Modification règlement de copropriété partie privative : quelle majorité ?

Guides & Ressources pratiques
12 Jul 2026
-
8 min de lecture
-
Par

Jullian Hoareau

Points clés de l'article
  1. Le règlement de copropriété distingue parties privatives et parties communes ; cette frontière détermine la majorité de vote applicable.
  2. Toute modification touchant à la destination ou à la jouissance des parties privatives exige l'unanimité des copropriétaires (article 26, alinéa 2, loi du 10 juillet 1965).
  3. Les modifications portant sur la jouissance, l'usage ou l'administration des parties communes relèvent de la double majorité de l'article 26, alinéa 1.
  4. Un vote pris à la mauvaise majorité est annulable dans un délai de 2 mois à compter de la notification du procès-verbal.
  5. Avant tout projet d'aménagement ou de changement de destination d'un lot, vérifier la majorité requise évite un contentieux coûteux.

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Sommaire

Parties privatives et parties communes : la frontière

Ce que le règlement de copropriété peut encadrer

Majorité de l'article 26 : cas d'application

Unanimité obligatoire pour toucher aux parties privatives

Procédure de modification en assemblée générale

Vote irrégulier : délais et risques d'annulation

FAQ

Pour aller plus loin

Parties privatives et parties communes : la frontière

La modification du règlement de copropriété portant sur les parties privatives obéit à des règles de majorité précises. Pour les appliquer, il faut d'abord savoir ce que recouvre chaque catégorie.

Les parties privatives désignent les portions de l'immeuble réservées à l'usage exclusif d'un copropriétaire. Concrètement, il s'agit des locaux eux-mêmes — bureaux, commerces, entrepôts — ainsi que de leurs aménagements intérieurs : cloisons non porteuses, revêtements de sol, équipements sanitaires. L'article 2 de la loi du 10 juillet 1965 pose le principe : est privatif tout ce qui n'est pas affecté à l'usage ou à l'utilité de tous.

Les parties communes, à l'inverse, englobent le gros œuvre, les couloirs, la toiture, les réseaux et tout élément structurel. Le règlement de copropriété peut toutefois déplacer cette frontière en qualifiant certains éléments de « parties communes à jouissance privative » — un balcon, une cour intérieure, une terrasse. Cette qualification modifie directement les droits du copropriétaire concerné et, par conséquent, la majorité nécessaire pour toute modification ultérieure.

CatégorieExemples concretsPropriétaire
Parties privativesBureaux, murs intérieurs, planchers non porteursCopropriétaire du lot
Parties communes généralesToiture, façade, hall, escaliersSyndicat des copropriétaires
Parties communes à jouissance privativeBalcon, terrasse, cour attitréeSyndicat, avec droit d'usage exclusif

Cette distinction n'est pas théorique. Elle conditionne le régime de vote applicable en assemblée générale.

Ce que le règlement de copropriété peut encadrer

Le règlement de copropriété est un acte contractuel publié au service de la publicité foncière. Il fixe 3 éléments structurants :

  1. La destination de l'immeuble : usage d'habitation, professionnel, commercial ou mixte.
  2. Les conditions de jouissance des parties privatives et communes : restrictions d'activité, horaires, nuisances sonores.
  3. La répartition des charges entre copropriétaires, selon les tantièmes.

Un dirigeant qui souhaite transformer un local de bureaux en commerce de détail, ou installer une activité industrielle dans un lot à usage professionnel, touche directement à la destination des parties privatives. Ce type de modification ne relève pas d'une simple formalité administrative : il engage le cadre contractuel de l'ensemble de la copropriété.

En pratique, le règlement peut aussi contenir des clauses restrictives — interdiction de certaines activités, obligation de fermeture nocturne, limitation des enseignes. Modifier ou supprimer l'une de ces clauses suppose de réunir la majorité adéquate.

Majorité de l'article 26 : cas d'application

L'article 26, alinéa 1, de la loi du 10 juillet 1965 prévoit la double majorité : la décision doit recueillir le vote favorable de la majorité des copropriétaires représentant au moins les 2/3 des voix.

Cette majorité renforcée s'applique aux modifications du règlement de copropriété portant sur :

  • La jouissance, l'usage et l'administration des parties communes
  • Les modalités de répartition des charges (sous réserve de l'unanimité pour certaines)
  • L'autorisation de travaux affectant les parties communes
Type de modificationMajorité requiseBase légale
Usage des parties communesDouble majorité (art. 26 al. 1)Loi 10 juillet 1965
Destination des parties privativesUnanimité (art. 26 al. 2)Loi 10 juillet 1965
Mise en conformité du règlementMajorité simple (art. 24)Loi ELAN, 2018
Aliénation de parties communesUnanimitéArt. 26 al. 2

La confusion entre ces régimes est fréquente. Un syndic ou un copropriétaire qui inscrit une résolution à l'ordre du jour sous l'article 26, alinéa 1, alors que la décision relève de l'unanimité, expose la résolution à une contestation judiciaire.

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Unanimité obligatoire pour toucher aux parties privatives

L'article 26, alinéa 2, est sans ambiguïté : toute décision qui porte atteinte à la destination des parties privatives ou aux modalités de leur jouissance exige le vote unanime de tous les copropriétaires.

Concrètement, l'unanimité s'impose dans les cas suivants :

  • Changement de destination d'un lot : passer d'un usage de bureaux à un usage commercial, ou inversement.
  • Restriction nouvelle de jouissance : interdire une activité jusqu'alors autorisée dans un lot privatif.
  • Modification des tantièmes attachés à un lot, lorsqu'elle affecte les droits privatifs.
  • Suppression d'un droit de jouissance privative sur une partie commune.

La Cour de cassation (3ᵉ chambre civile, 13 novembre 2013, n° 12-12.084) a confirmé qu'une résolution modifiant la destination d'un lot adoptée à la double majorité — et non à l'unanimité — est annulable. Le copropriétaire lésé dispose d'un recours devant le tribunal judiciaire.

Pour un dirigeant d'entreprise propriétaire d'un lot, cette exigence signifie qu'un seul copropriétaire opposant suffit à bloquer le projet. Il est donc indispensable de préparer le terrain en amont : consultation des copropriétaires, présentation du projet, négociation éventuelle de contreparties.

Procédure de modification en assemblée générale

La modification du règlement de copropriété suit un formalisme strict, sous peine de nullité :

  1. Inscription à l'ordre du jour : la résolution doit figurer dans la convocation adressée par le syndic au moins 21 jours avant l'assemblée (article 9 du décret du 17 mars 1967). Le texte exact de la modification proposée doit être joint.

  2. Vote en assemblée : chaque copropriétaire vote selon ses tantièmes. Le procès-verbal mentionne la majorité obtenue et le résultat du vote.

  3. Notification du procès-verbal : le syndic notifie la décision aux copropriétaires opposants et défaillants dans un délai d'1 mois.

  4. Publication au service de la publicité foncière : la modification n'est opposable aux tiers qu'après cette publication. Le coût varie selon les départements, généralement entre 200 € et 500 € de frais de publication, auxquels s'ajoutent les honoraires du notaire rédacteur.

Un défaut de convocation, une résolution mal rédigée ou un vote comptabilisé sous la mauvaise majorité constituent autant de motifs d'annulation.

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Vote irrégulier : délais et risques d'annulation

Un copropriétaire qui conteste une décision d'assemblée générale dispose d'un délai de 2 mois à compter de la notification du procès-verbal pour saisir le tribunal judiciaire (article 42, alinéa 2, de la loi du 10 juillet 1965). Ce délai est court, mais il court uniquement à partir de la notification — pas de la tenue de l'assemblée.

Les motifs d'annulation les plus fréquents sont :

  • Erreur de majorité : vote à la double majorité alors que l'unanimité était requise.
  • Vice de convocation : délai non respecté, absence de la résolution dans l'ordre du jour.
  • Abus de majorité : décision prise dans l'intérêt exclusif de certains copropriétaires au détriment des autres.

Les conséquences d'une annulation sont directes : la modification du règlement de copropriété est réputée n'avoir jamais existé. Si des travaux ont été engagés sur la base de cette décision, le copropriétaire peut être contraint de remettre les lieux en état. Pour une entreprise ayant investi dans l'aménagement d'un local, le coût peut atteindre plusieurs dizaines de milliers d'euros, sans compter l'interruption d'activité.

En pratique, le contentieux en copropriété représente environ 15 % des affaires civiles traitées par les tribunaux judiciaires en France. La durée moyenne d'une procédure au fond oscille entre 12 et 24 mois, selon la juridiction.

Pour un dirigeant, la prévention reste la stratégie la plus efficace : vérifier la majorité applicable, s'assurer du formalisme de la convocation et, en cas de doute, solliciter un avis juridique avant le vote.

FAQ

Peut-on modifier la destination d'un lot privatif à la majorité simple ?

Non. Toute modification portant sur la destination ou la jouissance des parties privatives exige l'unanimité des copropriétaires, conformément à l'article 26, alinéa 2, de la loi du 10 juillet 1965. Un vote à la majorité simple ou à la double majorité serait annulable.

Quel est le délai pour contester un vote irrégulier en assemblée générale ?

Le copropriétaire opposant ou défaillant dispose de 2 mois à compter de la notification du procès-verbal pour saisir le tribunal judiciaire. Passé ce délai, la décision devient définitive, même si la majorité appliquée était erronée.

Un seul copropriétaire peut-il bloquer la modification du règlement ?

Oui, lorsque l'unanimité est requise. Un seul vote défavorable empêche l'adoption de la résolution. C'est pourquoi il est recommandé de consulter les copropriétaires en amont et de négocier avant l'assemblée générale.

Faut-il publier la modification du règlement de copropriété ?

Oui. La modification doit être publiée au service de la publicité foncière pour être opposable aux tiers, notamment aux futurs acquéreurs. Sans cette publication, la modification reste valable entre copropriétaires mais inopposable à un acheteur ultérieur.

Quels frais prévoir pour modifier le règlement de copropriété ?

Les frais comprennent les honoraires du notaire rédacteur de l'acte modificatif, les frais de publication (entre 200 € et 500 € selon les départements) et, le cas échéant, les honoraires d'un avocat pour sécuriser la procédure. Le coût total se situe généralement entre 1 500 € et 4 000 €.

Pour aller plus loin

Article 26 - Loi n° 65-557 du 10 juillet 1965 fixant le statut de la copropriété des immeubles bâtis - Légifrance

Loi n° 65-557 du 10 juillet 1965 fixant le statut de la copropriété des immeubles bâtis - Légifrance

Article 25 - Loi n° 65-557 du 10 juillet 1965 fixant le statut de la copropriété des immeubles bâtis - Légifrance

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