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Cadre légal : Code de commerce, Code civil et apport de la loi Pinel
Délivrance d'un local conforme : norme NF C 15-100 et obligations de sécurité
Raccordement au réseau Enedis : une obligation du bailleur
Mise aux normes électriques : répartition des charges depuis la loi Pinel
Souscription de l'abonnement et paiement des consommations : la part du locataire
Clauses de rétrocession d'électricité : encadrement contractuel et jurisprudence
Sanctions et recours en cas de manquement du bailleur
Cas concrets : retail, restauration et bureaux multi-occupants
L'obligation du bailleur d'un local commercial en matière d'électricité repose sur 3 sources juridiques distinctes. Le Code civil, d'abord, impose au bailleur de délivrer un bien en bon état de réparations de toute espèce (article 1720) et de garantir une jouissance paisible (article 1719). Le Code de commerce, ensuite, encadre le statut des baux commerciaux aux articles L. 145-1 et suivants, sans détailler la question électrique mais en renvoyant aux obligations générales du louage.
La loi Pinel du 18 juin 2014 a modifié cet équilibre. Son article 13, codifié à l'article L. 145-40-2 du Code de commerce, impose désormais un inventaire précis des charges, impôts, taxes et redevances liés au bail. L'article R. 145-35 du même code, issu du décret du 3 novembre 2014, liste les charges qui ne peuvent en aucun cas être imputées au locataire. Parmi elles figurent les dépenses relatives aux grosses réparations de l'article 606 du Code civil, ce qui inclut la remise en état structurelle de l'installation électrique.
Concrètement, avant la loi Pinel, un bail commercial pouvait transférer au preneur la quasi-totalité des travaux, y compris la réfection complète du tableau électrique ou le remplacement du réseau encastré. Ce transfert est désormais interdit pour les baux conclus ou renouvelés depuis le 5 novembre 2014.
L'obligation de délivrance (article 1720 du Code civil) impose au bailleur de remettre un local dont l'installation électrique permet l'usage prévu au bail. Si le bail prévoit une activité de restauration nécessitant une puissance de 36 kVA, le bailleur ne peut pas livrer un local équipé d'un branchement monophasé de 6 kVA sans engager sa responsabilité.
La norme NF C 15-100, publiée par l'AFNOR, fixe les règles de conception, de réalisation et d'entretien des installations électriques basse tension en France. Elle couvre le dimensionnement des circuits, la protection différentielle, la mise à la terre et le nombre minimal de prises par surface. Toute installation neuve ou rénovée doit s'y conformer. Le non-respect de cette norme expose le bailleur à une mise en cause au titre de son obligation de sécurité, fondée sur l'article 1719 du Code civil.
En pratique, un diagnostic électrique n'est pas obligatoire pour les locaux commerciaux, contrairement aux logements. Cette lacune réglementaire renforce l'intérêt d'exiger contractuellement un rapport de conformité Consuel ou un diagnostic volontaire avant la prise d'effet du bail.
Identifier précisément les obligations électriques du bailleur avant la signature du bail réduit le risque de contentieux ultérieur.
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Le raccordement au réseau Enedis constitue une composante de l'obligation de délivrance. Le bailleur doit livrer un local raccordé au réseau public de distribution d'électricité, avec une puissance de raccordement compatible avec l'activité autorisée par le bail.
La procédure de raccordement se déroule en plusieurs étapes :
| Étape | Responsable | Délai indicatif |
|---|---|---|
| Demande de raccordement auprès d'Enedis | Bailleur (ou maître d'ouvrage) | 10 jours ouvrés pour la proposition |
| Réalisation des travaux de branchement | Enedis | 2 à 6 mois selon la complexité |
| Mise en service du compteur | Locataire (après livraison) | 5 jours ouvrés |
| Obtention du certificat Consuel | Bailleur (pour installation neuve) | Variable |
Le coût du raccordement initial est à la charge du bailleur. En revanche, si le locataire souhaite augmenter la puissance au-delà de ce que prévoit le bail, les frais de modification du branchement lui incombent, sauf stipulation contraire.
La mise aux normes électriques d'un local commercial constitue le point de friction le plus fréquent entre bailleur et locataire. La loi Pinel a clarifié la répartition, sans supprimer toute zone grise.
Le principe est le suivant : les travaux qui relèvent des grosses réparations au sens de l'article 606 du Code civil restent à la charge du bailleur. Cet article vise les gros murs, voûtes, rétablissement des poutres et couvertures entières. La jurisprudence y rattache le remplacement complet d'une installation électrique vétuste, le changement du tableau général basse tension (TGBT) ou la reprise intégrale du réseau encastré dans les murs.
Les travaux d'entretien courant, en revanche, incombent au locataire. Cela inclut le remplacement de prises défectueuses, de disjoncteurs divisionnaires ou d'interrupteurs.
| Type de travaux | Charge bailleur | Charge locataire |
|---|---|---|
| Remplacement complet du TGBT | ✔ | ✗ |
| Réfection du réseau encastré | ✔ | ✗ |
| Mise en conformité structurelle NF C 15-100 | ✔ | ✗ |
| Remplacement d'un disjoncteur divisionnaire | ✗ | ✔ |
| Changement de prises ou interrupteurs | ✗ | ✔ |
| Adaptation de l'installation à l'activité du preneur | ✗ | ✔ |
Une clause du bail qui imposerait au locataire la prise en charge du remplacement complet de l'installation électrique serait réputée non écrite pour les baux soumis au régime Pinel.
La frontière entre grosse réparation et entretien courant reste source de litiges. Un bail bien rédigé anticipe cette difficulté.
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La souscription de l'abonnement électrique et le paiement des consommations relèvent du locataire. Cette règle découle de l'article 1728 du Code civil, qui impose au preneur d'user de la chose louée en bon père de famille et de payer le prix du bail. Les charges de fluides (électricité, gaz, eau) sont considérées comme des charges locatives récupérables.
Le locataire choisit librement son fournisseur d'électricité depuis l'ouverture du marché à la concurrence en 2007. Le bailleur ne peut pas imposer un fournisseur spécifique, sauf dans le cadre d'une clause de rétrocession (voir section suivante).
En cas de compteur commun à plusieurs locataires, le bailleur doit prévoir une clé de répartition transparente, documentée dans l'état récapitulatif annuel des charges prévu par l'article L. 145-40-2 du Code de commerce.
Dans les immeubles multi-locataires, le bailleur souscrit parfois un contrat unique de fourniture d'électricité, puis refacture chaque locataire au prorata de sa consommation. Ce mécanisme, appelé clause de rétrocession d'électricité, est licite mais encadré.
La Cour de cassation (Civ. 3e, 12 janvier 2005, n° 03-17.260) a jugé que la refacturation ne doit pas constituer une source de profit pour le bailleur. Le prix refacturé doit correspondre au coût réel, sans marge. Toute majoration expose le bailleur à une action en répétition de l'indu.
3 conditions de validité se dégagent de la jurisprudence :
L'installation de sous-compteurs individuels, dont le coût oscille entre 150 € et 500 € par point de comptage, reste la solution la plus fiable pour éviter les contestations.
Lorsque le bailleur ne respecte pas ses obligations électriques, le locataire dispose de plusieurs voies de recours.
La prescription de l'action est de 5 ans à compter de la connaissance du manquement (article 2224 du Code civil).
Un manquement électrique du bailleur peut justifier une action en réduction de loyer ou en résiliation. Chaque situation mérite une analyse juridique précise.
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Les enjeux électriques varient selon l'activité exercée dans le local.
Un magasin de prêt-à-porter nécessite en moyenne une puissance de 12 à 18 kVA pour l'éclairage, la climatisation et les terminaux de paiement. Le bailleur doit livrer un local raccordé à cette puissance. Si le locataire installe un système de climatisation plus puissant que prévu au bail, le surcoût de raccordement lui incombe.
Un restaurant exige une puissance de 36 à 72 kVA selon la taille de la cuisine. L'installation doit respecter la norme NF C 15-100 et les prescriptions spécifiques aux établissements recevant du public (ERP). Le bailleur doit s'assurer que le TGBT et le réseau supportent cette charge. Un défaut de conformité peut entraîner un refus d'ouverture par la commission de sécurité.
Dans un immeuble de bureaux partagé, la question du sous-comptage est centrale. Chaque locataire doit pouvoir identifier sa consommation réelle. Le bailleur qui refacture l'électricité sans sous-compteur s'expose à des contestations systématiques lors de la régularisation annuelle des charges.
| Activité | Puissance type | Point de vigilance bailleur |
|---|---|---|
| Retail | 12-18 kVA | Conformité éclairage et climatisation |
| Restauration | 36-72 kVA | Conformité ERP et puissance cuisine |
| Bureaux partagés | 6-12 kVA par lot | Sous-comptage individuel obligatoire en pratique |
Le bailleur doit-il fournir un diagnostic électrique avant la signature du bail commercial ?
Non. Contrairement au bail d'habitation, aucun texte n'impose de diagnostic électrique pour un local commercial. Il est toutefois recommandé d'exiger contractuellement un rapport de conformité ou un diagnostic volontaire pour sécuriser la prise à bail.
La mise aux normes NF C 15-100 est-elle toujours à la charge du bailleur ?
La mise en conformité structurelle de l'installation (remplacement du TGBT, réfection du réseau encastré) relève des grosses réparations de l'article 606 du Code civil et reste à la charge du bailleur. L'entretien courant (prises, interrupteurs, disjoncteurs divisionnaires) incombe au locataire.
Le bailleur peut-il refacturer l'électricité avec une marge ?
Non. La jurisprudence interdit au bailleur de tirer un profit de la rétrocession d'électricité. La refacturation doit correspondre au coût réel, sans majoration, sous peine d'action en répétition de l'indu.
Que faire si le local livré n'a pas la puissance électrique prévue au bail ?
Le locataire peut mettre en demeure le bailleur de procéder au raccordement conforme. À défaut de réponse, il peut saisir le tribunal judiciaire pour obtenir l'exécution forcée sous astreinte ou demander une réduction de loyer proportionnelle au préjudice subi.
Les baux signés avant la loi Pinel sont-ils concernés par les nouvelles règles de répartition des charges ?
Les baux en cours au 5 novembre 2014 ne sont pas concernés, sauf lors de leur renouvellement. À compter du renouvellement, les dispositions de l'article R. 145-35 s'appliquent et les clauses transférant les grosses réparations au locataire sont réputées non écrites.
Article 1719 du Code civil - Légifrance
Article R145-35 du Code de commerce - Légifrance
Bail commercial : charges et dépenses du locataire et du bailleur - Service Public Entreprendre
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