge du bailleur. En revanche, si le locataire souhaite augmenter la puissance au-delà de ce que prévoit le bail, les frais de modification du branchement lui incombent, sauf stipulation contraire.

Mise aux normes électriques : répartition des charges depuis la loi Pinel

La mise aux normes électriques d'un local commercial constitue le point de friction le plus fréquent entre bailleur et locataire. La loi Pinel a clarifié la répartition, sans supprimer toute zone grise.

Le principe est le suivant : les travaux qui relèvent des grosses réparations au sens de l'article 606 du Code civil restent à la charge du bailleur. Cet article vise les gros murs, voûtes, rétablissement des poutres et couvertures entières. La jurisprudence y rattache le remplacement complet d'une installation électrique vétuste, le changement du tableau général basse tension (TGBT) ou la reprise intégrale du réseau encastré dans les murs.

Les travaux d'entretien courant, en revanche, incombent au locataire. Cela inclut le remplacement de prises défectueuses, de disjoncteurs divisionnaires ou d'interrupteurs.

Type de travauxCharge bailleurCharge locataire
Remplacement complet du TGBT
Réfection du réseau encastré
Mise en conformité structurelle NF C 15-100
Remplacement d'un disjoncteur divisionnaire
Changement de prises ou interrupteurs
Adaptation de l'installation à l'activité du preneur

Une clause du bail qui imposerait au locataire la prise en charge du remplacement complet de l'installation électrique serait réputée non écrite pour les baux soumis au régime Pinel.

La frontière entre grosse réparation et entretien courant reste source de litiges. Un bail bien rédigé anticipe cette difficulté.
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Souscription de l'abonnement et paiement des consommations : la part du locataire

La souscription de l'abonnement électrique et le paiement des consommations relèvent du locataire. Cette règle découle de l'article 1728 du Code civil, qui impose au preneur d'user de la chose louée en bon père de famille et de payer le prix du bail. Les charges de fluides (électricité, gaz, eau) sont considérées comme des charges locatives récupérables.

Le locataire choisit librement son fournisseur d'électricité depuis l'ouverture du marché à la concurrence en 2007. Le bailleur ne peut pas imposer un fournisseur spécifique, sauf dans le cadre d'une clause de rétrocession (voir section suivante).

En cas de compteur commun à plusieurs locataires, le bailleur doit prévoir une clé de répartition transparente, documentée dans l'état récapitulatif annuel des charges prévu par l'article L. 145-40-2 du Code de commerce.

Clauses de rétrocession d'électricité : encadrement contractuel et jurisprudence

Dans les immeubles multi-locataires, le bailleur souscrit parfois un contrat unique de fourniture d'électricité, puis refacture chaque locataire au prorata de sa consommation. Ce mécanisme, appelé clause de rétrocession d'électricité, est licite mais encadré.

La Cour de cassation (Civ. 3e, 12 janvier 2005, n° 03-17.260) a jugé que la refacturation ne doit pas constituer une source de profit pour le bailleur. Le prix refacturé doit correspondre au coût réel, sans marge. Toute majoration expose le bailleur à une action en répétition de l'indu.

3 conditions de validité se dégagent de la jurisprudence :

  • Transparence : le bail doit préciser le mode de calcul de la quote-part (sous-comptage individuel ou clé de répartition par surface).
  • Absence de marge : le bailleur refacture à l'euro près, justificatifs à l'appui.
  • Communication annuelle : l'état récapitulatif des charges doit détailler la consommation électrique, conformément à l'article R. 145-36 du Code de commerce.

L'installation de sous-compteurs individuels, dont le coût oscille entre 150 € et 500 € par point de comptage, reste la solution la plus fiable pour éviter les contestations.

Sanctions et recours en cas de manquement du bailleur

Lorsque le bailleur ne respecte pas ses obligations électriques, le locataire dispose de plusieurs voies de recours.

  • Mise en demeure : le locataire adresse une lettre recommandée avec accusé de réception détaillant le manquement et fixant un délai raisonnable de mise en conformité.
  • Action en exécution forcée : le locataire saisit le tribunal judiciaire pour obtenir la réalisation des travaux sous astreinte (article 1221 du Code civil).
  • Réduction de loyer : si le défaut électrique réduit la jouissance du local, le locataire peut demander une diminution proportionnelle du loyer (article 1722 du Code civil).
  • Résiliation judiciaire : en cas de manquement grave rendant le local impropre à sa destination, le locataire peut solliciter la résiliation du bail aux torts du bailleur.
  • Réparation du préjudice : le locataire peut obtenir des dommages-intérêts couvrant la perte d'exploitation, le coût de relogement temporaire ou les frais de mise en conformité avancés.

La prescription de l'action est de 5 ans à compter de la connaissance du manquement (article 2224 du Code civil).

Un manquement électrique du bailleur peut justifier une action en réduction de loyer ou en résiliation. Chaque situation mérite une analyse juridique précise.
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Cas concrets : retail, restauration et bureaux multi-occupants

Les enjeux électriques varient selon l'activité exercée dans le local.

Retail (commerce de détail)

Un magasin de prêt-à-porter nécessite en moyenne une puissance de 12 à 18 kVA pour l'éclairage, la climatisation et les terminaux de paiement. Le bailleur doit livrer un local raccordé à cette puissance. Si le locataire installe un système de climatisation plus puissant que prévu au bail, le surcoût de raccordement lui incombe.

Restauration

Un restaurant exige une puissance de 36 à 72 kVA selon la taille de la cuisine. L'installation doit respecter la norme NF C 15-100 et les prescriptions spécifiques aux établissements recevant du public (ERP). Le bailleur doit s'assurer que le TGBT et le réseau supportent cette charge. Un défaut de conformité peut entraîner un refus d'ouverture par la commission de sécurité.

Bureaux multi-occupants

Dans un immeuble de bureaux partagé, la question du sous-comptage est centrale. Chaque locataire doit pouvoir identifier sa consommation réelle. Le bailleur qui refacture l'électricité sans sous-compteur s'expose à des contestations systématiques lors de la régularisation annuelle des charges.

ActivitéPuissance typePoint de vigilance bailleur
Retail12-18 kVAConformité éclairage et climatisation
Restauration36-72 kVAConformité ERP et puissance cuisine
Bureaux partagés6-12 kVA par lotSous-comptage individuel obligatoire en pratique

FAQ

Le bailleur doit-il fournir un diagnostic électrique avant la signature du bail commercial ?
Non. Contrairement au bail d'habitation, aucun texte n'impose de diagnostic électrique pour un local commercial. Il est toutefois recommandé d'exiger contractuellement un rapport de conformité ou un diagnostic volontaire pour sécuriser la prise à bail.

La mise aux normes NF C 15-100 est-elle toujours à la charge du bailleur ?
La mise en conformité structurelle de l'installation (remplacement du TGBT, réfection du réseau encastré) relève des grosses réparations de l'article 606 du Code civil et reste à la charge du bailleur. L'entretien courant (prises, interrupteurs, disjoncteurs divisionnaires) incombe au locataire.

Le bailleur peut-il refacturer l'électricité avec une marge ?
Non. La jurisprudence interdit au bailleur de tirer un profit de la rétrocession d'électricité. La refacturation doit correspondre au coût réel, sans majoration, sous peine d'action en répétition de l'indu.

Que faire si le local livré n'a pas la puissance électrique prévue au bail ?
Le locataire peut mettre en demeure le bailleur de procéder au raccordement conforme. À défaut de réponse, il peut saisir le tribunal judiciaire pour obtenir l'exécution forcée sous astreinte ou demander une réduction de loyer proportionnelle au préjudice subi.

Les baux signés avant la loi Pinel sont-ils concernés par les nouvelles règles de répartition des charges ?
Les baux en cours au 5 novembre 2014 ne sont pas concernés, sauf lors de leur renouvellement. À compter du renouvellement, les dispositions de l'article R. 145-35 s'appliquent et les clauses transférant les grosses réparations au locataire sont réputées non écrites.

Pour aller plus loin

Article 1719 du Code civil - Légifrance

Article R145-35 du Code de commerce - Légifrance

Bail commercial : charges et dépenses du locataire et du bailleur - Service Public Entreprendre

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